ON A LU... ET ON A AIME - Provence Magazine
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LA PRESSE

Dorothée Olliéric grand reporter à France 2 vient de publier « La Guerre au féminin » chez Tallandier. Depuis une trentaine d’années elle a couvert les conflits en Bosnie, Afghanistan, Ukraine, Mali... Elle est mon invitée de mars avec Jérôme Loubry auteur du « Chant du silence » pour l’Interview « 3 Questions à... »


Articles de cette Rubrique


- ON A LU... ET ON A AIME

ON A LU... ET ON A AIME
  Sommaire  

 NOTRE BIBLIOTHÈQUE DANS LE DÉSORDRE DES YEUX ET DU COEUR

 Parce qu’un livre n’a pas d’âge et ne se démode jamais.




Nos impressions

* Moyen
** Bien
*** Excellent
**** Super



 ON A LU... EN AVANT-PREMIÈRE.


 UNE BANDE DESSINÉE

  *** RED CREEK SHUFFLE de Corbeyran, Pacheco et Saint-Blancat

Éditions L’AQUEDUC BLEU. Sortie en librairie le 6 avril 2023. 156 pages. Prix : 18€. Le résumé. Quand des crimes étranges sont commis en Californie dans les années 50, symboles de l’avènement du burger, du milk- shake, d’Elvis et de l’anti communisme forcené, un détective privé Giuseppe Peccato et une journaliste new-yorkaise Jane Sinner s’intéressent à une base secrète en plein désert... Entre X-Files et American Grafitti, ce récit scénarisé par Corbeyran, dessiné par Pacheco et mis en couleur par Saint-Blancat combine l’originalité du fantastique avec la puissance des séries policières.
« Eh oui, tout arrive ! Voilà que Blues & Polar se met à la BD, policière, bien sûr, mais avec une touche musicale rock’n’roll, référence à Elvis Presley qu’on ne pouvait ignorer… Outre les dessins de haute volée, clairs et expressifs, on pénètre vraiment, comme dans un polar, au cœur de l’univers des films américains des années 50-60 entre flics, cow-boys, détectives privés, minorités ethniques délaissées, ignorées, parquées, dénigrées, toujours soupçonnées… Et à ce petit jeu sur fond de guerre froide avec les Russes, chicanos, blacks, et indiens sont considérés comme des sous-hommes ; et que quelques-uns soient retrouvés déchiquetés et éviscérés dans le désert n’émeut pas grand monde, à commencer par le Shérif du bled. Et c’est une belle enquête faite de mystère, de fiction, d’un clin d’œil aux Dalton, sans oublier un zeste d’érotisme et une journaliste motarde en short plutôt bien gaulée, que nous propose le trio Corbeyran, Pacheco, Saint-Blancat. Avec même en prime, une escapade vers l’espace avec cette fameuse base américaine dans le désert - qui existe vraiment et dont on parle périodiquement - où des visiteurs d’une autre galaxie seraient précieusement conservés en toute discrétion. Une BD ludique, fantastique, distrayante, plaisante, et instructive qui vaut assurément un très bon polar, mais en plus rapide. Expérience à renouveler. »

Jean-Pierre Tissier


  DES ROMANS & DES POLARS...


 *** 30 NOUVELLES HISTOIRES INSOLITES QUI ONT FAIT LA MÉDECINE DU MOYEN ÂGE À NOS JOURS de Jean-Noël FABIANI-SALMON

(Editions Plon - 336 pages - Prix : 22,50€). Sorti le 16 mars 2023.
Le résumé. De la Peste noire au cœur artificiel, le Professeur Jean-Noël Fabiani-Salmon raconte 30 nouvelles histoires insolites qui ont fait l’histoire de la médecine et qui sont à l’origine de certaines des plus grandes découvertes médicales. Au menu de ce nouvel opus : Gui de Chauliac et la peste noire. Par le fer et par le feu ou les médecins se séparent des chirurgiens. La grande histoire de la petite vérole. L’Église s’est-elle réellement opposée aux dissections anatomiques ? Des femmes sages parmi les Sage-femmes. Le grand mythe de la fondation de la psychiatrie. Ce jour où il n’y eut plus ni médecine, ni médecins en France. L’internat ou l’arrivée des médecins à l’hôpital ! Malheur aux gros. Les antivax sont parmi nous. René, Théophile, Hyacinthe Laënnec invente le stéthoscope. L’homme qui cultivait les petits pois. La visite chez les lépreux. Amener l’hôpital au pied du platane. Des valves cardiaques de cochon. Réimplanter un membre au Guatemala. Opérer sans inciser. Cinquante ans de transplantations cardiaques…
Le professeur Jean-Noël Fabiani-Salmon dirige l’enseignement de l’histoire de la médecine à l’université Paris-Descartes. Ancien chef du département de chirurgie cardio-vasculaire à l’hôpital européen Georges-Pompidou, il est l’auteur de nombreux livre sur la médecine (Plon, Les Arènes).
« Bon sang, quelle chance nous avons de vivre à notre époque, médicalement s’entend. On ne pense pas, lorsqu’on se fait opérer – dont endormi et anesthésié – par quelles épreuves sont passés les hommes et les femmes qui ont fait les frais de ces opérations les plus diverses, avant les découvertes sensationnelles qui ont révolutionné la médecine. C’est un livre captivant que l’on lit comme un véritable roman. Un condensé passionnant de découvertes médicales qui ne peuvent laisser sans réaction. Instructif et étonnant ! »

Muriel Gaillard


  *** FATUM de Sylvie Callet

(Editions du Caïman.) Sorti le 12 janvier. 232 pages. Prix : 14 €. Le résumé. Issue des quartiers, Samia, lycéenne de 15 ans, rêve en secret de devenir écrivaine. Depuis qu’Amar, son père, est parti au bled, sa mère Sabine peine à joindre les deux bouts, son frère Sohan se radicalise, sa petite sœur Myriam devient ingérable. Abby, sa meilleure amie, submergée par un drame familial, part elle aussi à la dérive. Samia trouve du réconfort dans les ouvrages qu’elle emprunte chaque semaine à son étrange voisine, madame Henry, surnommée « la femme aux livres ». Un jour la jeune fille trouve celle-ci sur le carrelage de sa cuisine en train de se vider de son sang. Une enquête est ouverte pour agression. Samia l’ignore, mais sa vie vient de basculer. Inexorablement.

"Les mots qui sauvent et les mots qui tuent ! Le manque cruel de vocabulaire ! Énervée - comme presque toujours - seules des paroles vulgaires venaient aux lèvres d’Abby ; un argot fleuri entre arabe, gitan et verlan utilisé depuis des lustres, déjà à la Commune de Paris, et dans les prisons de l’époque.
Les fêlures sont nombreuses chez les gosses des tours et quartiers de la périphérie parisienne. Et dans l’obscurité des caves, tapis dans l’ombre, on trouve les sinistres prêcheurs obscurantistes en rage après l’Occident qui corrompt les femmes, leurs soeurs, leurs mères... et que le statut de grand frère « qui n’en branle pas une » à part les jeux vidéo et la prière, arrange fort bien. Ainsi Kevin, le blond quasi imberbe qui devient Younés plus radical que les originaux barbus et en djellabah. Sombres soldats de Dieu, incarnation du Bien comme ils disent ; là on croit rêver ! Mais non, ils sont là, fanatisés, incultes, jusqu’au-boutistes, troublés parfois si une jeune fille les frôle de trop près. On n’est pas de bois chez les frères...
Cette lecture de fatum met à l’aise avec envie de gerber parfois devant tant de comportements moyennâgeux incompatibles au XXIe siècle en Europe ; mais pas dans une grande partie du monde où l’on tue encore les homosexuels, où l’on pend les opposants et où l’on fouette les femmes en pleine rue. Sylvie Callet nous entraine dans la jungle urbaine des quartiers où les filles elles-aussi ont la voix grave et râpeuse, l’agressivité aux lèvres, l’action avant la réflexion, et où les hommes ont souvent des destins cassés, faute de boulots mal-payés, car manuels et sans diplômes. Cette France invisible, mais indispensable pour ramasser les poubelles, visser des boulons, mais à la ramasse de l’Education.
C’est un livre sur les dangers sournois de la montée de l’islamiste radical rampant qui séduit des tas de branquignols sans but, mais qui trouvent là, une foi faite d’interdits surtout et qui traite les femmes commes des servantes et des paillasses, interdisant en plus la musique... et les livres !
Là est le coeur de ce roman à tiroirs fait de rebondissements, mais dont les phrases très longues et trop riches de comparaisons et descriptions - bien qu’empreintes de poésie - freinent la dynamique du côté polar pourtant bien présent au départ.
Cependant, il y a dans cette trame tout un chapelet de drames terribles liés à jamais à l’inceste ôdieux, et surtout en filigrane, le personnage d’une femme blanche et muette qui débarque dans le quartier... avec un camion de livres. Une provocation au pays des Parcours wesh-wesh où hormis le Coran, il n’y a pas de lecture. Tout comme danser, c’est péché ! Sylvie Callet avec délicatesse et force à la fois, nous livre au fil des lignes, les mécanismes inexorables qui jettent des enfants et des ados dans les filets de prédateurs, parents d’adoption censés les élever et les protéger.
En y associant l’implacable et immense ânerie des travailleurs du Djhiad, on obtient un premier roman noir prometteur qui aurait besoin de coups de serpe parfois pour gagner en fluidité, et obtenir ainsi une écriture au couteau, plus brute, moins propre... plus polar !"

Jean-Pierre Tissier

** « Ce roman est catalogué « roman noir » mais il s’agit plutôt de la description de la vie quotidienne d’aujourd’hui dans les cités avec des personnes qui essaient de survivre, mais qui de surcroit n’arrivent plus à gérer leurs enfants. Alors, entre la délinquance, l’islamisme radical ambiant et leurs « promesses » de paradis, j’ai eu un peu de mal à lire. Car il y a beaucoup de mots d’argot des cités employés aujourd’hui par les « d’jeunes » mais fort heureusement il y a les traductions. C’est un roman qui relate un fait divers parmi tant d’autres dans une cité. »

Muriel Gaillard


  **** SUR UN ARBRE PERCHÉ de Gérard Saryan

(Editions Taurnada). 378 pages. Format 11cm x 18 cm. Prix : 10,95€. Sorti le 19 janvier 2023.
Le résumé. Une seule seconde d’inattention et la vie d’Alice bascule. Dimitri, 4 ans, le fils de son compagnon, échappe à sa vigilance. En panique, la jeune femme part à sa recherche, mais elle est victime d’un grave accident. À son réveil, elle doit se rendre à l’évidence : l’enfant a été kidnappé. Rejetée de tous et rongée par la culpabilité, la « belle-mère négligente » n’a désormais qu’une obsession : retrouver Dimitri, coûte que coûte. Ignorant alors tous les dangers et sans le soupçonner un instant, Alice va se précipiter au centre d’une toile tissée par la pire des trahisons.

- Après le remarquable et génial Prison Bank water « Coup de cœur Blues & Polar 2021 » qui était son premier polar, on attendait avec impatience une suite, puisque la fin de cette odyssée autour d’une prison novatrice sous la mer aux Etats-Unis pour les grands criminels US était ouverte à toutes les suppositions. Mais non, Gérard Saryan change de monde et nous entraine cette fois dans une course plus que folle pour retrouver un gamin disparu Gare de Lyon à Paris. Car les destinations de recherches sont innombrables, tant en France qu’en Suisse et en Albanie, et avec des personnages hauts en couleurs tout aussi nombreux. Le conseil de Blues & Polar pour encore mieux apprécier ce 2e livre qu’on a vraiment bien du mal à lâcher tant le suspense est parfois haletant, serait de se muer en Vera (l’Inspectrice en chef de la série éponyme sur France 3) avec un grand tableau, installé dans le salon, des photos, une carte de France et de l’Europe, des bouts de laine pour tracer la route et des post-it de couleurs, afin de simuler grandeur nature ce jeu de piste aussi passionnant qu’un Monopoly des grands soirs. Car cette disparition énigmatique et mystérieuse n’est que le début d’un écheveau fourni qui ne cesse de grossir au fil des pages, nous filant quelques coups au cœur régulièrement avec des rebondissements insensés via des « punch-lines » en fin de page ! Mais il faudra cependant attendre les dernières pages pour que tout s’éclaire et qu’enfin on comprenne les motivations et le jeu de ces protagonistes compromis dans ce puzzle de situations violentes et tirées par les cheveux dans tous les sens du terme... Du grand polar !

Jean-Pierre Tissier

« Quand j’ai lu « Prison Bank water » le premier roman de Gérard Saryan – livre d’anticipation tellement réaliste – j’ai vraiment adoré ; mais celui-là, dès le moment où l’on commence à lire, tu ne peux plus t’arrêter. Il faut que tu ailles au bout irrésistiblement. On passe de rebondissements en rebondissements et à la dernière page, enfin, tu souffles de plaisir. Cet auteur « Coup de cœur Blues & Polar 2021 » pour « Prison Bank water » est extraordinaire. Vivement le prochain livre !"

Muriel Gaillard


  *** LAST TO EXIT TO MARSEILLE de Guillaume Chérel

Editions Gaussen. Sortie le 23 mars 2023. Le résumé. Nouvellement installé à Marseille, dans le quartier vétuste de la Porte d’Aix, Jérôme Beauregard est un ancien journaliste, communiste tendance Pif Gadget. Devenu détective « public » – parce que « privé », c’est has been, et qu’il a le sens du service public – Jérôme se fait embaucher comme animateur social pour infiltrer les « choufs* » et les « charbonneurs* » d’une cité de l’Est de la ville. Perché sur son vélo triporteur-connecté, il enquête dans les rues d’Air Bel, et au sein de la communauté comorienne, aux prises avec le clan des « gitans ». Quand le client se fait rare, Jérôme anime des ateliers sur la désinformation, le complotisme et les fake-news, à la prison des Baumettes. Et quand le client est complètement inexistant, ce qui se produit fréquemment, il lui arrive aussi d’être gigolo… enfin escort-boy, en intérim, pour boucler les fins de mois. Un matin, Jérôme apprend la mort par overdose de son vieil ami Luc, avec lequel il a passé la soirée. Luc est un camé notoire ; les drogues dures et l’alcool ne font généralement pas bon ménage pour rester en bonne santé… C’est pourquoi la police ne déclenche ni autopsie ni enquête. Surpris, Jérôme en fait une affaire personnelle et décide alors de chercher lui-même la provenance de l’héroïne frelatée qui a tué son ami, avant qu’elle ne tue encore. Mais les codes de la cité phocéenne en mutation lui échappent. Il en appelle alors au fantôme de son ami et mentor, Jean-Claude Izzo. L’auteur mythique de Total Khéops, décédé depuis 20 ans, lui est apparu un soir d’orage et lui a dit : « Écris-moi, je te répondrais peut-être ». Encouragé, Jérôme lui adresse une première missive… Et Izzo lui répond, en effet. Tout en avançant dans son enquête, Jérôme profite de ses échanges épistolaires avec l’au-delà pour mettre Jean-Claude Izzo au parfum. Les incivilités, la saleté et les rats ont imposé leur règne dans les rues de la ville, la criminalité a explosé dans les cités et les règlements de compte bouleversent le quotidien des Marseillais. Soutenu par l’énergie bienveillante de Jean-Claude Izzo, mais aussi par son ex-femme, Gabriela, et Péra, flic aux idées larges, Jérôme remonte la piste du trafic d’héroïne marseillais jusqu’à défier l’Albinos, caïd du clan des « Blacks » et ancien champion de MMA. Guillaume Chérel dédicacera le jeudi 23 mars à 19 heures à la librairie Cultures Obliques à Marseille.
« Avec beaucoup d’humour et de tchatche marseillaise Guillaume Cherel nous entraine dans le Marseille des clichés que l’on connaît bien avec tous les excès que cela comporte : l’OM évidemment, la drogue dans les quartiers inévitablement, et les règlements de compte en pleine cité jour et nuit pour le shit, la coke… et l’argent sale colossal des territoires tenus par des caïds barbares, qui à l’inverse des vieux de la vieille des années 70 consomment la grosse merde qu’ils vendent, alors que les barons de la « French connection » n’y touchaient pas. Ecrit avec beaucoup de réalisme, on lit ce livre avec le sourire aux lèvres malgré l’implacable vérité des faits à la Une des journaux marseillais plusieurs fois par semaine. Un vrai plaisir néanmoins ! »

Muriel Gaillard


  *** VERITAS TANTAM d’Olivier de Kersauson

(Editions Le Cherche midi). (sorti le 24 novembre 2022). 200 pages. Prix : 18, 90€
- Pour Olivier de Kersauson de Pennendref pour l’Etat-civil, vicomte et navigateur de son état permanent, le monde change, vacille et tangue, mais comme il a déjà tangué autrefois. « Cependant, nous sommes passés de la réflexion au buzz, tonne l’Amiral dans cet essai quasi-philosophique où il appelle un chat, un chat, avec son franc-parler comme il a toujours fait. Notre monde est complètement virtuel, ça se sent intellectuellement. C’est foireux dans les cerveaux ».
L’amour aussi fait partie de ses réflexions et là-aussi le constat est très réaliste. « J’ai compris très tôt qu’il ne fallait pas chercher à être aimé, mais qu’il fallait chercher à vivre. Cette équation est imparable ! »
Tout au long de ces 200 pages, souvent désabusées, parfois très réalistes et poétiques à la fois, le navigateur au long parcours ne cherche pas à nous interpeller comme un politique donneur de leçons. Il parle plutôt comme un vieux chef indien songeur, assis devant le feu du tipi, un brin mélancolique, mais quelque peu taquin et chafouin, avec cet œil qui brille de vieux loup de mer frappé par un éclat du couchant. « D’aucuns disent que c’était mieux avant ou qu’ils auraient voulu vivre au Moyen-âge » écrit-il. « Mais la rage de dents au Moyen-âge, je ne suis pas preneur ».
On sent là, le chevronné des mers s’en allant écluser avec ses potes un coup de pinard dans un rade de La Trinité ou de Penmarch, mais aussi l’homme pour qui le temps - le vrai - c’est la mer !
Au creux de la vague, le vicomte Kersauson poursuit sa quête philosophale, et parle de ce qui l’ennuie. « Le mot égal m’ennuie. Il est très vulgaire. Il appartient à la Révolution où le niveau de pensée était nul. Une Révolution, ça ne pense pas, ça exige ! »
Puis il reprend la mer. « C’est la partie la moins moche du monde ! Et il n’y a pas pires écolos aujourd’hui que les citadins. Et le futurologue ne peut rien faire. Il n’y a plus de temps pour le voyage intérieur ».
Ses souffrances comme lors de son hospitalisation pour un cancer, ses renoncements face à ce monde trop aseptisé, sans goûts et sans nuances, le marin en parle peu, tout comme de ses désirs, plus tourné vers l’avenir que le passé. Heureux d’être vivant et debout ! Et malgré son côté factice de « Grande gueule » né de son intronisation dans « Les Grosses Têtes » sur RTL, son humilité, voire sa timidité de taiseux l’amènent à réfléchir sur la valeur réelle de la pensée, via deux pages lumineuses et solaires sur l’abandon du Grec et du Latin à l’école.
« Il n’y a plus de bon sens, il n’y a que des idées fausses tonne-t-il sans lâcher la barre. Traduire le Grec ou le Latin, c’est d’abord comprendre car les contresens existent. Il n’y a pas de pensée sans langage. On emploie de plus en plus de mots incohérents et la sauvagerie est aussi due à l’ignorance. »
Le franc-parler d’Olivier de Kersauson, éternel rebelle au cœur de granit et de tendresse cachée est toujours source de réflexions mûries longuement sur les océans. Il nous donne un cap au milieu des creux et de la houle. Mais c’est à nous maintenant de tenir la barre !

Jean-Pierre Tissier


  ****LE CHANT DU SILENCE de Jérôme Loubry.

(Calmann-Lévy. 400 pages. Tarif : 21,90€. https://www.calmann-levy.fr/livre/le-chant-du-silence-9782702180075/
Le résumé Il y a ce qu’on vous a raconté, ce que vous avez compris, ce que vous avez toujours cru… et puis il y a la vérité. Lundi dernier, le père de Damien s’est jeté du haut de la baie des veuves, cette falaise d’où les femmes guettaient autrefois le retour des bateaux de pêche. Damien se met donc en route pour régler les funérailles, tentant en vain d’éprouver de la tristesse. Durant l’été 1995, ce père qu’il aurait voulu aimer est devenu un meurtrier, les contraignant sa mère et lui à déménager à l’autre bout de la France car la ville entière maudissait leur nom. Damien n’est jamais revenu. La seule lumière dans ce pèlerinage douloureux est qu’il va revoir Oriane, son amour d’enfance. Mais arrivé dans le quartier des pêcheurs désormais à l’abandon, Damien découvre dans la parka de son père une photo qui remet tout en question… Et si la vérité sur l’été 1995 était tout autre ? Un thriller mêlant émotion et angoisse, proche du roman noir, qui avance par touches imperceptibles vers un dénouement aussi stupéfiant que bouleversant.

« Je voulais voir son cercueil glisser et cracher sur la tombe de ce père assassin… Damien revenu au pays après des années d’absence n’a que haine pour son père. Il sait qu’il va retrouver ici d’anciennes joies et mais aussi des démons ! Dans un style fluide et une écriture en noir et blanc qui allie autant le style du polar à celui de la littérature dite blanche, Jérôme Loubry possède désormais une qualité de mots, de rythme et du détail à la façon de Pierre Lemaître, avec ce sens inné et troublant du suspense entièrement inattendu… comme un point de suspension au bord du vide ! En maitre du mystère qu’il est devenu après six romans. Le chant du silence nous entraine cette fois sur les côtes tourmentées de l’Ouest marin français, là où s’échouent désormais les perfides et scintillantes « larmes de sirène » détruisant les organismes sous-marins, mais aussi à intervalles incertains des tonnes de pétrole brut vomies d’un cargo éventré par des récifs traitres comme des lames de rasoir. Et il faut alors abandonner les chalutiers pour nettoyer le rivage avec un sentiment d’impuissance mêlé de colère noire envers les grands pétroliers. L’écrivain de Haute-Provence qui sait formidablement raconter la mer avec ses clapotis, ses vagues, et ses silences si parlants nous embarque encore une fois dans un puzzle incroyable qui se dévoile au fil des allers-retours 1995-2019 entre passion, rancœurs, violence et la tendresse insoupçonnée d’un père pour son fils. « Mon père avait peint mon prénom en multicolore sur l’ancien fileyeur pour que mes pensées ne soient plus jamais grises… » On est là au cœur des relations parents-enfants et des écueils de la vie dans les petits ports et les îles, où la rudesse des sentiments navigue entre certitudes balayées par le vent du large et doutes qui surgissent soudainement à la fin d’une page, comme un uppercut assassin au 12e round. Car il faut attendre la fin du combat pour enfin démêler l’écheveau ténu coincé comme par sorcellerie dans les mailles d’un filet de pêcheurs vide de poissons, en raison de la surpêche, mais pas de soupçons. »

Jean-Pierre Tissier

« Un port de pêche et des pêcheurs qui vivent de leurs prises en mer, puis la descente aux enfers avec les marées noires, la surpêche, et des morts suspectes aussi…Ceux qui pensaient faire partie d’une grande famille s’épient, s’accusent du fameux « chant du silence » et au fil des chapitres la vérité se dévoile avec un responsable auquel on ne pensait pas. Tout cela dans une ambiance lourde et des secrets toujours plus lourds à porter. Un très bon livre – comme toujours – de Jérôme Loubry. »

Muriel Gaillard


  **** LA DÉTRESSE DES ROSES de de Jack Jakoli

Sorti le 11 janvier 2023 chez Hugo Thriller. Inspiré de l’histoire vraie du « Dépeceur de mons », l’un des pires serial killers que la belgique ait connus.
Le résumé. Belgique. Il y a quelques années. Après avoir profité de sa victime deux jours durant, un homme s’installe dans le garage de ses parents pour démembrer le corps. Ce qui devait être une besogne l’enthousiasme et l’élève à un niveau qu’il ne soupçonnait pas. Il décide alors de joindre l’utile à l’agréable et de créer une œuvre qu’il compte bien exposer aux yeux de tous. Nord de la France. Quelques semaines plus tard. Une patrouille de la territoriale est avisée de la découverte du bassin d’une femme le long d’un fleuve. Rapidement, les recherches stagnent, aucun indice, aucune trace, impossible d’identifier la victime et par conséquent, l’assassin. La piste belge est évoquée mais ne mène nulle part. Jusqu’à ce que de l’autre côté de la frontière, le tronc d’une femme soit également découvert dans un cours d’eau. Le morceau de corps est dépecé et les aréoles sont absentes, découpées avec soin. Débute alors une enquête qui marquera les esprits de tous. Particulièrement celui de Mélanie Penning, en poste à la Criminelle depuis un an. Repartie de zéro après la fin brutale de son mariage, l’enquêtrice subit de plein fouet les images insoutenables inhérentes à sa nouvelle fonction. Seule femme aux homicides, elle a tout à prouver et ne compte pas laisser ce prédateur continuer à faire son marché dans le monde de la nuit. Là où sa jeune sœur a ses habitudes.
« Voilà un thriller comme je les aime. De la première à la dernière page on est happée par l’histoire de ce type qui tue, mutile, dans la mémoire de sa sœur, avec l’aide de sa femme. Tous les ingrédients sont là pour t’empêcher de dormir. »

Muriel Gaillard


  *** À DOUBLE TOUR de Thomas Oussin

(Viviane Hamy Editions). Sorti le 1er mars. Le résumé. Pendant ces six cent douze jours le silence et l’obscurité ont été mes seuls amis. Presque les seuls. Victor a 17 ans et vit depuis quelques années chez sa grand-mère maternelle, Ma, dont la gouaille vindicative cache l’amour qu’elle lui porte. Victor, comme Ma, n’a pas été épargné par la vie, et ensemble, ils tentent de se reconstruire. Tout a basculé sur un simple geste, une porte fermée à double tour. Victor, alors âgé de 6 ans et sa sœur Amandine, 9 ans, sont habitués à subir la colère de leur mère – femme trompée et quittée. Les deux enfants pensent tout d’abord l’avoir contrariée sans raison et n’y prêtent guère attention. Mais quand Victor doit sortir de la pièce et que sa mère lui répond qu’elle ne veut plus les voir, lui et sa sœur, l’enfer commence. Jusqu’à ce qu’un jour, leurs cris viennent perturber le silence que leur mère leur impose, et que la porte s’ouvre enfin. Mais à quel prix… Revisitant de façon contemporaine le mythe de Médée, À double tour est un roman noir qui nous tient en haleine jusqu’au bout et nous révolte. C’est aussi une histoire bouleversante, celle de l’émouvante reconstruction de deux êtres cabossés par la vie.
« Voilà un livre qui se lit d’une traite car l’histoire est poignante, mais aussi glaçante. On a vraiment du mal à croire qu’une Administration ou aucun parent n’ait eu de réaction face à cet enfer vécu par deux enfants de 6 et 9 ans enfermés pendant 612 jours. J’aurais aimé connaitre la suite de cette histoire, pour savoir ce que l’avocat de la Défense a pu utiliser comme argument pour justifier un tel acte si barbare… Dommage ! »

Muriel Gaillard


  **** LES GRANDS FAUVES de Christophe Labarde

Editions PLON. Le résumé. L’histoire de la « bande de copains » qui a changé le visage du capitalisme français. Tout commence au début des années 80. Ils sont encore inconnus ou presque. Leurs noms ? Claude Bébéar, Vincent Bolloré, Bernard Arnault, David de Rothschild, Serge Kampf, Michel Pébereau, Henri Lachmann, Didier Pineau-Valencienne, Jean-René Fourtou, Thierry Breton… Leur point commun ? Une petite association, « Entreprise et Cité », sans logo ni locaux, qui se réunit de façon informelle autour d’un match de rugby, d’une bonne table ou d’une virée entre amis. Pendant près de vingt-cinq ans, ils vont chasser en meute. Dévorant autour d’eux et se dévorant parfois entre eux. Très vite, Claude Bébéar s’impose comme le grand inspirateur et le grand ordonnateur de ces chamboulements inédits de l’économie française. Comment a-t-il façonné et développé des groupes comme AXA, BNP-Paribas ou Vivendi ? Comment a-t-il, en parallèle, imposé l’Institut Montaigne parmi les « think tanks » incontournables et influencé en profondeur la société française en lançant, parmi les premiers, le débat sur l’accès à l’emploi ou l’intégration des jeunes issus de la diversité ? Comment une vraie « bande de copains » à l’appétit insatiable, avec ses éclats de rire, ses coups de gueule et ses coups de cœur, a-t-elle ainsi secoué le capitalisme de la vieille France jusqu’à en faire émerger des champions mondiaux ? Leur histoire est une saga. Elle était secrète. Elle ne l’est plus. Postface inédite de l’auteur l’abeille.
* Diplômé d’HEC, Christophe Labarde est journaliste et entrepreneur. Pendant vingt-cinq ans, il a coaché des responsables politiques de premier plan.
" Ce n’est pas un vrai Polar qu’a écrit Christophe Labarde, ancien Grand reporter au Figaro, spécialiste de la Finance et de l’Economie avec « Les Grands fauves ». Mais ça flingue quand même sacrément à l’heure des fusions et rachats au sein des conseils d’administration. En effet, ce petit livre discret de 490 pages - tenant néanmoins dans la poche - sur l’Histoire secrète du capitalisme français, nous fait pénétrer dans l’univers feutré de l’entre-soi réunissant les grands noms des grandes sociétés françaises au sein d’une association inconnue et toute aussi discrète, mais qui pendant 25 ans va décider des chamboulements et révolutions de l’économie française.
De Vincent Bolloré à Bernard Arnault en passant par David de Rothschild, Didier Pineau-Valencienne, Claude Bébéar, le grand ordonnateur de « Entreprise et cité »… puis plus tard de l’Institut Montaigne, ils seront une trentaine, jamais plus, à chasser en meute autour des ventes et reventes, des successions et des fusions, des grands groupes français. « Tous parlaient Anglais plus mal les uns que les autres écrit Christophe Labarde, mais cela ne les a pas empêchés de devenir des géants mondiaux, avec le rugby chevillé au corps et au cœur pour philosophie. » Car il faut jouer vers l’arrière pour mieux avancer, mais aussi jouer collectif, sans oublier – tels des chevaliers de la Table ronde - les grandes tablées entres amis dans les hauts-lieux de la gastronomie française ; entre hommes, à l’ancienne, comme dans les clubs britanniques ! Le fondateur d’AXA, Claude Bébéar, Gascon bon teint parti de rien, si ce n’est une petite Mutuelle de Province, a façonné là une saga secrète qui aujourd’hui ne l’est plus grâce au talent de Christophe Labarde qui apporte de l’anecdote savoureuse mais sérieuse, là où habituellement on ne retrouve qu’un alignement de chiffres et statistiques imbuvables.
Chapitre par chapitre, on pénètre ainsi dans l’univers de ces entrepreneurs pour qui l’heure de la retraite ne sonne jamais, car l’art de la transmission du patrimoine n’est pas toujours chose aisée chez ces « gens-là ». Ce livre débuté à l’heure des « Gilets jaunes » dans la haine des patrons, du pouvoir, de l’agent « Tous dans le même sac » se lit avec un bel appétit. Surtout quand la table a lieu régulièrement chez Guy Savoy « Meilleur restaurant du monde » et que les convives sont aussi les propriétaires des grands crus de Château-Lafitte, ou d’Yquem en Bordelais."

Jean-Pierre Tissier


  **** ALIENÉ(S) de Fabrice Papillon

(Editions PLON). 500 pages. Prix : 20,90€. Le résumé. Mai 2022. À 400 kilomètres de la terre, la station spatiale internationale sombre dans la nuit artificielle. Tandis que l’équipage dort, le cadavre éventré d’un astronaute américain flotte en impesanteur dans l’un des modules de recherche. Le même jour, à Lyon, le corps éviscéré d’un biologiste américain est retrouvé à 30 mètres de profondeur, dans un mystérieux réseau de galeries souterraines baptisé les « arêtes de poisson ». S’engage une double enquête, d’abord internationale avec la NASA, aux États-Unis, pour tenter d’élucider un meurtre inédit dans l’histoire : celui d’un astronaute dans l’espace. À Lyon, Louise Vernay, commandant de la brigade criminelle, fait rapidement le rapprochement entre les deux assassinats, très semblables et synchrones, l’un dans l’espace, l’autre sous terre… Qu’est-ce qui les relie ? Pour quelle raison ces deux Américains ont-ils été visés ? Comment ont-ils pu être éliminés au même moment, à une telle distance ?
Louise fait rapidement la rencontre d’un étonnant moine jésuite, astrophysicien et directeur de l’observatoire du Vatican, de passage à Lyon et qui avait rendez-vous avec la victime. Ce personnage troublant lui laisse entendre que des signes d’une présence extraterrestre se multiplient, et qu’ils pourraient bien être à l’origine de ces deux meurtres…
« C’est une lecture très prenante dès la première page. Et il est rare de lire un polar qui commence sur Terre pour se finir dans l »’espace. Je l’ai lu – bien que ce soit un très gros pavé – en deux fois tellement l’enquête est prenante. C’est un roman captivant que j’ai vraiment beaucoup aimé. »

Jean-Jacques Rousseau


  *** TOPOGRAPHIE DE LA TERREUR de Régis Descott


Editions l’Archipel. Prix : 21 €. 320 pages. Le résumé. Berlin, 1943. Après Stalingrad, Hitler a décrété la guerre totale. Gerhard Lenz, commissaire à la Kripo, tente d’organiser la clandestinité de Flora, la jeune Juive qui attend un enfant de lui, quand un psychiatre, membre du NSDAP est assassiné. Gerhard Lenz doit alors enquêter sur une série d’assassinats dont les mises en scène semblent ritualisées. Une investigation qui le conduira dans le dédale des administrations du Reich et lui fera découvrir l’ampleur du programme d’euthanasie de masse gardé secret par les autorités...
« Science sans conscience n’est que ruine de l’âme a écrit François Rabelais, penseur et médecin humaniste de la Renaissance, l’auteur des flamboyants et jubilatoires Gargantua et Pantagruel. Comment ne pas penser alors aux absurdes canons aryens imaginés par Hitler et sa bande d’abrutis du 3e Reich, pour qui, aveugles, sourds, muets, épileptiques et malades mentaux - même Allemands de naissance - ne correspondaient pas à l’idéal national-socialiste, et étaient dans le viseur de l’élite aryenne. Mais jusqu’où allait-on aller dans la destruction de ces vies germaniques qualifiées d’indignes, en y ajoutant là, sans aucun souci de nationalité, les Juifs !
« Nous pensions que le discours antisémite ne nous concernait pas, dit à ce moment de 1943, Gerhard Lentz. Mais lorsque l’on doit enquêter sur deux meurtres ritualisés de médecins du Régime nazi, alors que l’on est commissaire, mais aussi Juif Allemand, l’affaire se complique et la situation devient de la haute-voltige, fatale au moindre faux-pas. Sans oublier, l’équation irréversible et le marché cruel et sordide proposé à certains juifs par les « petites mains » du Reich : participer à la déportation d’innocents, pour ne pas être déporté (e) soi-même. La machine infernale de la Solution finale imaginée, structurée et pensée était bien en route malgré les bombardements des Alliés sur Berlin, mue par autant de fantômes pétrifiés de cette trahison ; gage aléatoire d’un simple sursis à la merci d’une radiation sans scrupule et sans préavis. Régis Descott nous embarque dans un bouquin passionnant entre grande Histoire et Polar, même si par moment, les phrases trainent en longueur amenant de la confusion à en perdre le fil, notamment par la présence récurrente des organismes officiels aux consonnances germaniques à rallonges amenant crédibilité certes, mais pas forcément nécessité dans un polar. On est néanmoins, dans un récit important pour l’Histoire où la recherche d’un meurtrier coupable en temps de guerre, nous entraine dans les méandres authentiques de cette période si noire. Et il nous saute alors aux yeux, toutes les similitudes cruelles avec l’époque actuelle à l’image des mollahs iraniens et des talibans d’Afghanistan qui interdisent jusqu’aux couples de danser en public… comme le prodiguait le dictateur pseudo-communiste Ceaucescu avant son exécution aux côtés de son épouse qui ne valait pas mieux en décembre 1989. « Non, Non, rien n’a changé ; tout, tout va continuer… chantent toujours les Poppies ! »

Jean-Pierre Tissier


 *** LA PETITE MENTEUSE de Pascale Robert-Diard

Editions l’iconoclaste. Sorti le 18 aout 2022. 288 pages. Tarif : 20€.
Le résumé. A quinze ans, Lisa est une adolescente en vrac, à la spontanéité déroutante. Elle a eu des seins avant les autres filles. Des seins qui excitent les garçons. Mais Lisa change et devient sombre. Elle semble en permanence au bord des larmes. Acculée par ses professeurs, elle finit par avouer. Un homme a abusé d’elle, plusieurs fois. Les soupçons se portent sur Marco, un ouvrier venu faire des travaux chez ses parents. Marco n’a jamais été longtemps avec une femme. Il a essayé les hommes. Il boit trop. Il écrit des lettres rageuses pour sa défense, pleines de points d’exclamation. Sans hésitation, Marco est condamné à dix ans de prison. Lors du procès en appel, Lisa est majeure. Elle débarque dans le bureau d’Alice, une avocate de la petite ville de province. Car elle préfère être défendue par une femme. Alice reprend le dossier de manière méthodique, cherche les erreurs d’aiguillages, les fausses pistes, celles qui donnent le vertige, puis découvre la vérité́. Avec l’histoire de Lisa, elle commence le procès le plus périlleux de sa carrière : défendre une victime qui a menti ! En plus de ses chroniques judiciaires publiées dans Le Monde, Pascale Robert-Diard est l’auteure de plusieurs ouvrages entre réalité et fiction. « Au départ, je voulais surtout raconter la déflagration du crime sur les autres dit-elle. Mais, petit à petit, cette dimension littéraire a pris de l’importance. »

Les moments solennels ne sont jamais comme on les imagine. 1195 jours de prison pour rien. Injuste et irréparable à jamais, pour un viol qui n’a jamais existé puni par un premier procès en Assises. « Pourtant, une jeune fille de 15 ans ne peut pas avoir inventé ça » dit-on spontanément aujourd’hui dans le tourbillon actuel de l’air du temps où chaque accusation de viol sonne comme une certitude irréfutable et où la présomption d’innocence est plutôt malmenée. Mais il arrive que les certitudes s’effritent et soient balayées, grâce à une avocate plus pugnace. Et le coupable tout désigné d’office devient alors victime, face à un jury de Cour d’Assises médusé où les mots vont résonner comme nulle part ailleurs. Une menteuse dans un affaire de viol, ce n’était vraiment pas le moment ! Voilà l’aventure peu banale que Pascale Robert-Diard grande journaliste Justice au Monde décrit en trempant pour la première fois sa plume dans l’encrier de la fiction, mais pour un roman aux accents de vérités visionnaires. Quelle plaidoirie adopter - à contrario de l’initiale - pour l’avocate de Lisa et celui de l’accusé devenu innocent et victime ? Les rôles sont inversés devant les jurés. Mais le plus dérangeant dans cette affaire, c’est de se demander pourquoi tant de gens ont eu envie de la croire lors du premier procès ? « J’ai menti pour me sortir de la merde, pour ne plus être la salope du collège et arrêter cette vidéo… a crié Lisa, ouvrant la porte de la vérité sur une époque où les nuances qui permettent de connaître les faits réels, le déroulé de l’histoire et le pourquoi, sont effacées au profit de la radicalité des tribus du oui ou du non, du pour ou du contre, alors qu’une enquête demande aussi de la subtilité, de l’écoute, de la pugnacité, de la compréhension et également une confrontation des protagonistes qui - étrangement et incroyablement - n’a jamais eu lieu.

Jean-Pierre Tissier

« Voilà comment une avocate démonte point par point les raisons qui ont fait qu’une adolescente accuse un homme de viol. En fait ce livre est le reflet de notre société actuelle et de notre époque avec les « féminisexistes », toutes ces femmes qui accusent d’agression le simple regard d’un homme. On est en plein changement de notre société et c’est vraiment passionnant car toute parole prononcée n’est pas toujours vérité. »

Muriel Gaillard

NDLR. Nous avions invité Pascale Robert-Diard au festival Blues & Polar en 2015 pour la sortie de son livre « La Déposition » consacré à l’Affaire Agnelet. Mais étant de permanence au Monde en août, elle n’avait pas pu honorer notre invitation. En 2023 peut-être, maintenant qu’elle a dépassé la réalité pour alimenter la fiction ? En effet, la journaliste du Monde a écrit là une histoire universelle et prémonitoire, puisque l’actualité récente vient de dépasser la fiction, en devenant réalité judiciaire le 12 décembre 2022, avec un fait similaire remontant à 1998 à Hazebrouk. Ainsi, Farid El Haïry avait été accusé de viol et d’agression sexuelle sur Julie. D, une mineure de 15 ans. Renvoyé devant la Cour d’Assises des mineurs du Nord, il avait été jugé coupable et condamné en décembre 2003 à cinq ans de prison, dont quatre ans et deux mois avec sursis. Depuis, il n’a jamais cessé de plaider son innocence. La Cour de Révision vient de le blanchir officiellement de toute accusation après une lettre de la plaignante reconnaissant qu’elle avait menti, envoyée au procureur de la République. Une décision rarissime. C’est la douzième de l’Etat français depuis 1945 !



  *** LES GENS DE BILBAO NAISSENT OU ILS VEULENT de Maria Larrea


Editions Grasset. Tarif : 20€. 224 pages.
Le résumé. L’histoire commence en Espagne, par deux naissances et deux abandons. En juin 1943, une prostituée obèse de Bilbao donne vie à un garçon qu’elle confie aux jésuites. Un peu plus tard, en Galice, une femme accouche d’une fille et la laisse aux sœurs d’un couvent. Elle revient la chercher dix ans après. L’enfant est belle comme le diable, jamais elle ne l’aimera. Le garçon, c’est Julian. La fille, Victoria. Ce sont le père et la mère de Maria, notre narratrice. Dans la première partie du roman, celle-ci déroule en parallèle l’enfance de ses parents et la sienne. Dans un montage serré champ contre champ, elle fait défiler les scènes et les années : Victoria et ses dix frères et sœurs, Julian fuyant l’orphelinat pour s’embarquer en mer. Puis leur rencontre, leur amour et leur départ vers la France. La galicienne y sera femme de ménage, le fils de pute, gardien du théâtre de la Michodière. Maria grandit là, parmi les acteurs, les décors, les armes à feu de son père, basque et révolutionnaire, buveur souvent violent, les silences de sa mère et les moqueries de ses amies. Mais la fille d’immigrés coude son destin. Elle devient réalisatrice, tombe amoureuse, fonde un foyer, s’extirpe de ses origines. Jusqu’à ce que le sort l’y ramène brutalement. A vingt-sept ans, une tarologue prétend qu’elle ne serait pas la fille de ses parents. Pour trouver la vérité, il lui faudra retourner à Bilbao, la ville où elle est née. C’est la seconde partie du livre, où se révèle le versant secret de la vie des protagonistes au fil de l’enquête de la narratrice. Stupéfiant de talent, d’énergie et de force, nous happe dès le premier mot. Avec sa plume enlevée, toujours tendue, pleine d’images et d’esprit, Maria Larrea reconstitue le puzzle de sa mémoire familiale et nous emporte dans le récit de sa vie, plus romanesque que la fiction. Une histoire d’orphelins, de mensonges et de filiation trompeuse. De corrida, d’amour et de quête de soi. Et la naissance d’une écrivaine.
« Voilà un livre intense très bien écrit, avec une écriture fluide qui remet en mémoire une période tragique du Régime dictatorial de Franco qui faisait enlever des nourrissons à leurs mères pour les placer dans de « bonnes familles ». Ce livre est la recherche de cette enfant devenue adulte pour retrouver cette mère dans l’Espagne d’aujourd’hui. Un très beau roman.

Muriel Gaillard


  *** UN COUP DANS LES URNES de Julien Hervieux

Editions Filature(s). Collection Alibi. 224 pages. Sorti le 6 janvier. Prix : 20€.
Le résumé. Malik le dealer et Sam le conseiller marketing forment un duo de choc pour écouler de la cocaïne dans les milieux branchés parisiens depuis leur Q.G. de banlieue. Découvert dans Sur les rails, le duo est cette fois confronté à des problèmes d’un autre ordre... Madelon, personnalité politique en vue, débarque dans « leur » cité des Deux- Chênes et leur propose de fermer les yeux sur leurs affaires... en échange de voix pour les prochaines élections. Si les deux partenaires n’ont aucune envie de se laisser marcher sur les pieds, ils vont vite se retrouver obligés de coopérer. Et ça ne leur plaît pas du tout. Ils vont alors devoir composer avec du chantage, de la corruption et du bourrage d’urnes. Et, peut-être, se débrouiller pour s’en sortir la tête haute - et les poches pleines - mais au prix de nouveaux sacrifices. Lorsque l’économie souterraine de la drogue rencontre le monde politique et les médias, forcément, les dégâts sont au rendez-vous...
« Ce livre est un condensé de magouilles qui existent bel et bien dans le monde politique surtout au moment des élections municipales, ou autres, et même pour la Présidentielle où certains partis pour avoir des voix, passent des accords avec les cités. Et tout ce petit monde se retrouve « copain comme cochon » car tout le monde y trouve son intérêt. Sauf si ce n’est qu’aux prochaines élections, tu ne penses plus aller voter. Ce qui complique les choses… Mais comme on peut le lire dans ce livre « Tout va bien dans le meilleur des mondes » ... Un vrai plaisir de lecture ! »

Muriel Gaillard


  *** LE TUEUR AU CAILLOU de Alessandro Robecchi

Editions de l’Aube. Traduit de l’italien par Paolo Bellomo et Agathe Lauriot dit Prévost. 432 pages. Prix : 22€. En librairie le 3 février 2023
Le résumé. Cela se passe à Milan, presque dans le centre-ville, et pourtant ça sent la banlieue, dans une sorte de cité qu’on appelle La Caserne. Une densité de population effarante, plus de six mille appartements HLM, si vétustes que la mairie préfère ne pas les rénover. Un de ces lieux dont la presse et les JT ne parlent que lorsqu’il est question de sécurité ou de racisme. À quelques kilomètres de là, dans une rue d’un quartier cossu, un riche entrepreneur sexagénaire est tué de deux coups de pistolet. Alors que la presse et l’équipe officielle d’investigation cèdent au racisme ordinaire, Carlo Monterossi finit par trébucher lui aussi sur l’affaire et apprend qu’un homme, mort en prison récemment, en savait long sur la victime... « La virtuosité de l’intrigue donne à la voix de ce volume une courbe toute particulière, entre Chandler et Benni, oscillant entre comédie et tragédie, comme un blues déchiré d’un coup par un rock des Balkans. » pour Il Fatto Quotidiano. Alessandro Robecchi a été éditorialiste pour le quotidien Il Manifesto et l’une des plumes de Cuore, l’un des plus importants hebdomadaires satiriques italiens. Il est l’auteur d’une série de romans policiers publiés par Sellerio, l’éditeur de Andrea Camilleri, dont l’Aube a déjà publié Ceci n’est pas une chanson d’amour et De rage et de vent.
“Voilà un livre très agréable à lire car l’histoire tient la route pleinement et l’écriture est plaisante, pleine de bons mots, de références à Bob Dylan également ainsi qu’aux mœurs italiennes et à des évènements de l’actualité en Italie. Deux mondes s’y affrontent : les riches et néo-riches qui écrasent les autres pour monter plus vite et les pauvres qui ne pensent qu’à survivre. Bref, la vie actuelle en quelque sorte ! Ce roman reflète bien toutes les magouilles politiques révoltantes et odieuses mises en place, face à un peuple qui essaie de garder la tête hors de l’eau. Tout cela autour d’une passionnante intrigue policière."

Muriel Gaillard


  **** « ENTRE DEUX MONDES » de Olivier Norek.

De la jungle du 9.3 à celle de Calais. - Lauréat du Coup de cœur Blues & Polar en 2014 avec « Territoires » consacré à la jungle du 9.3, Olivier Norek nous prend à contre-pied cette fois, avec « Entre deux mondes », un ouvrage en forme d’aventure, malheureusement contemporaine, pour ceux qui habitent dans le 6.2 ; dans cette zone mouvante du Pas-de-Calais devenue frontière avec l’Angleterre sur le sable de ses propres dunes du Cap Gris-nez à Grand-Synthe, au lieu de l’être au beau milieu de la Manche ou à Douvres comme le voudrait la logique. Merci M. Sarkozy des Accords du Touquet !!!
Le rêve de la perfide Albion à portée de regard pourtant (par temps clair), mais si lointain pour tous ceux, qui exilés de Syrie, Lybie, Soudan, Afghanistan, Érythrée, Irak…. cherchent à passer par tous les moyens pour y rejoindre une famille ou trouver un sous-emploi à bas coût.
« A la fin, il faudra regarder tout ce qu’on a accepté de faire. Et ce jour-là, je refuse d’avoir honte. » Les mots d’un flic de Calais.
Car si tout un chacun de l’Union européenne – que la Grande-Bretagne veut pourtant quitter – peut aller faire ses soldes pour le Boxing day du 26 décembre avec sa simple carte d’identité, et rentrer le soir même en France, d’autres prennent des risques insensés au péril de leur vie pour franchir la Manche rejoindre clandestinement ce Graal qu’est Londres pour des milliers de migrants. Mais auparavant, tous auront passé des mois dans cette jungle - démantelée en octobre 2016 - dans laquelle Olivier Norek s’est immergé loin de la Seine-Saint-Denis, mais avec autant de réactions fauves et violentes flashées au fil de ses pages… Une histoire au sein du quotidien de la BAC de Calais qu’il décrit avec acuité grâce à son savoir-dire et faire, simple et efficace. Norek lève ainsi le voile sur les incongruités d’un système capable de larguer 2 M€ de grenades lacrymogènes sur les migrants en 2016 pour protéger les chauffeurs des poids-lourds en partance pour ’Angleterre, et dégager les barrages et barricades installés sur la route ; tandis qu’on découvre qu’après les passeurs de Méditerranée qui larguent des flots de migrants par centaines sur de vieux Zodiac rafistolés, ceux de Calais ne sont en fait que des voleurs-racketteurs qui ne font rien que voler les rares économies restant en poche des candidats au voyage... pour les autoriser à monter dans un camion, sans aucune garantie ! Comme des bandits de grand chemin. Les Afghans s’y taillant la part du lion, en régnant tels une véritable mafia sur ce noir commerce. Ajoutons-y le rôle obscur - mais bien réel - de quelque loup solitaire islamiste cherchant à convaincre les âmes faibles de jouer les terroristes pour Daech... Et vous obtiendrez-là tout ce qui fait le miel de la politique française actuelle et à venir en ce qui concerne le flot des migrants, qu’on accueille... ou qu’on ignore ? Vaste question souvent épidermique ! Il suffit de la poser pour comprendre, qu’on soit au zinc d’un bar, en famille, ou invité sur un plateau TV... À la différence, qu’Olivier Norek a pris le temps - en s’immergeant nuit et jour durant un an - de comprendre ce qui nourrissait ce monde à feu et à sang qu’était la jungle de Calais, désormais rasée de près.

Jean-Pierre Tissier

* « A mon grand-père Herbert Norek migrant silésien devenu citoyen français. » « Les romans d’Olivier Norek sont toujours aussi percutants. Avec son dernier ouvrage « Entre deux mondes », Norek nous entraine à la suite d’un émigré syrien dans la jungle de Calais, territoire barbare s’il en est, et nous y fait découvrir des us et coutumes tous plus brutaux les uns que les autres. Heureusement que l’entraide parvient, parfois, à y survivre ! Olivier Norek a l’incroyable faculté de nous promener dans des univers qui nous seraient autrement inaccessibles et ses romans nous laissent des sensations aussi fortes que de vrais souvenirs de voyage... Du grand art, même si la fin est âpre, car vous ne sortirez pas indemne de cette lecture-là ! »
Aude Locher



  **** NOUS SOMMES LES VOIX DES MORTS

de Jean-Marie Montali (Editions du Cherche-midi). - Jean-Marie Montali, grand reporter, ancien directeur de la rédaction du Figaro Magazine, puis du Parisien et Aujourd’hui en France a recueilli des témoignages bouleversants auprès des derniers déportés. Ces femmes et ces hommes qui ont survécu à Auschwitz, et autres camps de la mort témoignent pour les siècles des siècles… Amen !
JPEG - Du Blues, ô que oui ! Comme celui que chantaient les esclaves noirs dans les champs de coton du Delta du Mississipi, fouettés, pendus aux arbres (le poignant Strange fruits de Billie Holiday) par le Ku Kux Klan parce que noirs. Du polar pas vraiment ! Mais certains livres se doivent d’être mis en lumière par simple devoir de mémoire, de conscience et d’humanité ; car quand la mémoire s’estompe, il faut bien quelque journaliste courageux et curieux (toujours !) pour recueillir des voix qui vont s’éteindre, forcément, inexorablement, l’âge aidant !
C’est à Haïfa en Israël, Rue Kassel qu’on surnomme aussi la rue des Survivants, que Jean-Marie Montali débute son récit poignant d’entretiens qui nous tordent les tripes à l’évocation de ce qu’ont pu subir six millions de personnes entre 1933 et 1945, coupables d’être Juives… Tout simplement ! Incroyablement ! Le sourire triste de Shoshana et ses 101 ans nous accueille dans ce lieu – le seul au monde - voué à celles et ceux qui ont survécu à la Shoah, mais n’ont plus rien aujourd’hui. « Quels mots choisir pour décrire une horreur que l’humanité n’avait jamais connue auparavant. Lesquels choisir pour être crédible » écrit Jean-Marie Montali avec une tendresse infinie se souvenant de la phrase de Marcel Camus « Mal nommer les choses ajoute aux malheurs du monde ». Auschwitz, Büchenwald, Dachau.., ces noms propres sont devenus sales, putrides, nauséabonds, et tachés de sang quand il en restait encore dans les veines des hommes, femmes, enfants et bébés qui y arrivaient dans des wagons, comme des bestiaux partant à l’abattoir. « Jamais, depuis plus de trente ans de journalisme, je n’ai jamais été aussi ému » confie l’auteur. Et on le comprend aisément à la lecture des chiffres qu’il donne en ouverture de ce livre d’histoires aux titres de contes Le Miraculé du Danube , La Petite fille de la forêt, L’Enfant qui dessinait la vie , La Petite fille aux pieds nus, mais qui deviennent bientôt, rejoints par l’horreur : L’âme morte de Büchenwald, Les Martyrs de lasi , Enfants cachés ou enfants volés et enfin : Dieu est mort à Auschwitz. Cette mort en masse, planifiée, programmée, industrialisée, et finalement réalisée interpelle au plus haut point et met mal à l’aise. 42 500 camps nazis de toutes tailles ont été répertoriés dans toute l’Europe de 1933 à 1945. 15 à 20 millions de personnes y ont été recensées. 1150 ghettos juifs, 30 000 camps de travaux forcés, 980 camps de concentration, 500 bordels où les femmes servaient d’esclaves sexuelles…
Comment la mayonnaise nazie a-t-elle pu prendre à ce point et dans toute son horreur, les SS des camps de la mort marquant les prisonniers comme du bétail en leur tatouant un numéro sur l’avant-bras ? Et c’est en survivant dans les bois, souvent comme des bêtes que ces enfants de l’époque se sont sauvés, lêchant le sang d’une bête blessée pour survivre au milieu d’une ruelle au cœur du ghetto de Varsovie. De ces voix en partance vers l’oubli, Jean-Marie Montali redonne vie, car l’horreur est encore aujourd’hui, parfois au bout de la rue. Comme pour Mireille Knoll qui avait échappée à la rafle du Vel d’hiv, assassinée – parce que Juive – le 23 mars 2018 à Paris à son domicile. Elle avait 85 ans. Un livre poignant qu’on serre longuement sur le cœur en le finissant.

Jean-Pierre Tissier


  **** LA FEMME DE MÉNAGE de Freida Mc Fadden

Thriller. Sorti le 4 janvier 2023. City éditions. 368 pages. Prix : 19,95€.
Le résumé. Chaque jour, Millie fait le ménage dans la belle maison des Winchester, une riche famille new-yorkaise. Elle récupère aussi leur fille à l’école et prépare les repas avant d’aller se coucher dans sa chambre, au grenier. Pour la jeune femme, ce nouveau travail est une chance inespérée. L’occasion de repartir de zéro. Mais, sous des dehors respectables, sa patronne se montre de plus en plus instable et toxique. Et puis il y a aussi cette rumeur dérangeante qui court dans le quartier : madame Winchester aurait tenté de noyer sa fille il y a quelques années. Heureusement, le gentil et séduisant monsieur Winchester est là pour rendre la situation supportable. Mais le danger se tapit parfois sous des apparences trompeuses. Et lorsque Millie découvre que la porte de sa chambre mansardée ne ferme que de l’extérieur, il est peut-être déjà trop tard.
« La lecture de ce livre me fait penser à une journée d’orage. Au loin les nuages noirs commencent à venir, puis l’orage arrive. Le tonnerre gronde, li y a de éclairs cinglants et grésillants, la grêle tombe saccadée par vagues sonores… Puis le calme revient, le soleil fait son retour, mais l’orage s’est déplacé plus loin. Ce livre est un thriller psychologique dans le vrai sens du terme. Dès le début on accroche, on tressaille, on vibre et on attend la suite avec impatience. Tout est dans les mots et dans l’ambiance. Fascinant ! »

Muriel Gaillard


  **** TORDRE LA DOULEUR d’André Bucher

Éditions Le Mot et le reste. 158 pages. Tarif : 15.00 €.
Le résumé : Bernie et sa femme ne se remettront pas de la mort soudaine de leur fils. La douleur a eu raison de leur histoire. À quelques encablures de là, Sylvain et Élodie jouent de malchance lors des premiers remous du mouvement des gilets jaunes. Dans un accès de panique, cette dernière a mortellement renversé la mère du jeune garagiste, qui devra lui aussi composer avec le deuil. Plus bas dans la vallée, Édith fuit vers l’inconnu. Son compagnon a levé une fois de trop la main sur elle, mais le hasard la mènera sur la route de Bernie, ermite devenu sauveur. Dans ce nouveau roman, André Bucher déploie une galerie de personnages, réunis dans le chagrin lors d’une éprouvante période hivernale. Mais le hasard des chemins des Alpes-de-Haute-Provence les rassemblera, leur offrant un espoir de guérison, une chance de tordre la douleur

Destins d’hiver au cœur du Jabron. La forêt est une entité enjambant les époques, et pour André Bucher qui s’y est niché depuis toujours pour cultiver son jardin, la Vallée du Jabron, austère, pentue, décharnée mais grandiose, représente pour lui comme un Grand canyon synonyme d’aventures et de destins ruraux. De ceux, qui entre garages improbables du bout du monde et cabanes peuplées de chouettes ou autres chauves-souris, font des films sublimes sur la nature. A l’image du merveilleux Into the wild de Sean Penn. Avec en toile de fond sonore, un vieil air de J-J Cale ou Léonard Cohen qui résonne. Mais dans ce paysage mystérieux où les cerfs et les toiles argentées par le froid céleste semblent descendre en rappel de la Voie lactée, il faut savourer chaque mot d’André Bucher comme une gourmandise.
Et se lire à haute voix – intérieurement - chaque phrase sculptée de ces mots charnus à l’envi pour s’en repaitre pleinement.
Car ici les intrigues sont avant tout montagnardes, même si la ville n’est pas loin sans pour autant convaincre si ce n’est le temps d’un verre (ou plus) au bistrot. On s’y accroche pourtant, rudement parfois, à la façon rugueuse des paysans, des solitaires, des chômeurs complotistes sur les bords qui chargent un peu trop sur le jaune, et des femmes, silencieuses, dociles ou rebelles dont la vie change un jour sur un coup de dés ou un coup de tête…
Le temps s’y déroule lentement au rythme des oiseaux qui piaillent, avec parfois le bruit d’une roche qui se brise en se détachant de la falaise ou celui d’un fusil qui claque dans la forêt et chasse l’intrus…
A quelques encablures du polar, André Bucher nous entraine toujours dans le même décor depuis des lustres, mais on ne se lasse pas de traverser les ruisseaux, les orages, les tempêtes de neige, les sous-bois moussus où les chanterelles font un tapis ocré, et suivre les pas de ces destins d’hiver qu’il dépeint si bien. Tel un peintre tenant une palette où les verts et les roux abondent, avec quelques touches de jaune pour donner la vie. « Que pouvait encore espérer le vieil homme, écrit-il. Sinon chanter le blues ? »

Jean-Pierre Tissier


  **** UN COURT INSTANT DE GRACE d’André Bucher

(Editions Le Mot et le reste) - Lorsqu’il parle de la nature et de son infinie diversité de formes, de couleurs, de montagnes et de forêts, André Bucher, le poète-paysan de la Vallée du Jabron - entre Drôme méridionale et Alpes-de-Haute-Provence - sème et disperse les mots sur le papier vierge et immaculé, comme des nuances de tons fauves et sauvages. Telle une poésie sifflée aux vautours, gerfauts, renards, truites, sangliers et autres chevreuils et cervidés.

A l’image du peintre Luc Gerbier face à ses toiles géantes sur les hauteurs de Montjustin, aux confins du Luberon oriental, en y associant l’imaginaire des nuages, cygnes-cumulus et grues-nimbus, pour mieux faire apprécier au monde toutes les chimères qu’il visionne chaque matin et soir sur ces crêtes enchantées lorsqu’elles sont balayées par pluies et tempêtes...
Mais au-delà de ses descriptions fouillées et lyriques, avec une pointe d’humour et d’ironie néanmoins çà et là, André Bucher aime à y associer cette vie quotidienne des solitaires bergers, bûcherons, fermiers… épars sur ses flancs rocheux comme un tapis de chanterelles. Tapis dans ces hautes vallées bas-alpines, du Jabron,du Laverq, en passant par La Blanche, Le Bès, et les Gorges du Trévans.
Car il y a toujours eu en ces lieux depuis des dizaines d’années – et bien que ce ne soit qu’un roman de fiction - un projet véreux pour l’environnement à y naître, nocif pour les forêts, la nappe phréatique, l’air, la santé publique…. Avec pour pendant dans la balance, une potentielle création d’emplois.
Enfouissements de déchets ultimes, coupes de forêt tous azimuts pour créer de la biomasse… afin de faire de l’électricité pour palier la fin des mines à Gardanne, sans se soucier du sort de ceux qui y habitent depuis des lustres et occupent l’espace tels des indiens… générant la venue d’autres vautours, charognards des grands espaces sans scrupule pour acquérir des terres agricoles. André Bucher, en impressionniste des mots nous fait vivre intensément, mais tout en nuances, une année en immersion totale dans le monde paysan des hautes vallées, là où la communion avec la nature est totale. Pas celui des vastes plaines de la Beauce où l’on sulfate et récolte quasiment en vaisseau spatial avec combinaison de haut vol. Mais celui de la trame verte et mordorée des vallées alpines et méridionales, avec toute la complexité et la poésie qu’elles dégagent, avec la crainte et la terreur au ventre lorsque la montagne gronde. Si les marins sont humbles en mer, les paysans-montagnards le sont aussi au cœur de la roche jamais vraiment domestiquée. Avec une avalanche de noms d’oiseaux, d’arbres, de fleurs…
André Bucher nous fait découvrir un monde qu’il veut nous faire aimer et respecter, parce qu’il est la vie tout simplement avec pour devise gravé sur un fronton de chêne : amour, partage et transmission. Il faudra néanmoins attendre une bonne centaine de pages, avant qu’il nous sorte – comme à son habitude - une pépite musicale des Rolling Stones, l’album Exile on main street et nous glisser un peu plus tard, après avec écouté Sweet Virginia, la phrase qui résume tout André Bucher : Il faut savoir écouter son cœur et inventer sa vie plutôt que s’épuiser à la gagner.
Du Bucher fidèle à lui-même, et qu’on a envie de relire dès la dernière ligne, tant il nous remet les pieds sur terre au cœur d’un monde de plus en plus fou, ayant perdu le sens de la vie.

Jean-Pierre Tissier


  **** TANGO À LA ROMAINE de Philippe Carrese +

Editions de l’Aube.
Après Virtuoso obstinato (2014), Retour à San Catello (2015) et La Légenge Bélonore en 2016, Philippe Carrese revient - enfin ! - à sa passionnante saga piémontaise après une année de réflexion sur L’Histoire de l’humanité en 2018 qui l’a éloigné du polar à la Marseillaise de jadis, mais pas de l’humour noir et grinçant dans lequel il excelle ; façon cinoche rital des années 70 comme Affreux, sales et méchants ou du Bal d’Ettore Scola...
- Avec Tango à la Romaine, Philippe Carrese nous entraîne en mai 67 à Rome, sur les bords du Tibre, quand certains Italiens de tous poils et toutes conditions, attirés par l’Extrême Gauche, y préparent des attentats spectaculaires sous l’égide du Potere rosso (Pouvoir rouge), alors que les Américains et leurs Services secrets installés dans la Botte depuis la chute de Mussolini et la Seconde Guerre mondiale, sont sous haute pression internationale ; englués qu’ils sont par le conflit du Vietnam, tout en étant perçus comme des envahisseurs par les rescapés des vieilles cellules communistes italiennes réunissant ouvriers et étudiants.
Au beau milieu de ce peuple agité, méfiant, et et toujours infesté de rivalités intestines, on retrouve un Pietrino Belonore descendant du Patriarche de San Catello (1er tome de la Saga) qui a toujours en mémoire le viol de sa mère, alors qu’il avait six ans, par trois GI américains au moment de la Libération , et le départ mode fissa-fissa de son géniteur marseillais justicier et vengeur Charles Ceseran pour l’Amérique, sous le patronyme italien de Carlo Ceserano.
C’est là le début d’une nouvelle aventure haletante et débridée, dans laquelle Zefirino le chiffonnier de Petrala échafaude sa vengeance après la mort de sa mère « littéralement explosée » par un cartable miné diaboliquement installé sous un pont, mais qui ne lui était pas destiné. De ce « dommage collatéral » s’ensuit une passionnante chasse aux auteurs présumés, au Potere rosso, aux faux-culs de toutes sortes, ponctuée de bifurcations américaines et romaines imprévues comme l’amour au coin d’une rue, la sortie du disque des Beatles Sgt Pepper’s ou la Guerre des 6 jours en Palestine qui accaparent l’actualité de la presse au détriment du cartable miné du Pouvoir rouge pris pour un simple péripétie.
JPEG Une nouvelle fois, Philippe Carrese nous guide avec bonheur et gourmandise avec ses mots empreints de lumière du sud, pour finir Outre-Atlantique au cœur du Bronx, marchant comme un funambule aguerri sur le fil ténu qui joint depuis les origines de l’Amérique, les terres calabraises, mafieuses aux méandres de la politique américaine prête à toute les compromissions pour éliminer le mal collectivisme venu de l’Est...
Bon sang, quel film formidable ferait cette saga dont on sent la patte du Carrese cinéaste réalisateur talentueux de Malterra, Liberata et L’Arche de Babel, derrière les mots. Autant de films mêlant histoire, passion, et analyse hors des sentiers battus pleine de justesse et de vérités oubliées ou méconnues. Mais il nous manque encore le tome 5 !
*** Nous n’aurons jamais la suite de cette saga si passionnante ; Philippe Carrese notre ami et parrain historique du festival Blues & Polar s’en est allé rejoindre les étoiles en juin dernier... Bien trop tôt, « Mon vié, qu’il disait ! »

Jean-Pierre Tissier


  **** UN DERNIER BALLON POUR LA ROUTE

de Benjamin Dierstein. Édition Les Arènes. Collection Equinox.
Le résumé. Viré de l’armée, viré de la police, viré d’une boîte de sécurité privée, Freddie Morvan vivote de petits boulots. Pour rendre service à un ami, il se met sur la piste d’une enfant enlevée par des hippies. Avec Didier, qui manie aussi bien les bouteilles que les armes, Freddie parcourt la France jusqu’au village de son enfance. Il y rencontre des propriétaires terriens mélancoliques, des apaches héroïnomanes, des chasseurs de primes asociaux, des clochards célestes, des fillettes qui parlent avec les loups, des chèvres dépressives, des barmaids alcooliques, des ouvriers rebelles, des trappeurs zoophiles, des veuves anarchistes, des médecins écervelés, des charlatans suicidaires, mais surtout des vaches mortes, beaucoup de vaches mortes. Western de la France des PMU et des ronds-points, Un dernier ballon pour la route est un roman drôle et désespérant, oscillant entre Bukowski, Crumley, Coluche et Debord, avec une bonne dose d’humour noir. Une révélation.
« Sûr que le ton n’est pas très académique, et ressemble plutôt à celui du commissaire San Antonio mis en musique par les Garçons Bouchers, avec les mots de l’inspecteur Bérurier rappés par NTM. Loin de Verlaine, Rimbaud, et des beaux parleurs, on entre ici de plain-pied dans l’univers de la cloche et des pochtrons, des Pastaga-Suze puissance 3 et des cornichons, des punks à chiens et des mots débités à la tronçonneuse, du speed et des rails de snif sur le capot des bagnoles. Les maisons sont des baraques en ruines, des squats, des caves délabrées où ça sent la sueur, la peur, la drogue, le cul et les chaussettes jamais lavées. Du moisi à jamais, mais des histoires de vie quotidienne que bien des gens, devenus épaves, connaissent aujourd’hui, bien avant la fin du mois. Benjamin Dierstein est assurément un OVNI dans l’univers du polar, et constitue la bonne surprise de ce début d’année 2021, même s’il faut un temps d’adaptation (très court) pour s’adapter au texte et au style. On entre alors dans un bled du trou-du-cul du monde, comme il y en a à la pelle en France aujourd’hui, plein de commerces fermés, de gens hagards et oubliés, mais où le bar – bien avant l’église – subsiste encore comme un phare en pleine mer, et où les histoires de familles finissent mal, mon Général ! On y débarque entre loups égarés en forêts et vaches mortes dans les prés. Le langage y est vert-de-gris, mais on se marre et on se bidonne, comme rarement de nos jours. Et bon sang de bon sang, que ça fait du bien ! Entre les virées ratées des Pieds nickelés et les bastons style Mad Max, en passant par P’tit Quinquin, série nordiste culte diffusée sur Arte où les vaches tombent du ciel, les clins d’œil pleuvent comme les balles à Gravelotte en 1870. Un dernier ballon pour la route deuxième bouquin de Benjamin, est un petit bijou de lecture, comme un dessert à savourer d’une traite ou lentement. Ça trinque, ça retrinque ; belote, rebelote ; et dix packs de Kro pour faire la route… « J’ai voulu rendre hommage au western. » dit Benjamin Dierstein. Et c’est plutôt réussi ! »

Jean-Pierre Tissier

« J’ai souvent entendu l’expression »Le dernier et on ne se connait plus…« et ici on y est avec des détectives privés très Pieds Nickelés, comme un road-movie jubilatoire avec des escales hautes en couleurs dans les troquets de Province. J’ai vraiment aimé l’atmosphère et les dialogues. »

Jean-Jacques Rousseau


  *** LE PARRAIN ET LE RABBIN DE SAM BERNETT

(Editions du Cherche-midi)
- Les noctambules invétérés et passionnés de rock et de radio dans les années 70-80 se souviennent avec émotion de Georges Lang (RTL), Claude Villers et Jean-Pierre Lenoir (France-Inter) et de Sam Bernett sur Europe 1. Quatre journalistes bilingues habités d’une grande passion musicale outre-Atlantique et anglo-saxonne qui nous ont fait découvrir - nous, enfants du baby-boom - les concerts en « live » retransmis en direct de Détroit, Chicago ou Londres ; sans oublier la diffusion de morceaux pas encore sortis en France à l’heure où l’on roulait sur la route au-delà de minuit, tous feux allumés et cigare au bec... Mais Sam Bernett, créateur des deux clubs mythiques que furent le Rock’n’roll circus et de la Tour de Nesles à Paris, n’a pas oublié qu’il a débuté dans le journalisme à New York au fameux New York Times. Et après plusieurs biographies d’artistes (Renaud, Coluche, et Jim Morisson), il vient d’écrire un véritable roman proprement incroyable et passionnant : Le parrain et le rabbin". Et il y a fort à parier qu’il y a beaucoup de lui-même dans cette histoire insensée que seule une guerre peut parvenir à donner naissance... Car dans Sam il y a du Samuel, et de là vraisemblablement toute l’origine de cette épopée de gamins juifs cachés dans une école de Milan en Italie, et qui pour échapper à une rafle de l’armée allemande et des fascistes italiens, le 15 novembre 1943, décident de partir en pleine nuit, vers la frontière suisse, guidés par un rabbin charismatique au nom imprononçable. Mais avancer dans la neige en altitude devient vite une vraie galère... C’est là que l’Histoire (avec un grand H) nous rejoint via l’existence du Rescue comitee chargé en 1943 à New York de sauver les Juifs de l’holocauste. Mais comment faire pour agir à des milliers de kilomètres de l’Italie ? Sam Bernett, dans un style fait de phrases courtes et de mots bien sentis, nous entraîne dans une aventure passionnante où la seule issue de secours pour ces gamins coincés dans un refuge de montagne, débouche finalement sur une sollicitation... de la mafia italienne ! A se damner et à manger son chapeau et ses tresses ; mais après avoir avalé un camion de couleuvres, ça marche !
Le parrain Bonano vacille.... sur 150 pages. Un livre à dévorer avec bonheur, et qui pourrait bien valoir un film un jour, tant les anecdotes vraisemblablement authentiques, comme cette histoire de vendre des poux pour éviter à certains d’aller au front, sont riches en imaginaire et en émotion.

* Sam Bernett a animé les ondes d’Europe 1 pendant cinq ans, mais il a surtout été le grand maître des émissions rock sur RTL pendant vingt ans de 1966 à 1986. Outre les clubs fantastiques que furent le Rock’n’roll circus et la Tour de Nesles, car c’est là que se passait l’actualité musicale aux environs de 1968, il a participé également à la naissance du Bus Palladium, puis bien plus tard à la naissance de la radio RFM dont il fut un des fondateurs avec l’ami Alain Rivet installé à Volx, et fidèle de Blues & Polar.

* Sam Bernett a participé par deux fois au festival Blues & polar à Manosque pour ses ouvrages sur Jim Morisson, chanteur des Doors qu’il a découvert en état de mort dans les toilettes du Rock’n’roll circus. Mais l’histoire (modifiée par des personnages troubles) a retenu qu’il est mort d’une overdose dans sa baignoire...

Jean-Pierre Tissier


  **** « QUI A TUÉ L’HOMME-HOMARD ? » de Jean-Marc Erre.

(Éditions Buchet-Chastel). Margoujols, petit village reculé de Lozère, abrite depuis 70 ans les rescapés d’un cirque itinérant qui proposait un « freak show » (spectacle d’horreur) avec femme à barbe, sœurs siamoises, homme-éléphant, nain, colosse...L’histoire s’ouvre sur la découverte du cadavre atrocement mutilé de Joseph Zimm, dit « l’homme-homard ».
« Franchement, on en pince pour lui ; et pas qu’un pneu ! Jean-Marc Erre dont le nom incite à suivre les pas du Promeneur solitaire, nous propose une balade sur le chemin du délire verbal entre Bobby Lapointe, Boris Vian et Groland. Et là, en nous faisant pénétrer dans l’univers de « Freaks » - extraordinaire film en noir et blanc de 1932 – c’est comme si l’on soulevait le coin du rideau rouge d’un vieux théâtre de province, et que l’on participe à la pièce qui s’y joue - sans y avoir été invité - , dans le rôle de l’acteur, du voyeur et du gendarme. On jubile à chaque page tant le verbe a de la verve, et la femme à barbe, des moustaches. Freaks, c’est chic et choc à la fois, à l’image de la série totalement déjantée « Min p’tit quinquin » sur Arte où les vaches du Pas-de-Calais tombent du ciel avec un cadavre humain à l’intérieur… Manque plus que Carpentier passant par-là (ça, c’est pour les initiés !). Mais ici, on est en plein Gévaudan, pays de la Bête jadis, la brousse de chez la brousse, comme en Berry profond ou en Picardie très sauvage, avec des cadavres démembrés, coupés en morceaux, au cœur d’une enquête cosmique menée par Julie, la fille du maire, handicapée sévère, montée sur roulettes, majeur toujours levé, mais relié à un cerveau carburant au kérosène. Et qui rêve de devenir écrivain, ou vaine comme l’enquête qui avance, piétine, re-avance, re-piétine… mais nous fait tordre de rire à chaque feuillet. Le secret des sœurs siamoises était bien gardé car même avec des jumelles infra-rouges, on n’y aurait vu que du feu… Ah, j’en ai peut-être trop dit. Un livre formidable pour passer de bonnes vacances que François Busnel avait chaudement recommandé dès sa sortie, en invitant Jean-Marc Erre dans sa « Grande Librairie » sur France 5. Gaffe quand même si vous êtes en Gévaudan ! "

Jean-Pierre Tissier


  *** MÉMOIRES DE MAISONS BLANCHES de ARNAUD ROZAN.

Parution le 12 janvier 2023. 256 pages. Prix : 20€ Editions PLON.
Arnaud Rozan était un de nos cinq « Coup de cœur Blues & Polar /Comtes de Provence 2022 » avec « L’unique goutte de sang », son premier roman.
Le résumé. La vieille femme aux yeux d’ambre a attendu que souffle le vent. « Approche, que je te conte les aventures d’une reine. » Elle est venue, ses mots ont dû l’atteindre… Le jour de l’investiture du président des États-Unis, alors que la voiture présidentielle remonte Pennsylvania Avenue jusqu’au Capitole, une vieille femme parvient à s’approcher de Joe Biden. C’est une clocharde, il la connaît. Elle lui montre ses mains. Il pleure. Une histoire les relie. Avant de monter à la tribune où il prononcera son discours d’investiture, il doit encore apprendre d’elle une chose qu’il ignore. Alors seulement, il pourra entrer à la Maison Blanche.
Deux ans et demi après l’assassinat de George Floyd et deux ans après l’investiture de Joe Biden, Mémoires de maisons blanches questionne la réparation. Celle d’un homme, celle des Afro-Américains.

L’ambre a la couleur du temps. Il ne s’efface pas, il donne aux yeux des souvenirs et des regrets. « Mémoires de maisons blanches » est un livre de questionnement sur la repentance où chaque mot choisi par Arnaud Rozan demande grande attention, et nous entraine dans un tourbillon de sentiments au cœur de l’histoire des Etats-Unis quand ils ne l’étaient pas pleinement… Le pouvoir des Blancs est donc au cœur de ce livre pas toujours facile à lire dans la forme car il passe par la prière, le psaume, le conte, l’oubli, le silence et le récit d’une histoire intime et universelle à la fois. On y croise Martin Luther King, Nina Simone pianiste classique virtuose - mais noire - qui ne pourra jamais jouer le répertoire dont elle rêvait, et Joe Biden en route pour la Maison Blanche. Mais la mémoire du temps revient en noir et blanc par flashes, et leur lumière blanche et crue inonde cette caravane immonde symbole de vol des corps et des âmes qui sillonnait l’Afrique et le Ghana notamment, déversant des moissons humaines dans des navires pavoisés sur des terres inconnues. Il y a dans ce 2e roman, des pages écrites avec la boue ocrée et l’écorce des arbres, des lignes baignées des récits de « la caravane » inhumaine et satanique mise en place pour codifier l’esclavage, chaines aux pieds et au cou… On est mal à l’aise, cœur au bord des lèvres car on chemine dans l’inconcevable, avec ces milliers d’êtres humains devenant sur le champ moins qu’un numéro, moins qu’une pierre sur un chemin, moins qu’une sangsue dans un trou d’eau marécageuse, juste un corps asservi sans lendemains. Marqués au fer rouge ! On s’assimile alors à des pierres qui parlent à la lune dans les champs de coton de Virginie tandis qu’une veille femme noire et fripée se dirige vers la Maison blanche, mains ridées, crevassées par les affres du temps maudit avec des pétales de rose qui s’éteignent un à un… Entre réalité et fiction, la réparation des Afro-Américains interpelle pour l’avenir, car il y a des choses qui ne peuvent s’oublier et qui tordront toujours les tripes pour la nuit des temps.

Jean-Pierre Tissier


  **** PRISON BANK WATER de Gérard Saryan (Editions du Panthéon)


Ce premier ouvrage s’annonce comme un thriller psychologique mené tambour battant ; et avec un décor hyper-original ! Car l’action se passe sur une ancienne plateforme pétrolière abandonnée transformée en pénitencier sous-marin ultra-sécurisé, et gérée par l’US Army. Les plus dangereux criminels des USA y sont enfermés à 200 mètres de profondeur… mais très rapidement, un mystérieux virus semble sévir chez les détenus de Prison Bank water….

"Manipulation ! Un mot qui prend tout son sens - au propre comme au figuré - dans l’encre des lignes que trace Gérard Saryan pour son premier thriller, ultra-électrique labélisé THT (Très haute tension). Car l’idée d’une prison ultra-sécurisée créée de toutes pièces à renforts de milliers de tonnes de béton sur plusieurs hectares, à 200 mètres sous la mer à partir d’une plate-forme pétrolière désaffectée n’a rien d’impossible dans le futur ; un jour pas si lointain peut-être… En effet, si loin du monde et des regards, avec des hommes au statut proche des sous-mariniers, on peut imaginer la tentation pour certains politiques - avides de gains et de pouvoir - de tenter des expériences sur des criminels de haut-vol dont tout le monde se fout et que l’Administration américaine considère comme des bêtes en cage, voire quantité négligeable. Car les hommes valent mieux que les souris pour les apprentis-sorciers ! Manipulation honteuse ! C’est à ces prisonniers au long cours, vivant sous pression, que l’on va inoculer un virus dans le plus grand des secrets d’Etat. L’idée de ce docteur Mengele étant de tester une potentielle arme chimique capable d’éliminer à grande échelle, une armée ou une population sans pertes collatérales, ni l’obligation d’envoyer des troupes au sol…
Les détenus de Prison Bank Water sont une véritable aubaine, et en 522 pages, Gérard Saryan nous embarque dans une série littéraire - en attendant la TV un jour - qui captive et dévore très facilement, nous faisant « monter dans les tours » et pousser le moteur du thriller comme une Ford GT 40 au Mans, dans la ligne droite des Hunaudières, jusqu’à la ligne d’arrivée.
Tout y passe : politiques véreux, hommes de main sans scrupule, évasion, course poursuite, road-trip, mutinerie, rébellion barbare et FBI aux trousses. Dans le silence des océans est né un auteur de polars à suspense qui devrait nous balancer un Tome 2 prochainement, car l’histoire sans fin est toujours ouverte…. Et on en redemande !

Jean-Pierre Tissier

« Mais quel livre ! Souhaitons que les dirigeants de notre pays ne lisent pas pour l’instant « Prison Bank water » car quelle aubaine, lorsqu’on parle de surpopulation carcérale - comme actuellement en France - que de construire des prisons sous-marines (eh oui !) dans de vieilles plates-formes de recherches pétrolières désaffectées isolées en pleine mer. Car ici sous l’eau, à 200 mètres de profondeur, pas de risque d’évasion possible. Tout est sous contrôle, et pour peu qu’un laboratoire pharmaceutique découvre un nouveau médicament (suivez mon regard...) pour combattre une pandémie ; plus besoin de passer par la case « petites souris ». On teste tout de suite sur les hommes. En l’occurrence les prisonniers, et une société qui trouverait à redire assurément. Un livre hyper passionnant et carrément flippant. Vivement la deuxième partie. »

Muriel Gaillard


  **** ROSINE UNE CRIMINELLE ORDINAIRE de Sandrine Cohen

(Editions du Caïman) Collection Polar en France. - Ingérable mais brillante, Clélia Ravoire Enquêtrice de personnalité auprès des tribunaux n’aime pas le monde, et le monde le lui rend bien !
Les procédures, les règles officielles en forme de boulets obsessionnels… et les flics, sont pour elle autant d’entraves qui lui filent souvent la rage dans l’exercice de sa profession. Elle est énervante mais épatante, chiante et « border-line » ; mais on ne la refera pas !
Pour elle – à l’image des jeunes policières actuelles bossant toujours seule dans les Séries TV - les scellés sur une scène de crime ou un mandat de perquisition ne sont que des papiers en forme d’obstacles dans une enquête. Elle est justicière, grande gueule, picole pas mal, pète souvent un câble, se calme en s’envoyant en l’air façon solitaire ; punk attitude assurée et assumée ! Les personnes avec qui elle n’a pas de contentieux sont rares. Et pourtant ses fulgurances d’idées géniales obtenues aux forceps parfois, impressionnent sacrément.
Pour son premier polar, Sandrine Cohen (comédienne, scénariste et réalisatrice) a choisi une héroïne qui va faire basculer un terrible fait-divers d’infanticide – proche de l’Affaire Véronique Courjault sur certains aspects * - en une analyse de secret de famille insoupçonné, si brillante et poussée à l’extrême, qu’on ne peut qu’être impressionné et questionné.
Le scénario est terrible avec Rosine, une maman trentenaire qui noie ses deux enfants dans la baignoire, soudainement, imprévisiblement, au cours du bain du soir. Devant ce double crime horrible et ce drame tellement fou - au point d’avoir personnellement eu peur de me plonger dans ce roman - que peut-on dire après ?
ELLE EST COUPABLE ! ET BASTA ! ET PERPÉTUITÉ !
Mais « Juger c’est comprendre » affirme Clélia Ravoire.
Tout à l’opposé de l’ancien ministre et écrivain André Malraux qui affirme que "Juger c’est de toute évidence ne pas comprendre, puisque, si l’on comprenait, on ne pourrait pas juger ! »
Alors l’enquêtrice dit doucement : « Dans tout criminel, il y a un enfant à soigner. »
Et à force de forer au trépan dans la mémoire de toute la famille, Clélia comprend soudain pourquoi Rosine a tué ses deux filles. Et elle nous entraine alors comme dans un « road-movie » en quête de phrases captivantes et hypnotiques sur la route de la vérité, et des motivations. Responsable oui ! Mais pas que coupable ! Car qui peut dire avec certitude qu’il connaît tout de lui-même ?
De l’acte monstrueux à la Cour d’Assisses, ses jurés, et la fameuse « intime conviction » nécessaire et suffisante pour envoyer un « jugé coupable » à la guillotine jadis, on est happé par la ténacité et l’obsession de cette enquêtrice hors du commun qui telle une justicière fait jaillir le pourquoi du comment - par procuration * au cours d’une plaidoirie, intense, forte et belle à en chialer, assénée par une toute jeune avocate ambitieuse que n’aurait pas renié les ténors du Barreau, style Pollack, Leclerc ou Dupont-Moretti. Un livre impressionnant pour un premier vrai roman.

Jean-Pierre Tissier

* En Touraine : un déni de grossesse avait conduit une maman à tuer successivement ses nouveaux-nés et les conserver dans un congélateur.



  **** TANT QU’IL Y A DE L’AMOUR de Sandrine COHEN

(Editions du Caïman) Sortie le 6 septembre 2022. Le deuxième livre de Sandrine Cohen que nous avons déjà lu il y a près d’un an, sous forme de manuscrit est annoncé pour le 6 septembre… En effet, son premier roman « Rosine une criminelle ordinaire » sorti aux éditions du Caïman en 2020, avait été un de nos « Coups de cœur Blues & Polar/Comtes de Provence 2021 » mais prise par le tournage de Cassandre sur France 3 dont elle est scénariste - outre ses talents de comédienne et de photographe - elle n’avait pas pu nous rejoindre à son grand dam et notre déception très sincère. Et ce deuxième opus sortait trop tard pour le Blues & Polar des 27 et 28 août. En 2023 peut-être ?

« Voilà un nouvel opus de questionnement constant signé Sandrine Cohen avec son style bien particulier fait de phrases jetées à la volée, comme des tags peints sur des murs inconnus à la face du monde. Comme une psalmodie infernale où se mêlent toutes les tensions actuelles et démesurées de l’humanité. Effrayantes au plus haut point et de plus en plus folles. Comme des scuds chargés de mots perforant une atmosphère malsaine, mais où pourtant poésie et liberté parviennent à rimer ensemble et à surnager par intermittence. Et puis il y a la bascule vers le roman noir, la politique sociale, le climat actuel, les familles monoparentales, la solitude de Suzanne, la proximité des attentats de Paris, du Stade de France à Saint-Denis, le Bataclan… Et si une mauvaise fréquentation s’était installée par amour et par naïveté. Elle est comme ça Suzanne. Tout se mêle avec soudain une petite musique qui se fait jour, devient réalité avec un goût d’amertume et nous tire les larmes… Compliquée, complexe, affaire sordide d’inceste passé, suicide tenté, dilemmes à la pelle, des enfants seuls livrés à eux-mêmes, la problématique des mères isolées avec les gosses sur les bras… L’écriture devient soudain frénétique. Comment être droit quand on a été élevés dans une famille de hors-la-loi ? Le mal de vivre est au cœur de ce 2e roman de Sandrine Cohen. Roman coup de poing comme une chanson de Bashung, Roman de rage comme un voyage littéraire de François Béranger ou de l’Ange Christian Descamps. Roman d’amour fou comme les Fleurs du mal de Baudelaire… »

Jean-Pierre Tissier

« C’est un livre dérangeant et déroutant qui met mal à l’aise autant que son premier livre « Rosine, une criminelle ordinaire » paru aux éditions du Caïman qui m’avait submergée à la fin. C’est parfois un peu long, quand elle parle d’amour, d’amoureuse… Mais Sandrine Cohen écrit en parallèle, l’esprit d’une recomposée, d’une mère fragile, confrontée à la tuerie du Bataclan et aux attentats terroristes dans le monde. A certains moments on a envie de lâcher ce livre, mais tu veux quand même aller au bout et savoir comment ça se termine. Et bien sûr, la fin du livre est surprenante et triste. C’est un livre qui laisse un goût amer dans la bouche, une fois qu’on l’a lu. La vie n’est pas un long fleuve tranquille pour certaines familles. »

Muriel Gaillard


  **** PRENDRE UN ENFANT PAR LA MAIN de François-Xavier Dillard.

Editions Belfond. Loin du refrain de la chanson tendre d’Yves Duteil, François-Xavier Dillard nous entraîne dans l’univers glauque et affolant des disparitions d’enfants, toutes plus mystérieuses que les autres, notamment quand on ne trouve ni explication, ni corps ! Ce sixième roman nous ramène à la disparition de Clémentine lors du naufrage d’un voilier. Les parents Sarah et Marc sont rongés par la tristesse et la culpabilité. Jusqu’à ce que de nouveaux voisins emménagent sur le même palier. Leur enfant, Gabrielle rappelle Clémentine aux yeux de Sarah. Et comble du hasard, elles sont nées le même jour. Mais lorsque la mère de Gabrielle signale la soudaine disparition de l’adolescente, l’incertitude et l’attente deviennent insoutenables. Et les démons de Sarah se déchainent une seconde fois.
« Quand j’ai pris ce livre en main, je me suis dit « Encore une histoire de kidnapping ! ». Mais non ! Dès le début on est happé par l’histoire qui est en fait trois histoires s’imbriquant les unes dans les autres… C’est passionnant jusqu’au bout, car il n’y a que des rebondissements. J’ai adoré ! » Muriel Gaillard



  **** DE SOLEIL ET DE SANG de Jérôme Loubry

(Editions Calmann-Lévy Noir) - L’art du suspense, Jérôme Loubry le maîtrise désormais avec un art consommé, tel un grand chef de cuisine préparant un plat sophistiqué dont il faudra attendre l’ultime touche pour le désirer, avant de le savourer. A l’image d’un « Lièvre à la Royale avec truffes et foie gras », d’un « Civet de homard au Banyuls » ou d’une craquante « Pavlova aux fruits exotiques et de saison ». De Soleil et de sang nous fait découvrir Haïti et sa capitale Port-au-Prince, en nous faisant capter avec précision les ombres et la lumière si vive de cette ile ravagée par un tremblement de terre effroyable en janvier 2010, mais aussi ses effluves d’arbres exotiques et ses mystères, accentuant ainsi les contrastes sur fond de rhum, de vaudou et de bidonvilles. Non sans oublier le climat politique instauré sous l’ère du sinistre « Baby Doc Duvalier » – pourtant accueilli plus tard par la France en exil sur la Côte d’Azur – qui a fait basculer Haïti dans la violence des gangs, des « Tontons macoutes » et de la corruption à tous les étages, même jusqu’aux plus hautes marches du pouvoir. 1984-2010 ; quasiment rien n’a changé ici quand débute le récit, et malgré la kyrielle d’ONG présentes sur place pour aider une population haïtienne parmi la plus pauvre du monde, certaines mœurs sont tenaces et le vaudou à la vie dure… Mais c’est au fil des pages – comme une douce cuisson lente – que Jérôme Loubry nous guide pas à pas sur un chemin sinueux, ponctué d’indices infimes mais déterminants pour cette enquête de tous les dangers à la recherche d’une épouse disparue. Un bout de vitrail, une planche dévissée, l’odeur du sang séché et des larmes. Blood, sweat & tears pour ce fan de musique qu’est Loubry ! Car l’argent sale n’a pas d’odeur au pays des Tontons macoutes et de Baby Doc, et les enfants sont la richesse des pauvres, ici en Haïti, mère nourricière de sa propre honte ; telle une putain qui engendre, délaisse puis revend son propre futur avec les enfants des rues. Bref, seuls les morts n’ont pas de soucis en Haïti ! Un roman avec un final haletant et inattendu qui claque comme le déclic du chien d’un révolver sur une marche d’escalier vacillant. Bien plus qu’un polar, un livre de voyage, avec Eurydice et Orphée pour guides vers l’enfer. Jean-Pierre Tissier

- « S’il y a bien un livre à lire cette année ; c’est celui-là ! Sous prétexte d’écrire un roman, Jérôme Loubry nous raconte, en fait, l’histoire de Haïti, l’histoire des Tontons macoutes sinistres du président Duvalier, le fameux Baby Doc, héritier de son père, mais aussi l’histoire de la vie misérable des Haïtiens ; de toute cette jeunesse utilisée par tous, parfois pour assouvir la partie sombre des hommes sans que personne n’agisse. Et l’histoire de toutes ces Organisations Non Gouvernementales (les ONG internationales) qui depuis des décennies, sous un sigle respectable connu du monde entier cache parfois des horreurs. Et on comprend que ce qui régit l’homme, c’est encore et toujours l’argent ! Car l’être humain, malheureusement, ne fonctionne que grâce à l’argent. Quand on lit ce livre on tombe dans un puits profond parsemé d’horreurs que seuls les hommes sont capables de produire. » Muriel Gaillard



  *** LES PORTES ÉTROITES de Simon FRANÇOIS

Editions du Masque. Sorti le 19 septembre 2022. Prix : 20€.
Le résumé. Il est facile de gravir l’échelle sociale lorsqu’on décide de le faire sans foi ni loi. Un roman noir haletant qui raconte le combat des défavorisés, ceux qui n’ont pas la chance de naître au bon endroit. Depuis vingt ans qu’il fait des *ventouses sur les plateaux de cinéma, Didier est un peu passé à côté de sa vie : sa carrière de musicien n’a jamais pris, sa femme est malade et son fils a foutu le camp. C’est peut-être pour cette raison qu’il se prend d’affection pour Ted, un jeune « ventouseur » collant mais pas méchant, l’avenir devant lui, du moins avant d’être accusé du meurtre d’un acteur – ce que Didier refuse de croire. Alors, un peu malgré lui, il accepte de coopérer avec une journaliste pour sortir le gamin de Fleury-Mérogis. Mais l’affaire se corse quand la jeune femme constate d’inquiétants liens entre le meurtre et le laboratoire Delattre, un géant pharmaceutique qui s’est octroyé quelques libertés avec la loi. Et si le duo est prêt à tout pour venir en aide à Ted, il apprendra à ses dépens qu’on ne s’attaque pas impunément aux colosses des hautes-sphères.
* Un « ventouseur » c’est une personne chargée d’occuper des places de stationnement dans un lieu où va avoir un tournage télé ou ciné et pour avoir l’espace libre le jour du tournage. Ce sont des voitures dites « ventouses » occupées par des ventouseurs.

« Mon diable à moi, il s’appelle Maurice, mais tout le monde l’appelle le Luthier. » Cette phrase signée Gibson résume bien à elle seule, toute l’ambiance et l’atmosphère de ce premier roman de Simon François ; âpre, noir, vintage, roots, rock’n’roll, blues terriblement, mais aussi psychédélique, argotique et finalement politique ! Car il y a toute une époque - quasiment un bon demi-siècle de souvenirs - dans tout ce qui se trame autour de ce type quadra un peu paumé, un peu zonard, mais passionné de gratte, notamment de sa guitare Les Paul, qui la joue plutôt solo et héro avant tout (Alvin Lee, Peter Green, Leslie West…) d’où ce surnom musical. Et qui, pour terminer le portrait, fait la « ventouse » (n’ayez crainte !) avec ses plots de stationnements coniques rouge et blanc en main, pour empêcher les voitures de stationner sur des lieux de tournages imminents dans la capitale ou sa banlieue… Ventouseur : un job de rue, porte ouverte à toutes les bonnes ou mauvaises rencontres, car des comédiens - célèbres ou inconnus - aux techniciens, en passant par les journalistes, les flics, les condés, ceux qu’ont connu la zonzon, les mecs ronchons qui ne veulent pas céder la place, les patrons de troquets qui eux aiment ça pour le portefeuille et la clientèle hétéroclite ou chic du rade suivant le quartier du tournage ; c’est un monde en raccourci que Gibson côtoie avant que le rouge s’allume. Dans une écriture que n’auraient pas renié Bérurier et San Antonio réunis, Simon François, nous entraine – entre deux fous-rires - vers le monde sérieux mais discret des lobbies et de ceux qui le pratiquent en politique, au Sénat, à l’Assemblée nationale et dans les entreprises notamment pharmaceutiques. Mais face à la Loi et notamment le Conseil constitutionnel, les portes sont très étroites pour pénétrer ce système et il faut la bonne combinaison – souvent à de très nombreux zéros – pour acheter et activer le vote « en lousdé » et surtout infléchir une loi en préparation ! Et là, c’est du lourd ! Commence alors un beau fatras mêlant autant le blues et le vague à l’âme, que le baston façon Guerre d’Indochine ou d’Algérie, les soirées où la dope circule comme des loukoums en boite, où les acteurs tombent des fenêtres, avec même une petite explication d’outre-tombe savoureuse et en Corse SVP de Monsieur Charles ancien ministre de l’Intérieur sur la mort toujours étrange de Robert Boulin retrouvé noyé dans 20cm d’eau dans un étang de Rambouillet… et que Blues & Polar suit depuis une quinzaine d’années régulièrement auprès de sa fille Fabienne « Prix Blues & Polar/Comtes de Provence 2011 » pour « Le Dormeur du val ».
Bref, on ne s’ennuie pas une seconde dans ce premier polar respirant le blues avec rudesse et poésie à la fois, comme cette belle tirade de la page 230. « Le Blues est ailleurs, planqué dans les silences. C’est eux qui font chialer l’âme, causer les morts. Surtout ne pas jouer, encadrer le silence, et le mettre en valeur ! ». Blues & Polar, ne pouvait qu’être séduit par ce bel essai transformé.

Jean-Pierre Tissier

**** « Si vous n’avez pas le moral, si vous broyez du noir, lisez ce livre qui est une vraie pépite. Le chapitre 21 en est l’exemple. J’ai rigolé tout le long, malgré l’histoire qui est tout à fait crédible. Et je me suis dit si Lino Ventura, jean Gabin et les autres « monstres sacrés » du cinéma de l’époque étaient encore de ce monde, c’est sûr que ce livre deviendrait un super film. Vraiment, pour un premier vivre, c’est une belle réussite ! »

Muriel Gaillard


  *** LARMES DE FOND de Pierre Pouchairet

Editions Filature(s).
- En six–sept ans seulement, Pierre Pouchairet l’ancien flic responsable de la Sécurité intérieure à Kaboul (Afghanistan) - sous la présidence de Nicolas Sarkozy - est devenu un auteur au style personnel et propre, axé sur le quotidien des enquêtes policières qu’elles soient menées au sein de la PJ ou des commissariats de quartier, sans oublier les méandres politiciennes de l’ancien monde que Pouchairet connaît comme sa poche, de l’OAS au SAC en passant par Action française, Honneur de la police, Occident ou les katangais de la Sorbonne. De la tuerie d’Auriol à La France-Afrique de Jacques Foccard, en passant par l’Afghanistan, la Syrie et les Hackers russes. Car un flic de terrain ça voyage beaucoup ! L’originalité de Pierre Pouchairet, c’est aussi ce trio insolite de nanas (flic, médecin-légiste et psy) qui manie autant le revolver en mission que la Stratocaster dans les pubs. Faisant rimer Lüger avec Rory Gallagher. Ce qui n’est pas pour déplaire à Blues et polar. « Larmes de fond » nous entraîne à toute vitesse de Nice à Brest en passant par le Berry, contrée tranquille souvent zone de repli discret pour les terroristes. Autant de haltes touristiques que Pierre Pouchairet connaît parfaitement pour y avoir travaillé ou vécu. Une intrigue haletante où la fiction a des airs de véracité tant l’enquête suivie au quotidien nous entraîne au cœur de la réalité du terrain sans fioritures. Et c’est ça qu’on aime ; l’authenticité pas la frime !

Jean-Pierre Tissier

"Avec ce dernier roman de Pierre Pouchairet, on est à fond dans la traque policière, les investigations, et les éternels rapports complexes entre la Police et la Gendarmerie…J’ai aimé l’intrigue policière, le rappel de certains évènements de l’histoire obscure de la France et de sa politique politicienne des années 60-70. Comme à son habitude le livre de Pierre Pouchairet nous tient en haleine jusqu’au bout du bout des pages. Un plaisir à lire !

Muriel Gaillard


  *** DOMMAGES de Laetitia Chazel

éditions De Borée Marge noire. Une vie très banale pour un petit voyou dont même pas le prénom lui convient, et qui occupe ses journées au rythme de ses petits braquages dans les campagnes. Seulement là, il se trouve face à face avec une femme qui prend son destin en main. Et là on se dit « Et si c’était moi ? Combien de fois s’est-on posé la question « Si un jour je suis cambriolé, qu’est-ce que je fais ? Le destin de cette femme se joue sur cette question... et sur la réponse. « Est-ce que je laisse faire ? Est-ce que je me défends ? » Mais là, c’est le voleur qui est en mauvaise posture. Suivant votre décision, c’est votre vie bascule. Vraiment un excellent et très bon livre !

Muriel Gaillard


  *** WAITING FOR TINA de Jean Azarel

Le résumé. Une biographie très originale A la recherche de Tina écrite par Jean Razurel, sortie fin 2019 aux éditions L’Autre Regard et consacrée à l’actrice franco-américaine Tina Aumont fille de Jean-Pierre Aumont et Maria Montez. Une égérie des années peace & love, née avec la beauté du diable, décédée en 2006. Drug, sex and rock’r’oll… Plongée dans un univers au-delà du réel ! - Un faux-air troublant de Vanessa Paradis, dents du bonheur à l’avenant, la comédienne Tina Aumont était complètement sortie de ma mémoire. Mais l’évocation de ce nom par mon ami Hérold Yvard, guitariste-technicien-président du K’Fé’Quoi à Forcalquier, illustrée par le prêt illico d’un gros livre de Jean Azarel baptisé « Waiting for Tina » - car Hérold et Jean Azarel ont ensemble un projet de lecture musicale - a ravivé un souvenir très ancien enfoui loin dans ma mémoire.
1977 à Paris. Je photographie au Ritz, le palace légendaire de la place Vendôme, le tournage de « Emmenez-moi au Ritz » (destiné à la télévision) pour une couverture future de Télémagazine. Et LA photo, ce sont les trois veuves sexy, tout de noir vêtues qui sirotent un drink au bar du Ritz : Macha Méril, Valérie Mairesse, et Tina Aumont. Une apparition et une présence dingue au sein du trio qui pose avec sympathie et professionnalisme. Ce sera la seule fois de ma vie professionnelle où j’aurai croisé Tina Aumont cette égérie des sixties et seventies qui comme Maria Schneider ou Romy Schneider possédait la beauté du diable… mais c’est lui qui a fini par avoir le dernier mot ! Car il y avait chez Tina Aumont, le goût de la transgression. Et celle-ci, au fil des mots choisis de Jean Azarel nous entraine dans le destin d’une vie où toutes les libertés auront un goût acide trop prononcé.
« J’écris ces lignes au scalpel dans un caveau humide, dit Jean Azarel au début de cette biographie à la forme d’enquête policière. Car le mythe de Tina Aumont part de très bas. Elle est une perdante magnifique ! » Mais il est des vérités intraduisibles et des événements qui ne se racontent pas ; surtout dans les livres. Pour une Anita Pallenberg – flamboyante compagne de Brian Jones et Keith Richards sauvée des démons et morte en 2017 ou une Marianne Faithfull miraculée - combien de Janis Joplin, Jim Morrison, Jimmy Hendrix…. foudroyés par les overdoses ? Une recherche passionnante de 500 pages à lire à petites doses pour arriver à percevoir qui se cache derrière Tina Aumont. On a hâte de retrouver sur scène cette vie étrange oscillant dans une sorte d’innocence, au-delà du bien et du mal…

Jean-Pierre Tissier


  *** LES POUPÉES de ALEXIS LAIPSKER

Editions Michel Lafon. 398 pages. Prix : 18,95€.
Le résumé « Ils diront que je suis fou. Que je tue pour jouer. Vous seuls connaîtrez mon secret. Mais êtes-vous prêts ? Jouez avec moi ! » Une voyante en crise. Un flic bourru comme on n’en fait plus.Une jeune psy à qui on ne la fait pas. Une série de meurtres à la mise en scène macabre. Une course contre la montre terrifiante.
« Dès le début je sentais que cette histoire serait vraiment pas banale. Au fil de la lecture, l’atmosphère est devenue glaçante et il devient difficile de poser ce polar très addictifs, avant la fin du livre. Il y a des tordus, heureusement... que dans ce bouquin ! »

Jean-Jacques Rousseau


  *** ROMANS NOIRS de Pierre Lemaître.

Le Livre de Poche. 1109 pages. Prix : 22,90€.
Le résumé. Robe de marié, Cadres noirs, Trois jours et une vie, Le Serpent majuscule. Quatre fictions indépendantes, quatre univers contrastés, quatre tonalités stylistiques. Dans tous, la faute commise ou l’injustice subie agit comme une bombe à retardement. Une mécanique de précision. Le choc en retour sera terrible : folie, vengeance, meurtre. Méfiez-vous des déclassés, des rejetés, des persécutés. Ils n’oublient rien.
« Les mordus du genre y trouveront leur compte de vérités cachées, d’investigations, de révélations. Les autres y liront du Lemaitre chimiquement pur ». Tonino Benacquista.
« Quand on lit un roman de Pierre Lemaitre on est assuré de lire un thriller captivant mais qui reste toujours psychologique, loin des scènes sanguinolentes ou des scènes de tortures. Tout reste dans le choix et le poids des mots. Dans ce recueil, deux des romans ont été adaptés au cinéma. Logique car toutes ces histoires de Pierre Lemaitre passent très bien aussi à la télévision. Un bouquin passionnant idéal pour découvrir ce grand écrivain, pour ceux qui ne l’auraient encore jamais lu… »

Muriel Gaillard


  ** OBSESSIONS de Danielle Thiéry

Editions Syros. Prix 17,95€. Sorti le 22 octobre 2022. Le résumé. Courir après les fantômes est un jeu dangereux. La nouvelle enquête du capitaine Marin et sa fille. Olympe, la fille du capitaine Marin, a fait sa rentrée à la fac de droit où elle se passionne pour la criminologie. Un jour, en plein amphi, elle est frappée de stupeur. Rafaël, son amoureux disparu deux ans plus tôt dans des circonstances terribles, se tient au fond de la salle. Est-il possible qu’il ait finalement survécu ? C’est la première d’une série d’apparitions aussi étranges que fugaces. Olympe est bouleversée, mais personne n’est prêt à la croire. Pas même son père, très occupé par la traque d’un psychopathe qui sévit dans la région, le « fantôme de la nuit ». Danielle Thiéry fut la première femme commissaire divisionnaire en France en 1991. Mauvaise graine, son premier polar est paru en 1997. Elle est également l’auteur de la série télévisée Quai n°1 diffusée sur France 2. Elle a obtenu le Prix du Quai des Orfèvres 2013 pour « Des clous dans le cœur ».
« Quand on lit ce livre et que l’on regarde la couverture très prometteuse, on n’a qu’une envie c’est de le lire vite et dévorer ce polar. J’avoue que j’ai été un peu déçue car si l’histoire est sympa, il faut quand même parfois lire en diagonales car il y a des longueurs, même si l’enquête tient la route. Voilà, j’ai fini le livre et j’en commence un autre. »

Muriel Gaillard


  *** MEMENTO MORI de Mia Leksson

(City éditions). Sorti le 9 novembre 2022. Prix : 19€.
Le résumé. Le résumé. Une jeune fille est retrouvée inconsciente dans un parc parisien, droguée et maculée de peinture rouge. Apparemment, elle a été victime d’un jeu qui fait fureur sur les réseaux sociaux : le Witch Game, dans lequel les organisateurs lancent des défis toujours plus dangereux. Peu de temps après, une cinéaste est découverte morte chez elle, victime d’une mauvaise chute. Simple accident domestique ? L’inspectrice Anne Lavelli n’y croit pas. D’autant que la victime préparait un film polémique sur les violences faites aux femmes. Alors que Lavelli enquête en parallèle sur les deux affaires, elle découvre qu’elles sont liées à une vague de suicides de jeunes filles, vingt ans auparavant. Dans l’ombre, un assassin semble tirer tranquillement les ficelles d’un véritable jeu de massacre. Et rien ne semble pouvoir l’arrêter...
« Voilà un excellent livre qui traite du harcèlement scolaire, des jeux en ligne sur les réseaux sociaux et tous les fléaux qui en découlent et impactent la santé mentale d’une partie de la jeunesse. C’est peut-être un thriller à savoir fiction et suspense, mais l’actualité est tellement présente et associée à cette lecture qu’on ne peut rester sans réaction. Je vais m’empresser de lire le deuxième livre de Mia Lekson qui traite du Sark web."

Muriel Gaillard

* Mia Leksson est une réalisatrice et scénariste française née à Stockholm (Suède)



  *** V2 de Robert Harris

(Editions Belfond) Sorti le 10 novembre. 368 pages. Prix : 22€. Le résumé. Traduit de l’anglais (Royaume-Uni) par Anne-Sylvie Homassel Jeune ingénieur allemand, Rudi Graf rêve d’explorer l’espace. Il a mis au point une fusée puissante et moderne qui, un jour, pourra l’emmener vers la Lune. En cet automne 1944, dix mille missiles balistiques ultraperformants viennent d’être créés sous les ordres d’un Hitler acculé par les Alliés. Détruire l’Angleterre, vite ; reprendre la main sur cette guerre qui vire au marasme. Et c’est à Rudi et son ami Wernher von Braun, ingénieur aérospatial devenu officier SS de haut rang, que revient la charge de mettre ce projet létal en place depuis les côtes néerlandaises. Le Blitz sous les missiles V2, Kay Caton-Walsh le côtoie de très près. La jeune femme a manqué périr dans son immeuble londonien traversé par l’une de ces bombes volantes, aussi discrètes qu’imprévisibles. Officier dans la WAAF, la Women’s Auxiliary Air Force, Kay est envoyée en Belgique pour trouver le site de lancement des V2 et l’anéantir. La mission est mortellement périlleuse. Mais au cœur de ce territoire ravagé, Kay va pouvoir compter sur un allié inattendu… Car c’est au crépuscule des guerres que se livrent les batailles les plus terribles.
Maître du thriller historique, Robert Harris nous fait découvrir sous un autre angle la fin de la Seconde Guerre mondiale, à l’heure où les Allemands œuvraient à mettre au point l’arme absolue. Journaliste politique et romancier, plusieurs de ses romans ont été adaptés à l’écran, dont « L’Homme de l’ombre » réalisé par Roman Polanski sous le titre « The Ghost Writer ». Après « Le Second Sommeil » (Belfond, 2021) à paraître chez Pocket le 10 novembre 2022, « V2 » est son deuxième roman publié chez Belfond.

« Ce thriller historique nous raconte un pan de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale dont on parle un peu moins, à part sur Arte TV qui y a consacré une émission récemment, au moment du lancement de la gigantesque fusée lancée par la Nasa ; à savoir la construction de ces fusées énormes baptisées les V2 construites par les Allemands et lancées des côtes françaises, pour bombarder l’Angleterre et tenter de gagner définitivement la guerre. Mais ce livre évoque aussi l’histoire de ces femmes anglaises chargées de calculer l’endroit où étaient sensées s’écraser ces fusées explosives et destructrices. C’est une lecture agréable qui suscite des réflexions sur ces scientifiques qui se sont laissés prendre à leur propre invention. Voilà un livre qui fait réfléchir sur notre époque. »

Muriel Gaillard


  *** TÉMOINS OCULAIRES une photo, un auteur, une histoire.

Editions Alibi (ouvrage collectif). Tarif : 20 €. Sortie le 18 novembre. Une photo de l’agence Magnum sans la moindre information sur son auteur, son sujet ou son contexte. A partir de ce seul indice R.J. Ellory, Bernard Minier, Franck Thilliez, Victor del Arbol, Dominique Sylvain, Alexandra Schwarzbrod et Marcus Malte (tous deux déjà venus au festival Blues & Polar), Claire Favan, Olivier Truc, Laurent Guillaume, et Johana Guvstawsson ont écrit une nouvelle inédite. « 
Poétiques, amusantes, mais surprenantes nouvelles dans tous les cas. Celle d’Alexandra Schwartzbrod n’est pas sans rappeler la belle aventure du film « Bendabilili » projeté en août dernier au festival Blues & Polar en plein air en haut de la colline de Toutes-Aures. »

Jean-Pierre Tissier


  **** CROSSROADS La dernière chanson de Robert Johnson

deHervé Gagnon.(Editions Hugo-Poche) Sorti le 10 novembre 2022.Prix : 19,95€. 558 pages. Le résumé : Lorsqu’ils reçoivent une lettre de Simone Jackson les invitant à venir la rencontrer pour prendre possession d’objets ayant appartenu au légendaire bluesman Robert Johnson, l’historien Donald Kane et l’anthropologue Virginia Craft n’ont rien de plus en tête qu’une publication universitaire qui contribuera à l’avancement des connaissances sur les origines du blues. Mais le contenu de la boîte en fer-blanc que leur remet la vieille dame change tout. Parmi les objets attendus (un pick et une slide), se trouvent un doigt momifié, une amulette de protection et un carnet dans lequel Johnson a transcrit ses chansons, en plus de notes disparates en apparence anodines. Mais lorsque Kane découvre, caché dans la reliure, le texte de la mythique trentième chanson de Johnson, la légende de son pacte avec le diable prend un nouveau sens. Tandis que Kane et Craft suivent la piste que leur indique le manuscrit, les événements se bousculent : les bluesmen qui peuplent les rues de Memphis se suicident les uns après les autres de manière identique et sordide ; les mauvais sorts s’accumulent et Kane, le cartésien, doit finir par admettre qu’ils existent. De plus, la police le soupçonne d’être derrière les morts suspectes. Comme si cela ne suffisait pas, Ezekiel Thorne, un mystérieux personnage, cherche à acquérir le manuscrit pour un client. Au fil des péripéties, Kane doit accepter qu’une âme peut être sauvée. Crossroads est un roman trempé de bourbon, qui se déroule dans la chaleur moite du Delta du Mississippi, où le surnaturel se trouve toujours à l’envers du décor. « Ce fameux pacte avec le diable » qu’aurait signé en 1930 le bluesman Robert Johnson (l’auteur du fameux « Sweet home Chicago » immortalisé par les Blues Brothers ) pour jouer comme un dieu continue de chauffer les esprits des passionnés de l’Histoire du Delta, et Hervé Gagnon en est un. Avec le grand Howlin Wolf pour influence et Robert Johnson pour mystère il nous entraine au cœur d’une légende qui sent le Bourbon, la bière, l’arnaque et la clope écrasée à tout-va dans les bouges à l’odeur prégnante. Eh oui, il n’était pas bon d’être noir à cette époque dans ce sud des States pas très Unis... Car l’interdit était un instrument de tentation dont le diable joue en virtuose. Et les interdits – notamment dans le sexe – étaient fort nombreux. Cependant, l’idée d’une 30e chanson écrite par Robert Johnson - qui en a écrit 29 - cachée « quelque part » est toujours solidement ancrée, telle une légende qui court dans le Bayou. Car la musique le plus noire de toute l’histoire des Etats-Unis est encore là parce que les gens l’aiment. Et il y a même des chercheurs qui continuent de réaliser des thèses sur cette période et ce mouvement musical qui a généré les racines de la musique d’aujourd’hui. Mais de la recherche anthropologique sur le blues, on bascule soudainement dans le polar et vers l’inconnu des mondes parallèles et du paranormal. Et c’est à l’issue d’un final en forme de messe noire interminable qu’on comprendra qu’il est dur de vivre sans le diable et le mojo, dans ce Delta qui rend fou... »

Jean-Pierre Tissier


  **** CHAMBRES NOIRES de Karine Giebel

Editions Belfond.
Noir c’est noir, il n’y a plus d’espoir. Le nouvel opus de Karine Giebel recèle de fleurs rares, fières, vaillantes, résistantes, fortes et bienveillantes, mais malheureusement pas bleues... Noir c’est noir, il n’y a plus d’espoir ; ou si peu ! Une nouvelle fois, l’orfèvre du polar nous entraîne dans le monde sordide du quotidien où les travailleurs de l’ombre forment une armée de fantômes matinaux et nocturnes aux destins multiples, mais tous terriblement noirs. Ici pas de commissaire Machin avec une charmante adjointe en jean’s qui part sur une affaire… On est dans le dur ! Dans le noir ! Dans la réalité de la condition féminine, de la violence en prison, des migrants complètement paumés enroulés dans une couverture sous un pont, quand chez soi au cœur de l’Afrique, ça ne ressemble plus qu’à un tas de cendres, un amas de chair ou une mare de sang. Mais on pénètre aussi dans la rude réalité de la pandémie de Covid19 entrant sans effraction dans un Ephad rural pour y toucher de plein fouet des anciens isolés du monde affectif familial, et notamment une ancienne Résistante, rescapée d’Auschwitz-Birkenau, cette touchante vieille dame au bras tatoué expliquant à une jeune infirmière bien naïve qu’il s’agit de son numéro de Carte Bleue… pour qu’elle ne l’oublie pas ! Un texte fort et poignant aux phrases finales terribles arrivant en pleine face, comme un uppercut, un swing, et un enchainement de directs fatals avant le KO irréversible compté par l’arbitre…
En quatre nouvelles inédites - et trois autres plus courtes écrites pour les Restos du cœur et les Hôpitaux de Paris - nous voilà plongé dans ces Chambres noires, à l’intimité proche du cinéma italien n oir et blanc des années 60, et des films engagés que furent Le Vieux Fusil, L’Armée des ombres, Un monde parfait et Au revoir les enfants auxquels la romancière engagée et cinéphile qu’est Karine Giebel rend hommage comme une fleur, bleue cette fois, adressée à Romy Schneider, Philippe Noiret, Paul Crauchet, Bourvil, Lino Ventura, Simone Signoret, Clint Eastwood, Kevin Costner, Francine Racette ou François Berléand. Car entre l’écrit et le regard, il y a l’image. Fixe d’un Raymond Depardon ou animée d’un Robert Enrico, mais au cœur de la pellicule jaunie par le temps, l’indicible message d’une société en tourment. Noir c’est noir, où est donc passé l’espoir ?

Jean-Pierre Tissier

- J’ai lu toutes les Nouvelles de ce livre, mais avec un mal-être parfois tant chaque nouvelle reflète la réalité de notre époque. nouvelles particulièrement noires reflètent la réalité de l’actualité de notre époque… C’est pourquoi je ne sais pas dire si j’ai aimé ce livre. Les différents univers visités y sont vraiment si sombres ! Pour moi, lire, c’est évader, imaginer… Et là j’ai carrément revécu la vie que l’on vit en ce moment. Pas de place pour le rêve, ni pour se faire un film dans ma tête, car j’ai déjà les images à la télévision depuis de longs mois. Du noir de chez noir ; mais c’est le monde de Karine Giebel !

Muriel Gaillard

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  *** PAYSAGES TROMPEURS de Marc Dugain.

(Editions Gallimard Espionnage) Sorti le 2 octobre 2022. Prix : 19€.230 pages.
Le résumé : Un agent du renseignement disparaît après une opération catastrophique de récupération d’otages en Somalie. Deux journalistes d’investigation meurent accidentellement alors qu’ils enquêtaient sur l’assassinat d’un couple de touristes dans l’Atlas marocain. À la croisée des deux affaires, l’agent, devenu clandestin, s’associe à un producteur de documentaires utilisé par les services français et à une psychologue d’origine israélienne pour braquer des fonds colossaux circulant entre des narcotrafiquants d’Amérique latine et des Pasdaran iraniens. À quoi l’argent de ce hold-up est-il destiné ? La question, au cœur de l’intrigue, se double d’une réflexion sur le rôle de la manipulation dans cet univers parallèle qu’est le monde cloisonné du renseignement. De Paris à la Somalie, de l’Afrique à l’Islande et, pour finir, au Groenland, les trois protagonistes triomphent de maints obstacles, dont le moindre n’est pas la trahison, avant de confronter le lecteur à un dénouement qui fait la part belle au facteur humain.
« Comme le dit Goethe à la première page du livre de Marc Dugain « les gens n’ont pas assez d’imagination pour imaginer le réel ». C’est tout à fait d’actualité dans ce roman d’espionnage. Mais on a parfois du mal à suivre tous les tours et les arcanes de cette spécialité mystérieuse qui se déroule néanmoins sur un fond romanesque. Cependant je suis sûre que la majeure des faits qui se déroulent sous la plume de Marc Dugain sont véridiques. C’est un livre passionnant vraiment qui vous plonge tout de suite dans l’histoire et qu’on ne quitte vraiment qu’à la toute fin. Un très bon livre ! »

Muriel Gaillard.


  * LES ESPIONS DE CAMBRIDGE cinq taupes soviétiques au cœur des services secrets de Sa Majesté de Rémi Kauffer.

(Editions Perrin). Prix : 22€. Sorti le 08/09/2022.
Le résumé : Tout est invraisemblable dans ce récit aux allures de roman. Et pourtant, tout est vrai. Au milieu des années 1930, les maîtres-espions de Staline recrutent cinq étudiants de la prestigieuse université de Cambridge. Des jeunes pousses qui s‘appellent Anthony Blunt, Guy Burgess, John Cairncross, Donald Maclean et Kim Philby. Retournant contre lui l’esprit de caste de l’establishment britannique, ce quintette de « taupes » soviétiques atteindra des postes clé dans la hiérarchie de l’Intelligence Service, poussés par une foi absolue dans l’idéal communiste. Rémi Kauffer révèle l’extraordinaire réussite de cette entreprise de trahison. Il situe l’importance de la sexualité et de l’homosexualité parmi les membres du réseau. Dévoilant des complicités françaises, inédites à ce jour, il explique pourquoi et comment « les Cinq »ont tous bénéficié d’une impunité juridique ahurissante en Angleterre et révèle les dessous d’un scandale qui s’étend de la Seconde Guerre mondiale à la Guerre froide. Historien du renseignement, Rémi Kauffer est l’auteur d’ouvrages qui font autorité sur les arcanes de l’espionnage, de l’Histoire mondiale des services secrets de l’Antiquité à nos jours aux Grandes Affaires des services secrets, en passant par Les Maîtres de l’espionnage. Journaliste, il collabore au Figaro Magazine, au Figaro Histoire et au Point.
« C’est surement un livre très intéressant à lire, mais il y a beaucoup trop de personnages, avec de surcroit des noms à consonnance russes et d’autres britanniques. Et quand – en plus – ils prennent des noms de code, on ne s’y retrouve plus à moins d’être espion rompu à l’exercice soi-même. L’histoire est également compliquée à comprendre et quand il s’agit de la Russie et de l’Angleterre qui s’affrontent, j’ai vraiment beaucoup de mal à suivre. Dommage ! »

Muriel Gaillard


  **** L’ANGE DE MUNICH de Fabiano Massimi

Prix du Polar 2022 des lecteurs du Livre de poche. Prix : 9,20€. 672 pages.
Le résumé : Munich, 1931. Angela Raubal, 23 ans, est retrouvée morte dans la chambre d’un appartement de Prinzregentenplatz. À côté de son corps inerte, un pistolet Walther. Tout indique un suicide et pousse à classer l’affaire. Sauf qu’Angela n’est pas n’importe qui. Son oncle et tuteur légal, avec lequel elle vivait, est le leader du parti national socialiste des travailleurs, Adolf Hitler. Les liens troubles entre lui et sa nièce font d’ailleurs l’objet de rumeurs dans les rangs des opposants comme des partisans de cet homme politique en pleine ascension. Détail troublant : l’arme qui a tué Angela appartient à Hitler. Entre pressions politiques, peur du scandale et secrets sulfureux, cet événement, s’il éclatait au grand jour, pourrait mettre un terme à la carrière d’Hitler. Et faire du commissaire Sauer, chargé de l’enquête, un témoin très gênant. Dans une République de Weimar moribonde, secouée par les présages de la tragédie nazie, Fabiano Massimi déploie un roman fascinant, basé sur une histoire vraie et méconnue, mêlant documents d’archives et fiction avec le brio d’un Philip Kerr.

« On sait que ce roman est un Polar, mais dans quelle mesure ne serait-il pas aussi un roman historique ? Car on y découvre la relation amoureuse de Hitler avec sa nièce, mais aussi les déviances sexuelles du futur Führer, et l’enquête menée sur la mort de cette nièce. Tous ces faits se déroulant pendant l’ascension d’Adolf Hithler vers le pouvoir. Une question brûle donc les lèvres : que ce serait-il passé si toutes ces effroyables intrigues avaient été connues du grand public, au moment où il allait accéder au titre suprême ? Cette guerre atroce et cet holocauste envers les Juifs aurait-il eu lieu ? Il tient à peu de choses que le cours de la vie change, et pour des millions de personnes parfois. Un livre vraiment passionnant ! »

Muriel Gaillard


  *** PARIS SE LÈVE de Armand Delpierre

(Editions Plon). Premier roman. 336 pages. Prix : 19,90€. Sorti le 22 septembre 2022.
Le résumé. Dans un Paris plus que jamais mis à mal par les attentats de Charlie Hebdo, l’équipe du commissariat de la Défense doit agir vite avant que l’impensable ne se produise... Pierre-Louis Madec, alias PLM, se réveille ce matin de janvier avec le sentiment d’un désastre imminent. Ce nouveau départ loin de sa Bretagne natale, au commissariat de la Défense, promet d’être mouvementé. A peine arrivé, on lui confie l’affaire Françoise Laborde : une femme de 70 ans retrouvée morte dans son salon. Un corps en lambeaux, signe d’un véritable acharnement contre sa personne. S’ajoute à cette enquête le mystérieux viol d’une jeune fille, Elsa, trouvée inconsciente devant un bloc d’immeubles. Elle reste mutique, incapable de se souvenir du moindre détail sur la soirée de la veille. A moins que les cauchemars qu’elle ne cesse de faire soient des indices, une piste... La menace est partout. Et c’est quand on pense que rien de pire ne pourrait arriver, que l’impensable se produit. Tapis dans l’ombre, des hommes se préparent à frapper fort, à commettre une atrocité au nom de leur Dieu. De quoi bouleverser le monde et mettre à mal les forces de police. Mais il faut rester concentré, PLM le sait. Le meurtrier de Françoise Laborde et le violeur de la jeune Elsa pourraient profiter de l’agitation ambiante pour commettre bien pire. Le temps est compté...
« J’ai pris beaucoup de plaisir à lire ce premier roman d’Armand Delpierre qui mêle plusieurs enquêtes en même temps, ainsi que l’attaque et le massacre de la rédaction de Charlie Hebdo. Il y a aussi pour brouiller les pistes, plusieurs enquêteurs aux personnalités différentes, mais on est tout de suite aspiré par l’histoire. Vraiment très agréable à lire ce « Paris se lève ».

Muriel Gaillard


  *** L’AIMÉ MEURTRIER de Marine Mazéas

(Editions du Rocher). Prix : 18,90€. 256 pages. Sorti le 5 octobre 2022.
Le résumé. Elles sont surveillantes de prison, étudiantes en lettres, éducatrices spécialisées ou encore infirmières. Elles sont parfois mariées, ont des enfants, aiment les chats, ont des idéaux. Et elles sont tombées amoureuses d’hommes lourdement condamnés. Par le récit de leurs romances avec des criminels – de la rencontre jusqu’à la construction d’une vie à deux, en passant par les interrogations, les déceptions ou encore le regard des autres – elles se dévoilent, laissant entrevoir l’explication de leur attachement pour ces hommes, parfois monstrueux. L’aimé meurtrier est une plongée fascinante et bouleversante dans l’intimité de couples pas comme les autres, et dans l’âme de ces femmes qui aiment à en perdre la raison. Dans L’aimé meurtrier, femmes de criminels et de voyous, elles sont 8 à raconter leur histoire. Comme Claudine, une Française qui correspond avec Ronnie, enfermé dans le couloir de la mort aux États-Unis. Ou Françoise qui, alors qu’elle vit un mariage sans amour et s’occupe de la santé des prisonniers, rencontre Claude, incarcéré à Fresnes pour cambriolage. Sonia, surveillante, qui a croisé la route de Nathanaël, emprisonné pour assassinat. Des récits tous différents, qui dévoilent une vie de couple hors du commun mais bien réelle. « Qu’est-ce qui a fait basculer ces femmes ? Qu’est-ce qui les a attirées ? », s’est interrogée la journaliste. Depuis vingt ans, Marine Mazéas est journaliste spécialisée dans la justice et les faits-divers. Elle écrit aujourd’hui dans Marianne.
« Aimer, à perdre la raison… chantait Jean Ferrat dans une de ses plus belles chansons dont il avait le secret. Aimer à ne savoir que dire… Oui, il existe des parcours de vie à ne savoir que dire, totalement hors-normes et qui pourtant existent, comme ces couples pas comme les autres qui réunissent, voire unissent pour la vie des détenus avec des femmes issues d’horizons divers mais toutes liées à un moment ou un autre avec l’univers carcéral. Marine Mazeas grand reporter à Marianne avec son immense connaissance de la justice et des procès a profité de son expérience acquise sur le terrain auprès des procureurs ou des avocats, pour recueillir au fil du temps des témoignages de femmes ayant cédé à la tentation de l’homme emprisonné. Dans un livre (son premier) empreint d’écoute et de curiosité, elle nous fait découvrir des femmes à la vie « normale » mariée, mère de famille parfois, qui d’un jour à l’autre, pour un regard au départ, basculent dans une autre dimension. Entre romance, correspondances enflammées de 40 pages, et parloirs hebdomadaires, elle nous entraine dans un univers où huit femmes livrent leur vie actuelle ou passée, avec tout ce qui va avec ; à savoir la difficulté de se projeter avec quelqu’un qui a pris 25 ans pour meurtre, voire la perpétuité et même la peine de mort pour ceux qui sont dans le fameux « couloirs de la mort » aux Etats-Unis. Toutes les histoires d’amour finissent mal en général chante Catherine Ringer époque Rita Mitsouko, mais pas toutes et on le constate avec une belle aventure qui a duré 40 ans… Mais le retour à la vie civile avec une passion chevillée aux tripes n’est pas si simple pour celui qui a passé tant d’années à dormir seul dans un univers de violence et où les mots manquent souvent, engendrant les coups et sévices. On plonge alors dans un bouquin utile pour mieux comprendre ce qu’on effleure simplement parfois… »

Jean-Pierre Tissier


  *** NÉGOCIER de David Corona.

(Editions Grasset). Prix : 20€. 285 pages. Sorti le 11 mai 2022. Notre avis. « A Blues & Polar, on ne se contente pas de lire des romans policiers. On aime bien savoir aussi ce qui se passe dans la tête de toutes celles et ceux susceptibles d’intervenir dès que le 17 a été appelé pour une broutille ou une catastrophe. Et dans ces cas-là, on préfère toujours avoir l’avis des gens du terrain, avec les témoignages vivants de toute la cohorte présente dès le départ de l’enquête à sa conclusion. Gendarmes, flics, sapeurs-pompiers, médecins, tireurs d’élite, procureur de la République, avocats, juge d’instruction, jusqu’aux témoins parfois de ce qui s’est passé sont ainsi venus à notre festival. Tous devenant ainsi « Grand témoin » en la circonstance. Le livre de David Corona négociateur de crise au sein du GIGN (Groupement d’intervention de la Gendarmerie nationale) est particulièrement éclairant parce qu’il nous relate la carrière de ce natif de Digne-les-Bains, qui a réalisé son rêve en intégrant le GIGN, mais aussi toutes les étapes incroyables par lesquelles il a dû passer, tant physiques que morales ou existentielles. Ce livre qu’on peut lire chapitre par chapitre, nous concerne tous, car il est source de réflexion sur soi-même. Et le chapitre où il évoque la possibilité de mourir en intervention est un moment qui nous titille les sens.
« J’ai approché la mort de près à seulement trois reprises écrit-il. Je sais que cela fait partie du jeu et que tout peut basculer d’un moment à l’autre. On dit que pendant les minutes qui ont précédé l’assaut contre les terroristes se trouvant dans l’avion du vol Alger-Paris sur l’aéroport de Marignane le 26 décembre 1994, les opérationnels prêts à intervenir se sont regardés dans les yeux et se sont serré la main, sachant pertinemment que quelques minutes plus tard, certains d’entre eux pouvaient mourir. J’ai vécu cette situation à Dammartin-en-Goële, à proximité de l’imprimerie où s’étaient retranchés les frères Kouachi. Lorsque je me suis tourné vers mes camarades pour leur dire à mon tour que nous ne rentrerions peut-être pas tous à la maison. »
Convaincu qu’on peut négocier avec tout le monde, David Corona aborde néanmoins avec gravité ces moments de silence poignants, quand un camarade s’abime accidentellement en mer lors d’un exercice, quand il n’y a aucun bruit au petit-déjeuner à Tripoli au lendemain du décès de Zonzon, et quand le silence résonne, assourdissant, au bout du téléphone d’Arnaud Beltrame à Trèbes... « Je voudrai que ce livre soit un médicament de lecture ! » conclut David Corona. Pari réussi !"

Jean-Pierre Tissier


  ** LA NUIT ÉTAIT CHEZ ELLE de Laurent Queyssi

(éditions Alibi). Sortie le 14 octobre 2022. 240 pages. Prix : 20€. Le résumé. Alexandre Lolya est correspondant local pour un journal régional dans une ville du Sud-Ouest de la France. Son quotidien, en dehors des balades avec son chien Miles, c’est de couvrir les infos du coin : crue de la Garonne, inondations, inauguration du nouveau stade. Rien de bien folichon. Mais son cousin débarque et lui demande de l’aider à vider une maison avant qu’elle soit envahie par les eaux. Il pourra alors utiliser à sa guise tout ce qui est dans la maison. Or, dans les papiers, Alex et le cousin trouvent un manuscrit qui ressemble fort à un texte de Louis-Ferdinand Céline. Cela suffit pour mettre la puce à l’oreille d’Alex, d’autant plus que leur fourgon est braqué et que le manuscrit disparait...
« La presse locale par le biais d’un correspondant plutôt investi et adepte de l’essence même du métier qu’est la proximité, est au cœur de ce polar qui se perd souvent en longues descriptions que l’on zapper, mais c’est en raison de l’action qui nous fait tourner les pages avidement. Car on envie de savoir… C’est là que l’envers du décor mériterait d’être juste à l’essentiel, car l’histoire est excellente et nous rappelle qu’un vrai manuscrit de Louis-Ferdinand Céline - qui vient d’être édité chez Gallimard il y a peu - a été retrouvé dans des conditions elles-aussi étonnantes. Ajoutons à cela les personnages qui sont mystérieux et terrifiants à souhait. Je suis sûr que « Meurtre à Castelnau » intéresserait France Télévisions".

Jean-Pierre Tissier


  *** BAIN DE SANG DE Jean-Jacques Pelletier

(Le Mot et le reste). 456 pages (14,8 x 21cm). Prix : 23.00 €. Sortie le 22 septembre 2022.
En fin de carrière, l’inspecteur Dufaux se voit confier une enquête hors norme lorsqu’un bain rempli de sang se retrouve exposé dans une vitrine, en plein Montréal. Ce pince-sans-rire, un brin cynique, devra résoudre une série de meurtres avec l’aide de son équipe de jeunes geeks. Sous le coup d’une enquête interne, Kodack, Parano, Paddle et les Sarah seront pour- tant décisifs pour tirer cette histoire au clair. Au cours de ses investigations, Dufaux croisera une galerie d’hommes et de femmes plus originaux et insensés les uns que les autres, et pourra compter sur le soutien de son épouse, récemment décédée. Avec son équipe de flics 2.0 et un humour manié au scalpel, l’auteur parvient à rafraîchir les codes du roman policier.
"« Dès les premières pages on est plongé dans l’histoire originale de ce livre qui se déroule au Canada, et on a quelques difficultés avec tous les acronymes, mais heureusement tout est expliqué en bas de page. J’ai pris beaucoup de plaisir à lire ce livre. »

Muriel Gaillard


  *** LE RÉSEAU DE MARC EICHINGER ET ALIX MEYER

(Editions Plon.) Sorti le 22 septembre 2022. 250 pages. Prix 19,90€.
Le résumé. Paul Cesario, ancien éminent chimiste de la DGSE, s’apprête à vendre aux enchères une drogue de synthèse de son invention, aux effets dévastateurs pour les populations du monde entier. La France, qui ne doit en aucun cas être reliée aux activités de son ancien agent, fait alors appel au Réseau... Instance supranationale secrète au service du bien commun, le Réseau confie l’enquête à Janco Landovski, son meilleur élément, avec la mission d’éliminer discrètement tous les acteurs de cette transaction. De Bombay à Hong Kong en passant par le Canada, la course contre la montre de Janco mobilise le FBI, la CIA, le Mossad ainsi que bien d’autres acteurs de l’ombre. Jusqu’à l’affrontement final dont dépend le sort du monde...
« Ce livre est passionnant, et tout de suite ! On est emporté rapidement par l’histoire, bien que très on se demande néanmoins quand le roman commence… et quand se finit la réalité. C’est assez étrange. Je pense que les deux se mélangent et que la réalité s’impose au roman. Il est parfois difficile de ne pas mélanger tous les services secrets du monde et leurs sigles, mais on est tenu en haleine jusqu’à la fin ».

Muriel Gaillard

« J’avais la tête bien remplie une fois la lecture achevée sur la perception de l’espionnage dans le monde. Malheureusement le suspense n’est pas au plus haut, et ça manque de fluidité, difficile à suivre ».

Marie-Pierre Fiore

« Je ne suis pas certain que la réalité soit très éloignée de la fiction de ce polar. C’est une lecture passionnante de ce monde inconnu et l’intrigue tient le lecteur en haleine. J’ai beaucoup aimé ». Jean-Jacques Rousseau



  **** L’OR VERT DU SANGHA de Pierre POUCHAIRET

(Editions Alibi) Sortie le 23 septembre 2022. Prix : 22€. 450 pages
Le résumé. Les élections présidentielles approchent au Sangha, pays fictif situé entre le Cameroun, la R.D.C et le Gabon. Le vieux président, dont les sondages prédisent la victoire avec 80% des suffrages, se prépare sans crainte à son sixième mandat... Mais un challenger, le charismatique ancien footballeur Luc Otsiemi, coaché par un directeur de campagne français, gagne du terrain. La journaliste Claire Dorval est envoyée pour couvrir l’évènement et faire une série de documentaires sur le pays. Alors qu’elle glane des infos, le corps d’un de ses collègues est retrouvé à proximité d’une exploitation sauvage de bois précieux, le kevazingo, dont l’exportation est officiellement interdite... Une enquête sanglante au cœur du trafic de bois, qui met à découvert les intérêts français, hérités de la France-Afrique, comme ceux étrangers, notamment chinois.

" Sur les Routes de l’impossible, l’écriture est reine. Et Pierre Pouchairet via sa science du détail testé personnellement, nous fait traverser l’Afrique avec ce nouvel opus qu’est « L’Or vert du Sangha » qui sent la sueur, le sang et les larmes, mais aussi l’odeur des petits matins en brousse, en passant par le bruit récurrent des bus délabrés sillonnant les pistes pour aller cahotant au marché, des tronçonneuses massacrant la forêt séculaire, des kalachnikov parfois, et celui des paillasses d’hôtels grinçantes d’un autre monde, seules disponibles dans cette immensité sans bornes. L’Afrique est là, dans ces lignes réalistes et attentives, éternellement en devenir, mais pas pour tout le monde ! Depuis (trop) longtemps on la pille sans vergogne, de ses minerais, de son pétrole, de ses métaux précieux et de ses bois rares tant recherchés en Europe et en Asie notamment. Là où l’on est moins regardant sur l’origine de ces essences pourtant protégées, mais où contourner la loi est un sport national, avec toujours l’opportunité de quelques billets glissés dans la poche pour obtenir un passe-droit… Le mot travail dissimulé prend alors tout son sens, avec des populations autochtones vivant en tribus aux lisières des mangroves, heureuses de toucher quelques billets dans ces hectares de forêt, loin du monde.
Proches de carrières en voie de déforestation seulement visibles d’avion ou par satellite, ces « fourmis travailleuses » s’affairent - au mépris de nombreux dangers -à abattre le plus rapidement possible les arbres protégés que sont l’ébène ou le kevazingo, certains âgés de 400 à 500 ans, convoités par des Asiatiques sans morale qui se fichent bien de la planète de son avenir.
C’est là qu’entrent en action comme lors de chaque élection présidentielle, la politique internationale – jadis la fameuse France Afrique dont il reste encore des ramifications – et les mafias corses et calabraises qui ont su diversifier leur activité principale qu’était la construction de casinos après la Seconde Guerre mondiale. En y ajoutant des astucieux trafics de drogue en empruntant des routes plus longues et laborieuses, et des cachettes de plus en plus astucieuses.
Telle une grosse araignée qui tisse sa toile, ce maelstrom de brigands aux méthodes peu orthodoxes et sans appel, dans lequel on se prend à découvrir un breton dirigeant d’un très grand groupe français qui a ses entrées à l’Elysée, quelques ambassadeurs et hauts-fonctionnaires véreux, et un président de la république du Sangha (mix de Gabon et du Cameroun avec un zeste de Centrafrique) qui œuvre pour sa réélection à 86 ans, prépare une manœuvre électorale cousue de fil blanc, pour que surtout, rien ne change ! De visionnaire qu’elle est depuis une dizaine d’années, l’écriture de Pierre Pouchairet devient carrément extra-lucide mêlant climatologie et désastre environnemental à la façon d’un lanceur d’alerte. Un cri d’alarme lancé pour la survie du continent africain en proie à ses démons éternels et qui aujourd’hui n’arrive toujours pas à s’en débarrasser. Et ce ne sont pas les Russes ou les Chinois qui siffleront la fin de cette triste période qui s’est ancrée pernicieusement dans les pas de la décolonisation ; telle une pieuvre tenant sa proie. Un excellent thriller qui démontre aussi que le journalisme d’investigation incarné par Claire Dorval a toujours son utilité. Même si certains l’ont payé de leur vie."

Jean-Pierre Tissier

« Comme d’habitude, dès les premières pages on est captivé par la lecture, et l’écriture de Pierre Pouchairet qui était un de nos invités « Coups de cœur 2022 » au 18e festival Blues & Polar, samedi dernier à Manosque. Derrière une enquête menée par une journaliste française sur une élection présidentielle en Afrique, il nous lance en pleine figure – lui qui vient de passer huit ans au Cameroun – la réalité de la vie africaine avec son lot de corruption qui lui colle à la peau et à la main-mise de tous ces pays de l’Est ou l’Ouest qui veulent « aider » l’Afrique, mais en réalité la pille de toutes ses richesses avec sauvagerie et diplomatie véreuse... Un vieux savoir-faire datant de l’époque de la colonisation et des années qui ont suivi… C’est un livre captivant. On n’est jamais déçue avec Pierre Pouchairet. »

Muriel Gaillard


  *** ANTIQUES TRAHISONS de Gilles Vincent

(Editions Cairn. Collection du Noir au Sud). 258 pages.
Le résumé. En 471 après J. Christ, au cœur de l’évêché de Riez la Romaine (Alpes-de-Haute-Provence) s’évanouit un fabuleux trésor de guerre. En août 1944, c’est lors de la libération de la petite ville que va se dessiner un machiavélique scénario. En juillet 2017, les fouilles archéologiques de Riez vont se retrouver mêlées à une ténébreuse enquête… « Un petit livre passionnant qu’on dévore en se disant qu’on va là-bas le dimanche matin pour faire le marché, et qu’il y a une belle intrigue imaginée par Gilles Vincent tout près de nous. Captivant ! »

Muriel Gaillard


  *** CEUX QUI RESTENT de Jean MICHELIN.

Editions Héloïse d’Ormesson. Le résumé. Pour faire le vide dans sa tête, Stéphane court toutes les nuits. Quand il a quitté l’armée, son épouse Mathilde pensait qu’une vie normale allait commencer. Et c’est le cas – insomnies mises à part. Jusqu’à ce message, juste avant l’aube : « Il y a un problème avec Lulu. » Le caporal Lucien Guyader, dit Lulu, quarante ans, a toujours démontré une fiabilité rassurante pour ses hommes comme pour ses chefs. Aussi, quand ce père de famille disparaît à dix jours d’un départ en opération, Stéphane et trois de ses fidèles lieutenants se lancent à sa recherche, avant qu’il ne soit déclaré déserteur. Au gré de leur enquête, ressurgissent les traumatismes des combats, ces réminiscences qui leur collent à la peau, mélange d’odeurs, de peur et de fraternité. Le premier roman de Jean Michelin, lieutenant-colonel dans l’Armée de terre et auteur d’un récit autobiographique (Jonquille, Gallimard, 2017).

« L’Armée ne ressort pas valorisée de ce livre. En effet, le titre « Ceux qui restent » évoque les militaires qui survivent lors des différentes Opérations extérieures de la France (Opex) et des relations qui existent entre militaires et hiérarchie. Car les militaires qui quittent l’Armée ne sont absolument plus considérés et sont à la limité d’être oubliés par l’institution. C’est l’histoire de toute une section de militaires qui cherchent à savoir pourquoi l’un des leurs a déserté… Un livre qui interroge. »

Muriel Gaillard


  *** LE SECRET DE CAMILLE C. de Marie -Noël PASCHAL

. (Verone éditions) Prix : 20,00€. Le résumé. Reine Messager, divorcée depuis la disparition de sa fille Chloé, tente de reprendre sa vie en main. Un jour, alors qu’elle assiste à une exposition consacrée à Camille Claudel, artiste qui la passionne et sur laquelle elle rédige un mémoire, un inconnu montre à Reine une photo de sa fille puis s’enfuit. Des évènements mystérieux et incroyables vont alors se succéder. Reine fera la connaissance de Lionel, mi-artiste, mi-avocat. Elle retrouvera un ami, commissaire de police, et sera amenée à percer le secret de Camille et de la disparition de Chloé.
« Avec ce 7e ouvrage, Marie-Noël Paschal retrouve un univers qu’elle apprécie particulièrement ; celui du Pol’Art. Cette intrigue policière et singulière mariant le crime à l’Art en général ; la peinture et la sculpture en particulier. Tout simplement parce qu’elle adore ça ! Et en abordant Camille Claudel et sa folle vie - au propre comme au figuré - à travers ses descendants connus et d’autres pas du tout, on s’embarque alors dans un thriller qu’on parcourt à la hâte parce qu’on a envie de savoir… Mais on ne saura vraiment qu’en toute fin, après bien des rebondissements, ce qu’il est advenu de cette petite fille disparue, mais enlevée ou pas ? Et pourquoi ? Là, le passé malheureux d’une maman rejoint le présent parfois ténébreux et incertain de celle-ci, en raison de l’époque où le divorce est monnaie courante. On apprend évidemment bien des choses passionnantes sur cette grande sculptrice que fut Camille Claudel, le grand amour-fou de Rodin, et surtout que l’Art malgré son grand A n’est pas à l’abri de figurer en place dans la rubrique Faits-divers des journaux. Marie-Noël Paschal a d’ailleurs écrit en 2011, un livre formidable sur les grandes affaires criminelles des Alpes-de-Haute-Provence, ainsi qu’en 2016 Un Siècle de Faits-divers dans les Alpes-de-Haute-Provence. Et ces Basses-Alpes là, n’en manque pas. Le Secret de CamilleC. est un livre à lire « tran-quille » en ces temps de canicule, sous l’ombre d’un micocoulier ou d’un vieux marronnier grysélien, en écoutant chanter les cigales… »

Jean-Pierre Tissier

« Dans ce livre, deux histoires sont écrites en parallèle. Celle d’une mère qui recherche son enfant enlevée et on suit une enquête à rebondissements agréable à lire mais avec quelques incohérences.. Puis la deuxième histoire met en avant la vie de camille Claudel, et quand on sait que l’auteure est titulaire d’une maîtrise d’Histoire de l’art et que l’on aime les œuvres de ctte grande sculptice on trouve ce livre vraiment passionnant. Car on y apprend plein de choses sur la vie de Camille Claudel, même si le lieu de sa tombe Claudel laisse quelque peu sceptique… Mais j’ai beaucoup aimé cette partie de l’histoire et cela incite à lire la biographie de Camille Claudel. »

Muriel Gaillard


  *** LA CONSULE ASSASSINÉE de Pierre POUCHAIRET

éditions Filature(s). Sorti le 24 septembre 2021. 384 pages. Tarif : 20€
Le résumé. Dans une ex-république soviétique, la consule de France est retrouvée morte dans son bureau au petit matin. Acte terroriste ? Crime commandité par les services secrets locaux ? Pour le Quai d’Orsay, il faut diligenter une enquête au plus vite en collaboration avec la police. L’ancien ambassadeur Delaroque et un flic chevronné de la PJ parisienne, Girard sont dépêchés sur place. Deux manières de fonctionner, d’enquêter pour ces deux hommes rompus au métier...

« Les anciennes républiques soviétiques, malgré leurs vitrines actuelles proposant toutes les mêmes richesses et modes de luxe (Prada, Benetton, Rolex, Vuitton…) qu’à Venise, Madrid, Copenhague ou Paris, ont néanmoins conservé des méthodes brutales dans leur comportement que quiconque venu à Prague, Budapest ou Bucarest jusqu’au début des années 70 avait pu vérifier au quotidien… Le règne du bakchich et de la corruption y étant élevé au rang de sport national. Et avec Pierre Pouchairet, pas de souci, on est toujours de plain-pied, et au cœur d’un authentique roman policier avec des flics de terrain bien présents, une intrigue bien ficelée, de la politique internationale et des voyous, petits et gros calibres ! Et comme l’homme a beaucoup voyagé dans sa carrière de flic et de la Sécurité intérieure, de Versailles à Nice en passant par l’Irak, Israël et l’Afghanistan, on sait qu’on est dans le vrai jus, car la fiction est souvent l’astuce et la meilleure façon d’écrire une plausible réalité. Et c’est ce qui fait le charme des livres du désormais Breton qui ne rate pas une occasion de faire un détour en cors d’écriture, vers un pub musical rock-blues de Sainte-Marine-en Combrit, le Bar de la cale ou la plage de Penmarch… Bref, « La consule assassinée » nous tient en haleine d’entrée et cela se poursuit tout au long des 375 pages de l’ouvrage ; et jusqu’à la dernière page ! Avec l’assistance de la musique en toile de fond. Du blues à Metallica, il y a le temps de devenir un tueur, et on ne le savait pas !

Jean-Pierre Tissier

« Quand on commence à lire un livre de Pierre Pouchairet, on sait d’avance qu’on ne sera pas déçue car on a toujours tous les bons éléments pour un bon roman. Là, c’est un ancien pays soviétique, des diplomates avec tout ce que cela peut comporter de non-dits, de dissimulations ; une enquête avec un policier qui débarque comme un éléphant dans un magasin de porcelaine… Mais il y a aussi des bons mots et de l’humour, sans oublier une enquête policière où il faudra attendre la toute fin du lire pour se dire « J’en étais sûre ! ». Encore un bon livre de plaisir que cette « Consule assassinée. »

Muriel Gaillard


  *** LARMES DE FOND de Pierre POUCHAIRET aux Editions Filatures.


Sorti le 15 septembre. - En six–sept ans seulement, Pierre Pouchairet l’ancien flic responsable de la Sécurité intérieure à Kaboul (Afghanistan) - sous la présidence de Nicolas Sarkozy - est devenu un auteur au style personnel et propre, axé sur le quotidien des enquêtes policières qu’elles soient menées au sein de la PJ ou des commissariats de quartier, sans oublier les méandres politiciennes de l’ancien monde que Pouchairet connaît comme sa poche, de l’OAS au SAC en passant par Action française, Honneur de la police, Occident ou les katangais de la Sorbonne. De la tuerie d’Auriol à la FranceAfrique de Jacques Foccard, en passant par l’Afghanistan, la Syrie et les Hackers russes. Car un flic de terrain ça voyage beaucoup ! L’originalité de Pierre Pouchairet, c’est aussi ce trio insolite de nanas (flic, médecin-légiste et psy) qui manie autant le revolver en mission que la Stratocaster dans les pubs. Faisant rimer Lüger avec Rory Gallagher. Ce qui n’est pas pour déplaire à Blues et polar. « Larmes de fond » nous entraîne à toute vitesse de Nice à Brest en passant par le Berry, contrée tranquille souvent zone de repli discret pour les terroristes. Autant de haltes touristiques que Pierre Pouchairet connaît parfaitement pour y avoir travaillé ou vécu. Une intrigue haletante où la fiction a des airs de véracité tant l’enquête suivie au quotidien nous entraîne au cœur de la réalité du terrain sans fioritures. Et c’est ça qu’on aime ; l’authenticité pas la frime !

Jean-Pierre Tissier

- "Avec ce dernier roman de Pierre Pouchairet, on est à fond dans la traque policière, les investigations, et les éternels rapports complexes entre la Police et la Gendarmerie…J’ai aimé l’intrigue policière, le rappel de certains évènements de l’histoire obscure de la France et de sa politique politicienne des années 60-70. Comme à son habitude le livre de Pierre Pouchairet nous tient en haleine jusqu’au bout du bout des pages. Un plaisir à lire !

Muriel Gaillard



  **** LES FAISCEAUX DE LA PEUR de Maud TABACHNIK

. (City éditions). Prix : 17.50 €. 320 pages.. Le résumé . Judith a 17 ans, l’ambition de devenir écrivaine et un tempérament rebelle. Dans la sublime Florence de 1937, où ses parents exercent le métier d’artisans d’art – avec l’autorisation officielle réservée aux Juifs –, elle envisage un avenir serein et pourquoi pas, d’aimer librement son amie Francesca. Mais son rêve se brise le jour où un inconnu est assassiné sous ses yeux en pleine rue. L’homme a été tué par les miliciens de Mussolini, qu’elle trouvait jusque-là si élégants dans leurs chemises noires… Témoin d’un meurtre qui n’aurait jamais existé officiellement, ses parents, interdits d’exercer et poussés à l’exil au fil des jours, Judith voit s’installer un climat délétère sur la ville, alors que de l’autre côté de la frontière, la Nuit de cristal fait se briser l’avenir des peuples. Alors que le monde bruisse des rumeurs d’une guerre prochaine, annonçant des années de terreur, Judith comprend qu’elle va bientôt être obligée de faire des choix difficiles. Même si cela signifie s’engager au péril de sa vie dans la Résistance, fuir et vivre de manière précaire sous les faisceaux de la peur…

« Maud Tabachnik qui a déjà écrit une trentaine de polars passionnants nous avait habitués à un style tout à fait différent avec ses précédents livres. Je pense que cet ouvrage est bien plus personnel, voire intime, et il est d’autant plus poignant avec le contexte actuel de la tragédie qui se joue depuis le 24 février en Ukraine avec son cortège de destruction et de crimes contre l’humanité commis par la Russie. On est vraiment obligé de faire un parallèle avec cette montée du nazisme en 1937 dans une zone allant de Rome à Madrid en passant par Paris avec l’exil au bout du chemin pour des milliers de personnes. On rentre tout de suite dans cette histoire dont on connait par avance – malheureusement - la fin. Un très beau livre ! »

Muriel Gaillard

« Qui aurait pu penser, le 17 février dernier - jour est paru « Les Faisceaux de la peur » de Maud Tabachnik, roman hypnotique au fil des pages sur la montée du nazisme et l’envahissement de la France par l’Allemagne nazie en 1939 - que sept jours plus tard, le 24 février à 4 heures du matin, la guerre pour de vrai, serait déclenchée par la Russie en Ukraine ? Envahie et bombardée au XXIème siècle par le « chancelier Poutine » en digne successeur d’Hitler ! Un mauvais rêve devenu réalité jour après jour. 15 aujourd’hui et des milliers de morts (soldats, hommes, femmes, enfants) à l’heure où paraissent ces lignes… Avec ce roman visionnaire, écrit sans préméditation mais avec flair, Maud Tabachnik nous entraine dans une fresque historique au plus près des gens et de la jeunesse de l’époque, avec leur vie, leurs soucis, leurs amours… dans une période que beaucoup ont oubliée et d’autres n’ont pas une once de connaissance. On y découvre des moments qui ne sont pas dans les livres d’Histoire, mais empreints d’affectif et de craintes fondées pour Judith et ses jeunes amis (garçons et filles) comme en ce 14 juillet 1939 célébrant les 150 ans de la République, où dans l’obscurité d’un cinéma parisien, les « Actualités Pathé Cinéma » projetées avant « La Règle du jeu » de Jean Renoir évoquent les prémices d’une catastrophe annoncée avec le trio satanique Hitler, Mussolini, Franco qui commence à enserrer la France dans l’Internationale antisémite et fasciste qui fait le lit du nazisme. On comprendra trop tard, comme en Italie, quand le Proviseur du lycée de Judith à Florence s’était ramené en uniforme de la Milice… Et pourtant le 13 mars 1938, le pape Pie XI avait condamné le régime hitlérien. Mais le sinistre Pie XII s’annonçait à l’horizon avec une mansuétude toute autre et des jours de glace s’annonçant au cœur de ces faisceaux de la peur. Et où Judith, jeune italienne et juive se retrouve réfugiée en France avec la Double-peine peu après son arrivée !Il faut lire ce livre aujourd’hui avec une grande attention pour comprendre la machinerie infernale des dictateurs qui au nom d’une idéologie folle - à l’image du discours diabolique d’Hitler prononcé en novembre 1938 sur les radios et aux actualités cinématographiques – autorise à toutes les barbaries et autres folies mégalomanes. Un discours démentiel, éructé, exalté, raide et poings fermés que Maud Tabachnik rappelle : « Aucun militaire, aucun civil ne pourra me remplacer crachait-il. Je suis convaincu de la puissance de mon intelligence et de ma fermeté. Nul n’a jamais accompli ce que j’ai accompli… » Puisse la proche rhétorique Poutitienne actuelle sur l’Ukraine être stoppée par le peuple russe tant il s’apprête à souffrir, comme l’Europe entière déjà. Ce livre très loin des polars habituels de Maud Tabachnik m’inspire une phrase du poète chilien Pablo Neruda, victime vraisemblable de la Junte de Pinochet : « Ils pourront couper toutes les fleurs, ils n’empêcheront pas la venue du printemps ».

Jean-Pierre Tissier


  *** JEUX DE DUPES de Maud TABACHNIK (City éditions).


Sortie le 13 janvier chez City éditions. Le résumé :
Détesté par sa femme, méprisé par sa fille, Abbot ne trouve du réconfort que dans l’écriture. Il vient de terminer un roman qu’il s’apprête à envoyer à un éditeur. Mais un jour, l’impensable se produit : il oublie son manuscrit dans un taxi. Et quelques mois plus tard, le livre est publié sous le nom d’un autre et devient un best-seller ! Qui est l’usurpateur ? Comment dénoncer son imposture ? Abbot retrouve sa trace et entre à son service en devenant son secrétaire particulier. Il le suit même jusqu’en Californie, où les droits du livre viennent d’être vendus à Hollywood. Progressivement, la fascination d’Abbot pour celui qui a aussi facilement endossé sa création se mue en une haine irrépressible. Mais s’il l’élimine, son œuvre risque également de passer aux oubliettes. À moins que ? Pour se venger, Abbot commence à enclencher une formidable machination…
« C’est l’histoire d’une vie tellement banale d’un couple qui cohabite, et d’une ado méprisante. Et pour sortir de cet environnement sinistre, le personnage ne cesse d’écrire. Il écrit, écrit... Mais la récompense, un jour, va à un autre ! Une banalité ; mais quelle vérité aussi, et elle vous captive jusqu’à la dernière page, à l’image d’un soufflé qui monte, qui monte… et qui retombe brutalement. Un très bon livre où je me suis régalée ; néanmoins, il ne reflète pas le style habituel d’écriture de Maud Tabachnik que l’on connait principalement pour ses réflexions et son humour incisif. »

Muriel Gaillard


  **** MINUIT DANS LA VILLE DES SONGES

de René Frégni (Editions Gallimard). Sorti le 10 février 2022 Le résumé. « J’avais été jadis un voyageur insouciant. Je devins un lecteur de grand chemin, toujours aussi rêveur mais un livre à la main. Je lus, adossé à tous les talus d’Europe, à l’orée de vastes forêts. Je lus dans des gares, sur de petits ports, des aires d’autoroute, à l’abri d’une grange, d’un hangar à bateaux où je m’abritais de la pluie et du vent. Le soir je me glissais dans mon duvet et tant que ma page était un peu claire, sous la dernière lumière du jour, je lisais. J’étais redevenu un vagabond, mal rasé, hirsute, un vagabond de mots dans un voyage de songes. » Ce roman est le récit d’une vie d’errance et de lectures, aussi dur que sensuel, aussi sombre que solaire.



  *** RUSE d’Éric Naulleau

Editions Albin Michel. 208 pages. 18€. Si l’enfer existe, il se situe à Ruse (5ème ville de Bulgarie) à une trentaine de kilomètres au sud du Danube. Voilà pour situer géographiquement le premier polar ultra-littéraire d’Éric Naulleau, chroniqueur bien connu des amateurs de télé tardive aux côtés de Laurent Ruquier dans On n’est pas couché sur France 2 sur Paris Première avec le controversé Éric Zemmour et actuellement pensionnaire chez Cyril Hanouna sur C 8.
- Un night-club bulgare à l’ancienne, version vestige de l’ancien bloc soviétique avec son flot de contradictions mêlant encore les bonnes vieilles habitudes du bakchich chez les camarades et les prémices d’une Bulgarie moderne ; avec toujours en fond de caisse, les costards-cravates noirs des mafias turques, roumaines, grecques, serbes… qui pullulent dans ce pays qui fut le nec le plus ultra en matière d’espionnage à l’ère du KGB. Une embrouille avec un client alcoolisé autour d’une barre de pool-dance et une effeuilleuse au caractère bien trempé qui plonge un peu trop sa main dans le coffre au moment d’être virée ; n’emportant pas que des billets... Et c’est le début d’un passionnant road-trip à travers les Balkans qui emprunte à coup sûr l’itinéraire journalistique d’Éric Naulleau parti un beau jour au pays de Stoïkov, Penev et autre Kostadinov ; ce footballeur entré dans la légende bulgare et dans les cauchemars des français, pour avoir privé la France de Coupe du monde 1994 à la faveur d’un but inscrit au Parc des Princes… à la toute dernière seconde ! On en a pleuré, et on en pleure encore ! Mais le premier polar d’Éric Naulleau est un roman très littéraire qui n’a rien à voir avec ce qu’on lit habituellement en ce domaine. Car son écriture faite de très longues phrases descriptives, comme une musique conjuguant les mots, nous fait parfois perdre haleine. Vraisemblablement, l’attrait exacerbé pour les belles Lettres de l’ancien éditeur. D’où la nécessité de lire ce vrai roman, non pas comme un tourne-feuilles haletant alternant braquages, cadavres, disparitions et coups de pétards à la pelle, mais à la façon d’une lecture personnelle à haute voix intérieure, avec une acuité visuelle et sensorielle accrue, sans en omettre les silences. Voyage et dépaysement garantis sur les vagues douces du beau Danube bleu….
Jean-Pierre Tissier



  *** LES MAL-AIMÉS de Jean-Christophe Tixier.

(Livre de poche). * Son premier roman Dernière station a été récompensé du Grand Prix Polar VSD en 2010.
- Les Mal-aimés quittent le lieu sous le regard des paysans qui furent leurs geôliers. Quand, dix-sept ans plus tard, sur cette terre reculée et oubliée de tous, une succession d’événements étranges se produit, chacun se met d’abord à soupçonner son voisin. On s’accuse mutuellement du troupeau de chèvres décimé par la maladie, des meules de foin en feu, des morts qui bientôt s’égrènent... Jusqu’à cette rumeur, qui se répand comme une traînée de poudre : « ce sont les enfants qui reviennent ». Comme si le bâtiment tant redouté continuait de hanter les mémoires.
« C’est un roman très prenant qui nous met très mal à l’aise parce que l’on sait qu’il s’agit de faits véridiques. Comment l’homme peut*il exploiter des enfants de cette façon quand on sait que les maisons de redressement existaient encore dans les années 60 puisque le jeudi jour de congé scolaire, je voyais passer ces enfants en blouse grise… Et quand on se comportait mal on nous menaçait de nous envoyer, justement, en maison de redressement ! C’est un roman noir très intéressant où encore une fois l’homme ne ressort pas grandi. »

Muriel Gaillard


  ** LES ENFANTS DU SECRET de Marina Carrère d’Encausse

(éditions Héloïse d’Ormesson). Les rituels sont souvent la clé de l’énigme dans de nombreux polars. Comme si les hommes, au moment de commettre l’irréparable ne pouvaient s’empêcher d’y apposer une signature mystérieuse à décoder, laissant la porte ouverte à toutes sortes d’intrigues. Ainsi, de tatouages à la signification inconnue et énigmatique, à d’autres scarifications troublantes laissées sur deux cadavres en plein Paris, Marina Carrère d’Encausse nous entraine dans une enquête passionnante via son premier polar, dans un style néanmoins un peu trop académique qui aurait mérité quelques gouttes de « dirty water », cette « eau sale » qui permet de donner plus de rugosité aux mots. Il faudra, en revanche, attendre les toutes dernières pages pour dénouer l’intrigue et comprendre avec beaucoup d’émotion bien portée, le drame réel qu’ont vécu plusieurs milliers d’enfants de la DDASS sur l’île de la Réunion, déportés vers la France dans les années 60 pour repeupler les campagnes de la Creuse, du Tarn, de la Lozère, du Gers ou des Pyrénées orientales via des familles d’accueil qui les ont souvent traités comme du simple bétail. Un fait réel devenu « divers » et qui s’est transformé en scandale politique révélé il y a peu, car impulsé par Michel Debré, Père de la Constitution française, à l’époque député de La Réunion. C’est cette histoire en forme de vengeance d’enfant maltraité que Marina Carrère d’Encausse nous relate au travers d’un premier polar plein de promesses.
Jean-Pierre Tissier

*** « Voilà un très bon roman, et j’ai beaucoup aimé cette histoire qui se déroule sur fond d’événement historique sociétal et véridique, via le déplacement d’enfants Réunionnais - au départ « Pupilles de la Nation » - sous le prétexte de repeupler les zones désertes du Centre de la France comme la Creuse ou le Berry, alors que l’île de la Réunion connaissait une hausse de la démographie jugée « galopante ». Une initiative prise à l’époque (de 1962 à 1984) par les autorités françaises, et portée notamment par Michel Debré, inspirateur de la Constitution, premier ministre du général de Gaulle, maire d’Amboise…L’intrigue policière tient parfaitement la route et on tourne les pages avidement pour savoir la suite du roman… Le seul petit « point » négatif (et encore ce n’est pas le qualificatif adapté) de ce premier polar de Marina Carrère d’Encausse, c’est l’écriture très scolaire de l’auteure pour décrire les actions. On pourrait croire à une rédaction, mais peut-être est-ce voulu ? Néanmoins l’histoire reste très crédible et intéressante. Un bon premier roman, Marina !

Muriel Gaillard


  **** DÉVIATION NORD de Thierry Berlanda. (Éditions De Borée)


Le résumé. Le soir de Noël, Milton Walsh, un chirurgien respecté, son épouse Agathe, une jeune anesthésiste, et leur fille Lola, s’engagent sur les routes enneigées pour aller fêter le réveillon avec leur famille : ils ne parviendront jamais à destination ! Pour tenter de les retrouver, l’adjudant-chef Lehmann, qui n’hésite pas à s’affranchir des procédures, et Emilie Casanave, perspicace mais dénuée de second degré, vont affronter un danger que personne n’aurait pu anticiper.
« Tu commences à lire et d’un seul coup, tu as froid ! Toute cette neige ; la voiture qui a du mal à tracer sa route… et puis l’accident ! Et là, tu dévores me livre à t’en relever la nuit si le sommeil n’est pas là. Tu cherches ce qui a bien pu se passer. C’est vraiment un livre passionnant qui te tient en haleine jusqu’à la fin qui est incroyable. »

Muriel Gaillard


  *** LA FILLE DE L’OCÉAN d’Alexis Aubenque.

(Editions Hugo Poche Suspense)
- Le thème de l’échange de bébé à la naissance a déjà fait l’objet de nombreux récits, mais c’est un livre très agréable qui se lit facilement. Idéal pour la plage pendant l’été. Cependant, l’histoire de cette bande de copains « unis pour la vie » et le rôle des parents de la jeune chanteuse en font un bon livre où l’on veut connaître absolument le dénouement.

Muriel Gaillard


  *** « TOUTE MA VIE POUR LA MUSIQUE » de Sam Bernett.

(Editions L’Archipel). - On a encore pu le voir ce dimanche soir dans la suite du 20 Heures, de Laurent Delahousse sur France 2 au cours du sujet consacré aux Vieilles canailles (Johnny, Eddy Mitchell et Jacques Dutronc). Le grand ordonnanceur des folles Nuits parisiennes des années 70, ami de Blues & Polar vient de sortir un condensé de ses souvenirs de la Tour de Nesle, du Rock’n’roll circus, du Malibu.... JPEG En effet, grande voix de RTL durant les années 60 à 90, avec ses émissions axées rock à 100%, Sam Bernett est déjà venu à plusieurs reprises à Blues & Polar, notamment pour y parler du Rock’n’roll circus, cette boite de nuit qu’il a créée à Paris – après La Tour de Nesle - et où tous les plus grands du rock’n’roll des Beatles aux Stones, en passant par Jimmy Hendrix, Johnny grand habitué des lieux, et Jim Morrison sont passés. Le chanteur des Doors y étant décédé d’overdose dans les Toilettes, selon le témoignage de Sam Bernett avant d’être transporté inconscient et déposé chez lui dans sa baignoire, un peu plus tard, mystérieusement, pour une version plus officielle. Mais Sam Bernett et Johnny grand pote de beuverie de Jim Morrisson apportent de nouvelles précisions sur cette fin de vie sujette à polémique... "J’ai écouté mon premier blues à 4 ans, écrit Sam dans ce nouvel opus en forme de road-trip. C’est Les roses blanches de Berthe Sylva et je pleure. C’est la musique qui me frappe d’un coup au cœur et je me réfugie dans les jupes de ma maman en écoutant Berthe Sylva. » Sacré Sam, qui devient ensuite reporter à New York - après y avoir été copy boy au siège parisien d’abord - où il a la chance de travailler pour le New York Times, à la rubrique culture. Le début d’une existence rock’n’roll à fond la caisse et de souvenirs à la pelle. Il nous en gratifie de savoureux et inédits, une fois encore. Un bouquin à se délecter comme d’une bonne glace italienne sur une plage tranquille cet été…. Mais attention, Sam a également écrit il y a quelques années, « Le Parrain et le rabbin », un roman étonnant aux allures très personnelles sur la fuite de gamins juifs pendant la Seconde guerre mondiale et qui rappelle son passé de journaliste talentueux et curieux du monde. Jean-Pierre Tissier



  **** « LES YEUX BLEUS » de Sébastien Didier

(Ed Hugo Poche). Sébastien Didier, Niçois pur jus, socca et OGCN au cœur, nous avait subjugués avec son premier roman « JE NE T’OUBLIE PAS ». Son deuxième est de la même veine. N’hésitez pas !
Le résumé : 1986, près de Saint-Paul de Vence. Une famille est retrouvée assassinée dans sa villa. 2018, à Nice, Maxime, petit-fils de Claude Cerutti, homme d’affaires à la réputation sulfureuse, est enlevé dans le jardin de la maison familiale. Le clan Cerutti est au bord de l’implosion lorsque la tante du garçon est soupçonnée d’être l’instigatrice du rapt. - L’art du suspense distillé à dose homéopathique, et des fausses pistes - elles-aussi menues, discrètes, mais terriblement efficaces - Sébastien Didier le pratique tel un artisan du verbe avec simplicité, pugnacité et un certain esthétisme. Et si disparitions et rapts semblent être ses terrains de prédilection, on est happé rapidement par le drame qui se trame, car aucun enlèvement d’enfant ne ressemble à un autre. Même si la terrifiante sirène d’alerte diffusée simultanément aujourd’hui en France sur toutes les radios et les chaînes télé est identique partout, comme un leitmotiv de consignes plutôt inquiétant. Car l’âge, la peur, et la vulnérabilité de l’enfant sont autant d’éléments qui nous mettent les tripes à l’envers… et pour 555 pages à la clé ! En effet, c’est chaque fois, au moment où l’on pense que l’affaire est pliée, que tout repart de plus belle, avec la peur au ventre. Sébastien Didier écrit comme un boxeur « Poids moyens » sur le ring avec une écriture vive et haletante où le scénario peut chavirer d’une minute à l’autre, par la force d’un uppercut totalement inattendu ou d’un jab désespéré envoyé à la volée, mais qui touche juste et précis avant que le gong ne retentisse. Mais il nous entraîne aussi dans cet arrière-pays niçois merveilleux, encore rural et floral aujourd’hui, quadrillé de propriétés incroyables, fruits richissimes de promoteurs immobiliers de l’Après-guerre et d’amitiés fraternelles sans scrupules voire mafieuses parfois, quand il s’agissait de la vie de la mort entre copains d’école ou de lycée face à des nazis en pleine débâcle, prompts à fusiller tout ce qui bouge, pour se venger de la défaite. « Les Yeux bleus », on en devient addict très vite, au fil des pages qui nous entraînent de 1986 à 2018, via les années 40, entre Occupation et Libération. Et on comprend alors à quel point la 2e Guerre mondiale avec son lot de morts et de prisonniers de guerre a pu générer comme traumatismes sur plusieurs générations. Mais aussi pour ceux qui furent sauvés miraculeusement, la mémoire et la reconnaissance éternelle chevillées au corps et au cœur. Les gestes de bravoure et de camaraderie n’ont pas de prix dans ces cas-là.
Jean-Pierre Tissier
" En fait, dès la disparition de l’enfant on est de plain-pied dans le livre car nous sommes tous parents, et on se met à la place des personnages. Mais les chapitres passent et le suspense grandit. On croit savoir, mais il y a toujours un événement supplémentaire qui fait que tout est remis en question. L’intrigue est très bien entretenue par Sébastien Didier et on lit toujours plus vite pour savoir. Vraiment un très beau livre !

Muriel Gaillard


  *** LE DERNIER MATCH DE RIVER WILLIAMS de Vincent Radureau.

(Editions Hugo Poche). Le journaliste sportif Vincent Radureau rédacteur en chef adjoint de Canal Plus, spécialiste du football et du basket vient de sortir son premier polar chez Hugo Editions. Un panier à 3 points étoilés, réussi d’entrée. * 334 pages. Tarif : 7,60 €.
Le résumé : River Williams, l’ailier des Celtics de Boston qui rend folles toutes les défenses de NBA, disparaît à la mi-temps du match 6 des Finales, contre les Lakers de Los Angeles sans laisser la moindre trace. Sans que personne ne l’ait vu quitter l’Arena de Salt Lake City. Volatilisé ! Jusqu’au jour - cinq ans plus tard - où des randonneurs trouvent un cadavre au fond d’une crevasse du parc national de Canyonlands, dans l’Utah. Celui d’un géant d’au moins 2,15 m. Pour les enquêteurs du State Bureau of Investigation de l’Utah, la question est aussi évidente que brûlante. Et si c’était lui ?

- Il devait en rêver depuis des années, de ce premier bouquin dans lequel il pourrait glisser tout ce qui l’a fait rêver et vibrer depuis son enfance. Comme dans un bon vieux fourre-tout ayant déjà bien vécu, mixant à l’envi le sport en général, le basket en particulier, mais aussi le polar, la nature, l’écologie, et même le rock engagé avec le Boss, Bruce Springteen aux premières loges. Et notamment cette fabuleuse chanson qu’est The River , trait d’union ponctué de riffs d’harmonica, entre les lignes et les intrigues de ce premier polar joliment écrit par Vincent Radureau.
Le journaliste de Canal Plus, grand spécialiste du basket en NBA nous entraîne dès le vestiaire ouvert, dans une histoire passionnante, familiale et mystérieuse qui nous tient en haleine tout le temps, sans temps-mort, ni quart temps.
On y visite les parcs naturels hyper protégés des USA et les rites des Utes, ces Amérindiens mis en réserve et expulsés de leurs territoires par les Blancs conquérants, avec une certaine émotion. Mais aussi, les grands espaces désertiques traversés par des routes interminables parsemées d’herbes folles, les gratte-ciels des capitales et les grands hôtels de luxe, les petites stations locales de TV si précieuses à la vie dans ce pays des géants, les immenses stades mythiques des Lakers ou du Jazz de l’Utah… Avec aussi ça et là, quelques coups de griffes bien sentis à ce journalisme très ricain, empreint de sensationnalisme à tout crin, que Vincent Radureau – fin connaisseur discret des parquets avant tout – ne semble guère apprécier. Cependant, c’est l’enquête sur la disparition de River Williams - star en devenir du basket US - menée par le lieutenant Collins et le sergent Perkins qui nous fait tourner les pages avec avidité, tant les rebondissements et le suspense ne cessent d’enfiler les indices, tels des métronomes passant des paniers à 3 points sans relâche ; avec une belle leçon d’humanité au final. Normal, j’ai toujours préféré les indiens aux cowboys ! J.-P.T

** "Si on aime le basket et si on aime les descriptions de l’Amérique profonde, alors on aimera ce livre. Voilà un premier roman agréable et facile à lire, mais prévisible. La lecture ne faisant que confirmer mes idées. M.G.



  **** LE DILEMME de B. A. Paris

(Editions Hugo Thriller). Traduction de Vincent Guilluy. Sorti 28 mai 2020. Le résumé : Depuis toujours, Livia rêve d’une énorme soirée pour ses 40 ans ; et Adam, son mari, met tout en oeuvre pour que la fête soit inoubliable. Il s’organise pour que leur fille Marnie vienne exprès de Hong Kong - ce sera une surprise pour Livia. Mais quelques heures avant la soirée, Adam apprend que le vol dans lequel se trouvait peut-être Marnie s’est crashé. Est-ce qu’elle avait pu prendre cet avion, sachant que son vol précédent avait décollé en retard et qu’elle pensait ne pas pouvoir attraper sa correspondance ? Adam doit-il en parler à Livia, au risque de l’inquiéter pour rien ? Et pourquoi Livia semble-t-elle soulagée que Marnie ne soit pas là ? Lorsque la fête commence, chacun devra danser avec ses secrets et ses peurs. Jusqu’à ce que s’ouvre enfin le portillon du jardin et qu’une silhouette s’avance vers les invités...
« Voilà une histoire qui te tient en haleine jusqu’à la fin ! Tout commence par les préparatifs d’un anniversaire où l’on aurait espéré la présence de la fille de famille vivant à l’étranger. Mais tout au long des préparatifs la tension monte car il y a la nouvelle terrible du crash d’un avion où aurait dû être justement la fille de la famille, tant attendue. Mais pas de nouvelles ! Néanmoins,on s’aperçoit que la gentille fille espérée n’est pas si gentille que ça. Et qu’elle cacherait bien son jeu... Fait-elle donc partie des victimes de l’accident d’avion ? Les invités - on s’en rend rapidement compte - ne sont finalement pas si »clean« que ça, et une intrigue passionnante naît alors jusqu’à la dernière ligne de ce Dilemme. Un livre très plaisant à lire. »

Muriel Gaillard


  *** REGARDER LE NOIR. Ouvrage collectif (Editions Belfond)

- À chacun sa vision des choses et de la vie, voire des « choses de la vie » à l’image du merveilleux film de Claude Sautet, éternelle source de réflexion pour la vie et sa profonde complexité. Pour ce nouvel ouvrage collectif venant après Ecouter le noir, paru l’an dernier, douze auteurs prestigieux du roman noir (Barbara Abel, Amélie Antoine, R.J. Ellory, Julie Ewa, Claire Favan, Karine Giebel, Johana Gustawsson, René Manzor, Fred Mars, Olivier Norek, Fabrice Papillon, et Gaëlle Perrin-Guille) sont réunis avec un mot d’ordre pour tous : nous faire ouvrir grand les yeux au fil de leurs récits qui jouent avec les différentes interprétations de la vision. Dans ces nouvelles, ils ont donné libre cours à leur imagination pour créer une atmosphère, des personnages inoubliables et une tension qui vous happeront dès les premiers mots… et jusqu’à la chute. Et d’ailleurs, on est sur le cul d’entrée avec le texte d’ouverture signé Olivier Norek - « Coup de cœur Blues & Polar 2014 » pour son remarquable Territoires - qui nous cueille par surprise comme un uppercut pervers de Mike Tyson au final, avant qu’il ne nous mordre l’oreille... Dévorez la suite, sans modération. J.-P.T



  **** SURVIVRE de Vincent Hauuy. (Editions Hugo Thriller)

- L’intelligence artificielle (IA) se perfectionne de plus en plus. Le robot à l’apparence simplette type magicien d’Oz qui nous abordait à l’entrée du Futuroscope de Poitiers, il y a une dizaine d’années, est devenu monnaie courante, sous d’autres formes géométriques. Tout comme la reconnaissance vocale, faciale et digitale, sans oublier les télécommandes possibles à distance pour fermer les volets ou démarrer le Cookéo, via nos smartphones. Et chaque jour qui passe, voit son lot d’applications diverses se développer au point qu’on se demande jusque où ira-t-on dans l’intelligence greffée à une boîte de ferraille ou de plastique ? Avec Survivre - son 4 eme roman après Le Tricycle rouge (2017), Le Brasier (2018) et Dans la toile (2019) - Vincent Hauuy nous transporte en 2035. Pas dans un siècle, mais seulement quinze années dans le futur. Une paille dans l’univers, mais peut-être une bascule vers un futur que certains seulement maîtriseront ; jusqu’à quand ? Manipulations, populations devenues de simples pantins... toutes les folies sont malheureusement imaginables et Vincent Hauuy nous y entraîne doucement au travers d’une émission de Télé réalité imaginée justement par un certain Alejandro Perez, inventeur d’une Intelligence Artificielle baptisée Cassandra, qui lui valut d’être Prix Nobel en 2000 grâce à l’avènement des ordinateurs quantiques. Bon sang, que le futur devient proche au fil des pages, et inquiète sérieusement, car notre incapacité récurrente à se projeter dans le futur n’a pour l’instant généré que des décisions toujours prises en urgence, et en réaction aux événements. Avec toujours en toile de fond, immuable envers et contre tout, la fameuse, mais si inerte Loi du Marché ! Les IA serait-elle notre avenir en devenant plus intelligentes que l’être humain ? Là, débute (page 300) un thriller débridé qui active le « page turner » écrit par Vincent Hauuy ; et qui pendant les 124 pages restantes va nous transformer en ogre de papier avide de savoir… Car les menaces pour la race humaine – en pleine pandémie de Covid19, de fonte du permafrost aux Pôles et l’épuisement annoncé du lithium utilisé dans nos smartphones - y sont nombreuses et plus que crédibles. Certaines ayant déjà commencé leur œuvre de destruction du climat, comme les grands incendies de forêt en Australie, Afrique du sud, Californie, les cyclones et ouragans ultra-violents sur toute la planète, et les inondations et submersions du littoral côtier hyper urbanisé plus près de chez nous, en France. Un livre passionnant à dévorer pour survivre à l’avenir. Jean-Pierre Tissier
" J’aimerais que ce livre ne reste qu’un livre de science-fiction. Malheureusement, j’ai des doutes car à la suite de la pandémie actuelle de Covid19 dans le monde entier et des graves problèmes économiques qui nous attendent comme le réchauffement climatique, la migration climatique, et surtout la fonte du permafrost aux pôles susceptible de libérer des virus inconnus, je me dis qu’en lisant cfe livre, je lis l’avenir. C’est très angoissant, et je ne parle pas d’intelligence artificielle. Si je dois réfléchir dans le temps, je crois que je serai du côté des rédempteurs, même si ce sont vraisemblablement les ordinateurs qui gagneront.

Muriel Gaillard


  *** C’EST L’ANARCHIE ! par un collectif de 20 auteurs aux éditions du Caïman.

- Préface de Gérard Mordillat dont on connaît l’engagement politique, culturel, littéraire et cinématographique pour mettre en bouche... Et des plumes déjà venues à Blues & Polar comme Gilles Del Papas, Maurice Gouiran et Michel Embareck identifiés bien à Gauche, tout comme le Catalan Serge Utgé- Royo rencontré un soir des années 90 sur la colline de Longo maï à Limans près de Forcalquier, pour une jam-session très improvisée avec Renaud dans le studio de Radio Zinzine…. Ajoutons-y Didier Daeninckx, Anne Steiner, Michèle Pédinielli, Nadia Khiari, Rachel Mazuy…..En tout, vingt auteurs de polar, romanciers, poètes, historiens, journalistes, scénaristes se sont regroupés en noir et jaune sous l’impulsion de Jean-Louis Nogaro, pour écrire chacun une nouvelle en lien avec une figure de l’anarchisme. Une action bienvenue en cette période de pandémie où chacun aurait tendance à être un peu anar sur les bords, à la moindre mesure de protection prise par le gouvernement, pour se souvenir des actions libertaires du siècle passé. A découvrir avec la passion de l’historien (ou de l’anar) qui sommeille en nous. Les nouvelles noires y sont vraiment très variées et vont de l’étonnante épopée d’un vieux morceau de blues-rock-anar dénommé Dynamite sorti des tiroirs de l’ami Michel Embareck, au texte écrit au second degré et avec beaucoup de force subtile, de Nadia Khiari évoquant le philosophe Max Stirner au cœur de la Tunisie. Ajoutons-y l’évocation de Sacco et Vanzetti deux anarchistes italiens immigrés, grillés sur la chaise électrique sans preuve aux USA par Maurice Gouiran notre ancien Coup de cœur Blues & Polar. Et aussitôt la chanson de Joan Baez qu’on peut écouter dans le film éponyme, résonne dans ma tête : “Here’s to you Nicolas & Barth, rest for ever into in my hearth. The last and final moment is your’s. And agony is your triumph.” Un refrain comme ça, repris en chœur par des milliers de voix comme il y a une quinzaine d’années à Château-Arnoux, c’est yeux humides et frisson toujours garanti ! J.-P.T



  **** « CHRONIQUE D’UN CHÂTEAU HANTÉ » de Pierre Magnan

(Editions Denoël). Sorti en avril 2008. - En cette période de confinement et de virus, on a beaucoup parlé de Pandémia de Franck Thilliez, de La Peste et de L’Etranger d’Albert Camus, mais le livre de Pierre Magnan Chronique d’un château hanté nous entraîne sur un autre chemin, tout aussi terrible, mais plus gourmand de mots et de terroir au moment de la peste noire en Haute-Provence. Un livre passionnant à redécouvrir !
- Le résumé. En février 1349, à Manosque, un rat tombe dans un chaudron destiné aux festivités de Mardi-gras. La peste noire s’abat sur la ville. Lombroso, dit le Poverello, peintre du duc de Mantoue, arrive de Lombardie et s’inspire des cadavres chauds pour la fresque qu’il peint dans l’église San Donatello… Extrait : La nuit, à partir du sommet de Lure, n’avait jamais été aussi limpide, aussi innocente. La comète qui paraissait désigner la Terre depuis son immobilité mystérieuse au milieu du chariot de la Grande Ourse conférait au ciel une éternité qui aurait dû intégrer les hommes, et cependant tel un nuage de grêle qui sévit plus fort d’un versant à l’autre de la montagne, l’épidémie redoubla d’intensité, sitôt franchi le col de la Mort-d’Imbert. Ce fut le cœur du brasier de la peste, ce fut son feu d’artifice, son bouquet. Cette nuit-là, entre Sisteron et Céreste, de Manosque au Revest-d’Albion, il mourut sans bruit six mille personnes….

 RENCONTRE BLUES & POLAR/PIERRE MAGNAN.


C’était au château de Sauvan à Mane, près de Forcalquier au cœur des Alpes-de-Haute-Provence, le samedi 26 avril 2008. On s’était assis avec Pierre Magnan sur les marches du grand escalier du Château, pour une rencontre rapide avec l’auteur qui dédicaçait son dernier livre Chronique d’un château hanté dont l’action tourne autour de cette superbe bâtisse du Pays de Forcalquier. C’était la dernière fois que je verrais vivant Pierre Magnan parti peu de temps après vivre à Voiron en Isère avec Françoise sa dernière épouse. C’est là qu’il y est décédé le 28 avril 2012. Je l’aimais bien cet écrivain plutôt bourru au premier abord, mais épicurien bon teint, amateur pointu de grands crus, d’amanite des Césars et de truffes, gourmand des mots, inventeur du Commissaire La Violette incarné par Victor Lanoux, et qui m’avait fait découvrir peu avant une Toussaint, le cimetière minuscule d’Aubenas-les-Alpes où il avait trouvé sur de vieilles stèles parfois usées par les années et les intempéries, les prénoms anciens de certains de ses romans. Reposez en paix Pierre !
Pierre, vous écrivez toujours dans un univers passéiste qui va du Moyen-Age au début du XXème siècle. Pourquoi ?
« La période actuelle je ne pourrais pas écrire dessus. Esthétiquement d’abord, mais plus sûrement parce que j’ai 86 ans aujourd’hui. Ce qui ne m’empêche pas d’avoir internet et de répondre à mes mails. N’empêche Jean-Pierre, que mon site a été visité par 75 000 personnes du passé ! Mais dans le passé que j’utilise, il y a une musique des mots, un tempo, une certaine musicalité. Giono le disait d’ailleurs, voilà une trentaine d’années. « Il faut du recul pour écrire sur une époque. » Alors, oui l’action débute en 1348 à Manosque, mais ensuite on va jusqu’à 1910 avec le tremblement de terre de Lambesc. Mais je reviens vite à Forcalquier et ses environs. La pierre d’achoppement de ce livre, c’est justement ce vieux château de Sauvan à Mane, que j’ai visité en pleine guerre en 1944. Tout y était cassé ! La pièce d’eau aujourd’hui majestueuse était vide avec plein de détritus dedans et une quantité de roseaux en masse. L’idée du roman, je l’ai eue il y a vingt ans avant le tournage à Sauvan, du film « La Maison assassinée » de Georges Lautner avec Patrick Bruel. J’ai rencontré à cette occasion les frères Allibert, nouveaux propriétaires du château de Sauvan, et ça m’a donné l’idée de ce livre. Il a mûri pendant quinze ans car je n’avais pas le lien pour démarrer une histoire. Puis un jour, j’ai rencontré un ami bûcheron qui m’a amené dans une forêt où il y avait un chêne de 650 ans. Et ce vieux chêne est devenu le catalyseur du roman. Tout ce qui est écrit est autobiographique collectivement. Mais Manosque qui est au cœur de mon histoire n’a plus rien de poétique aujourd’hui. Néanmoins, le Canal est toujours chargé d’histoires locales tout comme les amandiers de la Montée vers Saint Pancrace. Quand on monte par le col de la Mort d’Imbert et qu’on va vers Dauphin, on oublie Manosque. Ça n’a pas beaucoup changé d’ailleurs. Mais le paysage urbain oui. Moi, je regrette de mourir car je voudrais bien connaître la suite… »
Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier pour La Provence



  ** MADAME B de Sandrine Destombes (Ed Hugo Thriller).

- Alambiqué ! Le terme résume bien cet ouvrage en forme de puzzle, où comme dans un alambic, le cheminement du tuyau initial emprunte toutes les circonvolutions et coudes adjacents de la machine rutilante et cuivrée, au point qu’on finit par se demander comment l’essence produite puisse être si claire et pure à l’arrivée. Langage abscons de hackers et autres férus de nouvelles technologies, méandres du virtuel et de l’ère du pseudo sur les réseaux sociaux… le vocabulaire est parfois ardu pour qui n’y est pas très familier. Mais tout cela vise à nous déstabiliser et à nous dérouter. Ajoutez-y les pertes de mémoire (réelles ou feintes ?) de Madame B, alias Blanche Barjac, étrange nettoyeuse de scènes de crime (si, si ! c’est sa profession !) qui ajoutent aussi à la confusion. Bref, on ne sait pas trop où l’on va atterrir à la fin… Un peu comme un avion vintage dans lequel on monterait juste avant la fermeture des portes, sans savoir où il va, avec – en plus – à chaque détail découvert, une nouvelle énigme déroutante qui surgit. On se perd donc parfois au fil des lignes, mais pendant ce temps-là les cadavres s’accumulent dans le congélateur et dans le jardin. Pas très logique pour une « nettoyeuse » hors-pair, reconnue dans le milieu, mais qui semble en fin de cycle, et en pleine paranoïa. Madame B, contre toute attente, aurait-elle un contrat sur sa tête ? Possible ! Car on ne nettoie pas impunément pendant des années, des cuisines, des salons, des scènes de drame en se débarrassant des cadavres sans commettre un jour, malgré toute la discrétion que la fonction exige – une funeste erreur. Celle de trop ! Sandrine Destombes qui aime faire évoluer ses personnages du côté de la Drôme méridionale comme dans l’excellent Prieuré de Crest nous entraîne cette fois dans une construction encore plus tarabiscotée qu’il faut donc lire avec une attention profonde. D’une seule traite serait le mieux !
Jean-Pierre Tissier



  **** ET LES VIVANTS AUTOUR de Barbara Abel

Editions Belfond. * 448 pages. 19€. Le résumé : Voilà quatre ans que l’ombre de Jeanne plane sur eux. Cela fait quatre ans que la vie de la famille Mercier est en suspens. Quatre ans que l’existence de chacun ne tourne plus qu’autour du corps de Jeanne, vingt-neuf ans. Un corps allongé sur un lit d’hôpital, qui ne donne aucun signe de vie, mais qui est néanmoins bien vivant. Les médecins appellent cela un coma, un état d’éveil non répondant et préconisent, depuis plusieurs mois déjà, l’arrêt des soins. C’est pourquoi, lorsque le professeur Goossens convoque les parents et l’époux de Jeanne pour un entretien, tous redoutent ce qu’ils vont entendre. Ils sont pourtant bien loin d’imaginer ce qui les attend. L’impensable est arrivé. Le dilemme auquel ils sont confrontés est totalement insensé et la famille de Jeanne, en apparence si soudée, commence à se déchirer autour du corps de la jeune femme.
- Avec Les Vivants autour Barbara Abel confirme chez Belfond, son statut de reine du suspense, aux côtés de la reine du polar maison qu’est Karine Giebel. JPEG Dans une écriture qui rappelle les feuilletons radiophoniques haletants des années 50-60 comme Les Maîtres du mystère sur Paris Inter ou le truculent Ça va bouillir avec l’éternel Kurt Von Strattenberg alias le Tonneau sur Radio Luxembourg, elle nous entraîne au sein d’une famille plutôt bourgeoise, en fouillant la psychologie insoupçonnée de chacun et chacune, surtout ! Car très rapidement, drames, révélations inattendues et coups de théâtre vont se succéder et constituer la trame de cet authentique fait-divers, raconté à Barbara Abel, un soir d’apéro... Comment une jeune femme victime d’un accident de voiture, allongée inconsciente dans une perpétuité statique comateuse depuis quatre ans, peut-elle se retrouver enceinte ? Alors qu’on pensait – à l’image de l’Affaire Vincent Lambert – devoir la débrancher un jour. Là débute le dilemme familial cruel qui habite le mari, la sœur, et les parents de Jeanne confrontés à une énigme extra-ordinaire : faut-il préserver la femme dans un coma profond… ou l’enfant du viol ? Tout en se demandant qui a bien pu commettre cet acte odieux, impensable, proche de la nécrophilie. Ce qui donne l’occasion de pénétrer alors dans l’intimité des personnages par petites touches successives et progressives, en montant chaque fois en intensité, à la façon d’Agatha Christie. Loin du polar hyper violent d’aujourd’hui qui se pratique à coups de coffres de voitures transformés en barbecue, ou de perceuses trouant cerveaux et genoux à l’envi… Ici, on pratique plutôt – sans y avoir été prédestinés au départ - les médicaments ou les omelettes forestières en y ajoutant une bonne dose de malice revancharde. Ironie du destin de ne plus avoir rien à espérer, mais tout à craindre ! 448 pages qui se dévorent de façon très addictive.
Jean-Pierre Tissier

« Ce roman traite de la fin de vie, et de comment réagir quand une personne dans le coma depuis quatre ans, ne se réveille pas. Mais là ; suspense ! La femme dans le coma (Jeanne 29 ans) se retrouve enceinte ! Comment est-ce possible ? Que faire du fœtus ? On a l’impression que l’auteure, la Bruxelloise Barbara Abel jette un caillou dans l’eau et que les ricochets donnent naissance à des cercles de plus en plus rapides et nombreux… Les mots s’accélèrent, les questions sont là et fusent, avec des réponses différentes pour chacun. Et les vivants autour est peut-être un thriller ; mais c’est aussi un livre existentiel avec de réelles questions actuelles. Terriblement passionnant ! »

Muriel Gaillard


  **** « LAISSEZ-NOUS LA NUIT » de Pauline Clavière

(Editions Grasset). 624 pages. Tarif : 21, 50 €. Le résumé : Le destin donne parfois d’étranges rendez-vous. Pour Max Nedelec tout bascule un matin d’avril, quand des policiers viennent sonner à sa porte. Un bordereau perdu, des dettes non honorées, et un peu de triche. La justice frappe, impitoyable. Max Nedelec quitte le tribunal et ne rentrera pas chez lui. Vingt-quatre mois de prison ferme ; il s’enfonce dans la nuit. Là-bas, le bruit des grilles qui s’ouvrent et se ferment marquent les heures ; là-bas, on vit à deux dans 9m2 ; là-bas, les hommes changent de nom et se déforment. Il y a Marcos, Sarko, le Serbe, Bambi… mais aussi tous celles et ceux qui traversent cet univers parallèle, Françoise, la médecin, les gardiens, l’aumônier puni et le directeur. Dans la nuit se révèlent les âmes…
- La prison et son univers carcéral bruyant et pesant, Pauline Clavière nous y emmène avec Max - un vous ou moi - sans avoir l’air d’y croire au départ, comme tout un chacun pris dans une nasse de dettes après une série de fortunes hasardeuses, une négligence récurrente accablante, une dépression, et un bordereau disparu des radars de l’Administration. On pense que tout va s’arranger, vite, très vite ; mais non ! Commence alors le début d’une descente en enfer décrite avec tant de véracité, de sincérité et d’émotion qu’on se demande comment la journaliste chroniqueuse de C l’Hebdo a pu transcrire ces faits et gestes, rixes, lynchages, rackets, menaces, instants de folie et de rages, suicides, meurtre même, sans avoir séjourné pour de bon dans la promiscuité d’une cellule moite et glauque en plein été ou dans le froid glacial de l’hiver, quand les tripes se nouent et la vessie se crispe…
« Nous ne sommes que de la chimie professait Françoise, le médecin de la prison aux détenus lors de ses consultations ; mais avec une certitude s’effilochant au fil des semaines. Comme si Xanax, Lodal et autres neuroleptiques absorbés à dose de cheval sur des « pétards » obtenus via le trafic interne, restaient finalement impuissants face à la détresse, la peur et l’angoisse d’une vie en vase clos. Banalité du quotidien surpeuplé de toutes parts, la promenade, les trafics de shit, la télé qui braille, la gamelle tristounette et maigrelette obligeant à cantiner pour s’acheter des Kit Kat ou des clopes… On retrouve tout cela au long des 634 pages jetées sur le papier par Pauline Clavière dans ce premier essai littéraire étonnant. Parcours professionnels broyés, personnes torturées de l’intérieur, il y a le monde entier dans ces cages de briques et de broc avec ces détenus mixés entre eux malgré des déconvenues aux antipodes les unes des autres. Le radicalisé, le brutal, le fada, le mutant, l’ancien champion de boxe éjecté de l’équipe de France pour violence, un membre de la DGSE, un candidat recalé à The Voice, un chirurgien esthétique véreux, un ancien de la Nasa, le fils de l’ancien roi du Bouthan … Comme une Cour des miracles, sans miracle évidemment ! « S’adapter à la prison, bien s’y comporter, accepter ses codes, c’est faire partie d’un monde qui n’existe nulle part ailleurs, et surtout pas dehors écrit Pauline Clavière. Quand le homard est stressé, il se cache et change de carapace tout au long de sa vie. Ici, impossible ! Le futur n’existe pas. Un jour, on sort ; c’est tout ! »Jean-Pierre Tissier



  **** CINQ CARTES BRULÉES de Sophie Loubière

(Fleuve noir). Le résumé  : Laurence Graissac grandit aux côtés de son frère Thierry qui prend toujours un malin plaisir à la harceler et à l’humilier. Du pavillon sinistre de son enfance à Saint-Flour, elle garde des blessures à vif comme les signes d’une existence balayée par le destin. Mais Laurence a bien l’intention de devenir la femme qu’elle ne s’est jamais autorisée à être, quel qu’en soit le prix à payer. Un thriller psychologique d’une rare intensité.

"123 kilos ! Le poids de Laurence Graissac croupière de casino par pur hasard dans une ville thermale en Auvergne, ancienne championne olympique au lancer de marteau, dont la vie ressemble à un cauchemar depuis sa plus tendre enfance. Celle d’avec papa où elle voulait jouer à la bébête qui monte, qui monte, qui monte… mais aussi descend. 123 kilos ! Vous êtes en danger de mort Laurence ! « La valeur des jours ne réside pas dans la longueur des jours, mais dans l’usage que nous en faisons » disait Montaigne. Vous êtes en sursis ! 123 kilos de graisse, de peines enfouies, de désespoir fou, de railleries encaissées par ce frère adipeux et médiocre qui la traite depuis le berceau comme une vieille chaussette. Jusqu’au jour, où morbidité potentielle oblige, Laurence perd 60 kilos et devient Cybèle. Totalement métamorphosée, elle distribue les cartes chaque soir au casino, générant en toute conscience les pertes et rares profits de ses fidèles du Black Jack, amorçant ainsi la bombe à retardement insoupçonnée qu’elle est depuis l’enfance, engoncée dans les secrets de famille et la manipulation mentale. Il y a du « Psychose » d’Alfred Hitchcock dans ce livre où l’on avance bizarrement, à tâtons, comme dans une maison sans caractère et obscure en proie à de mauvaises ondes, construite au pied d’un pylône EDF haute tension… Un roman qui met mal à l’aise, comme un leurre auréolé cependant de belles envolées poétiques à l’image de ces monts d’Auvergne, puys ronds et doux, moussus comme une invitation au toucher, mystérieux et mythiques, où Sophie Loubière nous entraîne d’un mensonge à une vérité insupportable qu’on ne découvre qu’au bout du parcours. Des cinq cartes de la vie, la dernière est toujours fatale ! Jean-Pierre Tissier

« C’est un livre surprenant et très dérangeant, car il touche à l’intégrité mentale. On suit tout au long des pages, les humiliations que subit Laurence Graissac, de la part de son frère. On suit aussi l’aptitude qu’elle a de s’élever par le sport, jusqu’à devenir championne olympique. Bref, tout ce qu’elle entreprend, elle le réussit car elle a cette volonté immense de pouvoir y arriver. PNG Parallèlement, il y a l’histoire d’amour d’une fille pour son père. Un amour tellement puissant qu’elle détruit le père et l’intégrité mentale de la mère. Au point qu’on se demande si tout ne vient pas de sa mère et de sa folie… Mais la vérité explose et on comprend alors que Laurence Graissac vit dans son propre monde ; qu’elle se fabrique sa propre vie même si cela veut dire « Donner la mort ! » pour elle et tout son entourage. A la fin de ce thriller psychologique, passionnant et déroutant, imaginé par Sophie Loubière, on est vraiment très mal à l’aise. »

Muriel Gaillard


  **** LA MORT DU TEMPLE de Hervé Gagnon

(Editions Hugo Roman). Tome 1. Le résumé : Paris, octobre 1307. En deux siècles, l’Ordre du Temple a accumulé puissance, gloire et richesse. Mais depuis la perte de la Terre Sainte par les royaumes d’Occident il est devenu une menace. Véritable Etat dans l’Etat ! Le Roi de France Philippe IV le Bel, perpétuellement à court d’argent et lourdement endetté envers le Temple, organise son abolition avec la complicité de sa créature, le pape Clément V. En mettant la main sur le trésor conservé à la Commanderie de Paris, il espère redresser ses finances tout en éliminant un adversaire gênant. Mais l’or et les pierres précieuses ne sont pas, en réalité, les plus grandes richesses du Temple. Une part du trésor ouvre la porte sur la lumière divine et les ténèbres éternelles. Et seul Hugues de Malemort, simple sergent vieillissant est en mesure de la protéger.
« Maître du thriller ésotérique, l’historien Hervé Gagnon nous décrit l’histoire des chevaliers de l’Ordre du Temple sous le règne de Philippe Le Bel, et son livre est truffé de détails fascinants sur le mode de vie au XIVème siècle. La façon de s’habiller, de manger, les rues pleines de vie qui sont néanmoins des égouts à ciel ouvert, où même les chevaux ont du mal à circuler. La Manière dont on enterre (ou pas) les morts via la politique des charniers… Le sujet du roman en devient presque secondaire et pour qui aime l’Histoire de France ce livre est un petit régal. Vivement la suite du roman. En attendant, je vais lire ses autres livres : Damné et Vérité, ou les Enquêtes de Joseph Laflamme. »
Muriel Gaillard



  *** FREEMAN de Roy Braverman (Editions Hugo Thriller).

- Voilà un thriller particulièrement excellent qui nous plonge tout de suite dans l’après-ouragan dévastateur que fut Katrina à La Nouvelle-Orléans, avec toutes les descriptions des dégâts matériels et humains enregistrés.
Puis Roy Braverman nous décrit cet état américain étoilé, cousin trop oublié de la France, qu’est La Louisiane, avec sa faune, sa flore, son folklore ; et au milieu de tout ça, l’histoire du racisme blanc-noir, de la mafia, et de l’argent qui gangrène tout. Avec en prime, des recettes de cocktails à refaire chez vous… J’ai vraiment pris beaucoup de plaisir à lire ce livre et j’ai souvent ri aux bons mots et aux nombreuses citations de l’auteur. »
Muriel Gaillard



  *** CHRISTELLE ROTACH DIRECTRICE DE PRISON.

Avec Delphine Saubaber « Tout ce qu’on ne peut pas dire » (Editions Plon).
Avant la prison de la Santé, dont elle a rouvert les portes il y a un an le 1erjanvier 2019 - après quatre années de fermeture - Christelle Rotach a codirigé ou dirigé les prisons de Lyon, Fleury-Mérogis, Nanterre et Les Baumettes à Marseille. * Delphine Saubaber qui a co-écrit cet ouvrage avec Christelle Rotach est un ancien grand reporter à l’Express, prix Albert Londres 2010.
- Diriger une prison, on se demande bien en quoi cela consiste très précisément… Est-ce un travail purement administratif assis derrière un ordinateur qu’on gave de statistiques, ou un vrai travail pugnace sur un terrain qu’on devine plutôt miné aujourd’hui avec une surpopulation carcérale se développant de manière exponentielle, comme cela n’est encore jamais arrivé en France ? Christelle Rotach qui a dirigé les prisons de Lyon, Fleury-Mérogis, Nanterre et les Baumettes à Marseille - avant de rouvrir la Santé à Paris le 1er janvier 2019 - s’est confrontée durant des années à des hommes et des femmes privés de liberté, assimilables parfois à des bêtes sauvages. A l’heure de changer de fonction pour l’Inspection générale de la Justice, elle a pris le parti de parler de son vécu, sans tabou. Et c’est un univers proche du tremblement de terre perpétuel ou de l’éruption proche d’un volcan qu’elle nous décrit avec justesse, et humanité. Avec des phrases qui frappent comme dans un slam de Grand Corps malade.
- Je vis dans la pénombre
- Je fais une overdose de noirceur
- La prison ne connaît jamais le silence
- Terroristes, djihadistes, c’est le gang des barbus au regard glaçant
- Comme celui de Francis Heaulme, le tueur en série croisé dans une audience à Draguignan…
- Et tous vont sortir un jour !
Au fil des pages, on frémit en pensant, à ces « bombes à retardement » que sont ces détenus endoctrinés, radicalisés, pour lesquels la prison et ses surveillants ne sont pas préparés, si éloignés qu’ils sont des dealers de quartier, des criminels, ou des vieux braqueurs de la Brink’s en tôle pour des dizaines de piges. Christelle Rotach directrice de prison est un livre « coup de poing » et de mise en garde contre notre société bien trop divisée entre elle par manque de fraternité souvent, et de bienveillance toujours, mais aussi à cause de la religion qui pour certains passe avant les lois de la République, et de sa culture aux antipodes de la nôtre. On en oublie trop vite que notre mode de vie laïc – qui ne date que de 1905 en France – a peu d’équivalent dans le monde et que de nombreux pays notamment au Moyen-Orient en ignorent même le sens. Celui-ci ne figurant même pas dans leur vocabulaire. Un livre qui permet de comprendre l’univers carcéral pour répondre – avec l’expérience et le vécu - à ceux qui ont réponse à tout !
Jean-Pierre Tissier



  **** « LA PETITE MORT DE VIRGILE » de Christian Rauth.

(Éditions De Borée). Sorti le 12 septembre 2019. Ce thriller de la Collection Marge noire (438 pages) est le 3ème roman du comédien-metteur en scène Christian Rauth. Gérard Colllard, Monsieur Libraire du Magazine de la Santé sur France 5, France-Info et France Culture, qui nous a fait découvrir Karine Giebel, dès son 1er roman il y a une dizaine d’année ne tarit pas d’éloges sur Christian Rauth. Et ça forcément, c’est un sacré compliment !
- On connaît le comédien Christian Rauth pour son formidable rôle de maire d’un petit village du Nord de la France dans la série TV à succès que fut « Père et maire » de 2002 à 2009 sur TF1, mais aussi pour celui de mulet de l’inspecteur Navarro - incarné par Roger Hanin – de 1989 à 2006, toujours sur TF1. Mais Christian Rauth outre ses talents de metteur en scène au théâtre, possède une autre corde à son arc ; celle d’écrivain de polar ; et cela semble plutôt bien lui réussir ! Pour son 3ème opus en littérature qu’est « La Petite mort de Virgile », il nous entraîne dans une aventure au long-cours faite d’intrigues à répétition, de rebondissements violents, déroutants et inattendus, où l’on sent poindre, sous-jacente, la patte discrète et facétieuse de ce comédien à l’œil épicurien et turbulent, mais dont la pupille se dilate parfois pour laisser couler une larme d’émotion, à l ’image de l’homme lui-même. Dans ce pavé de 438 pages qui tourne autour d’un non-dit familial et d’une éventuelle arnaque à l’assurance-vie, Christian Rauth nous embarque dans une enquête de gendarmerie assez pittoresque comme dans tout bon polar qui se respecte lorsqu’il y a un crime - voire plusieurs - et dans le mystère qui va avec, saupoudré élégamment d’une pointe d’humour discrète, mais souvent réjouissante. Le tout agrémenté de temps à autre au cours des différentes situations d’une play-list musicale très éclectique allant du fado à Amy Winehouse qui n’est pas pour déplaire. Bref, un vrai polar made in France qui fleure bon le terroir et la Gendarmerie, et nous fait voyager d’Angoulême à Sao Paulo via Paris. Les arnaques à l’assurance- vie génèrent souvent de belles aventures à rebondissements au scénario toujours mouvementé. La Petite mort de Virgile ne faillit pas à la tradition.
J.-P.T

- Quel plaisir de lire ce gros roman écrit par le comédien Christian Rauth qu’on connait pour ses rôles à la télé dans Navarro aux côtés de Roger Hanin, et dans la série Père et maire où il tient le rôle principal. Voilà un excellent polar qui propose une histoire tenant parfaitement la route, et qui certainement été déjà vécue. En conséquence, on se dépêche de lire et de tourner les pages tant il y a de suspense. En revanche, la fin est totalement surprenante et originale. Je me suis régalée…
Muriel Gaillard



  **** « CE QUE TU AS FAIT DE MOI » de Karine Giebel

Editions Belfond * 552 pages. Prix : 20,90 €. Le résumé. Cette histoire a commencé par un coup de foudre. Richard Ménainville, patron des Stups, admiré et respecté par ses équipes, un homme marié, père de deux enfants, accueille une nouvelle recrue. Et au moment où son regard croise celui du lieutenant Laëtitia Graminsky, sa vie bascule. Ménainville tente de résister au sortilège, mais bien vite l’obsession remplit son existence. Et puis, un jour, Laëtitia commet une erreur professionnelle impardonnable, qui met la vie de ses coéquipiers en danger. Laëtitia est alors vulnérable et soumise au verdict du patron. Le roman commence précisément la nuit où le grand patron des Stups, Richard Ménainville, doit se confesser et répondre de ses actes dans une salle d’interrogatoire. Mais que s’est-il réellement passé entre lui et son lieutenant ? Cette histoire se terminera mal, forcément. Car c’est celle d’un maître-chanteur. Ou plutôt, comme souvent dans les livres de Karine Giebel, celle d’un maître devenu esclave. Esclave de cette chose fabuleuse et fatale. La passion.
- À partir du moment où tu commences à lire ce livre, tu es pris dans un tourbillon qui t’entraîne toujours plus bas. Cela t’aspire, mais tu envies aussi tellement cette passion même si tu sais qu’elle t’emmène à la mort. Karine Giebel s’est surpassée. J’ai terminé ce livre dans la nuit. Je n’ai pas pu en reprendre un autre depuis..."
Muriel Gaillard

- 2 heures 20 du matin ! C’est Ce que tu as fait de moi, Karine ! C’est l’heure où j’ai finalement clos la lecture de ce dernier roman reçu quelques jours avant sa sortie le 21 novembre, tel un addictif compulsif au dernier degré. Une nouvelle fois, celle qui était l’invitée d’honneur de notre dernier festival Blues et polar nous entraîne comme une murène tenant sa proie sans ménagement, au cœur du quotidien interne d’une brigade des Stups en région. Mais un jour tout bascule avec l’arrivée de Laetitia jeune Lieutenant de police âgée de 25 ans. Coup de foudre, coup au cœur, au foie. Coup de tête pour le boss ! La passion à mort venait de lui tomber dessus et s’insinuer insidieusement dans la tête du patron de la brigade, flic d’expérience reconnu par ses pairs et admiré par ses hommes. On pénètre d’entrée dans une sorte de huis-clos, façon Garde à vue avec Michel Serrault et Lino Ventura, où les « bœufs-carottes » de la Police des Polices interrogent patiemment, posément et séparément, leurs deux collègues : le boss et Laetitia. Il y a eu un drame, du sang sur les mains, des cris ; mais on ne sait pas ce qui s’est passé. Karine Giebel va nous dévoiler au compte-gouttes et au fil des pages dévorées avidement des indices délivrés au cours des interrogatoires. « Je m’étais abaissée à ça pour gagner le droit de garder mon poste se remémore intérieurement Laetitia. Pour gagner le droit de travailler avec eux. Avec ces ordures ! Mais impossible de revenir en arrière. Alors il fallait y retourner. Le pire, c’était ce plaisir indécent qui m’était tombé dessus comme une pluie d’injure. J’avais cru m’adresser à Saint-Pierre ; j’avais en réalité poussé les portes de l’enfer." Mais de quel enfer parle-t-elle ? Au cœur de ces 550 pages, c’est avant tout du pouvoir dont il est question, du rapport de force qui s’instaure dans de nombreux milieux, parfois jusqu’à la soumission, notamment envers les femmes. On tourne alors les pages avec fébrilité pour savoir ce qui s’est passé réellement ; mais Karine n’est pas la reine du polar et du suspense pour rien. Vous devrez attendre la chute du livre, tel un très grand vin qu’on déguste jusqu’à la dernière goutte pour découvrir la réalité ! Je ne vous en dirai pas plus. C’est du grand Karine Giebel ; préparez-vous à une nuit blanche !
Jean-Pierre Tissier



  **** « LES REFUGES » de Jérôme Loubry

(Editions Calmann Levy Noir).
- Comme une vague qui petit à petit prend corps pour gonfler jusqu’à la démesure, sans savoir où et quand elle va retomber, comme si elle se baladait en faisant de même avec nous, le 3 ème roman de Jerôme Loubry Les Refuges nous entraîne sur un jeu de pistes (vraies ou fausses ?) guidées par le poème de Goethe Le Roi des Aulnes.
On y avance à petit pas pendant un bon moment, tout en pressentant les dangers multiples qui semblent vouloir sortir du néant, de la paille, et des vagues en colère, tous nés de ces années d’occupation de la France par l’Allemagne nazie, avec sa cohorte de SS diaboliques et les fameux « sang mêlé » résultant de ces instants d’égarement (ou de survie) vécus par des jeunes femmes françaises. Avec parfois, à la clé, des enfants nés de ces unions furtives…. Ces enfants de la honte aux destins douloureux, Sandrine, jeune journaliste en début d’enquête, commence à en lever le voile en débarquant sur une île normande grande comme un gros confetti où sa grand-mère, qu’elle n’a pas connue, lui a légué une maison. Là, débute un thriller haletant où les pages se dévorent passionnément. Un suspense né d’un enlèvement d’enfant, comme je n’en n’ai pas lu depuis longtemps ; rappelant les Karine Giebel de la meilleure veine. Assurément, Jérôme Loubry a déjà tout d’un grand, car l’histoire est riche, troublante, fantastique parfois comme une fiction, et passionnément historique. De l’étable de l’enfer à la mare au diable – clin d’œil à Georges Sand pour quelques excursions d’enquête en Berry – on erre sur le sable de la plage, entre les fourrages verdoyant où des vaches paissent… avec une croix gammée peinte sur le flanc ! Un grand livre sur les traumatismes et les post-traumatismes nés de la guerre.
J.-P.T

- C’est un livre passionnant et époustouflant. Quand tu commences à le lire, tu vas jusqu’au bout, d’un trait. La fin est totalement désarmante et déstabilisante ; mais comme l’écrit Jérôme Loubry, l’homme n’avance dans la vie que grâce aux refuges qu’il se crée : le sourire, la musique, les livres... Les refuges est assurément un livre qui laisse des traces.
Muriel Gaillard



  **** « JE NE T’OUBLIE PAS » de Sébastien Didier. (Editions Hugo Poche).


Bellevue Park. Ses villas d’architecte, ses espaces verts, ses prestations luxueuses... Pour Marc Vasseur, c’était un rêve. Mais lorsque sa femme disparaît en ne laissant qu’un simple SMS pour toute explication, le rêve tourne au cauchemar. Les autorités ne tardent pas à classer l’affaire. ... "Des montées d’adrénaline en série, comme une suée abondante après cinq étages gravis au pas de course, un suspense haletant récurrent et hyper dosé qui tombe - comme par hasard – à la fin de chaque chapitre, nous obligeant illico à dévorer de facto, les nombreuses pages suivantes…
- Avec « Je ne t’oublie pas », Sébastien Didier nous emmène dans un univers proche du « Psychose » d’Alfred Hitchock et du terrifiant « Shining » de Stephen King porté au cinéma par Stanley Kubrcik avec un Jack Nicholson diaboliquement satanique… Ajoutez-y des clins d’œil à Led Zeppelin, les Doors, ou Aérosmith, et vous avez là, tous les ingrédients pour régaler un adepte de Blues & Polar passionné par l’étude de la société, et de ses cruautés au travers du roman noir... On pénètre ainsi au cœur d’une fange mafieuse, suant du fric à grosses gouttes, hors du monde et de la morale, avide de pouvoir, et dont les bas-instincts sont ancrés dans la rage et le comportement de bêtes fauves, sans aucune pitié, et qui ne pense qu’à satisfaire ses propres égos. On débarque alors dans un monde parallèle et discret qui surgit toujours quand on ne l’attend pas, avec chaque fois une violence inouïe et une perversion insensée venue des tréfonds des ténèbres, comme un pacte signé avec le diable pour pouvoir habiter dans le lotissement de l’horreur à Saint-Clair. Il y a du Karine Giebel dans ce roman sidérant et hypnotique et on ne peut souhaiter que le même destin à Sébastien Didier. Ce « Je ne t’oublie pas » en a toutes les caractéristiques. Hugo : Thriller a décidément bien du flair dans le choix de ses auteurs !"
J-P.T
« A partir du moment où tu commences ce livre, tu ne le quittes plus ! Tu veux savoir où est passée cette mère de famille … A-t-elle été enlevée et placée dans un réseau de prostitution avec la mafia ? J’ai adoré ce livre, bien trop vite lu… »
M.G



  **** « LA FAIM ET LA SOIF » de Mickaël Koudero. Editions Hugo Thriller.

Mickaël Koudero est un scénariste et romancier français qui collabore fréquemment avec les chaines télévisées. Son premier thriller « Des Visages et des morts » s’est vendu à plusieurs milliers d’exemplaires. Il a participé également au recueil de nouvelles « Phobia » aux côtés de l’ami Olivier Norek « Coup de cœur Blues & Polar 2015 » et de Ian Manook. Le résumé. Roumanie, décembre 1989. Le peuple prend les armes, décidé à se soustraire de la dictature de Ceaușescu. Tandis que Bucarest se voile de rouge, la Securitate (police secrète de Ceaucescu sœur de la Stasi en RDA) finit par abdiquer. Paris, juin 2015. Dans un appartement aux allures de chapelle, une femme s’est tailladé les veines. Avant de commettre l’irréparable, elle a cherché à s’arracher les yeux. Plus étrange encore, elle a laissé un paquet de feuilles froissées sur lesquelles est griffonné le même nom : Nosferatu. Un mot roumain qui renvoie aux non-morts, aux vampires et au Diable. Quelques mois plus tôt, c’est un jeune Roumain sans papiers qui a été découvert dans un parking en construction. Vidé de son sang. Les organes volés, son corps à moitié dévoré. Deux affaires qui semblent en apparence bien distinctes. Et pourtant, pour Raphaël Bertignac, ancien journaliste d’investigation, un lien existe.

- Un style incisif et percutant. Des phrases courtes, mais ciselées. Un sens exacerbé du suspense qui monte petit à petit comme une mayonnaise prenant corps goutte après goutte... et une envie folle de tourner les pages dès les premiers chapitres ! Avec « La Faim et la soif » (son 2eme thriller) Mickaël Koudero nous entraîne 30 ans en arrière, le 22 décembre 1989, en Roumanie, quand le dictateur communiste Nicolae Ceaucescu vacille de trône, chassé de son gigantesque palais doré par le peuple en colère, pour finir fusillé en 48 heures - avec son épouse - par un peloton d’exécution. Une fin inattendue, rapide et brutale à l’image de Kadhafi en Lybie, lynché à mort dans un tuyau de béton au milieu du désert... Mais ce qu’a laissé le dictateur aux yeux d’acier, au cœur de ces années communistes si loin de l’idéal promis, est un sillon hors du temps tracé dans la pauvreté extrême, à un point qu’on n’imagine même pas vu d’ici, et dans la terreur incroyable qu’instaurait la Securitate. Cette police politique, cousine de la Stasi d’Allemagne de l’Est, qui épiait, surveillait, interpellait, emprisonnait, torturait et tuait ceux (et celles) qui avaient le malheur d’avoir une autre vision du monde que celle du « Maître Ceaucescu » promoteur d’une natalité de plus en plus féconde. Allant jusqu’à mener des expériences sur les femmes et les enfants, à l’instar du diabolique Mengele dans les Camps de la mort en Pologne. Nazisme et Communisme se rejoignant là dans un même cataclysme pour l’humanité ! C’est cette Roumanie-là, plombée par une dictature démoniaque, qui ressurgit 30 ans plus tard, au cœur du roman terriblement captivant mais terrifiant de Mickaël Koudero. Car dans un pays désormais en pleine transformation, les légendes des Carpates et de Transylvanie sont toujours tenaces et ancrées dans les esprits. En particulier, les Vampyres (avec un y) ces nosferatu de la Securitate ayant généré bon nombre de films d’épouvante du temps du noir-et-blanc. Mais la réalité imprimée par Ceaucescu dépasse la fiction et l’entendement, avec ces milliers d’enfants handicapés physiques et mentaux entassés dans des orphelinats immondes qu’on a retrouvés après la chute du leader déboulonné, et qui aujourd’hui sont devenus adultes ! Loques, zombies.... la faim et la soif pour credo, ils ont erré longtemps dans les rues avant de se réfugier dans des souterrains abandonnés des grandes villes ou dans les forêts où ils se sont reproduits entre eux. Enfants-loups, enfants-sauvages... avec la mémoire du diable ancrée dans leur cerveau par leurs maîtres d’esclavage, ils sont au cœur de ces pages terrifiantes menées comme une course-poursuite dans ces commerces d’un autre monde, qu’on surnomme « Les Marchés de la mort » à Budapest, Prague, Paris... et qui s’approvisionnent en dons d’organes divers (cœur, poumons, reins,, cornées...) via des enlèvements et des disparitions inexpliquées donnant libre cours aux pires vices qui puissent exister. Un livre à dévorer avec passion ; vous comprendrez plus tard...
J.-P.T
« Je ne connaissais pas cet auteur. Il explique très bien les années Ceaucescu en Roumanie et les conséquences de la chute du dictateur déchu par le peuple, tué avec son épouse en décembre 1989. Il y a d’ailleurs des passages qui sont très très durs. Où commence vraiment la réalité et où commence aussi la fiction ? Cela nous donne aussi l’envie d’aller à Prague (aujourd’hui République Tchèque) où se passe aussi l’action, grâce à ses descriptions fouillées de la ville. C’est un livre plutôt facile à lire ! » M.G



  **** « LES GRATITUDES » de Delphine de Vigan. Editions J-C Lattès.


- Au-delà de la détresse des mots qui s’entrechoquent et de la descente des sens vers l’oubli, l’humour reste sous-jacent au creux des lignes délicates de Delphine de Vigan dans son dernier ouvrage si précieux qu’est « Les Gratitudes » paru chez J-C Lattès. Un livre labélisé France-Inter, et on ne s’en étonne pas ! Car assez rapidement, à la surprise des mots « dislexyqués » s’ajoutent l’émotion et la tendresse, face à la pérennité des douleurs d’enfance qui ne s’effacent pas malgré les années. Auschwitz et le fait de s’appeler Feld étant passés par là, l’horreur et l’ignominie ineffaçables à jamais, en toile de fond. « Vieillir, c’est apprendre à perdre » dit Michka la vieille dame héroïne de ce livre à la couverture noire illustrée d’un joli coquelicot. Mais vous savez dans mes rêves, les mots ne me manquent pas. Je parle très bien. » Ce roman sur le langage et la gratitude de ceux qui font un geste simple – mais essentiel – pour autrui, est comme un duvet de poussin qui vole au vent. On le regarde passer, on le suit si léger dans la brise qui va et qui vient, puis qui disparaît… Mais dont l’image nous reste pour toujours, imprimée à jamais dans notre subconscient. Et on lui dit Merci !
J.-P.T



  *** NOUS ÉTIONS NÉS POUR ÊTRE HEUREUX de Lionel Leroy.

(Editions Julliard). - Lionel Duroy signe avec son dernier roman « Nous étions nés pour être heureux » un récit intimiste et autobiographique sur fond de réconciliation familiale après des décennies de mise à l’écart. Les rapports entre les protagonistes sont décrits avec force détails dans un style fluide et Paul, le personnage principal, lui-même romancier, nous fait partager tous ses états d’âme.
Une famille dysfonctionnelle est ainsi disséquée, mise à jour, et la réconciliation semble être de mise, au prix d’une vaste psychothérapie collective lors de deux journées de retrouvailles. La question est donc posée : peut-on faire abstraction d’un passé au sein d’une imposante fratrie ou de parents qui ont failli à leur tâche et vivre tout de même une vie heureuse ? Lionel Duroy, semble le temps d’un roman, indiquer que non et aborde la profondeur des liens entre frères et sœurs, quelles que soient nos mésententes. Car de qui se souviendra un homme, au seuil de sa vieillesse, si ce n’est de tous ceux qui lui ont permis de devenir ce qu’il est aujourd’hui ?
Aude Locher



  *** « L’IRLANDAIS » de Maurice Gouiran Editions Jigal Polar.

- Marseille au cœur, mais aussi Marseille rancœur pour un Gouiran toujours aussi révolté face à la destruction des vieux quartiers marseillais, remplacés par la pieuvre EuroMéditerranée qui s’étend sur l’antique Phocée..
Avec « L’Irlandais », Maurice Gouiran reste fidèle à son écriture empreinte d’humanisme ; et sa philosophie rurale et poétique de berger du Rove nous entraîne – 50 ans plus tard – dans l’inextricable conflit Nord-irlandais dont les séquelles demeurent encore aujourd’hui avec ce Mur façon Berlin ouvert chaque jour à heures fixes, qui sépare toujours deux quartiers de Belfast. « L’Irlandais » - alias le peintre Zach Nicoll – est un néo-Marseillais star du street art quand celui-ci avait une vocation politique en Irlande, que les fresques géantes dévoraient les murs de Belfast et Dublin… et que l’on retrouve assassiné dans son atelier près du Vieux-Port. Au fil d’allers et retours entre la verte Erin et Marseille, on se remémore – ou l’on découvre pour certains – ce conflit terrible et insensé avec l’IRA (Armée révolutionnaire) en toile de fond, ses morts et les snipers britanniques postés au sommet de la plus tour de Belfast. Une société, où quel que soit le camp – et c’est bien là le drame ! - les femmes catholiques ou protestantes n’avaient pas vocation à la parole, au divorce, à l’avortement… car les hommes des deux camps souhaitaient avant tout ne rien changer. La Méditerranée reste pourtant au cœur de ce livre qu’on dévore avec envie, avec toute son identité sudiste faite de pizzas, chichis de l’Estaque, brousse du Rove, anchois, basilic.. face à la Guiness, au lard et aux fish & chips de Dublin. Et comme toujours avec Clovis – le journaliste-enquêteur héros de Gouiran - il y a du charme sur velours et canapés avec quelques piments au détour d’une chambre d’hôtel. Ben oui, on adore Gouiran qui fut notre Coup de cœur 2013 Blues & Polar pour son roman « Marseille, la ville où est mort Kennedy » paru chez Jigal également. J.-P.T

Avec L’Irlandais, Maurice Gouiran nous offre un polar dépaysant partageant avec nous, tour à tour, sa connaissance profonde de la vie provençale et celle non moins pointue de l’Irlande du nord. S’exprimant au travers de la plume de Clovis, journaliste et ami de la victime, Maurice Gouiran nous replonge au cœur des heures sombres des différentes factions de l’IRA dans l’espoir d’élucider le meurtre d’un peintre de rue irlandais qui avait trouvé refuge à Marseille. Le lecteur est donc entrainé dans des cercles de plus en plus larges pour comprendre qui a bien pu tuer Zach Nicholl, ex militant de l’IRA ; soulevant, d’une part, un voile sur un pan de l’histoire sanglante du Royaume-Uni et nous confirmant, d’autre part, qu’il est le plus souvent inutile de chercher midi à quatorze heures… Aude Locher



  *** « LA PERSONNE DE CONFIANCE » de Didier Van Cauwelaert. Sorti le 4 avril 2019 aux éditions Albin-Michel.


« On croit qu’on ne sert à rien sur terre, jusqu’au jour où quelqu’un vous demande l’impossible… » Cette phrase inscrite en 4ème de couverture sur le dernier livre de Didier Van Cauwelaert en résume parfaitement le déroulé et la truculente dramaturgie avec de faux-airs d’un bon vieux San Antonio parfois. Car n’oublions pas que le Niçois, Prix Goncourt 1994, a débuté par le polar… Avec La Personne de confiance , on entre donc de plain-pied dans une aventure délirante et tendre comme une madeleine, cocasse, chavirante et déjantée qui nous entraîne au cœur d’une rencontre improbable entre une mémé bretonne ancienne Résistante de 93 ans, chef d’une entreprise de biscuits mythiques, adoubée Compagne de la Libération par le général de Gaulle lui-même… abandonnée dans sa Rolls-Royce stationnée illicitement sur la très chic et bourgeoise Avenue Foch à Paris, et un jeune employé de la Fourrière, natif de Bobigny dans le 9.3 comme on dit. Deux mondes aux Antipodes l’un de l’autre à première vue ; mais les premières pages sont un vrai scénario digne de l’éternel « Corniaud » avec Bourvil et Louis De Funès, et ça continuer dans la même veine hilarante, page après page, avant de découvrir le « pot-aux-roses » concernant cette vieille dame devenue Alzheimer - mais pas par hasard !!! – qui convie via un faire-part très authentique, ses derniers amis à son suicide assisté, mais en Suisse, bien évidemment.
Pour ma première découverte de l’œuvre de Didier Van Cauwelaert (je le confesse humblement !) Prix Goncourt 1994, j’avoue que la surprise a été totale, et agréable, voyageant entre San Antonio, l’univers des tours HLM du 9.3 et les galettes bretonnes de mamie Madeleine. Un vrai remède antimorosité, aux vertus joyeuses et apaisantes, à découvrir au plus vite.
J.-P.T



  *** « UN BON PETIT SOLDAT » de Mercédès et Michaël Crépin. Flammarion (Sorti le 13 mars 2019- 304 pages).

- Quand il s’engage dans la Légion étrangère, Michaël change de nom, et même de nationalité. Pour cinq années au moins, ce jeune Français accepte de devenir un autre homme, de ne pas se marier et de ne pas reconnaître officiellement son fils… Car devenir légionnaire, c’est comme entrer en religion. Avec sa femme Mercédès, il raconte le quotidien d’un soldat de troupe, les fêtes loin de chez soi, le décalage par rapport au monde. Mais aussi la fierté des défilés militaires et la sensation d’appartenir à une famille soudée, quoi qu’il arrive. Jusqu’à l’irréparable : en Afghanistan, une embuscade sanglante. Michaël ramasse, à mains nues, les corps déchiquetés de ses frères américains. Quelques semaines plus tard, la mort le frôle. Il ne sera plus jamais le même. Après avoir souffert d’un Syndrome de stress post-traumatique de guerre à son retour d’Afghanistan Michaël Crépin s’est reconverti dans l’agriculture et vit près de Castres. Son épouse Mercédès se bat pour une plus grande reconnaissance des soldats français . Elle est rédactrice en chef du journal « le Conscrit » et recueille la parole des blessés de guerre.

« Je suis devenu légionnaire pour être un type bien, pour faire des choses bien. Mais à Sarajevo, en Afghanistan, comme dans toutes les autres guerres, le bien, le mal, c’est compliqué, explique Michaël Crépin. Je ne suis pas un philosophe même pas un penseur . En tant qu’homme, j’agis par instinct et par conviction. En tant que Légionnaire j’agis selon les ordres qui me sont donnés. Je verrouille tout. J’exécute. Mais il arrive toujours un moment où l’homme et le militaire se rencontrent. »
À force de ne jamais craquer devant ses frères d’armes parce que la Légion est un mythe, le Légionnaire Michaël Crépin à absout Michaël, l’homme devenu une machine efficace et sans états d’âme, le jour où l’incompréhension d’un ordre venu d’en haut - à savoir ne pas tirer sur les ravisseurs Talibans qui venaient d’enlever les deux journalistes de France 3 Hervé Ghesquière et Stéphane Taponier deux jours auparavant seulement - a suscité chez lui une honte profonde.
Motif politique ? On serait enclin à le croire tant la « Grande muette » n’avait pas apprécié à l’époque (30 décembre 2009) que des journalistes du Service public aillent enquêter dans une zone rouge où les Talibans se terraient au cœur des montagnes.
Rancœur ? Envie de donner une leçon à la Presse ? Toujours est-il que ce moment - précédant 18 mois de détention pour les deux journalistes - est devenu une honte pour Michaël qui avait là dans son viseur les ravisseurs de nos confrères. « J’en veux ,dit-il aux gradés de la Légion qui m’ont enlevé la seule fierté que j’avais dans ma vie alors, celle d’être un Légionnaire. Un type qui fait le bien. »
Victime du Syndrome de Stress post-traumatique (STP) à son retour d’Afghanistan, Michaël Crépin n’a pas été pris en charge psychologiquement comme l’ont été aux USA, les vétérans du Vietnam. On découvre tout cela avec sidération et stupéfaction dans ces pages écrites avec les tripes où certains gradés de la Légion en prennent pour leur grade, notamment lors de remises de décorations qui mettent plutôt mal à l’aise. L’ego du chef en première ligne plutôt que la reconnaissance du soldat. Aujourd’hui reconverti agriculteur à Castres, Michael Crépin et son épouse œuvrent pour une véritable reconnaissance du syndrome SPT qui touche bien des soldats de toutes les Armes. « Un combat apolitique précise Mercédès Crépin, car la souffrance psychologique n’est ni de droite, ni de gauche. » Mais elle touche tout le monde et les militaires qui vont jusqu’à donner leur vie pour la France et son peuple, méritent infiniment plus de respect, lorsqu’ils sont touchés dans leur chair et leur cœur.
J.-P.T

- « Ce livre-témoignage est particulièrement prenant et montre bien le parcours semé d’embuches d’un Légionnaire et de son épouse pour faire reconnaître sa maladie (le syndrome post-traumatique) à la suite d’une mission terrible et traumatisante à la suite d’une mission effectuée en Afghanistan. Il en ressort que nos soldats sont bien mal lotis face à la maladie. »
Jean-René Gaillard



  ** « AU BOUT DU COMPTE » DE HERVÉ HUGUEN (PALEMON EDITIONS)

- Avec ce roman d’essence bretonne, on est plongé dans le monde de la finance, des assurances et des magouilles, apparemment très rentables…. Mais bien sûr, quand il y a trop de monde dans le coup, et qu’il faut savoir être discret, y’a comme de l’élimination dans l’air à coup sûr. Voilà un livre très agréable à lire qui pourrait néanmoins donner des idées à certains. La fin est surprenante et contre toute attente. J’ai beaucoup aimé. M.G
- On est en Bretagne, à Vannes, Pontivy... ce qui n’est pas fait pour me déplaire, et le commissaire Nazon – héros de Hervé Huguen - est un fan des Stones, comme nous tous à Blues & Polar. L’enquête qu’il doit mener à la suite d’un cadre de l’entreprise renversé en sortant d’un bar, est plutôt intéressante, même si elle se passe dans un milieu de la Finance où les malversations ne sont pas toujours évidentes à comprendre pour un non-initiés. Néanmoins on s’y retrouve dès que ça commence à s’éclaircir de façon brutale dans les rangs des présumés coupables ou innocents. On tourne donc les pages, mais le mélange entre une voix-off commentant les actions et le parti–pris de trier les personnages pour leur consacrer un chapitre complique la lecture et étonne un peu. On retrouve néanmoins les ambiances propres à toutes les entreprises, entre désirs, envies de promotion,conflits, jalousies…. mais ce mélange de styles d’écritures avec néanmoins une fin étonnante, m’a plutôt désarçonné. Un roman agréable à lire, mais un peu trop touffu par moments. J.-P.T



  ** « LES ÂMES PEINTES » ROMAN NOIR DE PHILIPPE NICOLAS

(éditions Cohen & Cohen). - La Joconde perd le sourire. Un homme est retrouvé mort au pied d’un tableau. Deux amants se font happer par le portrait de La Belle Ferronnière de Léonard de Vinci et se battent pour rester en vie. Tandis que le commandant Bruno Gorce traite le Louvre comme une scène de crime, tous les fils convergent vers un homme : le président du musée, Pierre Longueville. Quel incroyable secret le patron énigmatique a-t-il découvert dans les tableaux de Léonard de Vinci en menant des expériences dans les laboratoires souterrains du Louvre ? Une aventure fantastique, policière et amoureuse au cœur du plus grand musée du monde. « Les Ames peintes » est son premier roman.
- Les Ames peintes de Philippe Nicolas (Editions Cohen & Cohen). « Les âmes peintes » est un roman décalé qui oscille, de la première à la dernière page, entre polar et roman de science-fiction résolument alchimique ! Situé majoritairement entre le Louvre et le ministère de la Culture, l’auteur Philippe Nicolas nous entraine, tour à tour, entre passions amoureuses ardentes et secrets d’alchimie médiévales sur fond d’enquête policière. Le livre se veut savant ; l’est-il vraiment ? L’enquête se noie dans les tableaux et le dénouement ne laissera heureux que le lecteur en quête d’un aboutissement mystique !
A chacun de trouver son chemin à travers ce roman au style lourd et très descriptif : cours d’histoire de l’art sur la Renaissance italienne, enquête policière sur des meurtres inexpliqués dans les musées ou traité d’alchimie enfin révélé au grand public ? Mais, peut-être, est-ce un roman à lire au deuxième degré et qui relate les liens fort complexes entre art et pouvoir ? Aude Locher

Je pensais que j’allais adorer ce livre, mais en fait, malgré des passages où l’on nous raconte comment ont été peints les tableaux de La Joconde et La Belle ferronière par Léonard de Vinci, il y a beaucoup trop - à mon humble goût - de détails techniques sur les différentes peintures utilisées, et beaucoup de mots que je ne connaissais pas. Et il faut donc user et abuser du dictionnaire pour savoir de quoi on parle…. Ceci a pour conséquence de faire passer l’intrigue, qui est la trame du livre au second plan. A côté de cela, le fait de parvenir à nous persuader qu’un tableau, malgré le temps, est toujours vivant, est particulièrement plaisant. M.G



  ** « UNE FLÈCHE DANS LA TÊTE » de Michel Embareck

chez Joëlle Losfeld
- Déjà venu à deux reprises comme invité au festival Blues & Polar à Manosque, le Tourangeau Michel Embareck journaliste-écrivain multi-cartes capable de s’enthousiasmer autant pour un essai du XV de France que pour un morceau des Clash ou de BB King, tout en écrivant un polar bien senti avec des mots qui vibrent sur un parfum d’Easy rider ou de Love in vain, vient de publier « Une Flèche dans la tête » un petit opus de 113 pages qu’on lit doucement avec une profonde délectation. Car pour qui aime le blues passionnément, mais avec la curiosité d’un historien sur la véracité de certaines légendes, on navigue au cœur du Delta du Mississipi avec un mystère collé aux basques d’un père retrouvant sa fille, comme des sangsues dans le bayou, mais sans trop s’en rendre compte, à cause de ces sacrées migraines qui transforment la tête de ce père de famille en véritable champ de bataille. « La musique raconte l’histoire de l’humanité » écrit Michel Embareck. Mais le blues, bien que passé de mode, est toujours d’actualité. On erre donc entre Memphis et la Nouvelle-Orléans, sur la route plutôt folklorique du blues, en remettant les pendules à l’heure parfois. Comme quand l’auteur rappelle que le rap - littéralement la tchatche - est vieux comme le monde via le Golden gate quartet dans les années 30, puis le grand Isaac Hayes avec Shaft dans les seventies… Idem pour la légende Robert Johnson qui aurait vendu son âme au diable en 1936 pour jouer de la guitare comme un dieu. « Le Diable paie cash et Dieu à crédit, sans aucune garantie » complète Michel Embareck. Et de souligner les textes torrides et sexués des vieux blues chantés par Bessie Smith ou Lucille Bogan comme « Mets ta saucisse dans mon petit pain… » et qu’on ne pourrait plus chanter aujourd’hui. Au travers de ce périple père-fille, et de son intrigue finale émouvante, Michel Embareck nous gratifie de quelques pages d’une veine merveilleuse, crachant peu avant la fin, des volutes de diatribes déchainées, à l’image de Léo Ferré vociférant « Je suis un chien ». Un livre pour qui aime le blues bien plus que le polar. J.-P.T



  *** « DERNIER ARRÊT AVANT L’AUTOMNE » de RENÉ FRÉGNI


(Editions Gallimard).
Le Bonheur fou des Vraies richesses ou le Mystère de Ségriès. - raverser sous la lune les Plateaux de lavande ; caresser et parcourir la vallée bleue de la Durance ; s’endormir sous la pluie en entendant chanter les tuiles…. Toutes ces phrases en forme de remèdes à la mélancolie, René Frégni les a couchées sur les lignes bleues de son cahier d’écolier quadrillé, en étant persuadé qu’il n’avait plus rien à dire et à écrire. Comme pour pallier à un manque d’inspiration. Et c’est donc une errance littéraire, en quête d’une histoire qui tienne la route que l’on effectue dans les pas paisibles de celui qui au fil du temps a posé les flingues et garé les fourgons de la Brink’s braqués sur l’Autoroute, pour un univers plus naturaliste et philosophique. Totalement dans l’esprit de Jean Giono, à la manière d’un promeneur solitaire cherchant autant les cèpes et autres pinins plus rustiques, que les figues d’été, se rassasiant des joyaux naturels de Haute-Provence que sont les sous-bois mystérieux et les monastères abandonnés par les hommes de foi. Car c’est là, à Ségriès, sur les hauteurs proches de Moustiers-Sainte-Marie, que le fil d’Ariane d’une intrigue inattendue va enfin se dérouler, mêlant auto-biographie et quelques onces de fiction. Car lire René Frégni lorsqu’on le connaît depuis de si longues années ressemble parfois à des rébus écrits à l’écriture sympathique. Au texte originel, on ajoute ainsi des images, des visages, des paysages connus… Il aura suffi d’un authentique couple d’amis libraires « pour de vrai » à Riez-la-romaine pour que le monde bascule, et que derrière les cris des corbeaux et le ronronnement d’un chat abandonné, l’inspiration revienne aux premières neiges. « Ça sert à ça un ami ; à ne pas mourir quoi qu’on ait fait », écrit René Frégni en signe de credo. Une conclusion à cet automne pas comme les autres, en forme de main douce qui écarte lentement le destin. J.-P.T



  *** « ÉCOUTER LE NOIR »

(recueil collectif aux Editions Belfond). Barbara Abel, Jérome Camut, Sonja Dezongle, François-Xavier Dillard, R.J Ellory, Karine Giebe – Invitée d’honneur de Blues & Polar 2019 - Nathalie Hug, Nicolas Lebel, Sophie Loubière, Maud Mayeras, Romain Puèrtolas, Laurent Scalèse et Cédric Sire, sont ici réunis sous la direction d’Yvan Fauth qui leur a donné pour thème L’Audition après une mésaventure personnelle résultant des suites d’un concert en avril 2008, où il a perdu l’audition.
« Et les sons sont devenus mes ennemis explique-t-il, devant lutter désormais contre les acouphènes, ces vertiges bourdonnants et une intolérance au bruit dénommée Hyperacousie. Le but et le mot d’ordre pour tous était donc de faire tendre l’oreille au lecteur en proposant des récits qui jouent avec les différentes définitions de l’audition. Des nouvelles où chacun a donné libre cours à sa noire imagination pour créer une atmosphère, des personnages inoubliables et cette fameuse tension propre au thriller authentique, celui qui vous happe des premiers mots… à la chute. Les éditions Belfond réhabilitent ainsi le format de la Nouvelle, quelque peu dédaigné en France alors qu’il s’agit d’un vrai style littéraire prisé dans les pays anglo-saxons. « Tous avaient carte blanche pour jouer avec les différents sens du mot « Audition » précise Yvan Fauth. Le résultat est souvent surprenant, formidable de talents et d’expression fortes. »
Et effectivement en piochant au hasard de Karine Giebel à Sonja Dezongle, en passant par Sophie Loubière et Ellory, c’est toute la folie liée au désormais silence qui nous entraîne dans des situations incroyables… comme l’idée de mourir enfermé tout simplement parce que les deux seules personnes capables de nous sauver sont sourdes… Un recueil collectif passionnant qui nous donne plein de conseils : - 1. N’écoutez pas la musique tête plongée dans un caisson de basse ou avec des écouteurs à fond. 2. Lisez « Ecouter le noir » pour vous faire peur assis dans un fauteuil. 3. Faites-vous appareiller si vous perdez l’audition. 4. Apprenez la Langue des signes ! J.-P.T



  *** « L’ASSASSIN QUI AIMAIT PAUL BLOAS »

de Pierre Pouchairet (Editions Palémon). - Sorti des presses le 14 juin, le nouveau roman de Pierre Pouchairet, fidèle du festival Blues & Polar, nous est arrivé cette semaine, dédicacé de l’ami Pierre. Et il nous fait retrouver la commandante Léanne Vallauri toujours à la tête de la PJ de Brest avec ses copines fans de blues et de rock.
Une nouvelle plongée vers les cimetières de bateaux et de sous-marins de l’ancienne base militaire allemande cette fois, mais aussi dans le Brest souterrain interlope du monde de la nuit. Car comme dans tous les ports (Anvers, Marseille, Toulon, Valparaiso…) il s’en passe des choses, et des meurtres au couteau, l’arme de prédilection des bars et du monde de la mer, où tout peut chavirer pour une phrase ou un faciès qui ne revient pas… Flic de terrain, Pierre Pouchairet l’est resté jusqu’au bout de ses sens, lui qui du commissariat de Nice à la Sécurité Intérieure à Kaboul - où tout pouvait sauter au moindre souffle d’air - a vu notre monde devenir de plus en plus fou et de plus en plus violent. L’appât du gain et du pouvoir étant toujours le moteur principal des malfrats de tout poil. Pierre Pouchairet évolue là comme un poisson dans l’eau, comme un beau bar dans le rail de Sein, tant il connaît avec précision cette côte merveilleuse allant de Brest à L’ile Tudy. Et on est toujours ravi à Blues & Polar de retrouver Léanne, Vanessa et Elodie, Stratocaster en main et batterie en fond, claquer du Roty Gallagher comme au bon vieux temps de Taste et des seventies. Avec Bullfrog blues, histoire de se lâcher. Il y a des fois où l’on aimerait que la fiction soit réalité…. Histoire de les programmer à Blues & Polar.
Jean-Pierre Tissier



  *** « QUATRE MORTS ET UN PAPILLON » de Valérie Allam

(Editions du Caïman)
- C’est le premier polar de Valérie Allam paru aux éditions du Caïman animées par Jean-Louis Nogaro, venu il y a quelques années déjà à Blues & Polar.« Quatre morts et un papillon » c’est le parcours chaotique de femmes cabossées par la vie contemporaine faite de séparations rapides, divorces, et de familles recomposées et décomposées à la fois. Un authentique roman noir ponctué de rapports amoureux passagers salutoires (ou pas !) en osmose avec le temps qui passe et s’égrène à toutes les vitesses possibles, surfant sur le tsunami des dangers habituels : alcool, drogue, viol, vol, dettes, et loyers impayés. On y chemine au hasard des solitudes, entre jours sans fin de chacun et exploitations des malheurs de l’autre. Parfois avec difficulté (car écrit en petits caractères) pour suivre tous ces parcours simultanés jusqu’au choc extrême de la compilation des détresses qui génère la providence. Jusqu’au moment où ce roman réussi mais très noir et dans l’air du temps devient polar avec quatre morts certes, mais poésie également ! Il y a toujours des papillons peints sur les murs des pédiatries… » J.-P.T

- « Dans son roman noir qu’est incontestablement « Quatre morts et un papillon », Valérie Allam nous entraine dans le sillage des laissés pour compte. Et ses personnages qui vont parfois jusqu’à la caricature, ont bien du mal à survivre entre addictions et obsessions... Si le style de Valérie Allam est fluide et se lit facilement, il faut du temps cependant pour se familiariser avec ses personnages liés par des situations improbables, et qui surfent vers des destins sordides, nous entrainant dans leur mal-être. Heureusement qu’une fleur de poésie pousse de temps à autre au milieu des décombres ! « Quatre morts et un papillon » ou le roman de destins tragiques. Aude Locher

- « Livre surprenant que ce »Quatre morts et un papillon« , premier polar de Valérie Allam. En effet, dès que l’on a tourné la première page, le rythme est prenant et on est obligé de continuer à feuilleter pour connaître la vie de ces quatre femmes totalement différentes les unes des autres mais qui se rencontrent au travers d’accidents de la vie... On de demande bien comment va être la fin, et finalement la surprise est totale. Pas du tout ce que l’on pensait. Je me suis régalée. » Muriel Gaillard



  *** « LES DÉMONS DE L’ÉLYSÉE » de Patrick Cavenair. Editions Ramsay.

- Après Fusion froide, un premier thriller publié en 2013, Patrick F. Cavenair – c’est son pseudonyme – a proposé en 2018 une fiction envoûtante sur Mai 68 préfacée par Michel Field, La Tentation du Présent. Passionné par les différentes formes du pouvoir, il aurait été journaliste et consultant… Avec Les Démons de l’Elysée, il nous conduit avec élégance sous les dorures du pouvoir, puis nous fait basculer dans le dédale obscur du palais de l’Elysée.- Le corps dénudé et sans vie d’un conseiller proche du Président de la République est exfiltré du Palais de l’Elysée. Le commissaire Marchelieu est discrètement convoqué sur place, car l’enquête est délicate, et rien ne doit filtrer dans le Château et encore moins à l’extérieur. Mais un journaliste présent à l’Elysée le jour du meurtre mène sa propre enquête… Un tableau démoniaque du XVe siècle est au cœur de cette enquête parsemée des relations sulfureuses qu’entretiennent certains acteurs du monde politique…
« Voilà un roman vraiment très agréable à lire avec une intrigue bien ficelée qui nous tient jusqu’au bout. Mais il y a aussi une multitude de détails sur le mobilier de l’Elysée, le linge de l’Elysée, les tableaux qui s’y trouvent, les escaliers dérobés, les souterrains, l’abri anti-nucléaire enfouis sous terre profondément dont j’ai appris l’existence… qui sont particulièrement captivants. »
Muriel Gaillard

- "Danses macabres au Palais, ainsi pourrait se résumer cet ouvrage très excitant que l’on lit compulsivement, pour peu que l’on s’intéresse à la politique pour sa grandeur, mais aussi pour ses secrets d’alcôves qui ont émaillé la République au fil du temps, ainsi que le faisait la monarchie auparavant – pourtant issue de Droit Divin - avec autant de violence et de raffinement parfois dans les exécutions et crimes, souvent empreints de rituels alambiqués et de mystères. Patrick F.Cavenair nous fait pénétrer dans ce palais bien gardé qu’est l’Elysée, comme dans un théâtre aux murs tapissés d’or et de velours rouge, où se cachent des couloirs, souterrains et même un abri anti-nucléaire dans les profondeurs du Faubourg Saint-Honoré. Mais la surprise la plus totale est qu’on se trouve dans des bureaux baptisés Jupiter jadis avec Emmanuel Macron soi-même et Bibi à ses côtés, tout comme les Gilets jaunes omniprésents eux-aussi. Exceptionnel et rare d’entrer littérairement de plain-pied dans du présent aussi frais (le livre est sorti début mai) au cœur d’un thriller, mais on est prévenu d’entrée par l’auteur que tous les conseillers du PR (président de la République) ne sont que pure fiction... Un moyen pratique pour venger le réel… commentait d’ailleurs récemment sur France Inter, l’écrivain-dramaturge Philippe Besson. Et cette fiction-là nous entraîne dans des atmosphères interlopes, influencées par le tableau en trois dimensions de Jérôme Bosch « Le Jardin des délices » peint au XVème siècle, où se mêlent la luxuriance, l’harmonie jouissive et pour finir, un cloaque vomissant comme une diarrhée féconde et contagieuse. A l’image des meurtres qui vont se succéder au Palais, avec chaque fois des mises en scène folles comme ces deux oreilles coupées sur le cadavre d’un conseiller du PR, transpercées d’une lame ébréchées pointée vers le haut….Et pour nous faire comprendre que les mœurs au sommet de l’Etat laissent souvent libre cours à des rumeurs, étayées ou non, Patrick Cavenair revient – au travers de pages écrites en italique – sur les frasques sexuelles de Dominique Strauss-Kahn, le suicide de François de Grossouvre conseiller de François Mitterrand retrouvé mort le 7 avril 1994 dans son bureau de l’Elysée, l’Affaire Markovic garde du corps retrouvé assassiné après des révélations scabreuses sur Mme Pompidou, la dernière soirée de la Princesse Diana au Ritz … – non sans oublier une analyse politique très fine sur un quinquennat prenant l’eau émaillé de la fronde des gilets jaunes… Mais tout ça n’est que pure fiction…
Bref, lisez-le rapidement, car l’actualité (la vraie !) va très vite, et qu’outre la curiosité et les anecdotes il y a aussi de l’humour et de l’amour entre ces lignes bien senties ponctuées d’un vocabulaire châtié qui nous incite même à prendre le Larousse pour y découvrir des mots méconnus. Et ça, c’est toujours très enrichissant !"
Jean-Pierre Tissier



  *** « LE CAVALIER HILARE » de Bob Passion. Editions Vents d’ailleurs.

- Si la couverture est plutôt surprenante pour un thriller, on l’oublie très vite, vu la qualité de l’écriture et de l’intrigue abracadabrantesque qui nous arrive, surprenante comme un sac de noix descendant du 15e étage à la Castellane… On débarque alors dans une sorte de spleen underground avec un mec imbibé de tristesse profonde, toujours sur le qui-vive et une intrusion dans des mondes parallèles au-delà des générations.
De la fin de la 2e Guerre mondiale dans la spirale un peu folle de 1943 sur le front russe, à la période actuelle dans les plaines d’Afghanistan et d’Ouzbekistan avec des terrains de culture de l’herbe grands comme des stades de foot, tenus par les Talibans. Certains d’entre-eux ayant grandi dans les quartiers nord de Marseille avant d’arriver ici via des parcours incertains et radicalement islamisés. Et pour planter le décor de manière plus surprenante, on débarque pour de bon à Marseille – millésime 1983 - avec ses quartiers mêlant pauvreté, abandon, oubli et néanmoins solidarité entre paumés de la vie. Rien de commun à première vue entre ce soldat nordiste perdu dans la steppe d’Ukraine planqué sous une chenillette explosée et des junkies défoncés et plein de dope du matin au soir en écoutant les Clash et les Ramones dans des squatts… Et pourtant, c’est une tranche d’histoire du monde que délivre Bob avec Passion. La géopolitique en tout premier plan, telle une leçon explicative sur un autre ailleurs, empreint d’une grande limpidité. Comme l’a longtemps fait Bernard Guetta – le frère de David – chaque matin sur France Inter, avec beaucoup d’humanité et de lucidité surtout. On y suit Jacques rescapé miraculeux de la tourmente guerrière du IIIe Reich mais dont la mémoire flanche parfois… La Vodka, présumée coupable au banc des accusés ! « C’était juste un dimanche où l’on avait grillé des chevaux ». De cette phrase étrange l’homme qui a conservé son treillis et son casque lourd, guettant l’ennemi sous la mitraille nous entraine à la recherche du temps perdu… et d’un trésor de lingots d’or enfouis sous une chenillette blindée ! C’est l’occasion de réviser son Atlas de géographie tout en comprenant l’évolution souvent contradictoire du monde. Une aventure passionnante dont on se fait le film à chaque page avec des moments de nostalgie savoureux, comme ce moment magique où les photographes des années 70, chevaliers de la pellicule et du labo révélaient une image noir et blanc dans l’hyposulfite de sodium, la manipulant délicatement avec des pinces caoutchoutées, soufflant parois sur une zone pour faire monter les gris… « Le cavalier hilare » met du temps à faire apparaître toutes ces demi-teintes qui font le sel de ce roman ; mais l’aventure est si belle.
Jean-Pierre Tissier



  *** « TOUT CE QUE TU VAS VIVRE »

de Lorraine Fouchet. Editions Héloïse d’Ormesson.
« Dans son dernier roman « Tout ce que tu vas vivre », Lorraine Fouchet nous plonge d’entrée au cœur d’un drame familial. Jonglant d’un personnage à l’autre avec brio, elle nous invite à résoudre une énigme qui nous entrainera de Paris et l’île de Groix jusqu’en Patagonie, tout en nous faisant partager l’intimité de chacun avec acuité et vraisemblance. Le style est fluide, le récit bien documenté, les personnages clairement compartimentés et l’énigme nous tient en haleine jusqu’en Argentine. Lorraine Fouchet nous permet d’éprouver ce vrai plaisir de lire qui incite au fil des pages à toujours vouloir connaitre la suite ! Ce roman international, vivant, sensible et alerte a donc tout pour plaire et nous ne pouvons qu’espérer qu’il y en ait d’autres de ce type par la suite... »
Aude Locher



  *** « LE PRIEURE DE CREST »

de Sandrine Destombes (Hugo Thriller)
- De tous temps, les femmes ont subi les assauts des hommes, sans pour autant qu’ils aient obtenu leur consentement. La grande Histoire de France et du monde en atteste malheureusement ! Et nombreuses sont celles, qui - testostérone et ivresse du pouvoir conjuguées obligent - ont subi jusqu’au plus sordide de l’impensable, le fait d’être née fille. D’ailleurs, pour qui a fréquenté le Tribunal de Grande Instance et la Cour d’assises pour rendre compte des audiences dans la presse, la nausée de l’insoutenable émane parfois de certains dossiers avec force et folie, tant ils dépassent l’entendement. Notamment lorsqu’on évolue au sein du cercle familial le plus proche qui se doit d’être avant tout protecteur. « Le Prieuré de Crest », deuxième roman de Sandrine Destombes en est la parfaite illustration avec une Affaire au féminin qui nous entraîne très vite entre justice et vengeance ; les deux ne faisant pas bon ménage, même si le fil qui les sépare devient de plus en plus ténu et proche de la rupture, jusqu’à le faire craquer… Mêlant ainsi horreur et rebondissements. Avec notamment, une Voix off qui nous parle au fil des pages en italique, avec les mots d’une petite fille de 8 ans, enlevée, accidentée peu après et plongée dans un coma artificiel qui se délite peu à peu. Une idée géniale de l’auteure qui replace peu à peu grâce à cet éclairage d’outre-sommeil, le contexte de cette histoire aux ramifications familiales surprenantes, jusqu’à faire référence au fameux « Balance ton porc » de l’affaire Weinstein.
Le dégoût et la haine des hommes, moteur de ces victimes de viol accueillies dans un prieuré aux vertus pas si réparatrices, en arrivent à générer par le biais d’une toubib radiée de l’Ordre des médecins, un idéal exclusivement féminin qui interpelle et fait réfléchir sur l’âme humaine. Nous sommes les petites-filles des sorcières que vous n’avez pas pu brûler écrit d’ailleurs en préambule, Sandrine Destombes en faisant référence au spectacle de Christine Delmotte joué au festival d’Avignon off en 2018.
Un excellent roman qui dépasse le cadre du polar pour devenir fait de société, et qu’on pourrait retrouver – comme beaucoup actuellement - sous forme de téléfilm type « Meurtres… en Drôme » sur France 3. On prend les paris ! J-P.T

- Voilà un roman policier qui, au fil des pages, nous permet de suivre l’enquête, pas à pas, concernant la petite Léa, suite à son enlèvement. Des meurtres d’hommes jalonnent ce parcours qui s’enfonce toujours plus profondément dans la psyché de quelques fanatiques féministes. Le monde des Amazones serait-il le rêve ultime ?Et la petite Léa en est-elle l’aboutissement ou la victime ? Car de quoi rêve-t-elle, tout compte fait, si ce n’est de ce que tout enfant désire ? Des esprits torturés mais brillants peuvent parfois cacher des grottes obscures et des psychoses avérées. Les blessées de la vie cherchent vengeance ; vont-elles y parvenir ?" Aude Locher



  *** « LA NUIT DES BRAS CASSÉS »

de Maurice Gouiran (Jigal Polar) Sorti en 2000, ce livre vient d’être réédité avec succès.
- Maurice Gouiran dans « La nuit des bras cassés » entraine le lecteur de péripéties en rebondissements navigant entre Rome et New York pour mieux finir à... l’Estaque ! Un véritable trésor familial, acquis frauduleusement pendant la deuxième guerre mondiale, n’en finit pas de susciter convoitises et menaces. Lentement mais sûrement, le puzzle se met en place et l’étau se resserre dans les effluves du pastis et au son des cigales. Maurice Gouiran nous fait partager, tout au long de son roman, la vie des piliers de bar de l’Estaque et la langue des autochtones. S’ensuit donc logiquement une chute aussi alambiquée que toutes ces vapeurs d’alcool !"
Aude Locher



  *** « LA VAGUE" d’Ingrid Astier.

Editions Les Arènes Collection Equinox. Sorti le 17 février.
- Ingrid Astier signe avec « La vague » un roman résolument exotique ! Nous voici plongés dans l’univers des surfeurs tahitiens (à vos dictionnaires !) et des adeptes d’adrénaline. Nous offrant de partager au quotidien la vie des autochtones, Ingrid Astier délimite clairement les bons et les méchants. Mais la vie et l’âme humaine sont-elles aussi simples ? Dès lors, la chute nous interpelle : l’héroïne principale n’a-t-elle donc pas voix au chapitre ? A conseiller aux amateurs de tropiques pour un univers décoiffant ! Aude Locher

- On était resté intensément ébloui par son précédent « Haute Voltige » et les envolées intrépides, téméraires, esthétiques et lyriques de Djeko vers les sommets des gratte-ciels parisiens pour y dérober discrètement des œuvres d’art incomparables à l’image des derniers tableaux d’Henki Bilal ; tel un Spiderman aux allures de Patrick Edlinger et Arsène Lupin. La descente vertigineuse et périlleuse des surfeurs d’élite au creux de la vague mythique qu’est Teahupo’o sur la presqu’île de Tahiti n’est pas de la même veine haletante. En effet, le jargon très technique et hyper anglicisé du monde de la planche n’est pas fait pour faciliter la compréhension des néophytes béotiens que nous sommes, et il faut du temps également pour se familiariser avec les prénoms et surnoms tahitiens, certes fleuris mais peu aisés à retenir…. Bref, on s’embrouille parfois sans jamais trouver ce qui fait tout le charme d’Ingrid Astier en milieu urbain : à savoir l’instant où l’on va surfer nous–aussi sur les mots, en quête d’aventure et d’inattendu. Certes, on découvre comme toujours avec la gastronome Ingrid (Coup de cœur Blues & Polar 2010 pour Quai des enfers) une cuisine des îles haute en couleurs et en saveurs magiques, une végétation luxuriante, colorée, génératrice de légumes, épices et fruits merveilleux qui nous font rêver rien qu’en découvrant leur nom (bananes, citrons, mangue, mangoustan, fruits de la passion...). Mais ce quotidien aux allures de carte postale, nous entraîne très vite au creux de la vague, au travers d’un monde fait d’indolence et de violence, de packs de bière, surf, joints, pétards… et des fameux cristaux d’Ice cette drogue si destructrice qui fait exploser le cerveau de celui qui en abuse. « La Vague » est comme un fleuve de mélancolie qui entre mer et forêt s’étire langoureusement avec indolence, diffusant des fragrances d’ylang-ylang et de tiaré au beau milieu d’une vague rageuse se dressant comme un cobra pour mieux punir les hommes qui n’ont pas humilité de la respecter."
Jean-Pierre Tissier

- « Voilà un livre agréable à lire pour peu que l’on ait de l’imagination… On voit très bien la fameuse Vague – la plus haute du monde - dont parle Ingrid Astier avec les surfeurs venant l’affronter. On voit très bien aussi la presqu’île de Tahiti avec ses fleurs merveilleuses, ses fruits aux noms poétiques, mais aussi l’envers du décor avec une délinquance très forte symbolisée par le commerce de la drogue. Une belle histoire qui ne fait pas de vague... Je me suis régalée ». Muriel Gaillard



  *** « DIX PETITES POUPÉES »

de BA Paris. Editions Hugo Thriller. « B.A Paris, auteure de Derrière les portes vendu à plus de deux millions d’exemplaires et de Défaillances vit en France désormais. Son dernier roman est un thriller psychologique qui tient en haleine tout au long des pages avec une personne qui dépose des petites poupées russes dont on sait qu’elles sont au nombre de dix. Plusieurs coupables sont possibles au fil des dépôts.... On se dit que c’est lui, et puis non ! Mais j’avoue qu’avant la fin du livre je savais qui était l’auteur des faits. En tout cas, c’est un très bon livre qui entretient le suspense en permanence. »
Muriel Gaillard



  ** "LA CAGE DE L’ALBATROS de Pierre Pouchairet.

Editions du Palémon.
- Avec « La cage de l’albatros », le dernier roman de Pierre Pouchairet, nous retrouvons la commandant(e) Léanne, chef de la PJ du Finistère, pour de nouvelles aventures sur le fil du rasoir ! Au cours de son récit, Pierre Pouchairet introduit de vrais méchants et de faux gentils. Ses personnages ont l’air, tout d’abord, caricaturaux mais, au fil de l’eau, les langues se délient et certains gentils ne le restent pas forcément...« La Cage de l’albatros » est un roman policier maîtrisé et crédible, car écrit par un homme de terrain. Le récit va crescendo. Les personnages, tout d’abord si limpides, paraissent s’étoffer peu et peu et, au fil d’une météo bretonne omniprésente, paraissent s’écharper et régler leurs comptes à chaque détour du chemin !Même si ce roman policier est distrayant, voire parfois dérangeant, c’est un feuilleton supplémentaire de la vie de la commandant(e) Léanne et cela n’a ni le piquant ni l’exotisme racé qu’a su nous faire vivre Pierre Pouchairet dans « La prophétie de Langley » ou dans « Une terre pas si sainte »... Alors, à quand le prochain ? Aude Locher

- « Habitué de Blues & Polar, lauréat du Prix du Quai des orfèvres 2017, l’ancien grand flic bourlingueur vit aujourd’hui au Cameroun, mais il vient de sortir son premier polar breton, et ça décoiffe comme une Bigoudène marchant vers Combrit, en plein vent de noroît, avec quelques verres de chouchen dans le chignon…. Moteur ! Action ! Pierre Pouchairet est désormais devenu un incontournable des thrillers haletants où l’on tourne les pages vivement - ce fameux « page turner - pour connaître la suite de l’enquête. Il puise donc allègrement dans son ancien métier très proche du terrain, tout en ayant désormais édulcoré les sigles si chers aux guerres multiples des polices de tous bords entre elles, pour arriver à l’essentiel. Le cœur de l’intrigue à démêler d’abord. Et pour notre grand plaisir !
Autant dire que l’air pur de Bretagne et de la Baie des Trépassés en toile de fond d’Audierne l’a plutôt bien inspiré. Lui qui nous avait plutôt habitués aux tribulations des grands voyous ou de terroristes kamikazes en Israël, Palestine, Afghanistan, Turquie, Monaco, le Berry et Paris, se retrouve là dans un environnement policier, militaire et naval, très visuel pour qui a déjà traîné ses errances jusqu’à cette pointe de France sublimée par son décor ressemblant à une dentelle taillée au couteau. On y découvre des enquêtrices passionnées de blues au point de former parfois un combo éphémère, des clins d’œil à ses collègues de plume (Norek, Lemaître, Lebel…) avec – cerise sur le gâteau – un public féminin féru de polar qui devient d’un coup, acteur et metteur en scène au cœur d’un cimetière de bateau… Il faut lire le roman pour comprendre. Une fin en forme de coup de poing ; une tuerie nocturne au coin du feu pour péché mignon ! J.-P.T

- « Encore une fois quand on commence un livre de Pierre Pouchairet, on est happé tout de suite et on ne lêche plus le livre. En plus, cette fois encore, il mêle à l’histoire des faits d’actualité qui s’imbriquent parfaitement dans l’ensemble. C’est comme si on accompagnait ces trois filles Léanne, Elodie et Vanessa sur les lieux des crimes avec descriptions qui nous permettent d’imaginer le décor. Tout y est réuni pour un bon moment de lecture. » Muriel Gaillard



  **** TOUTES BLESSENT, LA DERNIÈRE TUE« DE KARINE GIEBEL

Editions Belfond. - »Chaque mardi soir, de 20 h30 à 21h 30, pendant treize ans (de 1952 à 1965), sur les ondes de Paris Inter, puis de France Inter, la mythique émission radiophonique de Pierre Billard, Les Maîtres du mystère a remplacé la télévision dans bien des foyers… On vibrait intensément en famille, autour de la table de la cuisine, et on frémissait en écoutant les fabuleuses histoires à suspense interprétées de voix de maître par Michel Bouquet, Raymond Souplex, Roger Carel, Jacques Balutin, Michel Piccoli, Rosy Varte, Juliette Gréco... et bien d’autres. Des dramatiques comme on disait à l’époque, souvent tirées d’un célèbre polar ou écrites spécialement pour l’émission, qui ont attiré jusqu’à des millions d’auditeurs autour de ce rituel mystérieux et quasi-hypnotique du mardi propagé par les ondes de la radio. Une formule reprise - avec autant de succès - sur Radio Luxembourg, avec Jacques Jouanneau héros du feuilleton du samedi soir joliment appelé Dans les mailles de l’inspecteur Vitos. Une émission sponsorisée (déjà) par la marque de bas Vitos, et qui durera jusqu’en 1957 avec les voix de Frédérique Hébrard et Yves Furet. Karine Giebel qui vient de publier Toutes blessent, la dernière tue y ferait assurément recette aujourd’hui via ses 1.300.000 exemplaires vendus à ce jour, car en quelques années, la Varoise venue quasiment inconnue à Blues & Polar en 2010, a pris une dimension incroyable dont elle ne réalise toujours pas l’ampleur (*). Dans ce dernier pavé de 640 pages, Karine nous entraîne vers de fausses pistes avec deux récits écrits en parallèle, dont on se dit néanmoins, de temps à autre, au fil des pages, au travers d’un nom, d’une région, d’un mot… qu’ils pourraient éventuellement avoir une concordance un jour, mais sans aucune certitude ! C’est là, tout l’art de l’esquive de Karine Giebel qui sait nous entrainer dès les premières phrases, dans une lecture hypnotique que l’on a envie de mener à son terme d’un coup. Fusse au prix d’une nuit sans sommeil. Mais à chacun sa technique de lecture, son envie, sa disponibilité… Moi je préfère donner du temps au temps, pour que l’histoire mature en tête pendant quelques jours en imaginant des scénarios improbables. C’est encore le cas cette fois, avec l’évocation de l’esclavage contemporain pratiqué dans certains milieux aussi divers qu’hétéroclites (gros bourgeois, nouveaux riches, africains…) que Karine Giebel porte à notre connaissance. Elle en a d’ailleurs fait son combat personnel, après deux années d’enquête auprès d’une organisation marseillaise (*) spécialisée dans cette cause. Au gré des pages, l’inconcevable comportement des adultes propriétaires de la petite Sama (marocaine de 9 ans) vendue par son père comme bonne à tout faire, sans papiers ni salaire, à une tante vivant en France nous file la nausée. Avec la farouche envie de débarquer subitement dans cette famille de Tenardier du XXIe siècle vivant dans les beaux quartiers (mais pas toujours) pour y faire justice. Comme une colère sourde qui n’en finit pas de monter devant tant de barbarisme et de férocités diaboliques distillés par des prfessionnels du mal (autant homme que femme) ayant un pois chiche à la place du cerveau, un pavé à la place du cœur, et un sexe qui ne sait pas où il habite… face à une enfant. Pathétique et intolérable, le polar de Karine Giebel – même si les flics y sont rarissimes – nous entraîne dans les travers d’une société actuelle de plus en plus primitive et barbare. Était-ce mieux avant ? Sûrement pas ! Karine Giebel pose les questions. A la société d’y répondre.« Jean-Pierre Tissier »L’intrigue est bien construite. Tout ici semble réel avec notamment beaucoup de détails, et la recherche du milieu où se passent les actions. Les auteurs du roman semblent eux, vivre dans une certaine inconscience ; mais dans l’ensemble l’histoire est un peu longue, tandis que les rebondissements et la cruauté des acteurs me semblent exagérés. Trop de crimes et de détails malsains. Tout cela ferait bien en revanche, un bon scénario de film.Quoi qu’il en soit, j’ai eu un grand plaisir à lire ce livre. Il m’a tenu en haleine pendant tout le temps de sa lecture." Julien Venzal



  *** « LA TERRE DES MORTS » de Jean-Christophe Grangé.

Editions Albin-Michel. « Encore une fois le dernier livre de Jean-Christophe Grangé nous tient en haleine jusqu’au bout. On croit connaître la fin de l’histoire, mais non ! Il y a toujours un rebondissement. »La Terre des morts« est une histoire »tordue« qui se déroule dans le monde de la prostitution, du sado-masochisme (SM) et du bondage...J’étais à fond dans l’histoire ; avec une seule envie reprendre le livre pour le finir. Que du plaisir. » Muriel Gaillard
– Avec La Terre des morts, sorti en avril 2018, Christophe Grangé, c’est encore une (ois - et pour toujours semble-t-il - du chaud de chez très chaud dans l’action, jusqu’à la dernière seconde, la dernière ligne, la dernière image, la dernière surprise… tant les fausses pistes se succèdent et s’imbriquent à l’envi, tel l’engrenage implacable d’une série TV avec une série d’assassinats de strip-teaseuses mis en scène comme des œuvres d’art qui trouble le commandant Corso. Mais ce qu’on aime aussi chez Grangé, ce sont ces zones de silence et de quête de la vérité qui nous entraînent dans de hauts lieux culturels comme le Musée de Madrid en y cherchant des explications aux meurtres horribles de ces filles jusque dans le détail des toiles monumentales de Goya, noires, sombres, effrayantes, carnivores, incestueuses… On navigue alors, en parallèle, dans le monde interlope du vice sans vertu et de la jouissance à n’importe quel prix, ni morale. On est par instants comme dans la série Kepler (s) avec Marc Lavoine, diffusée récemment sur France 2. Peut-être la patte du maître en filigrane ? Assurément, La Terre des morts est une histoire très bien ficelée, avec et sans jeu de mots, (vous comprendrez en lisant) qui se penche aussi sur le monde de la Justice et celui plus feutré des Cours d’Assises, où selon que vous soyez puissant et riche vous ne serez pas défendu par la même « pointure » du Barreau. Ferrari ou Fiat 500 ? Dupont-Moretti ou robe noire du commis d’office ? « Corso ne pouvait admettre que la Justice repose sur le talent d’un seul bonhomme, la mauvaise humeur d’un autre, ou simplement le fait qu’il pleuve ou non ce jour-là… » L’inoubliable auteur des Rivières pourpres en 1998 signe là un suspense de haut vol sans cesse renouvelé au fil des pages que l’on tourne inlassablement, sans sourciller. Jean-Pierre Tissier

« Voilà un très bon bouquin, bien écrit de surcroît. Le suspense dure jusqu’à la fin, les rebondissements sont nombreux, et les actions bien construites. De plus, l’auteur joue avec notre patience jusqu’au final. Ce fut un régal de lire ce livre bien que la trame en soit quelque peu alambiquée. Mais chapeau à l’auteur pour le suspense et l’épilogue. Merci ! » Julien Venzal



  *** « MORT EN EAUX GRISES » de Pierre Pouchairet

(Editions Jigal Polar)
- « En quelques années, Pierre Pouchairet qui a fait ses premiers pas littéraires au festival Blues & Polar de Manosque 2015 (*) aux côtés d’Olivier Norek, s’est taillé une belle réputation, justifiée, d’analyste prémonitoire de notre société. Notamment lors des massacres inattendus du terrorisme djiadhiste de triste mémoire, ayant écrit Une Terre pas si sainte et La filière afghane aux éditions Jigal Polar de Marseille, quelques mois avant les attentats meurtriers de Charlie Hebdo et du Bataclan. Mais Pierre Pouchairet a refusé de les sortir à la date initialement prévue, par pudeur et pour éviter aussi toute éventuelle critique allant dans le sens d’une récupération de la tragédie. Chacun de ses livres est désormais attendu pour la véracité de ses scénarios qui s’écrivent au rythme de son expérience sur le terrain à Versailles, Nice, Grenoble… mais aussi d’attaché à la Sécurité intérieure à Kaboul (Afghanistan) de 2004 à 2010 où il était à la fois policier avec un statut diplomatique, chargé de conseiller l’ambassadeur de France sur les relations avec les services de sécurité locaux et l’évolution des menaces, mais aussi d’entretenir des contacts avec les représentants de polices internationales. Cette fois, c’est le risque d’attaque biologique de très grande ampleur au travers de la distribution d’eau potable alimentant des millions de personnes – tellement tentante pour des fous kamikazes – que Pierre Pouchairet conjugue avec le sens du suspense et du réalisme. Et on mesure ainsi tout ce que nos différentes Forces spéciales (GIGN, Raid… plongeurs et tireurs d’élite) peuvent être amenés à affronter. Mort en eaux grises est un polar inquiétant et rassurant à la fois, car on est au cœur d’un véritable documentaire littéraire haletant, mais qui nous invite désormais à vivre – tels les Israéliens – dans la vigilance constante, tant ces illuminés intégristes et intolérants à l’extrême chargés au Captagon possèdent un cerveau fanatique dénué de toute parcelle d’humanité. »
Jean-Pierre Tissier

« Encore une fois j’ai eu un immense plaisir à lire un livre de Pierre Pouchairet. Tout de suite, on est au cœur de l’action parce qu’on suit étape par étape la traque de terroristes djiadhistes, au travers de l’action des différents corps de police du territoire. L’objectif est de déjouer une terrifiante attaque chimique. Fiction ou future réalité un jour ? C’est un livre passionnant et perturbant à la fois. »
Muriel Gaillard



  *** « LES MAINS DANS LES POCHES » de Bernard Chenez

(Editions Héloïse d’Ormesson) . C’est la main qui voit et c’est l’œil qui dessine.« Pour qui a connu Bernard Chenez et ses dessins en forme de chronique dans L’Equipe et L’Equipe magazine notamment, c’est toute une époque des sixties et seventies qui revient en mémoire, avec ces « Mains dans les poches » écrit au crayon gris de la nostalgie. »Doucement, avec tendresse, émotion et mélancolie surtout, pour ceux qui font partie des baby-boomers et des enfants de mai 68, comme moi. Prévert, Ferré, Caussimon, et leurs mots parfois disparus, reconnaissables entre mille sont là, bien présents au fil des pages du Quartier Latin à la Porte Clichy. France-Soir, L’Huma, les cibiches, Gauloises, Celtiques, Boyard maïs… le zinc des troquets des Halles, les anars, le Parti Communiste, l’île Seguin et les travailleurs de chez Renault, et les « négros » et autres « bicots » vertes expressions verbales inévitables - et collatérales – de la détresse des appelés du contingent partis en Algérie pour une opération dite de « sécurisation du territoire » dont beaucoup ne sont pas revenus. « Les Mains dans les poches » est un essai qui nous entraîne pages après pages dans un passé pas si lointain, mais aux antipodes d’aujourd’hui. Car en 50 ans, tout a changé. Le numérique via Internet et les réseaux sociaux, a tout emporté sur son passage. Et le mot autodidacte - celui qui se forme tout seul – comme l’a été Bernard Chenez (et moi-même) n’a plus guère cours aujourd’hui, coincés que sont les jeunes entre apprentissage officiel, métier non-choisi, études longues… et chômage avec bac + 3 au bout du compte ! En guise de conclusion, Bernard Chenez nous fait voyager dans Paris et l’enfance en batifolant à reculons… « Vouloir parcourir les chemins de son enfance, écrit-il. C’est étaler des coques de noix sur une table, les recouvrir d’une nappe légère, et tenter de mettre le couvert. Au mieux, chaque assiette est de travers. Éventuellement, les verres se brisent. Pourtant, je persévère. Je m’obstine à dresser une table, attendant des convives qui ne viendront pas. »
J.-P.T



  *** « AFFAIRES DE FAMILLE » d’Agnès Naudin

Editions du Cherche midi.
* Premier livre pour Agnès Naudin capitaine de police au sein de la Brigade territoriale de la protection de la famille. Et déjà la Une de VSD et un passage sur BFM TV pour cet ouvrage qui revient sur trois affaires : un bébé secoué, un viol sur mineure et un viol conjugal. Autant de sujets qui mettent mal à l’aise et qu’Agnès Naudin dévoile sans tabou, en évoquant ses deux vies, professionnelle et privée. Une confrontation pas toujours facile à vivre. Affaires de famille est sorti le 6 septembre.
- "Pour sa première expérience d’écriture, Agnès Naudin jeune capitaine de police à la Brigade de protection de la famille nous entraîne non pas en littérature, mais en réflexion sur un métier pas comme les autres, au service du public et notamment de la famille au sens le plus large du terme, avec tout ce que cela suppose comme déviances, brutalités, ignominies… commises parfois sur des enfants, voire des bébés…. Mais c’est aussi une réflexion sur la société actuelle et comment arriver à mener de front - et en parallèle - une vie familiale normale de jeune mère célibataire, si tant est qu’aujourd’hui la normalité est plus que souvent recomposée…
« Il n’y a pas de manuel dans la Police nationale pour expliquer comment réagir face à la mort, explique Agnès Naudin, dès les premières pages de son livre. Pas de préparation pour le jour où on risque de se retrouver face à un fêlé armé. Pas de préparation pour le jour où on apprend que tel collègue s’est suicidé en se tirant une balle dans la tête… Pas de préparation pour celui qui travaille en police secours, intervient en premier sur un accident mortel… et se retrouve face à un motard étêté ! Toujours pas de préparation pour le jour où il faut annoncer à des parents que leur fils de 14 ans est décédé, renversé par un chauffard… Quand on est flic, on doit forcément être fort, poursuit-elle car l’ennemi premier, c’est celui qu’on ne voit jamais et qui fait des ravages en silence ; c’est le jugement ! Et on n’a pas le droit de faillir ! Et forcément, ça ne colle pas avec l’idée du psy, alors que son utilité n’est plus à démontrer…. En attendant, on continue d’être confronté à la mort. Tous les jours ! »
En mélangeant son parcours personnel et intime à son quotidien professionnel de flic au cœur du milieu familial de tout âge, on découvre toute la complexité d’une fonction au service de la nation, qu’on a embrassée à bras ouverts au moment des attentats de Charlie et du Bataclan, et qui aujourd’hui reçoit des machines à laver ou des parpaings quand une brigade de Police – et même les pompiers, aberration totale ! - rentre dans une cité…Pourquoi écrire ? Agnès Naudin s’est posée la question après quatre jours passés dans un ashram et le silence troublant qui va avec… « Je n’ai pas de réponses dit-elle. Mais elles viendront quand ce sera le moment. Il est juste essentiel de se laisser porter et d’accepter cette « mission ». Un livre utile pour comprendre l’essentiel de la vie, mais aussi ses fantômes…" J.-P.T



  ** « LA BRIGADE DES CAVES »

de Claude R.A Muller (Editions Sydney Laurent)
- La « Brigade des caves » - roman policier inspiré d’un fait historique réel s’étant déroulé à Aix-en-Provence pendant la Seconde guerre mondiale - est une enquête de police menée jusque dans le moindre détail, et dans toute sa complexité , avec deux meurtres sur les bras à peu de temps d’intervalle. Celui de la fille d’un très grand galeriste du milieu bourgeois aixois, et celui d’une étudiante au double profil, journaliste à ses heures, retrouvé dans une cave d’une cité d’un quartier plutôt chaud et mal famé où ça deale à tout-va... Tout cela sur fond de rivalités policières entre Brigade des Stups et SRPJ, et un lien à trouver entre ces deux crimes... Jusqu’à ce que la mémoire de l’Occupation en Provence et ses souvenirs autant douloureux que douteux parfois, reviennent à la surface, comme un trait de lumière dans une affaire confuse et ardue à démêler.
D’un coup, les menus détails considérés comme secondaires prennent un relief nouveau, comme les fragments d’un kaléidoscope dont une rotation minime change l’agencement... La spoliation de tableaux d’artistes en devenir, ou déjà considérés comme des chefs-d’œuvre à des marchands d’art ou collectionneurs - avant tout Juifs - ayant été un des jeux favoris des nazis. Comme quoi, incroyablement, le chef de la Kommandantur pouvait être ému devant une nature morte figurant la Sainte Victoire… et envoyer des wagons de gens au four à Auschwitz ou Dachäu, sans le moindre état d’âme. Le tout avec la complicité de français ressemblant à des girouettes suivant le vent. Beaucoup ayant opté pour la Résistance en fin de course, histoire de gommer un passé ambigu. C’est donc au cœur d’une enquête fouillée et à rebondissements d’une semaine, vue de l’intérieur, que Claude Muller nous entraîne à travers « La Brigade des caves ». Un écheveau ténu et plutôt compliqué à démêler par instants, pour connaître la vérité sur les mobiles de ces deux crimes et identifier le ou les meurtriers, et qui nous éclaire sur le travail de fourmi des enquêteurs. Car loin du yaka, c’est au contraire la minutie et l’intuition associées aux nouvelles techniques de la Police scientifique qui prévalent. Mais « La Brigade des caves » en faisant remonter en surface des événements douloureux comme la destruction du quartier du Panier à Marseille et la déportation de ses habitants, le guet-apens des Résistants fusillés à Signes... est un livre empreint de mélancolie et de colère. Souvenir d’une époque pas si lointaine où les hommes fascinés par des dictateurs fous (Hitler, Staline, Mussolini, Franco...) ont été capables de monstruosités sans nom. Le drame, c’est qu’au XXIe siècle, le monde est toujours aussi fou.
J.-P.T



  *** « COULEUR PIVOINE » de Christian Schünemann et Jelena Volic.


(Editions Héloïse d’Ormesson)
- Best-seller en Allemagne, « Couleur pivoine » comme la fleur symbole du Kosovo, est un vrai polar géopolitique qui nous entraîne au cœur des Balkans - éternel point chaud du monde - en Serbie, Bosnie, Croatie, Kosovo et Monténégro. Autant de provinces de l’ex-Yougoslavie de Tito, devenues nations à part entière aujourd’hui, mais dont on n’a toujours pas compris (vu de France) comment tant de haines folles et génocidaires entre-elles ont pu déclencher des centaines de milliers de morts en cette fin de XXe siècle, et des massacres abjects de toutes parts. Une folie des hommes poussée à son paroxysme en pleine Europe à deux heures d’avion de Paris... Et l’impression désagréable de ne pas savoir vraiment qui a commencé à mal se conduire avec l’autre, « alors que pendant des siècles ces cultures avaient grandi ensemble en s’enrichissant les unes des autres expliquent les deux auteurs. Et que d’un coup, politiciens et nationalistes se sont mis à insister sur les différences et à couper les cheveux en quatre ! » Résultat : une haine tenace qui malgré le temps qui passe est toujours bien présente, et une blessure qui ne se refermera jamais. La criminologue Milena Lukin spécialiste des crimes de guerre en Ex-Yougoslavie, nous conduit au plus profond du quotidien de ces ethnies à vif, cruellement éprouvées et qui n’arrivent pas - notamment dans les campagnes - à se reconstruire malgré tous les plans conçus par l’Union Européenne... et tout l’argent qui va avec. Car dans ces pays où la réconciliation n’est pas pour demain, la corruption et un sport national. C’est ce qu’essaie de mettre au jour Milena Lukin avec l’aide d’un ancien procureur pour connaître la vérité sur la mort d’un couple de vieux Serbes assassinés froidement d’une balle dans la nuque peu après leur retour au Kosovo ; alors qu’il s’agissait d’une opération pilotée par l’ONU ! Ce polar géopolitique à 200 % démontre bien toute la complexité des systèmes véreux qui dirigent ces nouvelles nations, et même si on se perd parfois dans tous le noms en ic (Spajic, Valetic, Bozovic...) malgré une bonne connaissance des talentueux footballeurs y existant, on lit ces 350 pages avec une belle avidité.
Jean-Pierre Tissier



  *** LA NUIT DE L’OGRE de Patrick Bauwen

- « J’ai adoré ce livre dès la première page car on rentre dedans tout de suite. Il y a plein de détours sur lemédecine urgentiste avec la pratique des médecins légistes également. J’aurais aimé qu’il y ait plus de pages encore... A quand le prochain Bauwen ? Un vrai régal ! »
Muriel Gaillard



  **** UN COURT INSTANT DE GRACE d’André Bucher

(Editions Le Mot et le reste)
- Lorsqu’il parle de la nature et de son infinie diversité de formes, de couleurs, de montagnes et de forêts, André Bucher, le poète-paysan de la Vallée du Jabron - entre Drôme méridionale et Alpes-de-Haute-Provence - sème et disperse les mots sur le papier vierge et immaculé, comme des nuances de tons fauves et sauvages. Telle une poésie sifflée aux vautours, gerfauts, renards, truites, sangliers et autres chevreuils et cervidés. A l’image du peintre Luc Gerbier face à ses toiles géantes sur les hauteurs de Montjustin, aux confins du Luberon oriental, en y associant l’imaginaire des nuages, cygnes-cumulus et grues-nimbus, pour mieux faire apprécier au monde toutes les chimères qu’il visionne chaque matin et soir sur ces crêtes enchantées lorsqu’elles sont balayées par pluies et tempêtes... Mais au-delà de ses descriptions fouillées et lyriques, avec une pointe d’humour et d’ironie néanmoins çà et là, André Bucher aime à y associer cette vie quotidienne des solitaires bergers, bûcherons, fermiers… épars sur ses flancs rocheux comme un tapis de chanterelles. Tapis dans ces hautes vallées bas-alpines, du Jabron, du Laverq, en passant par La Blanche, Le Bès, et les Gorges du Trévans. Car il y a toujours eu en ces lieux depuis des dizaines d’années – et bien que ce ne soit qu’un roman de fiction - un projet véreux pour l’environnement à y naître, nocif pour les forêts, la nappe phréatique, l’air, la santé publique…. Avec pour pendant dans la balance, une potentielle création d’emplois. Enfouissements de déchets ultimes, coupes de forêt tous azimuts pour créer de la biomasse… afin de faire de l’électricité pour palier la fin des mines à Gardanne, sans se soucier du sort de ceux qui y habitent depuis des lustres et occupent l’espace tels des indiens… générant la venue d’autres vautours, charognards des grands espaces sans scrupule pour acquérir des terres agricoles. André Bucher, en impressionniste des mots nous fait vivre intensément, mais tout en nuances, une année en immersion totale dans le monde paysan des hautes vallées, là où la communion avec la nature est totale. Pas celui des vastes plaines de la Beauce où l’on sulfate et récolte quasiment en vaisseau spatial avec combinaison de haut vol. Mais celui de la trame verte et mordorée des vallées alpines et méridionales, avec toute la complexité et la poésie qu’elles dégagent, avec la crainte et la terreur au ventre lorsque la montagne gronde. Si les marins sont humbles en mer, les paysans-montagnards le sont aussi au cœur de la roche jamais vraiment domestiquée. Avec une avalanche de noms d’oiseaux, d’arbres, de fleurs… André Bucher nous fait découvrir un monde qu’il veut nous faire aimer et respecter, parce qu’il est la vie tout simplement avec pour devise gravé sur un fronton de chêne : amour, partage et transmission. Il faudra néanmoins attendre une bonne centaine de pages, avant qu’il nous sorte – comme à son habitude - une pépite musicale des Rolling Stones, l’album Exile on main street et nous glisser un peu plus tard, après avec écouté Sweet Virginia, la phrase qui résume tout André Bucher : Il faut savoir écouter son cœur et inventer sa vie plutôt que s’épuiser à la gagner. Du Bucher fidèle à lui-même, et qu’on a envie de relire dès la dernière ligne, tant il nous remet les pieds sur terre au cœur d’un monde de plus en plus fou, ayant perdu le sens de la vie. J-P.T



  *** LES CŒURS SIMPLES d’’Albert Algoud (Editions Casterman)

- Il est le savoureux Père Albert adepte de la foi SM, avec des manières policées pas très catholiques, ni même orthodoxes, mais aussi l’énergique Maréchal Ganache aux stigmates si truculentes subies en Indochine et en Algérie, chaque midi sur France Inter dans la Bande Originale de Nagui... et il est toujours, François-François l’ égérie Wizzzzzz de CloClo comme à l’époque bénie de Canal Plus.

Mais Albert Algoud comme il l’écrit si bien, avec justesse, connaît depuis dix-neuf ans, ce qui « n’arrrive pas qu’aux autres » avec un grand garçon autiste. Et comme les idées généreuses ne manquent pas chez lui, il a réuni, avec le soutien gracieux de dessinateurs amis comme Berberian, Bilal, Charb, Cabu, Geluck, Zep.... une pléiade de textes de grands auteurs ( Jim Harrison, Anatole France, Pouchkine, Tolstoï, Jean-Louis Fournier...) consacrés aux Cœurs simples. Aux arriérés, aux fadas, aux crétins des Alpes.... le tout en foui dans des textes qu’il faut prendre le temps de lire doucement pour s’en imprégner. Un livre rare et émouvant vendu au profit du fonds de dotation « La Bonne aventure ». Une fondation qui œuvre pour soutenir les projets sérieux en faveur des autistes. Une bonne idée d’étrennes en cette fin d’année 2017.
Courriel : labonneaventure@orange.fr
J.-P.T



 « LE FANTOME DE MONTMARTRE »

de Bastien Souperbie (Lemieux/Editions). Sorti le 1er juillet, ce roman d’aventures nous entraîne dans le tourbillon des années folles. Pierre-Casimir Lazare, vétéran de la grande guerre, tente de trouver un sens à sa vie loin des cabarets parisiens. Ce journaliste désinvolte part à la recherche de son ami d’enfance disparu, Eugène, un notaire englué dans l’ennui d’un pays convalescent mais furieux de vivre après avoir échappé à l’apocalypse.

- Bigler, zieuter, siroter, cloper jacter…les verbes savoureusement fleuris de l’argot parisien de l’après 14-18, et des années dites folles qui ont suivi, sont le socle et le charme de ce roman d’aventure aux allures de polar à l’ancienne, que l’on dévore à l’envi, comme un chichi sur la plage de l’Estaque à Marseille, après une bonne baignade. Journaliste à Sud-Ouest, spécialiste du Faits-divers au quotidien, Bastien Souperbie nous entraîne dans la frénésie des années 30. Soit une vie sans répit et « en dehors des clous » pour certains, l’apathie et la tristesse infinie pour d’autres ; notamment ceux qu’on appelait les « gueules cassées », estropiés et défigurés à jamais sous la mitraille et la folie des petits chefs et gendarmes impitoyables avec les déserteurs. Avec son vocabulaire à la Blondin, mâtiné d’Audiard et de San Antonio parfois, on découvre une époque qui nous ramène au premier essor de l’aviation civile, à une ambiance de corruption et de prohibition style Eliott Ness et les Incorruptibles ; le tout ponctué des bons vieux mots de notre petite enfance comme tire-jus (mouchoir), bénard (pantalon), godillots (chaussures), et les cognes pour désigner les flics qu’utilisaient nos aïeux. Des nervis de la Butte-Montmartre à la très bourgeoise Normandie des haras de chevaux et de la sacro-sainte messe dominicale en passant par les bordels de Pigalle, le cercles de jeu de l’avenue de Wagram et les tavernes interlopes de Séville, on voyage avec une chimère en tête, via une enquête menée par un journaliste et une disparition aux allures d’entourloupe qui va nous tenir en haleine 280 pages durant. Avec notamment - et même si on est anti-corrida – page 232, une envolée solaire, lumineuse, sanglante et poétique à la Antoine Blondin sur le Tour de France pour l’Equipe, telle une parabole écrite en lettres de sang dans les arènes de Séville. Tandis que l’universalité du flamenco et de l’Andalousie - simple voyage de diversion stratégique au cœur du roman - nous ramène à cette terre qui jadis fut celle des lumières ; là où chrétiens, musulmans, juifs et gitans, vivaient en parfaite harmonie. « Le Fantôme de Montmartre » nous entraîne bien au-delà de la Butte et du Sacré-Coeur avec des faux-airs du film « Au-revoir là-haut » d’Albert Dupontel tiré du roman éponyme de Pierre Lemaître. Avec les accents du jazz et du blues - arrivé en France par musiciens noirs et blancs - annonciateurs de la mutation de la musique de l’époque.
Les notes (noires ou blanches) ne connaissent plus de frontières, désormais.
J.-P.T



  *** LE PARRAIN ET LE RABBIN« DE SAM BERNETT

(Editions du Cherche-midi) - Les noctambules invétérés et passionnés de rock et de radio dans les années 70-80 se souviennent avec émotion de Georges Lang (RTL), Claude Villers et Jean-Pierre Lenoir (France-Inter) et de Sam Bernett sur Europe 1. Quatre journalistes bilingues habités d’une grande passion musicale outre-Atlantique et anglo-saxonne qui nous ont fait découvrir - nous, enfants du baby-boom - les concerts en »live« retransmis en direct de Détroit, Chicago ou Londres ; sans oublier la diffusion de morceaux pas encore sortis en France à l’heure où l’on roulait sur la route au-delà de minuit, tous feux allumés et cigare au bec... Mais Sam Bernett, créateur des deux clubs mythiques que furent le Rock’n’roll circus et de la Tour de Nesles à Paris, n’a pas oublié qu’il a débuté dans le journalisme à New York au fameux New York Times. Et après plusieurs biographies d’artistes (Renaud, Coluche, et Jim Morisson), il vient d’écrire un véritable roman proprement incroyable et passionnant : Le parrain et le rabbin ». Et il y a fort à parier qu’il y a beaucoup de lui-même dans cette histoire insensée que seule une guerre peut parvenir à donner naissance... Car dans Sam il y a du Samuel, et de là vraisemblablement toute l’origine de cette épopée de gamins juifs cachés dans une école de Milan en Italie, et qui pour échapper à une rafle de l’armée allemande et des fascistes italiens, le 15 novembre 1943, décident de partir en pleine nuit, vers la frontière suisse, guidés par un rabbin charismatique au nom imprononçable. Mais avancer dans la neige en altitude devient vite une vraie galère.. C’est là que l’Histoire (avec un grand H) nous rejoint via l’existence du Rescue comitee chargé en 1943 à New York de sauver les Juifs de l’holocauste. Mais comment faire pour agir à des milliers de kilomètres de l’Italie ? Sam Bernett, dans un style fait de phrases courtes et de mots bien sentis, nous entraîne dans une aventure passionnante où la seule issue de secours pour ces gamins coincés dans un refuge de montagne, débouche finalement sur une sollicitation... de la mafia italienne ! A se damner et à manger son chapeau et ses tresses ; mais après avoir avalé un camion de couleuvres, ça marche ! Le parrain Bonano vacille.... sur 150 pages. Un livre à dévorer avec bonheur, et qui pourrait bien valoir un film un jour, tant les anecdotes vraisemblablement authentiques, comme cette histoire de vendre des poux pour éviter à certains d’aller au front, sont riches en imaginaire et en émotion.

* Sam Bernett a animé les ondes d’Europe 1 pendant cinq ans, mais il a surtout été le grand maître des émissions rock sur RTL pendant vingt ans de 1966 à 1986. Outre les clubs fantastiques que furent le Rock’n’roll circus et la Tour de Nesle, car c’est là que se passait l’actualité musicale aux environs de 1968, il a participé également à la naissance du Bus Palladium, puis bien plus tard à la naissance de la radio RFM dont il fut un des fondateurs avec l’ami Alain Rivet installé à Volx, et fidèle de Blues & Polar.

* Sam Bernett a participé par deux fois au festival Blues & polar à Manosque pour ses ouvrages sur Jim Morisson, chanteur des Doors qu’il a découvert en état de mort dans les toilettes du Rock’n’roll circus. Mais l’histoire (modifiée par des personnages troubles) a retenu qu’il est mort d’une overdose dans sa baignoire....
Jean-Pierre Tissier

  *** « LES VIVANTS AU PRIX DES MORTS » DE RENÉ FREGNI

Gallimard, collection Blanche).
- Si Blues & Polar a choisi « les mots » pour thème de son 15e et ultime festival - dont René Frégni est le parrain originel avec Franz-Olivier Giesbert - ce n’est assurément pas un hasard. En effet, l’écrivain manosquin à force de les aimer, ces mots, les magnifier, les mêler, les violenter, les chercher... a fini par découvrir un vocabulaire de conteur bien à lui, qui lui va comme un gant. Comme une douce violence qui lui permet de marier la délicate poésie rurale du Haut-Verdon avec les « espressions marseillaises » du Panier et de Noailles, tout en pimentant son verbe de quelques secrets de braquage ou d’évasion reçus du bout des lèvres et des livres dans ses ateliers d’écriture de la prison des Baumettes, de la part de bandits à la Mandrin aussi violents qu’ils puissent être attachants. Chiens fous qu’ils sont, bêtes fauves tombées gamins dans un système implacable et sans pitié, capables de tout pour apercevoir leur gosse quelques instants, ou assister à un match de l’OM dans les travées du Vélodrome ou du Parc des princes...
« Les vivants au prix des morts » se lit comme un voyage au cour des collines de Haute-Provence, dans un univers à la Giono, quand on sait ouvrir les yeux et écouter le silence. C’est un roman où galinette peut rimer avec galipette, histoire de vous endormir quelque peu, à la façon d’une ou deux anisettes... Avant qu’un calibre ne vous arrive sur la tempe et vous pète en pleine gueule, terrifiant et sans merci, ou qu’une grosse cylindrée se fasse la malle furtivement comme un Rafale, transformant ces rêveries du promeneur solitaire tout près d’un ruisseau, en un final haletant et plein de frissons.
On se prend alors à tourner les pages frénétiquement, sans arrêt, car cette histoire pourrait tous nous arriver, pour y revenir très rapidement afin de mieux s’en délecter malgré le danger. Comme une daube de poulpe que l’on sauce à l’envi, sans chichis, avec du pain pas toujours bénit.
Jean-Pierre Tissier



 LA PROPHÉTIE DE LANGLEY" DE PIERRE POUCHAIRET

- Dans son nouveau roman « La prophétie de Langley », Pierre Pouchairet nous entraine avec son rythme enlevé habituel dans un scénario catastrophe, malheureusement crédible, qui fait froid dans le dos. Les personnages ciselés, les rebondissements multiples et l’intrigue distillée goutte à goutte tant dans les milieux de la finance que dans les cités, donnent un polar prenant qui sent pleinement l’expérience de terrain, pour notre plus grand plaisir. Et même si la chute est dramatiquement plausible, nous aurions tout de même aimé un épilogue sur le sort de la Commandante Johana... Ou est-ce à dire que l’espoir n’est plus permis ?
Aude Locher



  **** « CE QU’IL NOUS RESTE DE JULIE » de SÉBASTIEN DIDIER


(Editions Hugo Thriller) Le résumé : Vingt ans. Cela fait vingt ans que Sébastien a quitté Sainte-Geneviève, sa petite ville natale du sud de la France. Trop de démons l’y tourmentaient. Aujourd’hui, comble de l’ironie pour un écrivain, c’est un livre qui le renvoie à ce passé qu’il s’est toujours efforcé d’oublier. Le Temps d’un été. Tout dans ce roman, qui s’annonce comme le succès littéraire de l’année, lui fait penser à Julie. Des références troublantes, des anecdotes qu’elle seule connaissait... À tel point qu’il en est persuadé : c’est elle qui l’a écrit. Julie, son amour d’adolescent. Celle qui a tant compté. Mais qui est morte il y a vingt ans, assassinée par un tueur en série. Après « Je ne t’oublie pas » et « Les Yeux bleus » le Niçois Sébastien Didier sort son 3ème roman toujours chez Hugo thriller. Belle maison d’édition aux choix toujours excellents.

« Quel beau livre que cette histoire d’une rencontre entre un écrivain connu et une jeune fille passionnée par les livres. Le poids des mots, les phrases qui défilent te font rentrer dans l’histoire. On peut même en ressentir les odeurs, voir le pays comme si tu y étais.. Bien sûr, il y a une histoire, de mort, de tueur que l’on recherche, en se demandant « Qui est-ce ? » Mais c’est avant tout, cette foule de mots alignés qui font que l’on rentre dans ce livre totalement et qu’il nous fait oublier le monde qui nous entoure. J’avais déjà lu et apprécié les deux premiers romans de Sébastien Didier. Celui-ci est de la même veine. J’ai adoré ce très bon livre ! »
Muriel Gaillard



  *** VIEILLES CANAILLES de SAM BERNETT.

* Editions du Cherche midi. Tarif : 19,50€. « 5 juillet 2017, Carcassonne, dernier concert de la tournée des Vieilles Canailles. Johnny Hallyday, Jacques Dutronc et Eddy Mitchell terminent leur dernière séance par un magnifique concert dans la cité médiévale. Johnny avait fait frissonner un public inquiet. Il s’éclipsait régulièrement pour prendre de l’oxygène en coulisses où un dispositif médical avait été mis en place. Son avion privé était prêt à décoller pour le rapatrier sur Paris en cas d’urgence. Johnny avait surpris son monde en offrant une véritable et dernière leçon de rock’n’roll aux 3000 fidèles de Carcassonne, aux 152 000 spectateurs de la tournée. En décembre de cette même année 2017, la Grande faucheuse emporte Jean-Philippe Smet, mais Johnny Hallyday fait un bras d’honneur à la Dame en noir : son dernier album sorti en octobre 2018 « Mon pays c’est l’amour » se vendra à deux millions d’exemplaires. Toujours vivant ! »
Ainsi écrit Sam Bernett, Voix du rock sur les ondes de RTL et Europe 1 dans les années 70 et grand maitre des Nuits parisiennes au Rock’n’roll Circus, Tour de Nesle, Elysée-Matignon… c’est l’ami de toujours de Johnny Hallyday, Eddy Mitchell, Jacques Dutronc… et de Blues & Polar ! Ces fameuses « vieilles canailles » du square de la Trinité, du Drugstore des Champs-Elysées à Paris et des concerts au fin fond de la France profonde pendant 1/2 siècle, il a connu tout ça. Johnny parti, mais toujours présent dans nos cœurs, Sam Bernett ressort l’album de famille et de l’amitié pour pénétrer dans les coulisses de cette dernière tournée du trio encanaillé avec émotion, peur, angoisse… vu la santé de Johnny, mais d’amour avant tout. Des pages de tendresse et de rigolades, et un carnet de photos souvenirs superbes comme celle prise par Tony Franck des Trois Canailles en pleine répétition en octobre 2014. Elle rappelle terriblement celle de Jean-Pierre Leloir réunissant Ferré, Brel et Brassens. Trois belles canailles aussi !
Jean-Pierre Tissier



  *** FIVE POINTS de Eric YUNG.

Editions De Borée. Sortie 11 mars. JPEG Le résumé. Stéphanie Saint-Clair a 26 ans lorsqu’elle débarque à New York et s’installe dans le quartier le plus misérable de la ville : Harlem. Quelques années plus tard, elle devient « la princesse », « la big boss » des loteries clandestines et fait fortune dans le crime. A travers les aventures de son héroïne, Éric Yung nous entraine dans les bas-fonds de New-York à une époque où, à peine sortie de la prohibition, les familles italiennes, après avoir détrôné les clans et les gangs Irlandais, juifs et Hollandais, ont érigé le pouvoir mafieux, à travers le syndicat du crime, en une authentique institution, organisation violente et implacable régissant les règles et lois du « milieu ». C’est dans cette société que « La princesse », détentrice d’un secret personnel qui nourrit tout le roman, deviendra la première dame d’un quartier à la fois embrasé par les émeutes et régénéré par un formidable mouvement d’artistes et d’intellectuels qui contribuera à ce qui a été appelé « La renaissance de Harlem ».
« On dit souvent que la fiction est le meilleur moyen d’exposer et écrire la vérité. En faisant ce choix, Eric Yung en vieux routier de la presse écrite, de la radio et du polar, nous entraine dans les bas-fonds de New-York, dans cette Vallée de Harlem, où l’on croise autant l’élite des années 20-30 qu’une mafia aux allures de pieuvre étendant petit à petit son emprise, portée par les immigrés italiens, juifs et irlandais. Ce cocktail explosif si bien filmé par Martin Scorsese dans Gangs of New-York tourné en 2002 avec Léonardo Di Caprio, on s’y laisse embarquer avec curiosité, puis fascination devant la personnalité étonnante de cette black française Stéphanie Saint Clair devenue la Princesse de Harlem. La reine des paris clandestins ! On la suit alors, de diners mondains assise entre Duke Ellington et Billie Holiday, à des fusillades mortelles entre gangs rivaux, via des soirées en solitaire, passées à écrire de longues lettres sans destinataire, qui comme toutes les autres finiront dans un vieux coffre aux pieds dorés dissimulé des regards, un élastique autour de la pile d’enveloppes, jamais postées, mais omniprésentes !
« Je souffre de ne croire à rien disait la Princesse dans un coup de blues. Même pas en l’homme ! » Car Harlem, au fil des années, s’était transformé. Et Eric Yung avec une précision diabolique ne négligeant aucun détail, et une avide gourmandise des mots, nous fait découvrir ce changement d’atmosphère en détaillant les rues, les voitures, les journaux, les pancartes, la mode et les slogans. L’atmosphère de Harlem et l’ambiance des années dites folles, mais pas pour tout le monde ! La drogue avait changé la donne et les normes entre bandits. La sauvagerie remplaçant les arrangements pacifiques d’antan… Cette histoire toute semi-fictive qu’elle soit, nous ramène néanmoins au lourd passé de la ségrégation, de l’esclavage dans les champs de coton, des pendaisons, viols, et autres tortures commis en toute impunité par le Ku Kux Klan, et à la réalité d’aujourd’hui avec le procès – en cours - de Georges Floyd étouffé et assassiné par un flic sans vergogne, main dans la poche... Mais la trame de ce fil est ailleurs, et comme un fil d’Ariane ténu, elle ne surgit que dans les ultimes pages du livre. Soyez donc patients ; cela se mérite bien !
Jean-Pierre Tissier

« C’est un livre très agréable à lire, car outre l’histoire romancée de cette française Mélanie Saint-Clair vivant à Harlem en 1924, il y a nombre de descriptions des conditions de vie à cette époque. Notamment celles des immigrés venus en Amérique pour changer leur vie. Mais je pense aussi aux conditions de vie effroyables et sans bienveillance aucune de la traversée en mer de l’Atlantique sur un bateau aux allures de mouroir… On apprend beaucoup aussi du développement de la mafia, avec toujours - comme dans la jungle - la loi du plus fort et surtout le racisme ambiant contre les « nègres ». Et on se dit en conclusion que rien n’a changé. Il faudrait juste changer les dates et raconter ce même livre dans les années 2000, tant de similitudes existant encore à notre époque. Un livre excellent à recommander. "
Muriel Gaillard

* De son vrai nom Jean Vincent, Éric Yung est un ancien Inspecteur de la Brigade de Répression du banditisme au 36 Quai des Orfèvres (1973-1978). Il est l’auteur du livre « La Tentation de l’Ombre », édité au Cherche Midi et chez Gallimard (Folio). Éric Yung devient journaliste en 1980, au Quotidien de Paris, et participe ensuite au lancement des Nouvelles Littéraires et y devient grand reporter. C’est à cette époque (1983) qu’il entre à la direction des programmes de France Inter comme producteur-délégué. Il deviendra par la suite « grand reporter » à l’hebdomadaire VSD. Aujourd’hui rédacteur en chef à Radio France et chroniqueur littéraire sur France Bleu Île-de-France, Éric Yung a produit de nombreuses émissions radiophoniques (Dossier X... en cavale, Macadam Regard, Pêcheurs d’histoires…). Reconnu comme fin connaisseur des faits divers contemporains et historiques il participe souvent à de nombreuses prestations et débats télévisés sur TF1, France 2, LCI…
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  *** PLACE AUX IMMORTELS de Patrice QUÉLARD


Editions Plon. - La première édition du Prix de la Gendarmerie nationale - prix littéraire des éditions Plon - vient de récompenser Patrice Quélard pour son roman Place aux immortels, qui a séduit le jury à l’unanimité. Le livre paraîtra en librairie le 18 mars 2021. Le prix du roman de la Gendarmerie nationale récompense un roman inédit, littéraire, historique ou policier, dans lequel la gendarmerie ou le métier de gendarme occupe une place prépondérante. Patrice Quélard est enseignant et directeur d’une école élémentaire. Un texte magnifique sur une dimension mal connue de la Grande Guerre.
Le résumé. Au printemps 1915, Léon Cognard, lieutenant de gendarmerie bourlingueur et anticonformiste, quitte sa brigade bretonne pour rejoindre le front de Picardie et prendre le commandement d’une prévôté de division d’infanterie. Sa nouvelle position est des plus délicates…
« Si vous vous intéressez à l’Histoire française, et que vous êtes gendarme ou militaire, ce livre est pour vous ! En effet, c’est une mine de détail de descriptions sur les gendarmes que l’on appelle aussi les Immortels, d’où le titre du livre de Patrice Quélard. Alors, certes, il y a une histoire et une intrigue, mais tout l’attrait du livre réside dans la description de ce métier et dans les différents qui opposent gendarmerie nationale et Armée. En fait, est-ce que beaucoup de choses ont changé ? J’ai pris du plaisir à lire ce livre, notamment pour ce que j’i pu apprendre sur la Première Guerre mondiale de 14-18.
Muriel Gaillard



 ÇA RESTERA COMME UNE LUMIÈRE de SÉBASTIEN VIDAL

(Editions Le Mot et le reste). Le résumé : Ce qui frappe immédiatement quand on le
voit, c’est son œil, manquant. Pourtant Josselin a perdu bien plus pendant son
service au Mali. Au moment de rentrer au pays, un souvenir s’impose à lui
comme seule source de réconfort, celui d’un lointain été passé à Missoulat, en
compagnie de Thomas, Martin et surtout d’Emma. L’été des seize ans. En route
pour retrouver ce qu’il reste de sa jeunesse, il fera la connaissance d’Henri, un
artiste ferronnier que la vie n’a pas épargné non plus. Bientôt, les problèmes du
vieil homme deviennent aussi les siens, et il découvre que même au sein d’une
petit ville comme Missoulat, une tragédie politique et familiale peut briser des
hommes et des vies. Entre crises post-traumatiques et règlements de compte,
sa route vers la rédemption sera longue.
« Ce roman est un livre plein de douceur, agréable à la lecture, malgré les difficiles souvenirs de ce militaire et de ses nuits sans sommeil. Mais tout finit par s’estomper au travers de la rencontre avec Henri, un ferronnier en qui il voit l’ami qu’il a perdu... Mais ce dernier va lui apporter aussi plein de problèmes. Ça restera comme une lumière est un livre passionnant auquel on prend plaisir à lire via des passages pleins de douceur, mais aussi des brutalités. Tout cela, dévoile l’âme humaine dans sa complexité et ses contradictions. »
Muriel Gaillard



  *** LA TRAQUE de Bernard Petit.

Editions Fleuve noir, Le premier polar de Bernard Petit, l’ancien patron du 36 Quai des orfèvres. Le résumé  : Traqué par les autorités, un gang de malfaiteurs, connu pour ses violentes attaques à main armée, projette un coup spectaculaire avant de raccrocher définitivement : l’enlèvement d’une haute personnalité du monde politique. Pour mystifier les enquêteurs, Patrick Hanssen, chef charismatique de cette bande qu’on surnomme « les fourgonniers », imagine de faire passer leur forfait pour une action terroriste, misant ainsi sur la division des forces de police et leurs luttes fratricides pour que personne ne remonte jamais jusqu’à eux. Pendant ce temps, Brian Spencer, respectable chef d’entreprise, connaît une ascension sociale fulgurante. Mais ce que les gens ignorent, c’est qu’il doit sa réussite à une amitié nocive. Une amitié qui a un prix : certaines nuits, Brian est contraint de redevenir « Speedy », le voleur de voitures qu’il était dans sa jeunesse. Éprouvé par cette double vie, il décide de mettre un terme à tout ça... Mais peut-on vraiment échapper à son passé ?
- « Ce que j’ai aimé dans ce livre de Bernard Petit, c’est le pouvoir qu’il a de nous aimanter littéralement et de nous pénétrer dans la tête totalement. Tu ne te languis que d’une chose, c’est de vite terminer très vite tes activités familiales quotidiennes pour pouvoir lire à nouveau. Et c’est vraiment ce que ce livre m’a procuré comme une addiction. J’ai adoré d’autant plus qu’il est écrit par un professionnel du genre, ancien directeur de la Police judiciaire au 36 Quai des orfèvres, qui sait de quoi il parle. »
Muriel Gaillard



  **** LE CERCLE DE FINSBURRY de B.A PARIS (Editions Hugo thriller)


- Encore un nouveau thriller psychologique pour B.A. Paris, l’auteure de Derrière les portes qui s’est vendi à plus de 70 000 exemplaires. JPEG Le résumé : Connaissez-vous vraiment vos voisins ? Alice croyait avoir trouvé la maison de ses rêves... Quand Léo et elle, emménagent au Cercle de Finsburry, une résidence haut de gamme en plein Londres, la jeune femme est persuadée de prendre enfin un nouveau départ. Et tant pis si les choses sont allées un peu vite avec Léo et si celui-ci a pris en charge leur emménagement sans véritablement la consulter. La maison est parfaite, la résidence idéale, et les voisins semblent si accueillants ! Mais ce fut celle de ses pires cauchemars. Lorsqu’Alice apprend que Nina, qui vivait dans la maison avant qu’ils n’emménagent, y a été sauvagement assassinée, le vague sentiment d’insécurité qu’elle ressentait jusqu’alors se transforme en peur, puis en terreur. Une présence étrange semble hanter les murs et ni Léo, qui semble lui cacher beaucoup de choses, ni les voisins, qui consacrent le plus clair de leur temps à s’épier les uns les autres, ne la rassurent. Et puis l’on passe bien trop facilement d’une maison à l’autre, à l’intérieur du Cercle, pour pouvoir y dormir en paix.

- Voilà un excellent thriller psychologique comme sait si bien le faire B.A Paris. Les personnages se croient en toute sécurité en emménageant dans un de ces lotissement hyper sécurisés qui fleurissent de partout depuis plusieurs années, caméras, digicodes sont partout avec de surcroît des occupants triés sur le volet. Il faut montrer patte blanche pour habiter ici ; mais si le loup était déjà dans la bergerie… Qui est-il ? le voisin de droite, celui de gauche, celui d’en face ? La fin est passionnante, haletante et surprenante. J’ai lu ce livre en entier d’une seule traite.
Muriel Gaillard


  **** IMPACT d’Olivier Norek

Editions Michel Lafon. 350 pages. Tarif : 19,95€. - "Dès les premières pages la colère nous prend, et c’est l’écœurement le plus total qui nous gagne tout entier. Tel un frisson coupable même si l’on n’a rien fait ; et c’est bien là le problème ! Le hic ! Cause perdue ou cause toujours ! Une nouvelle fois, Olivier Norek enquête sur l’avenir du monde au travers d’une entame digne d’un polar violent et d’un monde désormais connecté de toutes parts, puis nous entraine vers des univers singuliers pourtant si proches de nous ; même s’ils sont aussi à l’autre bout de la Terre. Là où les conflits et guerres sévissent, là où les épidémies infectent et ravagent des ethnies ; là où la température ne cesse de monter, tout comme la mer qui ronge les côtes et détruit les maisons comme des fétus de paille.
Tel un futur conjugué au présent, c’est d’un charnier aux relents de nettoyage ethnique et de la mort d’un bébé - le sien, né juste un instant - que Virgil Solal devient celui par qui la révolte mondiale va enfler numériquement et viralement sous le visage unifié d’un panda balafré. Mêlant l’actualité récente de L’Affaire du siècle et de l’Etat français condamné à 1 € symbolique pour son inaction en faveur du climat, Norek nous embarque dans un monde où bientôt l’eau et l’air seront en vente. Et ils auront le prix du sang ! écrit-il.
Dans ce marché pour la survie, c’est un pari à 20 milliards d’euros que tente Virgil Solal pour préserver la transition écologique, en échange de la non-exécution du PDG de Total enlevé et détenu dans un endroit secret. 24 heures, pas plus, pour se décider…. Mais c’est à une négociation totalement inattendue - piratée en direct sur les réseaux sociaux à l’heure du hastag# - que doivent faire face la Police et l’Etat, générant ainsi des réactions indignées et instantanées par milliers, puis par centaines de millions.
La barre est fixée tellement haut que le duo de négociateurs (une psy et un militaire) va devoir trouver plus que les mots justes pour convaincre. Mais qui et comment tant l’évidence est là, chaque jour sous nos yeux ? Olivier Norek avec une malice implacable met là, le monde de la finance dans la balance du réchauffement climatique et ses conséquences folles.
Face à un kidnappeur résolu à 2000%, des images tournent dans nos têtes comme ces 10 000 dromadaires abattus en Australie pendant les gigantesques incendies pour épargner l’eau, ce milliard d’animaux carbonisés, les pelouses brûlées par le soleil en Californie et les climatisations à fond dans les maisons…
« L’Affaire du siècle » petit à petit a fait son nid dans les esprits, et la « Légitime défense » apparait comme justifiée. Motifs tirés du Code Pénal : « Attaque injustifiée contre l’humanité et meurtre en réunion » !
En 2040, le monde s’écroule lentement… mais il s’écroule toujours ! L’IMPACT est bien réel et Totalement conséquent. Un livre qui se dévore sans aucune restriction ! "
Jean-Pierre Tissier

- « On devrait obliger tous les élèves de France à lire ce livre tellement il semble criant de vérité ! Il est certes présenté par son auteur Olivier Norek comme un roman, mais pour moi c’est une erreur. Tout est un condensé de documents, de preuves, et d’articles de journaux qui nous prouvent comment nous sommes manipulés. Comment on essaie de nous faire « avaler des couleuvres », et comment nous sommes impuissants devant les grandes multinationales et les gouvernements. Eux qui ne voient qu’au travers de leurs petits projets, et de ce qui va leur faire gagner un maximum d’argent. L’être humain n’est que le grain de sable qui ne doit pas enrayer la machine… L’avenir nous prouvera que ce livre n’est - malheureusement pas - un roman, mais bel et bien, un désastre humanitaire annoncé. »
Muriel Gaillard



  *** DU SANG SUR LES LÈVRES de Isabelle Gagnon

Editions Le Mot et le Reste. Sortie le 18 février 2021. Tarif : 12€ 118 pages.
Le résumé : Alix a dû faire appel à un détective et traverser l’Atlantique jusqu’à Pohénégamook, une petite ville du Québec, pour retrouver la trace de son frère jumeau Paul. Planqué dans une cabane de chasseur au milieu des bois, il prépare sa vengeance. Ces dernières années leur relation s’est un peu étiolée, mais entre eux c’est « à la vie à la mort ». Quand on traverse, gamin, une épreuve aussi traumatique que celle qu’ils ont vécue, plus rien n’est jamais pareil et on ne peut partager sa vie qu’avec celui qui partage notre douleur. C’est pour ça qu’elle ira jusqu’au bout avec lui, en dépit du bon sens. Dans ce polar d’une densité remarquable, on fume trop, le whisky est bu au goulot, on s’aime de travers et on avance, toujours, pour ne pas sombrer dans les souvenirs, quelle que soit l’issue.
« C’est un livre très agréable à lire où l’on ne se perd pas en détails et descriptions à n’en plus finir. C’est précis, net, direct et bien écrit. On plonge tout de suite dans l’histoire, on lit d’une traite, et la fin est surprenante. Un excellent livre ! »
Muriel Gaillard



  *** VIE ET MORT D’UNE LÉGENDE BIGOUDÈNE de Pierre Pouchairet

Chez Palémon éditions. Tome 6 de la Série "Les Trois Brestoises Sorti le 13 novembre 2020.
JPEG - Si par magie, on pouvait lire le dernier opus de la série Les Trois Brestoises de Pierre Pouchairet avec la bande son idoine, les souvenirs de jeunesse se ramasseraient à la pelle avec les Stones, Procol Harum, Jethro Tull, Ten years After, les Beatles ou The Gun en tête, ainsi que le zinc du Café de la cale et de la Chaumière à Sainte-Marine ou du Calao à Combrit en toile de fond. Car pour y avoir éclusé personnellement mes 18 ans-20 ans, le clin d’œil de Pierre Pouchairet à cette époque musicalement bénie des dieux est plutôt fort en émotion… Ce serait oublier que les Trois Brestoises copines depuis des lustres, sont toujours commandant à la PJ de Brest, médecin-légiste, et juriste, et que leurs enquêtes roulent invariablement sur les chapeaux de roues. Ce qui fait toujours du bien pour décompresser après la lecture de quelques romans très noirs, très bien ficelés, incitant à la réflexion profonde, mais qui filent aussi le bourdon pour une semaine face à tant de détresse et de tristesse conjuguées, au passé et à l’enfance notamment ! Car avec Pierre Pouchairet, on retrouve toujours et de plain-pied, l’atmosphère des commissariats de province, la vie plutôt irrégulière et nocturne de certains enquêteurs en filature et celle encore plus difficile d’enquêtrices - également mères de famille - qui doivent conjuguer, elles, et bien au présent, les réalités de la parentalité, parfois solitaire de surcroit. Tout en ayant quand même dans un coin de la tête, le besoin de « tire des bords » comme on dit en Bretagne pour faire la fête et séduire… Les mains dans le cambouis et dans la paperasse, le bourlingueur Pouchairet connait ça sur le bout des doigts, et en liant l’histoire du rock breton - si proche des côtes anglaises - à celle d’un assassinat horrible aux allures démoniaques commis sur Bobby Letourneur ancien chanteur des sixties, on avance à pas feutrés sur la trace du nouveau monde lié à internet et même au dark web, réseau parallèle et secret qui permet de tout faire, tout résoudre, tout acheter, jusqu’aux armes et aux crimes. Avec une (grosse) pincée de coke, quelques pintes de Stout au pub, de l’Aspirine pour enlever le pic-vert du petit matin, plusieurs échanges de flingues où ça tire à-tout-va, les engueulades malvenues de la Procureure, et un peu de jalousie féminie – mais pas que – on se régale une nouvelle fois avec ce trio de charme qui a la particularité d’adorer le blues & le polar. Et nous, à Blues & Polar on ne peut qu’être séduits !
Jean-Pierre Tissier

- Pierre Pouchairet nous écrit là un polar très différent de ses décors habituels de Méditerranée et au Proche-Orient, et qui nous plonge dans les années rock 60-70 au cœur de la Bretagne profonde et de ses côtes déchiquetées par les vents… C’est un polar rafraîchissant et très bien mené ; sans aucun temps mort, et qui nous mène tranquillement jusqu’à la dernière page sans nous décevoir. J’ai pris beaucoup de plaisir à lire ce livre. Pierre Pouchairet est toujours très agréable à lire.
Muriel Gaillard



  *** NE PASSEZ PAS PAR LA CASE DÉPART de Xavière Hardy (Editions Complicités)

- Le résumé  : New York, Rome, Montréal. Qui se cache derrière cette inconnue qui envoie des lettres du monde entier à un homme en prison ? Pourquoi Raphaël en a-t-il pris pour dix ans, refusant de livrer ses complices évaporés dans la nature avec le butin ? Quand le commissaire Philippe Chartreux met la main sur la première lettre, son instinct lui dicte qu’elle est liée de près à l’affaire de la Croisette. Un an plus tôt, le cambriolage d’une bijouterie de luxe fait la Une des journaux. S’ensuivent des mois d’une enquête qui piétine, laissant au point mort le commissaire et ses hommes. Quel est le lien avec France, cette mère courage élevant seule son enfant dans la plus grande discrétion d’une banlieue parisienne ? France, Raphaël, Philippe. Trois destins entrecroisés pour qui les mots auront le pouvoir de changer leurs vies. Tarif : 15€.

- La prison était à ce jour, le lieu où il était resté le plus longtemps. Fils de diplomates, il avait été trimbalé de pays en pays au gré des mutations de ses parents. Il aurait bien été incapable de dire d’où il venait, et où c’était « chez lui » ! Aucune ville, ni pays ne l’appelaient. Il s’était juste senti un peu « chez lui » durant les quelques années qu’il avait vécues auprès d’elle.
Pour son premier roman, Xavière Hardy, Grassoise exilée au Québec, nous entraine dans l’univers banal de Monsieur ou Madame Tout-le-monde ; ces gens ordinaires à qui un destin extraordinaire va tendre les bras un jour, soudainement comme une combustion spontanée. Une rencontre inattendue, une passion folle, un braquage de bijouterie raté… ou presque puisque le butin a disparu, dix ans de prison à la clé pour lui, un enfant qui naît dans le secret pour elle… et des lettres envoyées anonymement par la muse chaque mois à la prison. 120 lettres roses en dix ans, lettres mystères en forme de voyages touristiques dans tous les pays du globe, lues obligatoirement devant les autres détenus – résultat des sévices infligés aux humbles en taule - comme les indices d’un puzzle-rébus à reconstituer pour se retrouver un jour, dans dix ans, comme avec Patrick Bruel sur la Place des Grands hommes… Petit à petit comme un soufflé qui gonfle le récit de Xavière Hardy nous emporte vers un appétit de mots faisant corps avec le temps qui passe. Celui d’une existence silencieuse, rongée par le blues à force de se taire. Une éternité pour cette mère et son fils qui attendent depuis trop longtemps un fantôme.
Jusqu’au jour où tout chavire, et le lecteur avec. Comme une bouteille à la mer qui vogue, mais dont nul ne sait où elle s’échouera... ou pas ! Quelques flash-backs nous éclairent alors sur cette intrigue originale et bien ficelée où l’inventivité des femmes dépasse l’imagination lorsqu’il s’agit de défendre sa progéniture. Il faudra attendre les ultimes pages, après une longue séquence insoutenable où le cœur bat la chamade en se débattant dans les accros et les imprévus de la vie quotidienne des Parisiens (panne, grève surprise…) pour arriver au dénouement final. Dans ce long suspense et cette course-poursuite, on semble parfois entendre en filigrane, les notes syncopées de la trompette de Miles Davis, telles un leitmotiv, dans Ascenseur pour l’échafaud. Celles du destin, insaisissable et c’est très bien ainsi.
Jean-Pierre Tissier

- Xavière Hardy est pour moi une jeune auteure qui pour son premier polar nous délivre un ouvrage véritablement passionnant qui nous tient en haleine jusqu’au bout. Voilà une histoire qui pourrait bien être vraie d’ailleurs. C’est une écriture fluide et facile qui nous emmène dans un univers carcéral effrayant et dans la passion. Une vraie Pénélope pour son Ulysse ! Muriel Gaillard



  *** LES JARDINS D’HIVER de Michel Moatti (HC éditions)

288 pages. Tarif : 19€. Le résumé  : Un thriller historique entre l’Argentine des années soixante-dix et le Paris d’aujourd’hui. Au fond de la mémoire, quand la réalité vacille. Buenos Aires, 1979. Qui est vraiment Jorge Neuman ? Un écrivain populaire, figure de la résistance à la junte militaire au pouvoir ? Ou un homme totalement détruit par la disparition de sa fille, puis de sa femme ?
« J’ai rencontré Jorge Neuman par hasard, en pleine Guerre sale. Je l’ai ramassé sur le bord de la route, alors qu’il venait de s’enfuir d’un camp. Il m’a raconté, m’a ouvert les yeux. Il a voulu que je dise au monde entier ce qui se passait dans son pays, mais j’ai eu peur. Je suis rentré en France et lui a disparu. Aujourd’hui, quarante années plus tard, je recherche ses traces partout où il a pu en laisser. Je cherche ceux qui ont croisé sa route, comme le sinistre capitaine Vidal, qui a sans doute assassiné celles qu’il aimait. Je cherche, et maintenant j’ai peur de ce que je vais trouver. »
« La trame de ce livre est la recherche d’un écrivain que le personnage a rencontré brièvement pendant la dictature militaire du général Videla en Argentine dans les années 70. Et cette quête permet la description de toutes les horreurs que l’homme est capable de faire sous couvert d’un idéal politique ou religieux. Etrangement, on ne nous parle pas très souvent de ce pan de l’Histoire tout de même assez récente – souvenons que le 6 juin 1978 l’équipe de France de football de Michel Platini a affronté l’Argentine de Mario Kempes à deux pas d’un centre de tortures des prisonniers politiques – et qui à la moindre étincelle géo-politique pourrait reprendre tant ce beau pays est exsangue économiquement depuis de longues années. C’est un livre très fort et très dur, avec des scènes que l’on ne voudrait pas lire.
Muriel Gaillard



  *** LA MORT DU TEMPLE 2.- Corpus christi de Hervé Gagnon éditions Hugo Roman

« A la lecture de ce livre, c’est tout d’abord une bouffée de bien-être que l’on ressent – nous qui nous plaignons souvent de notre sort – par rapport à tout ce que décrit l’auteur comme conditions de vie au XIVème siècle. Et quelle chance nous avons de vivre au XXIème siècle ! La puissance du pouvoir de l’Eglise sur l’Etat est telle que l’on est vraiment content de la séparation de ces deux pouvoirs aujourd’hui. Ce thriller résolument historique bien que largement romancé nous fait apprécier les joutes verbales entre les Templiers en ce disant que ce ne doit pas être bien loin de la réalité. Un vrai plaisir de lecture et d’évasion en ces temps mouvementés. »
Muriel Gaillard



  *** RUSE d’Éric Naulleau

Editions Albin Michel. 208 pages. 18€.
Si l’enfer existe, il se situe à Ruse (5ème ville de Bulgarie) à une trentaine de kilomètres au sud du Danube. Voilà pour situer géographiquement le premier polar ultra-littéraire d’Éric Naulleau, chroniqueur bien connu des amateurs de télé tardive aux côtés de Laurent Ruquier dans On n’est pas couché sur France 2 , sur Paris Première avec le controversé Éric Zemmour et actuellement pensionnaire chez Cyril Hanouna sur C 8.
- Un night-club bulgare à l’ancienne, version vestige de l’ancien bloc soviétique avec son flot de contradictions mêlant encore les bonnes vieilles habitudes du bakchich chez les camarades et les prémices d’une Bulgarie moderne ; avec toujours en fond de caisse, les costards-cravates noirs des mafias turques, roumaines, grecques, serbes… qui pullulent dans ce pays qui fut le nec le plus ultra en matière d’espionnage à l’ère du KGB. Une embrouille avec un client alcoolisé autour d’une barre de pool-dance et une effeuilleuse au caractère bien trempé qui plonge un peu trop sa main dans le coffre au moment d’être virée ; n’emportant pas que des billets... Et c’est le début d’un passionnant road-trip à travers les Balkans qui emprunte à coup sûr l’itinéraire journalistique d’Éric Naulleau parti un beau jour au pays de Stoïkov, Penev et autre Kostadinov ; ce footballeur entré dans la légende bulgare et dans les cauchemars des français, pour avoir privé la France de Coupe du monde 1994 à la faveur d’un but inscrit au Parc des Princes… à la toute dernière seconde ! On en a pleuré, et on en pleure encore ! JPEG Mais le premier polar d’Éric Naulleau est un roman très littéraire qui n’a rien à voir avec ce qu’on lit habituellement en ce domaine. Car son écriture faite de très longues phrases descriptives, comme une musique conjuguant les mots, nous fait parfois perdre haleine. Vraisemblablement, l’attrait exacerbé pour les belles Lettres de l’ancien éditeur. D’où la nécessité de lire ce vrai roman, non pas comme un tourne-feuilles haletant alternant braquages, cadavres, disparitions et coups de pétards à la pelle, mais à la façon d’une lecture personnelle à haute voix intérieure, avec une acuité visuelle et sensorielle accrue, sans en omettre les silences. Voyage et dépaysement garantis sur les vagues douces du beau Danube bleu….
Jean-Pierre Tissier



  **** CHAMBRES NOIRES de Karine Giebel

Editions Belfond.
Noir c’est noir, il n’y a plus d’espoir. Le nouvel opus de Karine Giebel recèle de fleurs rares, fières, vaillantes, résistantes, fortes et bienveillantes, mais malheureusement pas bleues... Noir c’est noir, il n’y a plus d’espoir ; ou si peu ! Une nouvelle fois, l’orfèvre du polar nous entraîne dans le monde sordide du quotidien où les travailleurs de l’ombre forment une armée de fantômes matinaux et nocturnes aux destins multiples, mais tous terriblement noirs. Ici pas de commissaire Machin avec une charmante adjointe en jean’s qui part sur une affaire… On est dans le dur ! Dans le noir ! Dans la réalité de la condition féminine, de la violence en prison, des migrants complètement paumés enroulés dans une couverture sous un pont, quand chez soi au cœur de l’Afrique, ça ne ressemble plus qu’à un tas de cendres, un amas de chair ou une mare de sang. Mais on pénètre aussi dans la rude réalité de la pandémie de Covid19 entrant sans effraction dans un Ephad rural pour y toucher de plein fouet des anciens isolés du monde affectif familial, et notamment une ancienne Résistante, rescapée d’Auschwitz-Birkenau, cette touchante vieille dame au bras tatoué expliquant à une jeune infirmière bien naïve qu’il s’agit de son numéro de Carte Bleue… pour qu’elle ne l’oublie pas ! Un texte fort et poignant aux phrases finales terribles arrivant en pleine face, comme un uppercut, un swing, et un enchainement de directs fatals avant le KO irréversible compté par l’arbitre…
En quatre nouvelles inédites - et trois autres plus courtes écrites pour les Restos du cœur et les Hôpitaux de Paris - nous voilà plongé dans ces Chambres noires, à l’intimité proche du cinéma italien noir et blanc des années 60, et des films engagés que furent Le Vieux Fusil, L’Armée des ombres, Un monde parfait et Au revoir les enfants auxquels la romancière engagée et cinéphile qu’est Karine Giebel rend hommage comme une fleur, bleue cette fois, adressée à Romy Schneider, Philippe Noiret, Paul Crauchet, Bourvil, Lino Ventura, Simone Signoret, Clint Eastwood, Kevin Costner, Francine Racette ou François Berléand. Car entre l’écrit et le regard, il y a l’image. Fixe d’un Raymond Depardon ou animée d’un Robert Enrico, mais au cœur de la pellicule jaunie par le temps, l’indicible message d’une société en tourment. Noir c’est noir, où est donc passé l’espoir ?
Jean-Pierre Tissier

- J’ai lu toutes les Nouvelles de ce livre, mais avec un mal-être parfois tant chaque nouvelle reflète la réalité de notre époque. nouvelles particulièrement noires reflètent la réalité de l’actualité de notre époque… C’est pourquoi je ne sais pas dire si j’ai aimé ce livre. Les différents univers visités y sont vraiment si sombres ! Pour moi, lire, c’est évader, imaginer… Et là j’ai carrément revécu la vie que l’on vit en ce moment. Pas de place pour le rêve, ni pour se faire un film dans ma tête, car j’ai déjà les images à la télévision depuis de longs mois. Du noir de chez noir ; mais c’est le monde de Karine Giebel !
Muriel Gaillard



  *** LES MAL-AIMÉS de Jean-Christophe Tixier

(Livre de poche) * Son premier roman Dernière station a été récompensé du Grand Prix Polar VSD en 2010.
- Les Mal-aimés quittent le lieu sous le regard des paysans qui furent leurs geôliers. Quand, dix-sept ans plus tard, sur cette terre reculée et oubliée de tous, une succession d’événements étranges se produit, chacun se met d’abord à soupçonner son voisin. On s’accuse mutuellement du troupeau de chèvres décimé par la maladie, des meules de foin en feu, des morts qui bientôt s’égrènent... Jusqu’à cette rumeur, qui se répand comme une traînée de poudre : « ce sont les enfants qui reviennent ». Comme si le bâtiment tant redouté continuait de hanter les mémoires.
« C’est un roman très prenant qui nous met très mal à l’aise parce que l’on sait qu’il s’agit de faits véridiques. Comment l’homme peut*il exploiter des enfants de cette façon quand on sait que les maisons de redressement existaient encore dans les années 60 puisque le jeudi jour de congé scolaire, je voyais passer ces enfants en blouse grise… Et quand on se comportait mal on nous menaçait de nous envoyer, justement, en maison de redressement ! C’est un roman noir très intéressant où encore une fois l’homme ne ressort pas grandi. »
Muriel Gaillard



LES ENFANTS DU SECRET

de Marina Carrère d’Encausse aux éditions Héloïse d’Ormesson. - Les rituels sont souvent la clé de l’énigme dans de nombreux polars. Comme si les hommes, au moment de commettre l’irréparable ne pouvaient s’empêcher d’y apposer une signature mystérieuse à décoder, laissant la porte ouverte à toutes sortes d’intrigues. Ainsi, de tatouages à la signification inconnue et énigmatique, à d’autres scarifications troublantes laissées sur deux cadavres en plein Paris, Marina Carrère d’Encausse nous entraine dans une enquête passionnante via son premier polar, dans un style néanmoins un peu trop académique qui aurait mérité quelques gouttes de « dirty water », cette « eau sale » qui permet de donner plus de rugosité aux mots. Il faudra, en revanche, attendre les toutes dernières pages pour dénouer l’intrigue et comprendre avec beaucoup d’émotion bien portée, le drame réel qu’ont vécu plusieurs milliers d’enfants de la DDASS sur l’île de la Réunion, déportés vers la France dans les années 60 pour repeupler les campagnes de la Creuse, du Tarn, de la Lozère, du Gers ou des Pyrénées orientales via des familles d’accueil qui les ont souvent traités comme du simple bétail. Un fait réel devenu « divers » et qui s’est transformé en scandale politique révélé il y a peu, car impulsé par Michel Debré, Père de la Constitution française, à l’époque député de La Réunion. C’est cette histoire en forme de vengeance d’enfant maltraité que Marina Carrère d’Encausse nous relate au travers d’un premier polar plein de promesses.
Jean-Pierre Tissier

*** « Voilà un très bon roman, et j’ai beaucoup aimé cette histoire qui se déroule sur fond d’événement historique sociétal et véridique, via le déplacement d’enfants Réunionnais - au départ « Pupilles de la Nation » - sous le prétexte de repeupler les zones désertes du Centre de la France comme la Creuse ou le Berry, alors que l’île de la Réunion connaissait une hausse de la démographie jugée « galopante ». Une initiative prise à l’époque (de 1962 à 1984) par les autorités françaises, et portée notamment par Michel Debré, inspirateur de la Constitution, premier ministre du général de Gaulle, maire d’Amboise…L’intrigue policière tient parfaitement la route et on tourne les pages avidement pour savoir la suite du roman… Le seul petit « point » négatif (et encore ce n’est pas le qualificatif adapté) de ce premier polar de Marina Carrère d’Encausse, c’est l’écriture très scolaire de l’auteure pour décrire les actions. On pourrait croire à une rédaction, mais peut-être est-ce voulu ? Néanmoins l’histoire reste très crédible et intéressante. Un bon premier roman, Marina !
Muriel Gaillard

- Une enquête, une équipe soudée et compétente, une jeune femme commandant de police : tout cela promet un polar entrainant... Deux meurtres sauvages, des tatouages rituels étranges, un virus volé, et le côté sombre du roman policier « Les enfants du secret » apparait ! Une fièvre hémorragique emporte le médecin-légiste et le suspense monte comme des œufs en neige ; s’agirait-il d’un acte terroriste prêt à se répandre comme une trainée de poudre ? L’intérêt du court polar de Marina Carrère d’Encausse est de nous faire suivre une enquête de l’intérieur et de nous dévoiler, entre autre, le scandale des enfants réunionnais enlevés, de manière forcée, dans les années 60 et utilisés pour le repeuplement de départements dépeuplés à l’époque, comme la Creuse. Et quand, en plus, le ver est dans le fruit, plus aucune enquête ne s’avère linéaire !
Aude Locher



  ** STORIA pour ELA

Editions Hugo-Polar. Un Thriller collectif d’auteurs au profit de l’association ELA contre la leucodystrophie. Des nouvelles qui s’inspirent, de manière très lointaine, de nos contes traditionnels constituent la trame de « Storia ». L’intérêt principal de ce recueil, compilation de nouvelles écrites par 17 auteurs de thrillers, est que les droits sont reversés à l’association ELA pour le soutien d’enfants malades... Car ces exercices de style sont, définitivement, à réserver aux amateurs d’histoires, à proprement parler, cauchemardesques
Aude Locher



  **** DÉVIATION NORD de Thierry Berlanda

(Éditions De Borée).
Le soir de Noël, Milton Walsh, un chirurgien respecté, son épouse Agathe, une jeune anesthésiste, et leur fille Lola, s’engagent sur les routes enneigées pour aller fêter le réveillon avec leur famille : ils ne parviendront jamais à destination ! Pour tenter de les retrouver, l’adjudant-chef Lehmann, qui n’hésite pas à s’affranchir des procédures, et Emilie Casanave, perspicace mais dénuée de second degré, vont affronter un danger que personne n’aurait pu anticiper.

« Tu commences à lire et d’un seul coup, tu as froid ! Toute cette neige ; la voiture qui a du mal à tracer sa route… et puis l’accident ! Et là, tu dévores me livre à t’en relever la nuit si le sommeil n’est pas là. Tu cherches ce qui a bien pu se passer. C’est vraiment un livre passionnant qui te tient en haleine jusqu’à la fin qui est incroyable. » Muriel Gaillard
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**** PRENDRE UN ENFANT PAR LA MAIN de François-Xavier Dillard. aux Editions Belfond. JPEG Loin du refrain de la chanson tendre d’Yves Duteil, François-Xavier Dillard nous entraîne dans l’univers glauque et affolant des disparitions d’enfants, toutes plus mystérieuses que les autres, notamment quand on ne trouve ni explication, ni corps ! Ce sixième roman nous ramène à la disparition de Clémentine lors du naufrage d’un voilier. Les parents Sarah et Marc sont rongés par la tristesse et la culpabilité. Jusqu’à ce que de nouveaux voisins emménagent sur le même palier. Leur enfant, Gabrielle rappelle Clémentine aux yeux de Sarah. Et comble du hasard, elles sont nées le même jour. Mais lorsque la mère de Gabrielle signale la soudaine disparition de l’adolescente, l’incertitude et l’attente deviennent insoutenables. Et les démons de Sarah se déchainent une seconde fois.

« Prendre un enfant par la main » est un roman noir qui vous happe, à partir du moment où vous avez établi les liens entre les différents personnages et ce, jusqu’à la dernière page ! Des destins d’abord parallèles sont exposés à nos yeux. Fatalement, nous savons qu’ils sont destinés à se croiser.
Des morts d’enfants accidentelles engendrent des traumatismes profonds ; les parents parviennent-ils jamais à les surmonter ?
De troublantes ressemblances, un amour exclusif permet à une mère blessée de renaitre lorsque que tout se passe comme elle le désire. Si l’enfant s’échappe à nouveau, jusqu’où peut amener le désespoir ? Séquestration, meurtre, folie ?
Le dernier roman de François-Xavier Dillard est décidément un polar très noir. La moralité de cette histoire sombre est-elle qu’il vaut toujours mieux tenir compte de l’instinct d’une mère ?" Aude Locher

« Quand j’ai pris ce livre en main, je me suis dit « Encore une histoire de kidnapping ! ». Mais non ! Dès le début on est happé par l’histoire qui est en fait trois histoires s’imbriquant les unes dans les autres… C’est passionnant jusqu’au bout, car il n’y a que des rebondissements. J’ai adoré ! » Muriel Gaillard
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  *** LARMES DE FOND de Pierre Pouchairet aux Editions Filatures.


Sorti le 15 septembre. JPEG - En six–sept ans seulement, Pierre Pouchairet l’ancien flic responsable de la Sécurité intérieure à Kaboul (Afghanistan) - sous la présidence de Nicolas Sarkozy - est devenu un auteur au style personnel et propre, axé sur le quotidien des enquêtes policières qu’elles soient menées au sein de la PJ ou des commissariats de quartier, sans oublier les méandres politiciennes de l’ancien monde que Pouchairet connaît comme sa poche, de l’OAS au SAC en passant par Action française, Honneur de la police, Occident ou les katangais de la Sorbonne. De la tuerie d’Auriol à la FranceAfrique de Jacques Foccard, en passant par l’Afghanistan, la Syrie et les Hackers russes. Car un flic de terrain ça voyage beaucoup ! L’originalité de Pierre Pouchairet, c’est aussi ce trio insolite de nanas (flic, médecin-légiste et psy) qui manie autant le revolver en mission que la Stratocaster dans les pubs. Faisant rimer Lüger avec Rory Gallagher. Ce qui n’est pas pour déplaire à Blues et polar. « Larmes de fond » nous entraîne à toute vitesse de Nice à Brest en passant par le Berry, contrée tranquille souvent zone de repli discret pour les terroristes. Autant de haltes touristiques que Pierre Pouchairet connaît parfaitement pour y avoir travaillé ou vécu. Une intrigue haletante où la fiction a des airs de véracité tant l’enquête suivie au quotidien nous entraîne au cœur de la réalité du terrain sans fioritures. Et c’est ça qu’on aime ; l’authenticité pas la frime !
Jean-Pierre Tissier

- "Avec ce dernier roman de Pierre Pouchairet, on est à fond dans la traque policière, les investigations, et les éternels rapports complexes entre la Police et la Gendarmerie…J’ai aimé l’intrigue policière, le rappel de certains évènements de l’histoire obscure de la France et de sa politique politicienne des années 60-70. Comme à son habitude le livre de Pierre Pouchairet nous tient en haleine jusqu’au bout du bout des pages. Un plaisir à lire !
Muriel Gaillard
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  *** DOMMAGES de Laetitia Chazel aux éditions De Borée Marge noire.


JPEG - Une vie très banale pour un petit voyou dont même pas le prénom lui convient, et qui occupe ses journées au rythme de ses petits braquages dans les campagnes. Seulement là, il se trouve face à face avec une femme qui prend son destin en main. Et là on se dit « Et si c’était moi ? Combien de fois s’est-on posé la question « Si un jour je suis cambriolé, qu’est-ce que je fais ? Le destin de cette femme se joue sur cette question... et sur la réponse. « Est-ce que je laisse faire ? Est-ce que je me défends ? » Mais là, c’est le voleur qui est en mauvaise posture. Suivant votre décision, c’est votre vie bascule. Vraiment un excellent et très bon livre ! Muriel Gaillard
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*** WAITING FOR TINA de Jean Azarel. -JPEG Une biographie très originale A la recherche de Tina écrite par Jean Razurel, sortie fin 2019 aux éditions L’Autre Regard et consacrée à l’actrice franco-américaine Tina Aumont fille de Jean-Pierre Aumont et Maria Montez. Une égérie des années peace & love, née avec la beauté du diable, décédée en 2006. Drug, sex and rock’r’oll… Plongée dans un univers au-delà du réel !
- Un faux-air troublant de Vanessa Paradis, dents du bonheur à l’avenant, la comédienne Tina Aumont était complètement sortie de ma mémoire. Mais l’évocation de ce nom par mon ami Hérold Yvard, guitariste-technicien-président du K’Fé’Quoi à Forcalquier, illustrée par le prêt illico d’un gros livre de Jean Azarel baptisé « Waiting for Tina » - car Hérold et Jean Azarel ont ensemble un projet de lecture musicale - a ravivé un souvenir très ancien enfoui loin dans ma mémoire. JPEG
1977 à Paris. Je photographie au Ritz, le palace légendaire de la place Vendôme, le tournage de « Emmenez-moi au Ritz » (destiné à la télévision) pour une couverture future de Télémagazine. Et LA photo, ce sont les trois veuves sexy, tout de noir vêtues qui sirotent un drink au bar du Ritz : Macha Méril, Valérie Mairesse, et Tina Aumont. Une apparition et une présence dingue au sein du trio qui pose avec sympathie et professionnalisme. Ce sera la seule fois de ma vie professionnelle où j’aurai croisé Tina Aumont cette égérie des sixties et seventies qui comme Maria Schneider ou Romy Schneider possédait la beauté du diable… mais c’est lui qui a fini par avoir le dernier mot ! Car il y avait chez Tina Aumont, le goût de la transgression. Et celle-ci, au fil des mots choisis de Jean Azarel nous entraine dans le destin d’une vie où toutes les libertés auront un goût acide trop prononcé.
« J’écris ces lignes au scalpel dans un caveau humide, dit Jean Azarel au début de cette biographie à la forme d’enquête policière. Car le mythe de Tina Aumont part de très bas. Elle est une perdante magnifique ! » Mais il est des vérités intraduisibles et des événements qui ne se racontent pas ; surtout dans les livres. Pour une Anita Pallenberg – flamboyante compagne de Brian Jones et Keith Richards sauvée des démons et morte en 2017 ou une Marianne Faithfull miraculée - combien de Janis Joplin, Jim Morrison, Jimmy Hendrix…. foudroyés par les overdoses ? Une recherche passionnante de 500 pages à lire à petites doses pour arriver à percevoir qui se cache derrière Tina Aumont. On a hâte de retrouver sur scène cette vie étrange oscillant dans une sorte d’innocence, au-delà du bien et du mal…
Jean-Pierre Tissier
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*** LA FILLE DE L’OCÉAN d’Alexis Aubenque. (Editions Hugo Poche Suspense)
JPEG - Le thème de l’échange de bébé à la naissance a déjà fait l’objet de nombreux récits, mais c’est un livre très agréable qui se lit facilement. Idéal pour la plage pendant l’été. Cependant, l’histoire de cette bande de copains « unis pour la vie » et le rôle des parents de la jeune chanteuse en font un bon livre où l’on veut connaître absolument le dénouement.
Muriel Gaillard
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  *** "TOUTE MA VIE POUR LA MUSIQUE" de Sam Bernett (Editions L’Archipel)


JPEG - On a encore pu le voir ce dimanche soir dans la suite du 20 Heures, de Laurent Delahousse sur France 2 au cours du sujet consacré aux Vieilles canailles (Johnny, Eddy Mitchell et Jacques Dutronc). Le grand ordonnanceur des folles Nuits parisiennes des années 70, ami de Blues & Polar vient de sortir un condensé de ses souvenirs de la Tour de Nesle, du Rock’n’roll circus, du Malibu.... JPEG En effet, grande voix de RTL durant les années 60 à 90, avec ses émissions axées rock à 100%, Sam Bernett est déjà venu à plusieurs reprises à Blues & Polar, notamment pour y parler du Rock’n’roll circus, cette boite de nuit qu’il a créée à Paris – après La Tour de Nesle - et où tous les plus grands du rock’n’roll des Beatles aux Stones, en passant par Jimmy Hendrix, Johnny grand habitué des lieux, et Jim Morrison sont passés. Le chanteur des Doors y étant décédé d’overdose dans les Toilettes, selon le témoignage de Sam Bernett avant d’être transporté inconscient et déposé chez lui dans sa baignoire, un peu plus tard, mystérieusement, pour une version plus officielle. JPEG Mais Sam Bernett et Johnny grand pote de beuverie de Jim Morrisson apportent de nouvelles précisions sur cette fin de vie sujette à polémique...

 "J’ai écouté mon premier blues à 4 ans, écrit Sam dans ce nouvel opus en forme de road-trip. C’est Les roses blanches de Berthe Sylva et je pleure. C’est la musique qui me frappe d’un coup au cœur et je me réfugie dans les jupes de ma maman en écoutant Berthe Sylva. »

Sacré Sam, qui devient ensuite reporter à New York - après y avoir été copy boy au siège parisien d’abord - où il a la chance de travailler pour le New York Times, à la rubrique culture. Le début d’une existence rock’n’roll à fond la caisse et de souvenirs à la pelle. Il nous en gratifie de savoureux et inédits, une fois encore.
Un bouquin à se délecter comme d’une bonne glace italienne sur une plage tranquille cet été…. Mais attention, Sam a également écrit il y a quelques années, « Le Parrain et le rabbin », un roman étonnant aux allures très personnelles sur la fuite de gamins juifs pendant la Seconde guerre mondiale et qui rappelle son passé de journaliste talentueux et curieux du monde.
Jean-Pierre Tissier
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  **** "LES YEUX BLEUS" de Sébastien Didier (Ed Hugo Poche).

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Sébastien Didier, Niçois pur jus, socca et OGCN au cœur, nous avait subjugué avec son premier roman "JE NE T’OUBLIE PAS" . Son deuxième est de la même veine. N’hésitez pas !
Le résumé : 1986, près de Saint-Paul de Vence. Une famille est retrouvée assassinée dans sa villa. 2018, à Nice, Maxime, petit-fils de Claude Cerutti, homme d’affaires à la réputation sulfureuse, est enlevé dans le jardin de la maison familiale. Le clan Cerutti est au bord de l’implosion lorsque la tante du garçon est soupçonnée d’être l’instigatrice du rapt. Tarif : 8, 50€.
- L’art du suspense distillé à dose homéopathique, et des fausses pistes - elles-aussi menues, discrètes, mais terriblement efficaces - Sébastien Didier le pratique tel un artisan du verbe avec simplicité, pugnacité et un certain esthétisme. Et si disparitions et rapts semblent être ses terrains de prédilection, on est happé rapidement par le drame qui se trame, car aucun enlèvement d’enfant ne ressemble à un autre. Même si la terrifiante sirène d’alerte diffusée simultanément aujourd’hui en France sur toutes les radios et les chaînes télé est identique partout, comme un leitmotiv de consignes plutôt inquiétant. Car l’âge, la peur, et la vulnérabilité de l’enfant sont autant d’éléments qui nous mettent les tripes à l’envers… et pour 555 pages à la clé ! En effet, c’est chaque fois, au moment où l’on pense que l’affaire est pliée, que tout repart de plus belle, avec la peur au ventre.
Sébastien Didier écrit comme un boxeur « Poids moyens » sur le ring avec une écriture vive et haletante où le scénario peut chavirer d’une minute à l’autre, par la force d’un uppercut totalement inattendu ou d’un jab désespéré envoyé à la volée, mais qui touche juste et précis avant que le gong ne retentisse. Mais il nous entraîne aussi dans cet arrière-pays niçois merveilleux, encore rural et floral aujourd’hui, quadrillé de propriétés incroyables, fruits richissimes de promoteurs immobiliers de l’Après-guerre et d’amitiés fraternelles sans scrupules voire mafieuses parfois, quand il s’agissait de la vie de la mort entre copains d’école ou de lycée face à des nazis en pleine débâcle, prompts à fusiller tout ce qui bouge, pour se venger de la défaite. « Les Yeux bleus », on en devient addict très vite, au fil des pages qui nous entraînent de 1986 à 2018, via les années 40, entre Occupation et Libération. Et on comprend alors à quel point la 2e Guerre mondiale avec son lot de morts et de prisonniers de guerre a pu générer comme traumatismes sur plusieurs générations. Mais aussi pour ceux qui furent sauvés miraculeusement, la mémoire et la reconnaissance éternelle chevillées au corps et au cœur. Les gestes de bravoure et de camaraderie n’ont pas de prix dans ces cas-là. Jean-Pierre Tissier

" En fait, dès la disparition de l’enfant on est de plain-pied dans le livre car nous sommes tous parents, et on se met à la place des personnages. Mais les chapitres passent et le suspense grandit. On croit savoir, mais il y a toujours un événement supplémentaire qui fait que tout est remis en question. L’intrigue est très bien entretenue par Sébastien Didier et on lit toujours plus vite pour savoir. Vraiment un très beau livre ! Muriel Gaillard
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  *** LE DERNIER MATCH DE RIVER WILLIAMS de Vincent Radureau


(Editions Hugo Poche). JPEG Le journaliste sportif Vincent Radureau rédacteur en chef adjoint de Canal Plus, spécialiste du football et du basket vient de sortir son premier polar chez Hugo Editions. Un panier à 3 points étoilés, réussi d’entrée. * 334 pages. Tarif : 7,60 €.
Le résumé : River Williams, l’ailier des Celtics de Boston qui rend folles toutes les défenses de NBA, disparaît à la mi-temps du match 6 des Finales, contre les Lakers de Los Angeles sans laisser la moindre trace. Sans que personne ne l’ait vu quitter l’Arena de Salt Lake City. Volatilisé ! Jusqu’au jour - cinq ans plus tard - où des randonneurs trouvent un cadavre au fond d’une crevasse du parc national de Canyonlands, dans l’Utah. Celui d’un géant d’au moins 2,15 m. Pour les enquêteurs du State Bureau of Investigation de l’Utah, la question est aussi évidente que brûlante. Et si c’était lui ?

- Il devait en rêver depuis des années, de ce premier bouquin dans lequel il pourrait glisser tout ce qui l’a fait rêver et vibrer depuis son enfance. Comme dans un bon vieux fourre-tout ayant déjà bien vécu, mixant à l’envi le sport en général, le basket en particulier, mais aussi le polar, la nature, l’écologie, et même le rock engagé avec le Boss, Bruce Springteen aux premières loges. Et notamment cette fabuleuse chanson qu’est The River , trait d’union ponctué de riffs d’harmonica, entre les lignes et les intrigues de ce premier polar joliment écrit par Vincent Radureau.
Le journaliste de Canal Plus, grand spécialiste du basket en NBA nous entraîne dès le vestiaire ouvert, dans une histoire passionnante, familiale et mystérieuse qui nous tient en haleine tout le temps, sans temps-mort, ni quart temps.
On y visite les parcs naturels hyper protégés des USA et les rites des Utes, ces Amérindiens mis en réserve et expulsés de leurs territoires par les Blancs conquérants, avec une certaine émotion. Mais aussi, les grands espaces désertiques traversés par des routes interminables parsemées d’herbes folles, les gratte-ciels des capitales et les grands hôtels de luxe, les petites stations locales de TV si précieuses à la vie dans ce pays des géants, les immenses stades mythiques des Lakers ou du Jazz de l’Utah… Avec aussi ça et là, quelques coups de griffes bien sentis à ce journalisme très ricain, empreint de sensationnalisme à tout crin, que Vincent Radureau – fin connaisseur discret des parquets avant tout – ne semble guère apprécier. Cependant, c’est l’enquête sur la disparition de River Williams - star en devenir du basket US - menée par le lieutenant Collins et le sergent Perkins qui nous fait tourner les pages avec avidité, tant les rebondissements et le suspense ne cessent d’enfiler les indices, tels des métronomes passant des paniers à 3 points sans relâche ; avec une belle leçon d’humanité au final. Normal, j’ai toujours préféré les indiens aux cowboys ! J.-P.T

** "Si on aime le basket et si on aime les descriptions de l’Amérique profonde alors on aimera ce livre. Voilà un premier roman agréable et facile à lire, mais prévisible. La lecture ne faisant que confirmer mes idées. M.G.
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  *** REGARDER LE NOIR . Ouvrage collectif (Editions Belfond).


- À chacun sa vision des choses et de la vie, voire des « choses de la vie » à l’image du merveilleux film de Claude Sautet, éternelle source de réflexion pour la vie et sa profonde complexité. Pour ce nouvel ouvrage collectif venant après Ecouter le noir, paru l’an dernier, douze auteurs prestigieux du roman noir (Barbara Abel, Amélie Antoine, R.J. Ellory, Julie Ewa, Claire Favan, Karine Giebel, Johana Gustawsson, René Manzor, Fred Mars, Olivier Norek, Fabrice Papillon, et Gaëlle Perrin-Guille) sont réunis avec un mot d’ordre pour tous : nous faire ouvrir grand les yeux au fil de leurs récits qui jouent avec les différentes interprétations de la vision. Dans ces nouvelles, ils ont donné libre cours à leur imagination pour créer une atmosphère, des personnages inoubliables et une tension qui vous happeront dès les premiers mots… et jusqu’à la chute. Et d’ailleurs, on est sur le cul d’entrée avec le texte d’ouverture signé Olivier Norek - « Coup de cœur Blues & Polar 2014 » pour son remarquable Territoires - qui nous cueille par surprise comme un uppercut pervers de Mike Tyson au final, avant qu’il ne nous mordre l’oreille... Dévorez la suite, sans modération. J.-P.T
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  **** SURVIVRE de Vincent Hauuy

(Editions Hugo Thriller)
Jean-Pierre Tissier

" J’aimerais que ce livre ne reste qu’un livre de science-fiction. Malheureusement, j’ai des doutes car à la suite de la pandémie actuelle de Covid19 dans le monde entier et des graves problèmes économiques qui nous attendent comme le réchauffement climatique, la migration climatique, et surtout la fonte du permafrost aux pôles susceptible de libérer des virus inconnus, je me dis qu’en lisant cfe livre, je lis l’avenir. C’est très angoissant, et je ne parle pas d’intelligence artificielle. Si je dois réfléchir dans le temps, je crois que je serai du côté des rédempteurs, même si ce sont vraisemblablement les ordinateurs qui gagneront. Muriel Gaillard
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  *** C’EST L’ANARCHIE ! par un collectif de 20 auteurs aux éditions du Caïman.

- Préface de Gérard Mordillat dont on connaît l’engagement politique, culturel, littéraire et cinématographique pour mettre en bouche... Et des plumes déjà venues à Blues & Polar comme Gilles Del Papas, Maurice Gouiran et Michel Embareck identifiés bien à Gauche, tout comme le Catalan Serge Utgé- Royo rencontré un soir des années 90 sur la colline de Longo maï à Limans près de Forcalquier, pour une jam-session très improvisée avec Renaud dans le studio de Radio Zinzine…. Ajoutons-y Didier Daeninckx, Anne Steiner, Michèle Pédinielli, Nadia Khiari, Rachel Mazuy…..En tout, vingt auteurs de polar, romanciers, poètes, historiens, journalistes, scénaristes se sont regroupés en noir et jaune sous l’impulsion de Jean-Louis Nogaro, pour écrire chacun une nouvelle en lien avec une figure de l’anarchisme. Une action bienvenue en cette période de pandémie où chacun aurait tendance à être un peu anar sur les bords, à la moindre mesure de protection prise par le gouvernement, pour se souvenir des actions libertaires du siècle passé. A découvrir avec la passion de l’historien (ou de l’anar) qui sommeille en nous. Les nouvelles noires y sont vraiment très variées et vont de l’étonnante épopée d’un vieux morceau de blues-rock-anar dénommé Dynamite sorti des tiroirs de l’ami Michel Embareck, au texte écrit au second degré et avec beaucoup de force subtile, de Nadia Khiari évoquant le philosophe Max Stirner au cœur de la Tunisie.Ajoutons-y l’évocation de Sacco et Vanzetti deux anarchistes italiens immigrés, grillés sur la chaise électrique sans preuve aux USA par Maurice Gouiran notre ancien Coup de cœur Blues & Polar. Et aussitôt la chanson de Joan Baez qu’on peut écouter dans le film éponyme, résonne dans ma tête : “Here’s to you Nicolas & Barth, rest for ever into in my hearth. The last and final moment is your’s. And agony is your triumph.” Un refrain comme ça, repris en chœur par des milliers de voix comme il y a une quinzaine d’années à Château-Arnoux, c’est yeux humides et frisson toujours garanti ! J.-P.T
* Tarif : 15€. Site : www.editionsducaiman.fr
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  À RELIRE : "CHRONIQUE D’UN CHÂTEAU HANTÉ" de Pierre Magnan (Editions Denoël).


Sorti en avril 2008. - En cette période de confinement et de virus, on a beaucoup parlé de Pandémia de Franck Thilliez, de La Peste et de L’Etranger d’Albert Camus, mais le livre de Pierre Magnan Chronique d’un château hanté nous entraîne sur un autre chemin, tout aussi terrible, mais plus gourmand de mots et de terroir au moment de la peste noire en Haute-Provence. Un livre passionnant à redécouvrir !
- Le résumé. En février 1349, à Manosque, un rat tombe dans un chaudron destiné aux festivités de Mardi-gras. La peste noire s’abat sur la ville. Lombroso, dit le Poverello, peintre du duc de Mantoue, arrive de Lombardie et s’inspire des cadavres chauds pour la fresque qu’il peint dans l’église San Donatello… Extrait : La nuit, à partir du sommet de Lure, n’avait jamais été aussi limpide, aussi innocente. La comète qui paraissait désigner la Terre depuis son immobilité mystérieuse au milieu du chariot de la Grande Ourse conférait au ciel une éternité qui aurait dû intégrer les hommes, et cependant tel un nuage de grêle qui sévit plus fort d’un versant à l’autre de la montagne, l’épidémie redoubla d’intensité, sitôt franchi le col de la Mort-d’Imbert. Ce fut le cœur du brasier de la peste, ce fut son feu d’artifice, son bouquet. Cette nuit-là, entre Sisteron et Céreste, de Manosque au Revest-d’Albion, il mourut sans bruit six mille personnes….

  RENCONTRE AVEC PIERRE MAGNAN.


C’était au château de Sauvan à Mane, près de Forcalquier au cœur des Alpes-de-Haute-Provence, le samedi 26 avril 2008. On s’était assis avec Pierre Magnan sur les marches du grand escalier du Château, pour une rencontre rapide avec l’auteur qui dédicaçait son dernier livre Chronique d’un château hanté dont l’action tourne autour de cette superbe bâtisse du Pays de Forcalquier. C’était la dernière fois que je verrais vivant Pierre Magnan parti peu de temps après vivre à Voiron en Isère avec Françoise sa dernière épouse. C’est là qu’il y est décédé le 28 avril 2012. Je l’aimais bien cet écrivain plutôt bourru au premier abord, mais épicurien bon teint, amateur pointu de grands crus, d’amanite des Césars et de truffes, gourmand des mots, inventeur du Commissaire La Violette incarné par Victor Lanoux, et qui m’avait fait découvrir peu avant une Toussaint, le cimetière minuscule d’Aubenas-les-Alpes où il avait trouvé sur de vieilles stèles parfois usées par les années et les intempéries, les prénoms anciens de certains de ses romans. Reposez en paix Pierre !

Pierre, vous écrivez toujours dans un univers passéiste qui va du Moyen-Age au début du XXème siècle. Pourquoi ?
« La période actuelle je ne pourrais pas écrire dessus. Esthétiquement d’abord, mais plus sûrement parce que j’ai 86 ans aujourd’hui. Ce qui ne m’empêche pas d’avoir internet et de répondre à mes mails. N’empêche Jean-Pierre, que mon site a été visité par 75 000 personnes du passé ! Mais dans le passé que j’utilise, il y a une musique des mots, un tempo, une certaine musicalité. Giono le disait d’ailleurs, voilà une trentaine d’années. « Il faut du recul pour écrire sur une époque. » Alors, oui l’action débute en 1348 à Manosque, mais ensuite on va jusqu’à 1910 avec le tremblement de terre de Lambesc. Mais je reviens vite à Forcalquier et ses environs. La pierre d’achoppement de ce livre, c’est justement ce vieux château de Sauvan à Mane, que j’ai visité en pleine guerre en 1944. Tout y était cassé !
La pièce d’eau aujourd’hui majestueuse était vide avec plein de détritus dedans et une quantité de roseaux en masse. L’idée du roman, je l’ai eue il y a vingt ans avant le tournage à Sauvan, du film « La Maison assassinée » de Georges Lautner avec Patrick Bruel. J’ai rencontré à cette occasion les frères Allibert, nouveaux propriétaires du château de Sauvan, et ça m’a donné l’idée de ce livre. Il a mûri pendant quinze ans car je n’avais pas le lien pour démarrer une histoire.
Puis un jour, j’ai rencontré un ami bûcheron qui m’a amené dans une forêt où il y avait un chêne de 650 ans. Et ce vieux chêne est devenu le catalyseur du roman. Tout ce qui est écrit est autobiographique collectivement. Mais Manosque qui est au cœur de mon histoire n’a plus rien de poétique aujourd’hui. Néanmoins, le Canal est toujours chargé d’histoires locales tout comme les amandiers de la Montée vers Saint Pancrace. Quand on monte par le col de la Mort d’Imbert et qu’on va vers Dauphin, on oublie Manosque. Ça n’a pas beaucoup changé d’ailleurs. Mais le paysage urbain oui. Moi, je regrette de mourir car je voudrais bien connaître la suite… »
Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier pour La Provence
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  **** "LA PETITE MORT DE VIRGILE" DE CHRISTIAN RAUTH


(éditions De Borée). Sorti le 12 septembre 2019.
JPEG Ce thriller de la Collection Marge noire (438 pages) est le 3ème roman du comédien-metteur en scène Christian Rauth. Gérard Colllard, Monsieur Libraire du Magazine de la Santé sur France 5, France-Info et France Culture, qui nous a fait découvrir Karine Giebel, dès son 1er roman il y a une dizaine d’année ne tarit pas d’éloges sur Christian Rauth. Et ça forcément, c’est un sacré compliment !

- On connaît le comédien Christian Rauth pour son formidable rôle de maire d’un petit village du Nord de la France dans la série TV à succès que fut « Père et maire » de 2002 à 2009 sur TF1, mais aussi pour celui de mulet de l’inspecteur Navarro - incarné par Roger Hanin – de 1989 à 2006, toujours sur TF1.
Mais Christian Rauth outre ses talents de metteur en scène au théâtre, possède une autre corde à son arc ; celle d’écrivain de polar ; et cela semble plutôt bien lui réussir !
Pour son 3ème opus en littérature qu’est « La Petite mort de Virgile », il nous entraîne dans une aventure au long-cours faite d’intrigues à répétition, de rebondissements violents, déroutants et inattendus, où l’on sent poindre, sous-jacente, la patte discrète et facétieuse de ce comédien à l’œil épicurien et turbulent, mais dont la pupille se dilate parfois pour laisser couler une larme d’émotion, à l ’image de l’homme lui-même. JPEG Dans ce pavé de 438 pages qui tourne autour d’un non-dit familial et d’une éventuelle arnaque à l’assurance-vie, Christian Rauth nous embarque dans une enquête de gendarmerie assez pittoresque comme dans tout bon polar qui se respecte lorsqu’il y a un crime - voire plusieurs - et dans le mystère qui va avec, saupoudré élégamment d’une pointe d’humour discrète, mais souvent réjouissante. Le tout agrémenté de temps à autre au cours des différentes situations d’une play-list musicale très éclectique allant du fado à Amy Winehouse qui n’est pas pour déplaire.
Bref, un vrai polar made in France qui fleure bon le terroir et la Gendarmerie, et nous fait voyager d’Angoulême à Sao Paulo via Paris. Les arnaques à l’assurance- vie génèrent souvent de belles aventures à rebondissements au scénario toujours mouvementé. La Petite mort de Virgile ne faillit pas à la tradition.
J.-P.T

- Quel plaisir de lire ce gros roman écrit par le comédien Christian Rauth qu’on connait pour ses rôles à la télé dans Navarro aux côtés de Roger Hanin, et dans la série Père et maire où il tient le rôle principal. Voilà un excellent polar qui propose une histoire tenant parfaitement la route, et qui certainement été déjà vécue. En conséquence, on se dépêche de lire et de tourner les pages tant il y a de suspense. En revanche, la fin est totalement surprenante et originale. Je me suis régalée…
Muriel Gaillard
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  **** "Ce que tu as fait de moi" de Karine Giebel


Editions Belfond
JPEG Le pitch : Cette histoire a commencé par un coup de foudre. Richard Ménainville, patron des Stups, admiré et respecté par ses équipes, un homme marié, père de deux enfants, accueille une nouvelle recrue. Et au moment où son regard croise celui du lieutenant Laëtitia Graminsky, sa vie bascule. Ménainville tente de résister au sortilège, mais bien vite l’obsession remplit son existence.
Et puis, un jour, Laëtitia commet une erreur professionnelle impardonnable, qui met la vie de ses coéquipiers en danger.
Laëtitia est alors vulnérable et soumise au verdict du patron. Le roman commence précisément la nuit où le grand patron des Stups, Richard Ménainville, doit se confesser et répondre de ses actes dans une salle d’interrogatoire. Mais que s’est-il réellement passé entre lui et son lieutenant ?
Cette histoire se terminera mal, forcément. Car c’est celle d’un maître chanteur. Ou plutôt, comme souvent dans les livres de Karine Giebel, celle d’un maître devenu esclave. Esclave de cette chose fabuleuse et fatale. La passion.
* 552 pages. Prix : 20,90 €.
* En parution simultanée aux éditions Pocket : Toutes blessent, la dernière tue paru en 2018.

- À partir du moment où tu commences à lire ce livre, tu es pris dans un tourbillon qui t’entraîne toujours plus bas. Cela t’aspire, mais tu envies aussi tellement cette passion même si tu sais qu’elle t’emmène à la mort. Karine Giebel s’est surpassée. J’ai terminé ce livre dans la nuit. Je n’ai pas pu en reprendre un autre depuis..."
Muriel Gaillard

- 2 heures 20 du matin ! C’est Ce que tu as fait de moi, Karine ! C’est l’heure où j’ai finalement clos la lecture de ce dernier roman reçu quelques jours avant sa sortie le 21 novembre, tel un addictif compulsif au dernier degré.
Une nouvelle fois, celle qui était l’invitée d’honneur de notre dernier festival Blues et polar nous entraîne comme une murène tenant sa proie sans ménagement, au cœur du quotidien interne d’une brigade des Stups en région. Mais un jour tout bascule avec l’arrivée de Laetitia jeune Lieutenant de police âgée de 25 ans. Coup de foudre, coup au cœur, au foie. Coup de tête pour le boss ! La passion à mort venait de lui tomber dessus et s’insinuer insidieusement dans la tête du patron de la brigade, flic d’expérience reconnu par ses pairs et admiré par ses hommes.
On pénètre d’entrée dans une sorte de huis-clos, façon Garde à vue avec Michel Serrault et Lino Ventura, où les « bœufs-carottes » de la Police des Polices interrogent patiemment, posément et séparément, leurs deux collègues : le boss et Laetitia. Il y a eu un drame, du sang sur les mains, des cris ; mais on ne sait pas ce qui s’est passé. Karine Giebel va nous dévoiler au compte-gouttes et au fil des pages dévorées avidement des indices délivrés au cours des interrogatoires. « Je m’étais abaissée à ça pour gagner le droit de garder mon poste se remémore intérieurement Laetitia. Pour gagner le droit de travailler avec eux. Avec ces ordures !
Mais impossible de revenir en arrière. Alors il fallait y retourner. Le pire, c’était ce plaisir indécent qui m’était tombé dessus comme une pluie d’injure. J’avais cru m’adresser à Saint-Pierre ; j’avais en réalité poussé les portes de l’enfer."
Mais de quel enfer parle-t-elle ?
Au cœur de ces 550 pages, c’est avant tout du pouvoir dont il est question, du rapport de force qui s’instaure dans de nombreux milieux, parfois jusqu’à la soumission, notamment envers les femmes. On tourne alors les pages avec fébrilité pour savoir ce qui s’est passé réellement ; mais Karine n’est pas la reine du polar et du suspense pour rien.
Vous devrez attendre la chute du livre, tel un très grand vin qu’on déguste jusqu’à la dernière goutte pour découvrir la réalité ! Je ne vous en dirai pas plus. C’est du grand Karine Giebel ; préparez-vous à une nuit blanche !
Jean-Pierre Tissier
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  **** "Les Refuges" de Jérôme Loubry


(Editions Calmann Levy Noir)
JPEG - Comme une vague qui petit à petit prend corps pour gonfler jusqu’à la démesure, sans savoir où et quand elle va retomber, comme si elle se baladait en faisant de même avec nous, le 3 ème roman de Jerôme Loubry Les Refuges nous entraîne sur un jeu de pistes (vraies ou fausses ?) guidées par le poème de Goethe Le Roi des Aulnes. On y avance à petit pas pendant un bon moment, tout en pressentant les dangers multiples qui semblent vouloir sortir du néant, de la paille, et des vagues en colère, tous nés de ces années d’occupation de la France par l’Allemagne nazie, avec sa cohorte de SS diaboliques et les fameux « sang mêlé » résultant de ces instants d’égarement (ou de survie) vécus par des jeunes femmes françaises. Avec parfois, à la clé, des enfants nés de ces unions furtives…. Ces enfants de la honte aux destins douloureux, Sandrine, jeune journaliste en début d’enquête, commence à en lever le voile en débarquant sur une île normande grande comme un gros confetti où sa grand-mère, qu’elle n’a pas connue, lui a légué une maison.
JPEG Là, débute un thriller haletant où les pages se dévorent passionnément. Un suspense né d’un enlèvement d’enfant, comme je n’en n’ai pas lu depuis longtemps ; rappelant les Karine Giebel de la meilleure veine. Assurément, Jérôme Loubry a déjà tout d’un grand, car l’histoire est riche, troublante, fantastique parfois comme une fiction, et passionnément historique. De l’étable de l’enfer à la mare au diable – clin d’œil à Georges Sand pour quelques excursions d’enquête en Berry – on erre sur le sable de la plage, entre les fourrages verdoyant où des vaches paissent… avec une croix gammée peinte sur le flanc ! Un grand livre sur les traumatismes et les post-traumatismes nés de la guerre. Voilà un auteur qu’on espère bien faire venir au prochain Blues & Polar.
J.-P.T

- C’est un livre passionnant et époustouflant. Quand tu commences à le lire, tu vas jusqu’au bout, d’un trait. La fin est totalement désarmante et déstabilisante ; mais comme l’écrit Jérôme Loubry, l’homme n’avance dans la vie que grâce aux refuges qu’il se crée : le sourire, la musique, les livres... Les refuges est assurément un livre qui laisse des traces. Muriel Gaillard
Muriel Gaillard
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  **** "Je ne t’oublie pas" de Sébastien Didier


(Editions Hugo Poche)
JPEG Bellevue Park. Ses villas d’architecte, ses espaces verts, ses prestations luxueuses... Pour Marc Vasseur, c’était un rêve. Mais lorsque sa femme disparaît en ne laissant qu’un simple SMS pour toute explication, le rêve tourne au cauchemar. Les autorités ne tardent pas à classer l’affaire. ...
"Des montées d’adrénaline en série, comme une suée abondante après cinq étages gravis au pas de course, un suspense haletant récurrent et hyper dosé qui tombe - comme par hasard – à la fin de chaque chapitre, nous obligeant illico à dévorer de facto, les nombreuses pages suivantes…
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Avec « Je ne t’oublie pas », Sébastien Didier nous emmène dans un univers proche du « Psychose » d’Alfred Hitchock et du terrifiant « Shining » de Stephen King porté au cinéma par Stanley Kubrcik avec un Jack Nicholson diaboliquement satanique… Ajoutez-y des clins d’œil à Led Zeppelin, les Doors, ou Aérosmith, et vous avez là, tous les ingrédients pour régaler un adepte de Blues & Polar passionné par l’étude de la société, et de ses cruautés au travers du roman noir... On pénètre ainsi au cœur d’une fange mafieuse, suant du fric à grosses gouttes, hors du monde et de la morale, avide de pouvoir, et dont les bas-instincts sont ancrés dans la rage et le comportement de bêtes fauves, sans aucune pitié, et qui ne pense qu’à satisfaire ses propres égos. On débarque alors dans un monde parallèle et discret qui surgit toujours quand on ne l’attend pas, avec chaque fois une violence inouïe et une perversion insensée venue des tréfonds des ténèbres, comme un pacte signé avec le diable pour pouvoir habiter dans le lotissement de l’horreur à Saint-Clair.
Il y a du Karine Giebel dans ce roman sidérant et hypnotique et on ne peut souhaiter que le même destin à Sébastien Didier. Ce « Je ne t’oublie pas » en a toutes les caractéristiques. Hugo : Thriller a décidément bien du flair dans le choix de ses auteurs !"
J-P.T

« A partir du moment où tu commences ce livre, tu ne le quittes plus ! Tu veux savoir où est passée cette mère de famille … A-t-elle été enlevée et placée dans un réseau de prostitution avec la mafia ?
J’ai adoré ce livre, bien trop vite lu… »
M.G
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  **** "La Faim et la soif" de Mickaël Koudero


Editions Hugo Thriller. * Sorti le 7 février.
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* Mickaël Koudero est un scénariste et romancier français qui collabore fréquemment avec les chaines télévisées. Son premier thriller « Des Visages et des morts » s’est vendu à plusieurs milliers d’exemplaires. Il a participé également au recueil de nouvelles « Phobia » aux côtés de l’ami Olivier Norek « Coup de cœur Blues & Polar 2015 » et de Ian Manook.

- Roumanie, décembre 1989. Le peuple prend les armes, décidé à se soustraire de la dictature de Ceaușescu. Tandis que Bucarest se voile de rouge, la Securitate (police secrète de Ceaucescu sœur de la Stasi en RDA) finit par abdiquer.
- Paris, juin 2015. Dans un appartement aux allures de chapelle, une femme s’est tailladé les veines. Avant de commettre l’irréparable, elle a cherché à s’arracher les yeux. Plus étrange encore, elle a laissé un paquet de feuilles froissées sur lesquelles est griffonné le même nom : Nosferatu. Un mot roumain qui renvoie aux non-morts, aux vampires et au Diable. Quelques mois plus tôt, c’est un jeune Roumain sans papiers qui a été découvert dans un parking en construction. Vidé de son sang. Les organes volés, son corps à moitié dévoré. Deux affaires qui semblent en apparence bien distinctes. Et pourtant, pour Raphaël Bertignac, ancien journaliste d’investigation, un lien existe.

Un style incisif et percutant. Des phrases courtes, mais ciselées. Un sens exacerbé du suspense qui monte petit à petit comme une mayonnaise prenant corps goutte après goutte... et une envie folle de tourner les pages dès les premiers chapitres ! Avec "La Faim et la soif" (son 2eme thriller) Mickaël Koudero nous entraîne 30 ans en arrière, le 22 décembre 1989, en Roumanie, quand le dictateur communiste Nicolae Ceaucescu vacille de trône, chassé de son gigantesque palais doré par le peuple en colère, pour finir fusillé en 48 heures - avec son épouse - par un peloton d’exécution. Une fin inattendue, rapide et brutale à l’image de Kadhafi en Lybie, lynché à mort dans un tuyau de béton au milieu du désert.....
Mais ce qu’a laissé le dictateur aux yeux d’acier, au cœur de ces années communistes si loin de l’idéal promis, est un sillon hors du temps tracé dans la pauvreté extrême, à un point qu’on n’imagine même pas vu d’ici, et dans la terreur incroyable qu’instaurait la Securitate. Cette police politique, cousine de la Stasi d’Allemagne de l’Est, qui épiait, surveillait, interpellait, emprisonnait, torturait et tuait ceux (et celles) qui avaient le malheur d’avoir une autre vision du monde que celle du "Maître Ceaucescu" promoteur d’une natalité de plus en plus féconde. Allant jusqu’à mener des expériences sur les femmes et les enfants, à l’instar du diabolique Mengele dans les Camps de la mort en Pologne. Nazisme et Communisme se rejoignant là dans un même cataclysme pour l’humanité !
C’est cette Roumanie-là, plombée par une dictature démoniaque, qui ressurgit 30 ans plus tard, au cœur du roman terriblement captivant mais terrifiant de Mickaël Koudero. Car dans un pays désormais en pleine transformation, les légendes des Carpates et de Transylvanie sont toujours tenaces et ancrées dans les esprits. En particulier, les Vampyres (avec un y) ces nosferatu de la Securitate ayant généré bon nombre de films d’épouvante du temps du noir-et-blanc. Mais la réalité imprimée par Ceaucescu dépasse la fiction et l’entendement, avec ces milliers d’enfants handicapés physiques et mentaux entassés dans des orphelinats immondes qu’on a retrouvés après la chute du leader déboulonné, et qui aujourd’hui sont devenus adultes !
Loques, zombies.... la faim et la soif pour credo, ils ont erré longtemps dans les rues avant de se réfugier dans des souterrains abandonnés des grandes villes ou dans les forêts où ils se sont reproduits entre eux. Enfants-loups, enfants-sauvages... avec la mémoire du diable ancrée dans leur cerveau par leurs maîtres d’esclavage, ils sont au cœur de ces pages terrifiantes menées comme une course-poursuite dans ces commerces d’un autre monde, qu’on surnomme "Les Marchés de la mort" à Budapest, Prague, Paris... et qui s’approvisionnent en dons d’organes divers (cœur, poumons, reins,, cornées...) via des enlèvements et des disparitions inexpliquées donnant libre cours aux pires vices qui puissent exister. Un livre à dévorer avec passion ; vous comprendrez plus tard...
J.-P.T
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"LA TABLE DES DIPLOMATES A DONNÉ DE L’ÉCLAT À NOTRE ART"
AUGUSTE ESCOFFIER.


- On y découvre les menus élaborés pour les grandes repas diplomatiques entre chefs d’Etat, où la moindre erreur au menu peut se révéler comme une provocation.....
Imaginez un saucisson pur porc à la table d’un dirigeant arabo-musulman..

"A la Table des diplomates" est un livre qui se dévore littéralement des yeux en feuilletant tous les chefs d’oeuvre de l’art culinaires déclinés sur la table, mais on y trouve aussi - via l’apport des Archives nationales - des rappels historiques qui ne manquent pas de sel. Ainsi en temps de guerre, notamment le 25 décembre 1870 (99e jour du siège de Paris) où il a fallu tuer les animaux du Jardin acclimatation pour présenter un menu de Noël atypique... et exotique.
Chameau, ours, loup, chats, rats, éléphant... étaient donc au menu de la table de fête... Mais Chateau Palmer, Latour Blanche, Mouton Rotschild, Romané Conti et Grand Porto 1827 étaient là pour régaler les gosiers. Pas de la bibine, en l’occurence !

* Plusieurs grands chefs étoilés se sont amusés à refaire les recettes d’époque. Ainsi Michel Portos, gérant du Malthazar et du Poulpe à Marseille s’est livré à la reconstitution personnalisé d’un Bœuf bourguignon classique.
Jean-Pierre Tissier

* Moyen
** Bien
*** Excellent
**** Super
**** DE SOLEIL ET DE SANG de Jérôme Loubry

JPEG (Editions Calmann-Lévy Noir)
- L’art du suspense, Jérôme Loubry le maîtrise désormais avec un art consommé, tel un grand chef de cuisine préparant un plat sophistiqué dont il faudra attendre l’ultime touche pour le désirer, avant de le savourer. A l’image d’un « Lièvre à la Royale avec truffes et foie gras », d’un « Civet de homard au Banyuls » ou d’une craquante « Pavlova aux fruits exotiques et de saison ».
De Soleil et de sang nous fait découvrir Haïti et sa capitale Port-au-Prince, en nous faisant capter avec précision les ombres et la lumière si vive de cette ile ravagée par un tremblement de terre effroyable en janvier 2010, mais aussi ses effluves d’arbres exotiques et ses mystères, accentuant ainsi les contrastes sur fond de rhum, de vaudou et de bidonvilles. Non sans oublier le climat politique instauré sous l’ère du sinistre « Baby Doc Duvalier » – pourtant accueilli plus tard par la France en exil sur la Côte d’Azur – qui a fait basculer Haïti dans la violence des gangs, des « Tontons macoutes » et de la corruption à tous les étages, même jusqu’aux plus hautes marches du pouvoir.
1984-2010 ; quasiment rien n’a changé ici quand débute le récit, et malgré la kyrielle d’ONG présentes sur place pour aider une population haïtienne parmi la plus pauvre du monde, certaines mœurs sont tenaces et le vaudou à la vie dure…
Mais c’est au fil des pages – comme une douce cuisson lente – que Jérôme Loubry nous guide pas à pas sur un chemin sinueux, ponctué d’indices infimes mais déterminants pour cette enquête de tous les dangers à la recherche d’une épouse disparue.
Un bout de vitrail, une planche dévissée, l’odeur du sang séché et des larmes. Blood, sweat & tears pour ce fan de musique qu’est Loubry ! Car l’argent sale n’a pas d’odeur au pays des Tontons macoutes et de Baby Doc, et les enfants sont la richesse des pauvres, ici en Haïti, mère nourricière de sa propre honte ; telle une putain qui engendre, délaisse puis revend son propre futur avec les enfants des rues. Bref, seuls les morts n’ont pas de soucis en Haïti !
Un roman avec un final haletant et inattendu qui claque comme le déclic du chien d’un révolver sur une marche d’escalier vacillant. Bien plus qu’un polar, un livre de voyage, avec Eurydice et Orphée pour guides vers l’enfer.
Jean-Pierre Tissier

- « S’il y a bien un livre à lire cette année ; c’est celui-là ! Sous prétexte d’écrire un roman, Jérôme Loubry nous raconte, en fait, l’histoire de Haïti, l’histoire des Tontons macoutes sinistres du président Duvalier, le fameux Baby Doc, héritier de son père, mais aussi l’histoire de la vie misérable des Haïtiens ; de toute cette jeunesse utilisée par tous, parfois pour assouvir la partie sombre des hommes sans que personne n’agisse. Et l’histoire de toutes ces Organisations Non Gouvernementales (les ONG internationales) qui depuis des décennies, sous un sigle respectable connu du monde entier cache parfois des horreurs. Et , on comprend que ce qui régit l’homme, c’est encore et toujours l’argent ! Car l’être humain, malheureusement, ne fonctionne que grâce à l’argent. Quand on lit ce livre on tombe dans un puits profond parsemé d’horreurs que seuls les hommes sont capables de produire. »
Muriel Gaillard

  *** LARMES DE FOND de Pierre Pouchairet aux Editions Filatures.


Sorti le 15 septembre.
JPEG - En six–sept ans seulement, Pierre Pouchairet l’ancien flic responsable de la Sécurité intérieure à Kaboul (Afghanistan) - sous la présidence de Nicolas Sarkozy - est devenu un auteur au style personnel et propre, axé sur le quotidien des enquêtes policières qu’elles soient menées au sein de la PJ ou des commissariats de quartier, sans oublier les méandres politiciennes de l’ancien monde que Pouchairet connaît comme sa poche, de l’OAS au SAC en passant par Action française, Honneur de la police, Occident ou les katangais de la Sorbonne. De la tuerie d’Auriol à laFranceAfrique de Jacques Foccard, en passant par l’Afghanistan, la Syrie et les Hackers russes. Car un flic de terrain ça voyage beaucoup ! L’originalité de Pierre Pouchairet, c’est aussi ce trio insolite de nanas (flic, médecin-légiste et psy) qui manie autant le revolver en mission que la Stratocaster dans les pubs. Faisant rimer Lüger avec Rory Gallagher. Ce qui n’est pas pour déplaire à Blues et polar. « Larmes de fond » nous entraîne à toute vitesse de Nice à Brest en passant par le Berry, contrée tranquille souvent zone de repli discret pour les terroristes. Autant de haltes touristiques que Pierre Pouchairet connaît parfaitement pour y avoir travaillé ou vécu. Une intrigue haletante où la fiction a des airs de véracité tant l’enquête suivie au quotidien nous entraîne au cœur de la réalité du terrain sans fioritures. Et c’est ça qu’on aime ; l’authenticité pas la frime !
Jean-Pierre Tissier

- "Avec ce dernier roman de Pierre Pouchairet, on est à fond dans la traque policière, les investigations, et les éternels rapports complexes entre la Police et la Gendarmerie…J’ai aimé l’intrigue policière, le rappel de certains évènements de l’histoire obscure de la France et de sa politique politicienne des années 60-70. Comme à son habitude le livre de Pierre Pouchairet nous tient en haleine jusqu’au bout du bout des pages. Un plaisir à lire !
Muriel Gaillard

  *** DOMMAGES de Laetitia Chazel aux éditions De Borée Marge noire.


JPEG - Une vie très banale pour un petit voyou dont même pas le prénom lui convient, et qui occupe ses journées au rythme de ses petits braquages dans les campagnes. Seulement là, il se trouve face à face avec une femme qui prend son destin en main. Et là on se dit « Et si c’était moi ? Combien de fois s’est-on posé la question « Si un jour je suis cambriolé, qu’est-ce que je fais ? Le destin de cette femme se joue sur cette question... et sur la réponse. « Est-ce que je laisse faire ? Est-ce que je me défends ? » Mais là, c’est le voleur qui est en mauvaise posture. Suivant votre décision, c’est votre vie bascule. Vraiment un excellent et très bon livre ! Muriel Gaillard

  *** WAITING FOR TINA de Jean Azarel.


Une biographie très originale A la recherche de Tina écrite par Jean Razurel, sortie fin 2019 aux éditions L’Autre Regard et consacrée à l’actrice franco-américaine Tina Aumont fille de Jean-Pierre Aumont et Maria Montez. Une égérie des années peace & love, née avec la beauté du diable, décédée en 2006. Drug, sex and rock’r’oll… Plongée dans un univers au-delà du réel !
- Un faux-air troublant de Vanessa Paradis, dents du bonheur à l’avenant, la comédienne Tina Aumont était complètement sortie de ma mémoire. Mais l’évocation de ce nom par mon ami Hérold Yvard, guitariste-technicien-président du K’Fé’Quoi à Forcalquier, illustrée par le prêt illico d’un gros livre de Jean Azarel baptisé « Waiting for Tina » - car Hérold et Jean Azarel ont ensemble un projet de lecture musicale - a ravivé un souvenir très ancien enfoui loin dans ma mémoire. JPEG
1977 à Paris. Je photographie au Ritz, le palace légendaire de la place Vendôme, le tournage de « Emmenez-moi au Ritz » (destiné à la télévision) pour une couverture future de Télémagazine. Et LA photo, ce sont les trois veuves sexy, tout de noir vêtues qui sirotent un drink au bar du Ritz : Macha Méril, Valérie Mairesse, et Tina Aumont. Une apparition et une présence dingue au sein du trio qui pose avec sympathie et professionnalisme. Ce sera la seule fois de ma vie professionnelle où j’aurai croisé Tina Aumont cette égérie des sixties et seventies qui comme Maria Schneider ou Romy Schneider possédait la beauté du diable… mais c’est lui qui a fini par avoir le dernier mot ! Car il y avait chez Tina Aumont, le goût de la transgression. Et celle-ci, au fil des mots choisis de Jean Azarel nous entraine dans le destin d’une vie où toutes les libertés auront un goût acide trop prononcé.
« J’écris ces lignes au scalpel dans un caveau humide, dit Jean Azarel au début de cette biographie à la forme d’enquête policière. Car le mythe de Tina Aumont part de très bas. Elle est une perdante magnifique ! » Mais il est des vérités intraduisibles et des événements qui ne se racontent pas ; surtout dans les livres. Pour une Anita Pallenberg – flamboyante compagne de Brian Jones et Keith Richards sauvée des démons et morte en 2017 ou une Marianne Faithfull miraculée - combien de Janis Joplin, Jim Morrison, Jimmy Hendrix…. foudroyés par les overdoses ? Une recherche passionnante de 500 pages à lire à petites doses pour arriver à percevoir qui se cache derrière Tina Aumont. On a hâte de retrouver sur scène cette vie étrange oscillant dans une sorte d’innocence, au-delà du bien et du mal…
Jean-Pierre Tissier



  *** LA FILLE DE L’OCÉAN d’Alexis Aubenque. (Editions Hugo Poche Suspense)


JPEG - Le thème de l’échange de bébé à la naissance a déjà fait l’objet de nombreux récits, mais c’est un livre très agréable qui se lit facilement. Idéal pour la plage pendant l’été. Cependant, l’histoire de cette bande de copains « unis pour la vie » et le rôle des parents de la jeune chanteuse en font un bon livre où l’on veut connaître absolument le dénouement.
Muriel Gaillard



  *** LE DERNIER MATCH DE RIVER WILLIAMS de Vincent Radureau


(Editions Hugo Poche). JPEG Le journaliste sportif Vincent Radureau rédacteur en chef adjoint de Canal Plus, spécialiste du football et du basket vient de sortir son premier polar chez Hugo Editions. Un panier à 3 points étoilés, réussi d’entrée. * 334 pages. Tarif : 7,60 €.
Le résumé : River Williams, l’ailier des Celtics de Boston qui rend folles toutes les défenses de NBA, disparaît à la mi-temps du match 6 des Finales, contre les Lakers de Los Angeles sans laisser la moindre trace. Sans que personne ne l’ait vu quitter l’Arena de Salt Lake City. Volatilisé ! Jusqu’au jour - cinq ans plus tard - où des randonneurs trouvent un cadavre au fond d’une crevasse du parc national de Canyonlands, dans l’Utah. Celui d’un géant d’au moins 2,15 m. Pour les enquêteurs du State Bureau of Investigation de l’Utah, la question est aussi évidente que brûlante. Et si c’était lui ?

- Il devait en rêver depuis des années, de ce premier bouquin dans lequel il pourrait glisser tout ce qui l’a fait rêver et vibrer depuis son enfance. Comme dans un bon vieux fourre-tout ayant déjà bien vécu, mixant à l’envi le sport en général, le basket en particulier, mais aussi le polar, la nature, l’écologie, et même le rock engagé avec le Boss, Bruce Springteen aux premières loges. Et notamment cette fabuleuse chanson qu’est The River , trait d’union ponctué de riffs d’harmonica, entre les lignes et les intrigues de ce premier polar joliment écrit par Vincent Radureau.
Le journaliste de Canal Plus, grand spécialiste du basket en NBA nous entraîne dès le vestiaire ouvert, dans une histoire passionnante, familiale et mystérieuse qui nous tient en haleine tout le temps, sans temps-mort, ni quart temps.
On y visite les parcs naturels hyper protégés des USA et les rites des Utes, ces Amérindiens mis en réserve et expulsés de leurs territoires par les Blancs conquérants, avec une certaine émotion. Mais aussi, les grands espaces désertiques traversés par des routes interminables parsemées d’herbes folles, les gratte-ciels des capitales et les grands hôtels de luxe, les petites stations locales de TV si précieuses à la vie dans ce pays des géants, les immenses stades mythiques des Lakers ou du Jazz de l’Utah… Avec aussi ça et là, quelques coups de griffes bien sentis à ce journalisme très ricain, empreint de sensationnalisme à tout crin, que Vincent Radureau – fin connaisseur discret des parquets avant tout – ne semble guère apprécier. Cependant, c’est l’enquête sur la disparition de River Williams - star en devenir du basket US - menée par le lieutenant Collins et le sergent Perkins qui nous fait tourner les pages avec avidité, tant les rebondissements et le suspense ne cessent d’enfiler les indices, tels des métronomes passant des paniers à 3 points sans relâche ; avec une belle leçon d’humanité au final. Normal, j’ai toujours préféré les indiens aux cowboys !
J.-P.T

** "Si on aime le basket et si on aime les descriptions de l’Amérique profonde alors on aimera ce livre. Voilà un premier roman agréable et facile à lire, mais prévisible. La lecture ne faisant que confirmer mes idées.
M.G.



  **** LE DILEMME de B. A. Paris (Editions Hugo Thriller)


Traduction de Vincent Guilluy. Sorti 28 mai 2020. JPEG Le résumé : Depuis toujours, Livia rêve d’une énorme soirée pour ses 40 ans ; et Adam, son mari, met tout en oeuvre pour que la fête soit inoubliable. Il s’organise pour que leur fille Marnie vienne exprès de Hong Kong - ce sera une surprise pour Livia. Mais quelques heures avant la soirée, Adam apprend que le vol dans lequel se trouvait peut-être Marnie s’est crashé. Est-ce qu’elle avait pu prendre cet avion, sachant que son vol précédent avait décollé en retard et qu’elle pensait ne pas pouvoir attraper sa correspondance ? Adam doit-il en parler à Livia, au risque de l’inquiéter pour rien ? Et pourquoi Livia semble-t-elle soulagée que Marnie ne soit pas là ? Lorsque la fête commence, chacun devra danser avec ses secrets et ses peurs. Jusqu’à ce que s’ouvre enfin le portillon du jardin et qu’une silhouette s’avance vers les invités...
« Voilà une histoire qui te tient en haleine jusqu’à la fin ! Tout commence par les préparatifs d’un anniversaire où l’on aurait espéré la présence de la fille de famille vivant à l’étranger. Mais tout au long des préparatifs la tension monte car il y a la nouvelle terrible du crash d’un avion où aurait dû être justement la fille de la famille, tant attendue. Mais pas de nouvelles ! Néanmoins,on s’aperçoit que la gentille fille espérée n’est pas si gentille que ça. Et qu’elle cacherait bien son jeu... Fait-elle donc partie des victimes de l’accident d’avion ? Les invités - on s’en rend rapidement compte - ne sont finalement pas si »clean« que ça, et une intrigue passionnante naît alors jusqu’à la dernière ligne de ce Dilemme. Un livre très plaisant à lire. »
Muriel Gaillard

  **** PRENDRE UN ENFANT PAR LA MAIN de François-Xavier Dillard.

Editions Belfond. Loin du refrain de la chanson tendre d’Yves Duteil, François-Xavier Dillard nous entraîne dans l’univers glauque et affolant des disparitions d’enfants, toutes plus mystérieuses que les autres, notamment quand on ne trouve ni explication, ni corps ! Ce sixième roman nous ramène à la disparition de Clémentine lors du naufrage d’un voilier. Les parents Sarah et Marc sont rongés par la tristesse et la culpabilité. Jusqu’à ce que de nouveaux voisins emménagent sur le même palier. Leur enfant, Gabrielle rappelle Clémentine aux yeux de Sarah. Et comble du hasard, elles sont nées le même jour. Mais lorsque la mère de Gabrielle signale la soudaine disparition de l’adolescente, l’incertitude et l’attente deviennent insoutenables. Et les démons de Sarah se déchainent une seconde fois.
« Quand j’ai pris ce livre en main, je me suis dit « Encore une histoire de kidnapping ! ». Mais non ! Dès le début on est happé par l’histoire qui est en fait trois histoires s’imbriquant les unes dans les autres… C’est passionnant jusqu’au bout, car il n’y a que des rebondissements. J’ai adoré ! » Muriel Gaillard



**** DE SOLEIL ET DE SANG de Jérôme Loubry. (Editions Calmann-Lévy Noir) - L’art du suspense, Jérôme Loubry le maîtrise désormais avec un art consommé, tel un grand chef de cuisine préparant un plat sophistiqué dont il faudra attendre l’ultime touche pour le désirer, avant de le savourer. A l’image d’un « Lièvre à la Royale avec truffes et foie gras », d’un « Civet de homard au Banyuls » ou d’une craquante « Pavlova aux fruits exotiques et de saison ». De Soleil et de sang nous fait découvrir Haïti et sa capitale Port-au-Prince, en nous faisant capter avec précision les ombres et la lumière si vive de cette ile ravagée par un tremblement de terre effroyable en janvier 2010, mais aussi ses effluves d’arbres exotiques et ses mystères, accentuant ainsi les contrastes sur fond de rhum, de vaudou et de bidonvilles. Non sans oublier le climat politique instauré sous l’ère du sinistre « Baby Doc Duvalier » – pourtant accueilli plus tard par la France en exil sur la Côte d’Azur – qui a fait basculer Haïti dans la violence des gangs, des « Tontons macoutes » et de la corruption à tous les étages, même jusqu’aux plus hautes marches du pouvoir. 1984-2010 ; quasiment rien n’a changé ici quand débute le récit, et malgré la kyrielle d’ONG présentes sur place pour aider une population haïtienne parmi la plus pauvre du monde, certaines mœurs sont tenaces et le vaudou à la vie dure… Mais c’est au fil des pages – comme une douce cuisson lente – que Jérôme Loubry nous guide pas à pas sur un chemin sinueux, ponctué d’indices infimes mais déterminants pour cette enquête de tous les dangers à la recherche d’une épouse disparue. Un bout de vitrail, une planche dévissée, l’odeur du sang séché et des larmes. Blood, sweat & tears pour ce fan de musique qu’est Loubry ! Car l’argent sale n’a pas d’odeur au pays des Tontons macoutes et de Baby Doc, et les enfants sont la richesse des pauvres, ici en Haïti, mère nourricière de sa propre honte ; telle une putain qui engendre, délaisse puis revend son propre futur avec les enfants des rues. Bref, seuls les morts n’ont pas de soucis en Haïti ! Un roman avec un final haletant et inattendu qui claque comme le déclic du chien d’un révolver sur une marche d’escalier vacillant. Bien plus qu’un polar, un livre de voyage, avec Eurydice et Orphée pour guides vers l’enfer. Jean-Pierre Tissier

- « S’il y a bien un livre à lire cette année ; c’est celui-là ! Sous prétexte d’écrire un roman, Jérôme Loubry nous raconte, en fait, l’histoire de Haïti, l’histoire des Tontons macoutes sinistres du président Duvalier, le fameux Baby Doc, héritier de son père, mais aussi l’histoire de la vie misérable des Haïtiens ; de toute cette jeunesse utilisée par tous, parfois pour assouvir la partie sombre des hommes sans que personne n’agisse. Et l’histoire de toutes ces Organisations Non Gouvernementales (les ONG internationales) qui depuis des décennies, sous un sigle respectable connu du monde entier cache parfois des horreurs. Et on comprend que ce qui régit l’homme, c’est encore et toujours l’argent ! Car l’être humain, malheureusement, ne fonctionne que grâce à l’argent. Quand on lit ce livre on tombe dans un puits profond parsemé d’horreurs que seuls les hommes sont capables de produire. » Muriel Gaillard



  *** REGARDER LE NOIR . Ouvrage collectif (Editions Belfond).

- À chacun sa vision des choses et de la vie, voire des « choses de la vie » à l’image du merveilleux film de Claude Sautet, éternelle source de réflexion pour la vie et sa profonde complexité. Pour ce nouvel ouvrage collectif venant après Ecouter le noir, paru l’an dernier, douze auteurs prestigieux du roman noir (Barbara Abel, Amélie Antoine, R.J. Ellory, Julie Ewa, Claire Favan, Karine Giebel, Johana Gustawsson, René Manzor, Fred Mars, Olivier Norek, Fabrice Papillon, et Gaëlle Perrin-Guille) sont réunis avec un mot d’ordre pour tous : nous faire ouvrir grand les yeux au fil de leurs récits qui jouent avec les différentes interprétations de la vision. Dans ces nouvelles, ils ont donné libre cours à leur imagination pour créer une atmosphère, des personnages inoubliables et une tension qui vous happeront dès les premiers mots… et jusqu’à la chute. Et d’ailleurs, on est sur le cul d’entrée avec le texte d’ouverture signé Olivier Norek - « Coup de cœur Blues & Polar 2014 » pour son remarquable Territoires - qui nous cueille par surprise comme un uppercut pervers de Mike Tyson au final, avant qu’il ne nous mordre l’oreille... Dévorez la suite, sans modération.
J.-P.T

  **** SURVIVRE de Vincent Hauuy


JPEG (Editions Hugo Thriller) - L’intelligence artificielle (IA) se perfectionne de plus en plus. Le robot à l’apparence simplette type magicien d’Oz qui nous abordait à l’entrée du Futuroscope de Poitiers, il y a une dizaine d’années, est devenu monnaie courante, sous d’autres formes géométriques. Tout comme la reconnaissance vocale, faciale et digitale, sans oublier les télécommandes possibles à distance pour fermer les volets ou démarrer le Cookéo, via nos smartphones. Et chaque jour qui passe, voit son lot d’applications diverses se développer au point qu’on se demande jusque où ira-t-on dans l’intelligence greffée à une boîte de ferraille ou de plastique ? Avec Survivre - son 4 eme roman après Le Tricycle rouge (2017), Le Brasier (2018) et Dans la toile (2019) - Vincent Hauuy nous transporte en 2035. Pas dans un siècle, mais seulement quinze années dans le futur. Une paille dans l’univers, mais peut-être une bascule vers un futur que certains seulement maîtriseront ; jusqu’à quand ? Manipulations, populations devenues de simples pantins... toutes les folies sont malheureusement imaginables et Vincent Hauuy nous y entraîne doucement au travers d’une émission de Télé réalité imaginée justement par un certain Alejandro Perez, inventeur d’une Intelligence Artificielle baptisée Cassandra, qui lui valut d’être Prix Nobel en 2000 grâce à l’avènement des ordinateurs quantiques. Bon sang, que le futur devient proche au fil des pages, et inquiète sérieusement, car notre incapacité récurrente à se projeter dans le futur n’a pour l’instant généré que des décisions toujours prises en urgence, et en réaction aux événements. Avec toujours en toile de fond, immuable envers et contre tout, la fameuse, mais si inerte Loi du Marché ! Les IA serait-elle notre avenir en devenant plus intelligentes que l’être humain ? Là, débute (page 300) un thriller débridé qui active le « page turner » écrit par Vincent Hauuy ; et qui pendant les 124 pages restantes va nous transformer en ogre de papier avide de savoir… Car les menaces pour la race humaine – en pleine pandémie de Covid19, de fonte du permafrost aux Pôles et l’épuisement annoncé du lithium utilisé dans nos smartphones - y sont nombreuses et plus que crédibles. Certaines ayant déjà commencé leur œuvre de destruction du climat, comme les grands incendies de forêt en Australie, Afrique du sud, Californie, les cyclones et ouragans ultra-violents sur toute la planète, et les inondations et submersions du littoral côtier hyper urbanisé plus près de chez nous, en France. Un livre passionnant à dévorer pour survivre à l’avenir.
Jean-Pierre Tissier

" J’aimerais que ce livre ne reste qu’un livre de science-fiction. Malheureusement, j’ai des doutes car à la suite de la pandémie actuelle de Covid19 dans le monde entier et des graves problèmes économiques qui nous attendent comme le réchauffement climatique, la migration climatique, et surtout la fonte du permafrost aux pôles susceptible de libérer des virus inconnus, je me dis qu’en lisant cfe livre, je lis l’avenir. C’est très angoissant, et je ne parle pas d’intelligence artificielle. Si je dois réfléchir dans le temps, je crois que je serai du côté des rédempteurs, même si ce sont vraisemblablement les ordinateurs qui gagneront.
Muriel Gaillard

  *** C’EST L’ANARCHIE ! par un collectif de 20 auteurs aux éditions du Caïman.

- Préface de Gérard Mordillat dont on connaît l’engagement politique, culturel, littéraire et cinématographique pour mettre en bouche... Et des plumes déjà venues à Blues & Polar comme Gilles Del Papas, Maurice Gouiran et Michel Embareck identifiés bien à Gauche, tout comme le Catalan Serge Utgé- Royo rencontré un soir des années 90 sur la colline de Longo maï à Limans près de Forcalquier, pour une jam-session très improvisée avec Renaud dans le studio de Radio Zinzine…. Ajoutons-y Didier Daeninckx, Anne Steiner, Michèle Pédinielli, Nadia Khiari, Rachel Mazuy…..En tout, vingt auteurs de polar, romanciers, poètes, historiens, journalistes, scénaristes se sont regroupés en noir et jaune sous l’impulsion de Jean-Louis Nogaro, pour écrire chacun une nouvelle en lien avec une figure de l’anarchisme. Une action bienvenue en cette période de pandémie où chacun aurait tendance à être un peu anar sur les bords, à la moindre mesure de protection prise par le gouvernement, pour se souvenir des actions libertaires du siècle passé. A découvrir avec la passion de l’historien (ou de l’anar) qui sommeille en nous. Les nouvelles noires y sont vraiment très variées et vont de l’étonnante épopée d’un vieux morceau de blues-rock-anar dénommé Dynamite sorti des tiroirs de l’ami Michel Embareck, au texte écrit au second degré et avec beaucoup de force subtile, de Nadia Khiari évoquant le philosophe Max Stirner au cœur de la Tunisie.
Ajoutons-y l’évocation de Sacco et Vanzetti deux anarchistes italiens immigrés, grillés sur la chaise électrique sans preuve aux USA par Maurice Gouiran notre ancien Coup de cœur Blues & Polar. Et aussitôt la chanson de Joan Baez qu’on peut écouter dans le film éponyme, résonne dans ma tête : “Here’s to you Nicolas & Barth, rest for ever into in my hearth. The last and final moment is your’s. And agony is your triumph.” Un refrain comme ça, repris en chœur par des milliers de voix comme il y a une quinzaine d’années à Château-Arnoux, c’est yeux humides et frisson toujours garanti ! J.-P.T * Tarif : 15€. Site : www.editionsducaiman.fr

**** « Laissez-nous la nuit » de Pauline Clavière (Editions Grasset)

JPEG Le résumé : Le destin donne parfois d’étranges rendez-vous. Pour Max Nedelec tout bascule un matin d’avril, quand des policiers viennent sonner à sa porte. Un bordereau perdu, des dettes non honorées, et un peu de triche. La justice frappe, impitoyable. Max Nedelec quitte le tribunal et ne rentrera pas chez lui. Vingt-quatre mois de prison ferme ; il s’enfonce dans la nuit. Là-bas, le bruit des grilles qui s’ouvrent et se ferment marquent les heures ; là-bas, on vit à deux dans 9m2 ; là-bas, les hommes changent de nom et se déforment. Il y a Marcos, Sarko, le Serbe, Bambi… mais aussi tous celles et ceux qui traversent cet univers parallèle, Françoise, la médecin, les gardiens, l’aumônier puni et le directeur. Dans la nuit se révèlent les âmes… * Sorti le 15 janvier 2020. 624 pages. Tarif : 21, 50 €.

- La prison et son univers carcéral bruyant et pesant, Pauline Clavière nous y emmène avec Max - un vous ou moi - sans avoir l’air d’y croire au départ, comme tout un chacun pris dans une nasse de dettes après une série de fortunes hasardeuses, une négligence récurrente accablante, une dépression, et un bordereau disparu des radars de l’Administration. On pense que tout va s’arranger, vite, très vite ; mais non ! Commence alors le début d’une descente en enfer décrite avec tant de véracité, de sincérité et d’émotion qu’on se demande comment la journaliste chroniqueuse de C l’Hebdo (chaque samedi à 19 heures sur France 5 avec Jean-Michel Apathie et Ali Baddou) ) a pu transcrire ces faits et gestes, rixes, lynchages, rackets, menaces, instants de folie et de rages, suicides, meurtre même, sans avoir séjourné pour de bon dans la promiscuité d’une cellule moite et glauque en plein été ou dans le froid glacial de l’hiver, quand les tripes se nouent et la vessie se crispe…
« Nous ne sommes que de la chimie professait Françoise, le médecin de la prison aux détenus lors de ses consultations ; mais avec une certitude s’effilochant au fil des semaines. Comme si Xanax, Lodal et autres neuroleptiques absorbés à dose de cheval sur des « pétards » obtenus via le trafic interne, restaient finalement impuissants face à la détresse, la peur et l’angoisse d’une vie en vase clos. Banalité du quotidien surpeuplé de toutes parts, la promenade, les trafics de shit, la télé qui braille, la gamelle tristounette et maigrelette obligeant à cantiner pour s’acheter des Kit Kat ou des clopes… On retrouve tout cela au long des 634 pages jetées sur le papier par Pauline Clavière dans ce premier essai littéraire étonnant. Parcours professionnels broyés, personnes torturées de l’intérieur, il y a le monde entier dans ces cages de briques et de broc avec ces détenus mixés entre eux malgré des déconvenues aux antipodes les unes des autres.
Le radicalisé, le brutal, le fada, le mutant, l’ancien champion de boxe éjecté de l’équipe de France pour violence, un membre de la DGSE, un candidat recalé à The Voice, un chirurgien esthétique véreux, un ancien de la Nasa, le fils de l’ancien roi du Bouthan … Comme une Cour des miracles, sans miracle évidemment !
« S’adapter à la prison, bien s’y comporter, accepter ses codes, c’est faire partie d’un monde qui n’existe nulle part ailleurs, et surtout pas dehors écrit Pauline Clavière. Quand le homard est stressé, il se cache et change de carapace tout au long de sa vie. Ici, impossible ! Le futur n’existe pas. Un jour, on sort ; c’est tout ! »
Jean-Pierre Tissier

**** Cinq Cartes brûlées de Sophie Loubière (Fleuve noir) PNG Le dernier roman de Sophie Loubière – journaliste sur France Inter et France Culture, auteure de L’Enfant aux cailloux sorti en 2011 - est paru aux éditions du Fleuve.
Le résumé : Laurence Graissac grandit aux côtés de son frère Thierry qui prend toujours un malin plaisir à la harceler et à l’humilier. Du pavillon sinistre de son enfance à Saint-Flour, elle garde des blessures à vif comme les signes d’une existence balayée par le destin. Mais Laurence a bien l’intention de devenir la femme qu’elle ne s’est jamais autorisée à être, quel qu’en soit le prix à payer. Un thriller psychologique d’une rare intensité.

"123 kilos ! Le poids de Laurence Graissac croupière de casino par pur hasard dans une ville thermale en Auvergne, ancienne championne olympique au lancer de marteau, dont la vie ressemble à un cauchemar depuis sa plus tendre enfance. Celle d’avec papa où elle voulait jouer à la bébête qui monte, qui monte, qui monte… mais aussi descend.
123 kilos ! Vous êtes en danger de mort Laurence ! « La valeur des jours ne réside pas dans la longueur des jours, mais dans l’usage que nous en faisons » disait Montaigne. Vous êtes en sursis !
123 kilos de graisse, de peines enfouies, de désespoir fou, de railleries encaissées par ce frère adipeux et médiocre qui la traite depuis le berceau comme une vieille chaussette. Jusqu’au jour, où morbidité potentielle oblige, Laurence perd 60 kilos et devient Cybèle. Totalement métamorphosée, elle distribue les cartes chaque soir au casino, générant en toute conscience les pertes et rares profits de ses fidèles du Black Jack, amorçant ainsi la bombe à retardement insoupçonnée qu’elle est depuis l’enfance, engoncée dans les secrets de famille et la manipulation mentale. Il y a du « Psychose » d’Alfred Hitchcock dans ce livre où l’on avance bizarrement, à tâtons, comme dans une maison sans caractère et obscure en proie à de mauvaises ondes, construite au pied d’un pylône EDF haute tension… Un roman qui met mal à l’aise, comme un leurre auréolé cependant de belles envolées poétiques à l’image de ces monts d’Auvergne, puys ronds et doux, moussus comme une invitation au toucher, mystérieux et mythiques, où Sophie Loubière nous entraîne d’un mensonge à une vérité insupportable qu’on ne découvre qu’au bout du parcours.
Des cinq cartes de la vie, la dernière est toujours fatale !
Jean-Pierre Tissier

« C’est un livre surprenant et très dérangeant, car il touche à l’intégrité mentale. On suit tout au long des pages, les humiliations que subit Laurence Graissac, de la part de son frère. On suit aussi l’aptitude qu’elle a de s’élever par le sport, jusqu’à devenir championne olympique. Bref, tout ce qu’elle entreprend, elle le réussit car elle a cette volonté immense de pouvoir y arriver. PNG Parallèlement, il y a l’histoire d’amour d’une fille pour son père. Un amour tellement puissant qu’elle détruit le père et l’intégrité mentale de la mère. Au point qu’on se demande si tout ne vient pas de sa mère et de sa folie… Mais la vérité explose et on comprend alors que Laurence Graissac vit dans son propre monde ; qu’elle se fabrique sa propre vie même si cela veut dire « Donner la mort ! » pour elle et tout son entourage. A la fin de ce thriller psychologique, passionnant et déroutant, imaginé par Sophie Loubière, on est vraiment très mal à l’aise. »
Muriel Gaillard
**** La mort du Temple de Hervé Gagnon (Editions Hugo Roman). Tome 1. Sorti le 5 mars.

* Le résumé : Paris, octobre 1307. En deux siècles, l’Ordre du Temple a accumulé puissance, gloire et richesse. Mais depuis la perte de la Terre Sainte par les royaumes d’Occident il est devenu une menace. Véritable Etat dans l’Etat ! Le Roi de France Philippe IV le Bel, perpétuellement à court d’argent et lourdement endetté envers le Temple, organise son abolition avec la complicité de sa créature, le pape Clément V. En mettant la main sur le trésor conservé à la Commanderie de Paris, il espère redresser ses finances tout en éliminant un adversaire gênant. Mais l’or et les pierres précieuses ne sont pas, en réalité, les plus grandes richesses du Temple. Une part du trésor ouvre la porte sur la lumière divine et les ténèbres éternelles. Et seul Hugues de Malemort, simple sergent vieillissant est en mesure de la protéger.
« Maître du thriller ésotérique, l’historien Hervé Gagnon nous décrit l’histoire des chevaliers de l’Ordre du Temple sous le règne de Philippe Le Bel, et son livre est truffé de détails fascinants sur le mode de vie au XIVème siècle. La façon de s’habiller, de manger, les rues pleines de vie qui sont néanmoins des égouts à ciel ouvert, où même les chevaux ont du mal à circuler. La Manière dont on enterre (ou pas) les morts via la politique des charniers… Le sujet du roman en devient presque secondaire et pour qui aime l’Histoire de France ce livre est un petit régal. Vivement la suite du roman. En attendant, je vais lire ses autres livres : Damné et Vérité, ou les Enquêtes de Joseph Laflamme. »
Muriel Gaillard

*** Freeman de Roy Bravreman (Editions Hugo Thriller)

- Voilà un thriller particulièrement excellent qui nous plonge tout de suite dans l’après-ouragan dévastateur que fut Katrina à La Nouvelle-Orléans, avec toutes les descriptions des dégâts matériels et humains enregistrés.
Puis Roy Braverman nous décrit cet état américain étoilé, cousin trop oublié de la France, qu’est La Louisiane, avec sa faune, sa flore, son folklore ; et au milieu de tout ça, l’histoire du racisme blanc-noir, de la mafia, et de l’argent qui gangrène tout. Avec en prime, des recettes de cocktails à refaire chez vous… J’ai vraiment pris beaucoup de plaisir à lire ce livre et j’ai souvent ri aux bons mots et aux nombreuses citations de l’auteur. »
Muriel Gaillard

*** Christelle Rotach Directrice de prison

avec Delphine Saubaber « Tout ce qu’on ne peut pas dire » (Editions Plon).
JPEG - Avant la prison de la Santé, dont elle a rouvert les portes il y a un an le 1erjanvier 2019 - après quatre années de fermeture - Christelle Rotach a codirigé ou dirigé les prisons de Lyon, Fleury-Mérogis, Nanterre et Les Baumettes à Marseille.
* Delphine Saubaber qui a co-écrit cet ouvrage avec Christelle Rotach est un ancien grand reporter à l’Express, prix Albert Londres 2010.
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- Diriger une prison, on se demande bien en quoi cela consiste très précisément… Est-ce un travail purement administratif assis derrière un ordinateur qu’on gave de statistiques, ou un vrai travail pugnace sur un terrain qu’on devine plutôt miné aujourd’hui avec une surpopulation carcérale se développant de manière exponentielle, comme cela n’est encore jamais arrivé en France ? Christelle Rotach qui a dirigé les prisons de Lyon, Fleury-Mérogis, Nanterre et les Baumettes à Marseille - avant de rouvrir la Santé à Paris le 1er janvier 2019 - s’est confrontée durant des années à des hommes et des femmes privés de liberté, assimilables parfois à des bêtes sauvages. A l’heure de changer de fonction pour l’Inspection générale de la Justice, elle a pris le parti de parler de son vécu, sans tabou. Et c’est un univers proche du tremblement de terre perpétuel ou de l’éruption proche d’un volcan qu’elle nous décrit avec justesse, et humanité. Avec des phrases qui frappent comme dans un slam de Grand Corps malade.
- Je vis dans la pénombre
- Je fais une overdose de noirceur
- La prison ne connaît jamais le silence
- Terroristes, djihadistes, c’est le gang des barbus au regard glaçant
- Comme celui de Francis Heaulme, le tueur en série croisé dans une audience à Draguignan…
- Et tous vont sortir un jour !
Au fil des pages, on frémit en pensant, à ces « bombes à retardement » que sont ces détenus endoctrinés, radicalisés, pour lesquels la prison et ses surveillants ne sont pas préparés, si éloignés qu’ils sont des dealers de quartier, des criminels, ou des vieux braqueurs de la Brink’s en tôle pour des dizaines de piges. Christelle Rotach directrice de prison est un livre « coup de poing » et de mise en garde contre notre société bien trop divisée entre elle par manque de fraternité souvent, et de bienveillance toujours, mais aussi à cause de la religion qui pour certains passe avant les lois de la République, et de sa culture aux antipodes de la nôtre. On en oublie trop vite que notre mode de vie laïc – qui ne date que de 1905 en France – a peu d’équivalent dans le monde et que de nombreux pays notamment au Moyen-Orient en ignorent même le sens. Celui-ci ne figurant même pas dans leur vocabulaire. Un livre qui permet de comprendre l’univers carcéral pour répondre – avec l’expérience et le vécu - à ceux qui ont réponse à tout !
Jean-Pierre Tissier

**** « La Petite mort de Virgile » de Christian Rauth

(éditions De Borée).
Sorti le 12 septembre 2019.
JPEG Ce thriller de la Collection Marge noire (438 pages) est le 3ème roman du comédien-metteur en scène Christian Rauth. Gérard Colllard, Monsieur Libraire du Magazine de la Santé sur France 5, France-Info et France Culture, qui nous a fait découvrir Karine Giebel, dès son 1er roman il y a une dizaine d’année ne tarit pas d’éloges sur Christian Rauth. Et ça forcément, c’est un sacré compliment !

- On connaît le comédien Christian Rauth pour son formidable rôle de maire d’un petit village du Nord de la France dans la série TV à succès que fut « Père et maire » de 2002 à 2009 sur TF1, mais aussi pour celui de mulet de l’inspecteur Navarro - incarné par Roger Hanin – de 1989 à 2006, toujours sur TF1.
Mais Christian Rauth outre ses talents de metteur en scène au théâtre, possède une autre corde à son arc ; celle d’écrivain de polar ; et cela semble plutôt bien lui réussir !
Pour son 3ème opus en littérature qu’est « La Petite mort de Virgile », il nous entraîne dans une aventure au long-cours faite d’intrigues à répétition, de rebondissements violents, déroutants et inattendus, où l’on sent poindre, sous-jacente, la patte discrète et facétieuse de ce comédien à l’œil épicurien et turbulent, mais dont la pupille se dilate parfois pour laisser couler une larme d’émotion, à l ’image de l’homme lui-même. JPEG Dans ce pavé de 438 pages qui tourne autour d’un non-dit familial et d’une éventuelle arnaque à l’assurance-vie, Christian Rauth nous embarque dans une enquête de gendarmerie assez pittoresque comme dans tout bon polar qui se respecte lorsqu’il y a un crime - voire plusieurs - et dans le mystère qui va avec, saupoudré élégamment d’une pointe d’humour discrète, mais souvent réjouissante. Le tout agrémenté de temps à autre au cours des différentes situations d’une play-list musicale très éclectique allant du fado à Amy Winehouse qui n’est pas pour déplaire.
Bref, un vrai polar made in France qui fleure bon le terroir et la Gendarmerie, et nous fait voyager d’Angoulême à Sao Paulo via Paris. Les arnaques à l’assurance- vie génèrent souvent de belles aventures à rebondissements au scénario toujours mouvementé. La Petite mort de Virgile ne faillit pas à la tradition.
J.-P.T

- Quel plaisir de lire ce gros roman écrit par le comédien Christian Rauth qu’on connait pour ses rôles à la télé dans Navarro aux côtés de Roger Hanin, et dans la série Père et maire où il tient le rôle principal. Voilà un excellent polar qui propose une histoire tenant parfaitement la route, et qui certainement été déjà vécue. En conséquence, on se dépêche de lire et de tourner les pages tant il y a de suspense. En revanche, la fin est totalement surprenante et originale. Je me suis régalée…
Muriel Gaillard
**** « Ce que tu as fait de moi » de Karine Giebel

Editions Belfond
JPEG Le pitch : Cette histoire a commencé par un coup de foudre. Richard Ménainville, patron des Stups, admiré et respecté par ses équipes, un homme marié, père de deux enfants, accueille une nouvelle recrue. Et au moment où son regard croise celui du lieutenant Laëtitia Graminsky, sa vie bascule. Ménainville tente de résister au sortilège, mais bien vite l’obsession remplit son existence.
Et puis, un jour, Laëtitia commet une erreur professionnelle impardonnable, qui met la vie de ses coéquipiers en danger.
Laëtitia est alors vulnérable et soumise au verdict du patron. Le roman commence précisément la nuit où le grand patron des Stups, Richard Ménainville, doit se confesser et répondre de ses actes dans une salle d’interrogatoire. Mais que s’est-il réellement passé entre lui et son lieutenant ?
Cette histoire se terminera mal, forcément. Car c’est celle d’un maître chanteur. Ou plutôt, comme souvent dans les livres de Karine Giebel, celle d’un maître devenu esclave. Esclave de cette chose fabuleuse et fatale. La passion.
* 552 pages. Prix : 20,90 €.
* En parution simultanée aux éditions Pocket : Toutes blessent, la dernière tue paru en 2018.

- À partir du moment où tu commences à lire ce livre, tu es pris dans un tourbillon qui t’entraîne toujours plus bas. Cela t’aspire, mais tu envies aussi tellement cette passion même si tu sais qu’elle t’emmène à la mort. Karine Giebel s’est surpassée. J’ai terminé ce livre dans la nuit. Je n’ai pas pu en reprendre un autre depuis..."
Muriel Gaillard

- 2 heures 20 du matin ! C’est Ce que tu as fait de moi, Karine ! C’est l’heure où j’ai finalement clos la lecture de ce dernier roman reçu quelques jours avant sa sortie le 21 novembre, tel un addictif compulsif au dernier degré.
Une nouvelle fois, celle qui était l’invitée d’honneur de notre dernier festival Blues et polar nous entraîne comme une murène tenant sa proie sans ménagement, au cœur du quotidien interne d’une brigade des Stups en région. Mais un jour tout bascule avec l’arrivée de Laetitia jeune Lieutenant de police âgée de 25 ans. Coup de foudre, coup au cœur, au foie. Coup de tête pour le boss ! La passion à mort venait de lui tomber dessus et s’insinuer insidieusement dans la tête du patron de la brigade, flic d’expérience reconnu par ses pairs et admiré par ses hommes.
On pénètre d’entrée dans une sorte de huis-clos, façon Garde à vue avec Michel Serrault et Lino Ventura, où les « bœufs-carottes » de la Police des Polices interrogent patiemment, posément et séparément, leurs deux collègues : le boss et Laetitia. Il y a eu un drame, du sang sur les mains, des cris ; mais on ne sait pas ce qui s’est passé. Karine Giebel va nous dévoiler au compte-gouttes et au fil des pages dévorées avidement des indices délivrés au cours des interrogatoires. « Je m’étais abaissée à ça pour gagner le droit de garder mon poste se remémore intérieurement Laetitia. Pour gagner le droit de travailler avec eux. Avec ces ordures !
Mais impossible de revenir en arrière. Alors il fallait y retourner. Le pire, c’était ce plaisir indécent qui m’était tombé dessus comme une pluie d’injure. J’avais cru m’adresser à Saint-Pierre ; j’avais en réalité poussé les portes de l’enfer."
Mais de quel enfer parle-t-elle ?
Au cœur de ces 550 pages, c’est avant tout du pouvoir dont il est question, du rapport de force qui s’instaure dans de nombreux milieux, parfois jusqu’à la soumission, notamment envers les femmes. On tourne alors les pages avec fébrilité pour savoir ce qui s’est passé réellement ; mais Karine n’est pas la reine du polar et du suspense pour rien.
Vous devrez attendre la chute du livre, tel un très grand vin qu’on déguste jusqu’à la dernière goutte pour découvrir la réalité ! Je ne vous en dirai pas plus. C’est du grand Karine Giebel ; préparez-vous à une nuit blanche !
Jean-Pierre Tissier

**** « Les Refuges » de Jérôme Loubry

(Editions Calmann Levy Noir)
JPEG - Comme une vague qui petit à petit prend corps pour gonfler jusqu’à la démesure, sans savoir où et quand elle va retomber, comme si elle se baladait en faisant de même avec nous, le 3 ème roman de Jerôme Loubry Les Refuges nous entraîne sur un jeu de pistes (vraies ou fausses ?) guidées par le poème de Goethe Le Roi des Aulnes. On y avance à petit pas pendant un bon moment, tout en pressentant les dangers multiples qui semblent vouloir sortir du néant, de la paille, et des vagues en colère, tous nés de ces années d’occupation de la France par l’Allemagne nazie, avec sa cohorte de SS diaboliques et les fameux « sang mêlé » résultant de ces instants d’égarement (ou de survie) vécus par des jeunes femmes françaises. Avec parfois, à la clé, des enfants nés de ces unions furtives…. Ces enfants de la honte aux destins douloureux, Sandrine, jeune journaliste en début d’enquête, commence à en lever le voile en débarquant sur une île normande grande comme un gros confetti où sa grand-mère, qu’elle n’a pas connue, lui a légué une maison.
JPEG Là, débute un thriller haletant où les pages se dévorent passionnément. Un suspense né d’un enlèvement d’enfant, comme je n’en n’ai pas lu depuis longtemps ; rappelant les Karine Giebel de la meilleure veine. Assurément, Jérôme Loubry a déjà tout d’un grand, car l’histoire est riche, troublante, fantastique parfois comme une fiction, et passionnément historique. De l’étable de l’enfer à la mare au diable – clin d’œil à Georges Sand pour quelques excursions d’enquête en Berry – on erre sur le sable de la plage, entre les fourrages verdoyant où des vaches paissent… avec une croix gammée peinte sur le flanc ! Un grand livre sur les traumatismes et les post-traumatismes nés de la guerre. Voilà un auteur qu’on espère bien faire venir au prochain Blues & Polar.
J.-P.T

- C’est un livre passionnant et époustouflant. Quand tu commences à le lire, tu vas jusqu’au bout, d’un trait. La fin est totalement désarmante et déstabilisante ; mais comme l’écrit Jérôme Loubry, l’homme n’avance dans la vie que grâce aux refuges qu’il se crée : le sourire, la musique, les livres... Les refuges est assurément un livre qui laisse des traces. Muriel Gaillard
Muriel Gaillard

**** « Je ne t’oublie pas » de Sébastien Didier

(Editions Hugo Poche)
JPEG Bellevue Park. Ses villas d’architecte, ses espaces verts, ses prestations luxueuses... Pour Marc Vasseur, c’était un rêve. Mais lorsque sa femme disparaît en ne laissant qu’un simple SMS pour toute explication, le rêve tourne au cauchemar. Les autorités ne tardent pas à classer l’affaire. ...
"Des montées d’adrénaline en série, comme une suée abondante après cinq étages gravis au pas de course, un suspense haletant récurrent et hyper dosé qui tombe - comme par hasard – à la fin de chaque chapitre, nous obligeant illico à dévorer de facto, les nombreuses pages suivantes…
JPEG
Avec « Je ne t’oublie pas », Sébastien Didier nous emmène dans un univers proche du « Psychose » d’Alfred Hitchock et du terrifiant « Shining » de Stephen King porté au cinéma par Stanley Kubrcik avec un Jack Nicholson diaboliquement satanique… Ajoutez-y des clins d’œil à Led Zeppelin, les Doors, ou Aérosmith, et vous avez là, tous les ingrédients pour régaler un adepte de Blues & Polar passionné par l’étude de la société, et de ses cruautés au travers du roman noir... On pénètre ainsi au cœur d’une fange mafieuse, suant du fric à grosses gouttes, hors du monde et de la morale, avide de pouvoir, et dont les bas-instincts sont ancrés dans la rage et le comportement de bêtes fauves, sans aucune pitié, et qui ne pense qu’à satisfaire ses propres égos. On débarque alors dans un monde parallèle et discret qui surgit toujours quand on ne l’attend pas, avec chaque fois une violence inouïe et une perversion insensée venue des tréfonds des ténèbres, comme un pacte signé avec le diable pour pouvoir habiter dans le lotissement de l’horreur à Saint-Clair.
Il y a du Karine Giebel dans ce roman sidérant et hypnotique et on ne peut souhaiter que le même destin à Sébastien Didier. Ce « Je ne t’oublie pas » en a toutes les caractéristiques. Hugo : Thriller a décidément bien du flair dans le choix de ses auteurs !"
J-P.T

« A partir du moment où tu commences ce livre, tu ne le quittes plus ! Tu veux savoir où est passée cette mère de famille … A-t-elle été enlevée et placée dans un réseau de prostitution avec la mafia ?
J’ai adoré ce livre, bien trop vite lu… »
M.G

**** « Les Gratitudes » de Delphine de Vigan

Editions J-C Lattès.
JPEG - Au-delà de la détresse des mots qui s’entrechoquent et de la descente des sens vers l’oubli, l’humour reste sous-jacent au creux des lignes délicates de Delphine de Vigan dans son dernier ouvrage si précieux qu’est « Les Gratitudes » paru chez J-C Lattès. Un livre labélisé France-Inter, et on ne s’en étonne pas ! Car assez rapidement, à la surprise des mots « dislexyqués » s’ajoutent l’émotion et la tendresse, face à la pérennité des douleurs d’enfance qui ne s’effacent pas malgré les années. Auschwitz et le fait de s’appeler Feld étant passés par là, l’horreur et l’ignominie ineffaçables à jamais, en toile de fond.
« Vieillir, c’est apprendre à perdre » dit Michka la vieille dame héroïne de ce livre à la couverture noire illustrée d’un joli coquelicot. Mais vous savez dans mes rêves, les mots ne me manquent pas. Je parle très bien. »
Ce roman sur le langage et la gratitude de ceux qui font un geste simple – mais essentiel – pour autrui, est comme un duvet de poussin qui vole au vent. On le regarde passer, on le suit si léger dans la brise qui va et qui vient, puis qui disparaît… Mais dont l’image nous reste pour toujours, imprimée à jamais dans notre subconscient. Et on lui dit Merci !
J.-P.T
*** Nous étions nés pour être heureux de Lionel Leroy. (Editions Julliard)

JPEG - Lionel Duroy signe avec son dernier roman « Nous étions nés pour être heureux » un récit intimiste et autobiographique sur fond de réconciliation familiale après des décennies de mise à l’écart. Les rapports entre les protagonistes sont décrits avec force détails dans un style fluide et Paul, le personnage principal, lui-même romancier, nous fait partager tous ses états d’âme. Une famille dysfonctionnelle est ainsi disséquée, mise à jour, et la réconciliation semble être de mise, au prix d’une vaste psychothérapie collective lors de deux journées de retrouvailles. La question est donc posée : peut-on faire abstraction d’un passé au sein d’une imposante fratrie ou de parents qui ont failli à leur tâche et vivre tout de même une vie heureuse ? Lionel Duroy, semble le temps d’un roman, indiquer que non et aborde la profondeur des liens entre frères et sœurs, quelles que soient nos mésententes. Car de qui se souviendra un homme, au seuil de sa vieillesse, si ce n’est de tous ceux qui lui ont permis de devenir ce qu’il est aujourd’hui ?
Aude Locher

*** « Dernier arrêt avant l’automne » de René Frégni

(Editions Gallimard)
Le Bonheur fou des Vraies richesses ou le Mystère de Ségriès

- Traverser sous la lune les Plateaux de lavande ; caresser et parcourir la vallée bleue de la Durance ; s’endormir sous la pluie en entendant chanter les tuiles…. Toutes ces phrases en forme de remèdes à la mélancolie, René Frégni les a couchées sur les lignes bleues de son cahier d’écolier quadrillé, en étant persuadé qu’il n’avait plus rien à dire et à écrire. Comme pour pallier à un manque d’inspiration.
Et c’est donc une errance littéraire, en quête d’une histoire qui tienne la route que l’on effectue dans les pas paisibles de celui qui au fil du temps a posé les flingues et garé les fourgons de la Brink’s braqués sur l’Autoroute, pour un univers plus naturaliste et philosophique. Totalement dans l’esprit de Jean Giono, à la manière d’un promeneur solitaire cherchant autant les cèpes et autres pinins plus rustiques, que les figues d’été, se rassasiant des joyaux naturels de Haute-Provence que sont les sous-bois mystérieux et les monastères abandonnés par les hommes de foi.
Car c’est là, à Ségriès, sur les hauteurs proches de Moustiers-Sainte-Marie, que le fil d’Ariane d’une intrigue inattendue va enfin se dérouler, mêlant auto-biographie et quelques onces de fiction. Car lire René Frégni lorsqu’on le connaît depuis de si longues années ressemble parfois à des rébus écrits à l’écriture sympathique.
Au texte originel, on ajoute ainsi des images, des visages, des paysages connus…
Il aura suffi d’un authentique couple d’amis libraires « pour de vrai » à Riez-la-romaine pour que le monde bascule, et que derrière les cris des corbeaux et le ronronnement d’un chat abandonné, l’inspiration revienne aux premières neiges.
« Ça sert à ça un ami ; à ne pas mourir quoi qu’on ait fait », écrit René Frégni en signe de credo. .
Une conclusion à cet automne pas comme les autres, en forme de main douce qui écarte lentement le destin.
J.-P.T
*** « Écouter le noir » (recueil collectif aux Editions Belfond).

Barbara Abel, Jérome Camut, Sonja Dezongle, François-Xavier Dillard, R.J Ellory, Karine Giebe – Invitée d’honneur de Blues & Polar 2019 - Nathalie Hug, Nicolas Lebel, Sophie Loubière, Maud Mayeras, Romain Puèrtolas, Laurent Scalèse et Cédric Sire, sont ici réunis sous la direction d’Yvan Fauth qui leur a donné pour thème L’Audition après une mésaventure personnelle résultant des suites d’un concert en avril 2008, où il a perdu l’audition.
« Et les sons sont devenus mes ennemis explique-t-il, devant lutter désormais contre les acouphènes, ces vertiges bourdonnants et une intolérance au bruit dénommée Hyperacousie. Le but et le mot d’ordre pour tous était donc de faire tendre l’oreille au lecteur en proposant des récits qui jouent avec les différentes définitions de l’audition. Des nouvelles où chacun a donné libre cours à sa noire imagination pour créer une atmosphère, des personnages inoubliables et cette fameuse tension propre au thriller authentique, celui qui vous happe des premiers mots… à la chute. Les éditions Belfond réhabilitent ainsi le format de la Nouvelle, quelque peu dédaigné en France alors qu’il s’agit d’un vrai style littéraire prisé dans les pays anglo-saxons. « Tous avaient carte blanche pour jouer avec les différents sens du mot « Audition » précise Yvan Fauth. Le résultat est souvent surprenant, formidable de talents et d’expression fortes. »
Et effectivement en piochant au hasard de Karine Giebel à Sonja Dezongle, en passant par Sophie Loubière et Ellory, c’est toute la folie liée au désormais silence qui nous entraîne dans des situations incroyables… comme l’idée de mourir enfermé tout simplement parce que les deux seules personnes capables de nous sauver sont sourdes… Un recueil collectif passionnant qui nous donne plein de conseils : - 1. N’écoutez pas la musique tête plongée dans un caisson de basse ou avec des écouteurs à fond. 2. Lisez « Ecouter le noir » pour vous faire peur assis dans un fauteuil. 3. Faites-vous appareiller si vous perdez l’audition. 4. Apprenez la Langue des signes !
J.-P.T
*** « L’assassin qui aimait Paul Bloas » de Pierre Pouchairet (Editions Palémon).

JPEG - Sorti des presses le 14 juin, le nouveau roman de Pierre Pouchairet, fidèle du festival Blues & Polar, nous est arrivé cette semaine, dédicacé de l’ami Pierre. Et il nous fait retrouver la commandante Léanne Vallauri toujours à la tête de la PJ de Brest avec ses copines fans de blues et de rock.
Une nouvelle plongée vers les cimetières de bateaux et de sous-marins de l’ancienne base militaire allemande cette fois, mais aussi dans le Brest souterrain interlope du monde de la nuit. Car comme dans tous les ports (Anvers, Marseille, Toulon, Valparaiso…) il s’en passe des choses, et des meurtres au couteau, l’arme de prédilection des bars et du monde de la mer, où tout peut chavirer pour une phrase ou un faciès qui ne revient pas…
Flic de terrain, Pierre Pouchairet l’est resté jusqu’au bout de ses sens, lui qui du commissariat de Nice à la Sécurité Intérieure à Kaboul - où tout pouvait sauter au moindre souffle d’air - a vu notre monde devenir de plus en plus fou et de plus en plus violent. L’appât du gain et du pouvoir étant toujours le moteur principal des malfrats de tout poil. Pierre Pouchairet évolue là comme un poisson dans l’eau, comme un beau bar dans le rail de Sein, tant il connaît avec précision cette côte merveilleuse allant de Brest à L’ile Tudy. Et on est toujours ravi à Blues & Polar de retrouver Léanne, Vanessa et Elodie, Stratocaster en main et batterie en fond, claquer du Roty Gallagher comme au bon vieux temps de Taste et des seventies. Avec Bullfrog blues, histoire de se lâcher. Il y a des fois où l’on aimerait que la fiction soit réalité…. Histoire de les programmer à Blues & Polar.
Jean-Pierre Tissier
*** « Quatre morts et un papillon » de Valérie Allam ***

(Editions du Caïman)JPEG
- C’est le premier polar de Valérie Allam paru aux éditions du Caïman animées par Jean-Louis Nogaro, venu il y a quelques années déjà à Blues & Polar.
« Quatre morts et un papillon » c’est le parcours chaotique de femmes cabossées par la vie contemporaine faite de séparations rapides, divorces, et de familles recomposées et décomposées à la fois. Un authentique roman noir ponctué de rapports amoureux passagers salutoires (ou pas !) en osmose avec le temps qui passe et s’égrène à toutes les vitesses possibles, surfant sur le tsunami des dangers habituels : alcool, drogue, viol, vol, dettes, et loyers impayés.
On y chemine au hasard des solitudes, entre jours sans fin de chacun et exploitations des malheurs de l’autre. Parfois avec difficulté (car écrit en petits caractères) pour suivre tous ces parcours simultanés jusqu’au choc extrême de la compilation des détresses qui génère la providence. Jusqu’au moment où ce roman réussi mais très noir et dans l’air du temps devient polar avec quatre morts certes, mais poésie également ! Il y a toujours des papillons peints sur les murs des pédiatries… »
J.-P.T

- « Dans son roman noir qu’est incontestablement « Quatre morts et un papillon », Valérie Allam nous entraine dans le sillage des laissés pour compte. Et ses personnages qui vont parfois jusqu’à la caricature, ont bien du mal à survivre entre addictions et obsessions... Si le style de Valérie Allam est fluide et se lit facilement, il faut du temps cependant pour se familiariser avec ses personnages liés par des situations improbables, et qui surfent vers des destins sordides, nous entrainant dans leur mal-être. Heureusement qu’une fleur de poésie pousse de temps à autre au milieu des décombres ! « Quatre morts et un papillon » ou le roman de destins tragiques.
Aude Locher

- « Livre surprenant que ce »Quatre morts et un papillon« , premier polar de Valérie Allam. En effet, dès que l’on a tourné la première page, le rythme est prenant et on est obligé de continuer à feuilleter pour connaître la vie de ces quatre femmes totalement différentes les unes des autres mais qui se rencontrent au travers d’accidents de la vie... On de demande bien comment va être la fin, et finalement la surprise est totale. Pas du tout ce que l’on pensait. Je me suis régalée. »
Muriel Gaillard
*** « Les Démons de l’Elysée » de Patrick Cavenair

Editions Ramsay JPEG JPEG
- Après Fusion froide, un premier thriller publié en 2013, Patrick F. Cavenair – c’est son pseudonyme – a proposé en 2018 une fiction envoûtante sur Mai 68 préfacée par Michel Field, La Tentation du Présent. Passionné par les différentes formes du pouvoir, il aurait été journaliste et consultant…
Avec Les Démons de l’Elysée, il nous conduit avec élégance sous les dorures du pouvoir, puis nous fait basculer dans le dédale obscur du palais de l’Elysée.
- Le corps dénudé et sans vie d’un conseiller proche du Président de la République est exfiltré du Palais de l’Elysée. Le commissaire Marchelieu est discrètement convoqué sur place, car l’enquête est délicate, et rien ne doit filtrer dans le Château et encore moins à l’extérieur. Mais un journaliste présent à l’Elysée le jour du meurtre mène sa propre enquête… Un tableau démoniaque du XVe siècle est au cœur de cette enquête parsemée des relations sulfureuses qu’entretiennent certains acteurs du monde politique…

« Voilà un roman vraiment très agréable à lire avec une intrigue bien ficelée qui nous tient jusqu’au bout. Mais il y a aussi une multitude de détails sur le mobilier de l’Elysée, le linge de l’Elysée, les tableaux qui s’y trouvent, les escaliers dérobés, les souterrains, l’abri anti-nucléaire enfouis sous terre profondément dont j’ai appris l’existence… qui sont particulièrement captivants. »
Muriel Gaillard

- "Danses macabres au Palais, ainsi pourrait se résumer cet ouvrage très excitant que l’on lit compulsivement, pour peu que l’on s’intéresse à la politique pour sa grandeur, mais aussi pour ses secrets d’alcôves qui ont émaillé la République au fil du temps, ainsi que le faisait la monarchie auparavant – pourtant issue de Droit Divin - avec autant de violence et de raffinement parfois dans les exécutions et crimes, souvent empreints de rituels alambiqués et de mystères.
Patrick F.Cavenair nous fait pénétrer dans ce palais bien gardé qu’est l’Elysée, comme dans un théâtre aux murs tapissés d’or et de velours rouge, où se cachent des couloirs, souterrains et même un abri anti-nucléaire dans les profondeurs du Faubourg Saint-Honoré. Mais la surprise la plus totale est qu’on se trouve dans des bureaux baptisés Jupiter jadis avec Emmanuel Macron soi-même et Bibi à ses côtés, tout comme les Gilets jaunes omniprésents eux-aussi. Exceptionnel et rare d’entrer littérairement de plain-pied dans du présent aussi frais (le livre est sorti début mai) au cœur d’un thriller, mais on est prévenu d’entrée par l’auteur que tous les conseillers du PR (président de la République) ne sont que pure fiction... Un moyen pratique pour venger le réel… commentait d’ailleurs récemment sur France Inter, l’écrivain-dramaturge Philippe Besson.
Et cette fiction-là nous entraîne dans des atmosphères interlopes, influencées par le tableau en trois dimensions de Jérôme Bosch « Le Jardin des délices » peint au XVème siècle, où se mêlent la luxuriance, l’harmonie jouissive et pour finir, un cloaque vomissant comme une diarrhée féconde et contagieuse. A l’image des meurtres qui vont se succéder au Palais, avec chaque fois des mises en scène folles comme ces deux oreilles coupées sur le cadavre d’un conseiller du PR, transpercées d’une lame ébréchées pointée vers le haut….Et pour nous faire comprendre que les mœurs au sommet de l’Etat laissent souvent libre cours à des rumeurs, étayées ou non, Patrick Cavenair revient – au travers de pages écrites en italique – sur les frasques sexuelles de Dominique Strauss-Kahn, le suicide de François de Grossouvre conseiller de François Mitterrand retrouvé mort le 7 avril 1994 dans son bureau de l’Elysée, l’Affaire Markovic garde du corps retrouvé assassiné après des révélations scabreuses sur Mme Pompidou, la dernière soirée de la Princesse Diana au Ritz … – non sans oublier une analyse politique très fine sur un quinquennat prenant l’eau émaillé de la fronde des gilets jaunes… Mais tout ça n’est que pure fiction…
Bref, lisez-le rapidement, car l’actualité (la vraie !) va très vite, et qu’outre la curiosité et les anecdotes il y a aussi de l’humour et de l’amour entre ces lignes bien senties ponctuées d’un vocabulaire châtié qui nous incite même à prendre le Larousse pour y découvrir des mots méconnus. Et ça, c’est toujours très enrichissant !"
Jean-Pierre Tissier
*** « Le Cavalier hilare » de Bob Passion

Editions Vents d’ailleurs.
JPEG - Si la couverture est plutôt surprenante pour un thriller, on l’oublie très vite, vu la qualité de l’écriture et de l’intrigue abracadabrantesque qui nous arrive, surprenante comme un sac de noix descendant du 15e étage à la Castellane… On débarque alors dans une sorte de spleen underground avec un mec imbibé de tristesse profonde, toujours sur le qui-vive et une intrusion dans des mondes parallèles au-delà des générations.
Des fins de la 2e Guerre mondiale dans la spirale un peu folle de 1943 sur le front russe, à la période actuelle dans les plaines d’Afghanistan et d’Ouzbekistan avec des terrains de culture de l’herbe grands comme des stades de foot, tenus par les Talibans. Certains d’entre-eux ayant grandi dans les quartiers nord de Marseille avant d’arriver ici via des parcours incertains et radicalement islamisés.
Et pour planter le décor de manière plus surprenante, on débarque pour de bon à Marseille – millésime 1983 - avec ses quartiers mêlant pauvreté, abandon, oubli et néanmoins solidarité entre paumés de la vie.
Rien de commun à première vue entre ce soldat nordiste perdu dans la steppe d’Ukraine planqué sous une chenillette explosée et des junkies défoncés et plein de dope du matin au soir en écoutant les Clash et les Ramones dans des squatts…
Et pourtant, c’est une tranche d’histoire du monde que délivre Bob avec Passion. La géopolitique en tout premier plan, telle une leçon explicative sur un autre ailleurs, empreint d’une grande limpidité. Comme l’a longtemps fait Bernard Guetta – le frère de David – chaque matin sur France Inter, avec beaucoup d’humanité et de lucidité surtout.
On y suit Jacques rescapé miraculeux de la tourmente guerrière du IIIe Reich mais dont la mémoire flanche parfois… La Vodka, présumée coupable au banc des accusés !
« C’était juste un dimanche où l’on avait grillé des chevaux ». De cette phrase étrange l’homme qui a conservé son treillis et son casque lourd, guettant l’ennemi sous la mitraille nous entraine à la recherche du temps perdu… et d’un trésor de lingots d’or enfouis sous une chenillette blindée !
C’est l’occasion de réviser son Atlas de géographie tout en comprenant l’évolution souvent contradictoire du monde.
Une aventure passionnante dont on se fait le film à chaque page avec des moments de nostalgie savoureux, comme ce moment magique où les photographes des années 70, chevaliers de la pellicule et du labo révélaient une image noir et blanc dans l’hyposulfite de sodium, la manipulant délicatement avec des pinces caoutchoutées, soufflant parois sur une zone pour faire monter les gris… « Le cavalier hilare » met du temps à faire apparaître toutes ces demi-teintes qui font le sel de ce roman ; mais l’aventure est si belle.
Jean-Pierre Tissier
*** « Tout ce que tu vas vivre » de Lorraine Fouchet

Editions Héloïse d’Ormesson

« Dans son dernier roman « Tout ce que tu vas vivre », Lorraine Fouchet nous plonge d’entrée au cœur d’un drame familial. Jonglant d’un personnage à l’autre avec brio, elle nous invite à résoudre une énigme qui nous entrainera de Paris et l’île de Groix jusqu’en Patagonie, tout en nous faisant partager l’intimité de chacun avec acuité et vraisemblance. Le style est fluide, le récit bien documenté, les personnages clairement compartimentés et l’énigme nous tient en haleine jusqu’en Argentine. Lorraine Fouchet nous permet d’éprouver ce vrai plaisir de lire qui incite au fil des pages à toujours vouloir connaitre la suite ! Ce roman international, vivant, sensible et alerte a donc tout pour plaire et nous ne pouvons qu’espérer qu’il y en ait d’autres de ce type par la suite... »
Aude Locher
*** « Le Prieuré de Crest » de Sandrine Destombes

(Hugo Thriller)
JPEG - De tous temps, les femmes ont subi les assauts des hommes, sans pour autant qu’ils aient obtenu leur consentement. La grande Histoire de France et du monde en atteste malheureusement ! Et nombreuses sont celles, qui - testostérone et ivresse du pouvoir conjuguées obligent - ont subi jusqu’au plus sordide de l’impensable, le fait d’être née fille. D’ailleurs, pour qui a fréquenté le Tribunal de Grande Instance et la Cour d’assises pour rendre compte des audiences dans la presse, la nausée de l’insoutenable émane parfois de certains dossiers avec force et folie, tant ils dépassent l’entendement. Notamment lorsqu’on évolue au sein du cercle familial le plus proche qui se doit d’être avant tout protecteur. « Le Prieuré de Crest », deuxième roman de Sandrine Destombes en est la parfaite illustration avec une Affaire au féminin qui nous entraîne très vite entre justice et vengeance ; les deux ne faisant pas bon ménage, même si le fil qui les sépare devient de plus en plus ténu et proche de la rupture, jusqu’à le faire craquer… Mêlant ainsi horreur et rebondissements. Avec notamment, une Voix off qui nous parle au fil des pages en italique, avec les mots d’une petite fille de 8 ans, enlevée, accidentée peu après et plongée dans un coma artificiel qui se délite peu à peu. Une idée géniale de l’auteure qui replace peu à peu grâce à cet éclairage d’outre-sommeil, le contexte de cette histoire aux ramifications familiales surprenantes, jusqu’à faire référence au fameux « Balance ton porc » de l’affaire Weinstein.
Le dégoût et la haine des hommes, moteur de ces victimes de viol accueillies dans un prieuré aux vertus pas si réparatrices, en arrivent à générer par le biais d’une toubib radiée de l’Ordre des médecins, un idéal exclusivement féminin qui interpelle et fait réfléchir sur l’âme humaine. Nous sommes les petites-filles des sorcières que vous n’avez pas pu brûler écrit d’ailleurs en préambule, Sandrine Destombes en faisant référence au spectacle de Christine Delmotte joué au festival d’Avignon off en 2018.
Un excellent roman qui dépasse le cadre du polar pour devenir fait de société, et qu’on pourrait retrouver – comme beaucoup actuellement - sous forme de téléfilm type « Meurtres… en Drôme » sur France 3. On prend les paris !
J-P.T

- Voilà un roman policier qui, au fil des pages, nous permet de suivre l’enquête, pas à pas, concernant la petite Léa, suite à son enlèvement. Des meurtres d’hommes jalonnent ce parcours qui s’enfonce toujours plus profondément dans la psyché de quelques fanatiques féministes. Le monde des Amazones serait-il le rêve ultime ?
Et la petite Léa en est-elle l’aboutissement ou la victime ?
Car de quoi rêve-t-elle, tout compte fait, si ce n’est de ce que tout enfant désire ? Des esprits torturés mais brillants peuvent parfois cacher des grottes obscures et des psychoses avérées.
Les blessées de la vie cherchent vengeance ; vont-elles y parvenir ?"
Aude Locher
*** « La Nuit des bras cassés » de Maurice Gouiran

(Jigal Polar) Sorti en 2000, ce livre vient d’être réédité avec succès.

- Maurice Gouiran dans « La nuit des bras cassés » entraine le lecteur de péripéties en rebondissements navigant entre Rome et New York pour mieux finir à... l’Estaque ! Un véritable trésor familial, acquis frauduleusement pendant la deuxième guerre mondiale, n’en finit pas de susciter convoitises et menaces. Lentement mais sûrement, le puzzle se met en place et l’étau se resserre dans les effluves du pastis et au son des cigales. Maurice Gouiran nous fait partager, tout au long de son roman, la vie des piliers de bar de l’Estaque et la langue des autochtones. S’ensuit donc logiquement une chute aussi alambiquée que toutes ces vapeurs d’alcool !"
Aude Locher
*** « La Vague" d’Ingrid Astier

Editions Les Arènes Collection Equinox. Sorti le 17 février. JPEG
- Ingrid Astier signe avec « La vague » un roman résolument exotique ! Nous voici plongés dans l’univers des surfeurs tahitiens (à vos dictionnaires !) et des adeptes d’adrénaline. Nous offrant de partager au quotidien la vie des autochtones, Ingrid Astier délimite clairement les bons et les méchants. Mais la vie et l’âme humaine sont-elles aussi simples ? Dès lors, la chute nous interpelle : l’héroïne principale n’a-t-elle donc pas voix au chapitre ? A conseiller aux amateurs de tropiques pour un univers décoiffant !
Aude Locher

- On était resté intensément ébloui par son précédent « Haute Voltige » et les envolées intrépides, téméraires, esthétiques et lyriques de Djeko vers les sommets des gratte-ciels parisiens pour y dérober discrètement des œuvres d’art incomparables à l’image des derniers tableaux d’Henki Bilal ; tel un Spiderman aux allures de Patrick Edlinger et Arsène Lupin.
La descente vertigineuse et périlleuse des surfeurs d’élite au creux de la vague mythique qu’est Teahupo’o sur la presqu’île de Tahiti n’est pas de la même veine haletante. En effet, le jargon très technique et hyper anglicisé du monde de la planche n’est pas fait pour faciliter la compréhension des néophytes béotiens que nous sommes, et il faut du temps également pour se familiariser avec les prénoms et surnoms tahitiens, certes fleuris mais peu aisés à retenir….

Bref, on s’embrouille parfois sans jamais trouver ce qui fait tout le charme d’Ingrid Astier en milieu urbain : à savoir l’instant où l’on va surfer nous–aussi sur les mots, en quête d’aventure et d’inattendu.
Certes, on découvre comme toujours avec la gastronome Ingrid (Coup de cœur Blues & Polar 2010 pour Quai des enfers) une cuisine des îles haute en couleurs et en saveurs magiques, une végétation luxuriante, colorée, génératrice de légumes, épices et fruits merveilleux qui nous font rêver rien qu’en découvrant leur nom (bananes, citrons, mangue, mangoustan, fruits de la passion...).
Mais ce quotidien aux allures de carte postale, nous entraîne très vite au creux de la vague, au travers d’un monde fait d’indolence et de violence, de packs de bière, surf, joints, pétards… et des fameux cristaux d’Ice cette drogue si destructrice qui fait exploser le cerveau de celui qui en abuse. « La Vague » est comme un fleuve de mélancolie qui entre mer et forêt s’étire langoureusement avec indolence, diffusant des fragrances d’ylang-ylang et de tiaré au beau milieu d’une vague rageuse se dressant comme un cobra pour mieux punir les hommes qui n’ont pas humilité de la respecter."
Jean-Pierre Tissier

- « Voilà un livre agréable à lire pour peu que l’on ait de l’imagination… On voit très bien la fameuse Vague – la plus haute du monde - dont parle Ingrid Astier avec les surfeurs venant l’affronter. On voit très bien aussi la presqu’île de Tahiti avec ses fleurs merveilleuses, ses fruits aux noms poétiques, mais aussi l’envers du décor avec une délinquance très forte symbolisée par le commerce de la drogue. Une belle histoire qui ne fait pas de vague... Je me suis régalée ».
Muriel Gaillard
*** « Tango à la Romaine » de Phillipe Carrese +

(Editions de l’Aube) Sorti le 7 février.
JPEG - Après Virtuoso obstinato (2014), Retour à San Catello (2015) et La Légenge Bélonore en 2016, Philippe Carrese revient - enfin ! - à sa passionnante saga piémontaise après une année de réflexion sur L’Histoire de l’humanité en 2018 qui l’a éloigné du polar à la Marseillaise de jadis, mais pas de l’humour noir et grinçant dans lequel il excelle ; façon cinoche rital des années 70 comme Affreux, sales et méchants ou du Bal d’Ettore Scola...
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- Avec Tango à la Romaine, Philippe Carrese nous entraîne en mai 67 à Rome, sur les bords du Tibre, quand certains Italiens de tous poils et toutes conditions, attirés par l’Extrême Gauche, y préparent des attentats spectaculaires sous l’égide du Potere rosso (Pouvoir rouge), alors que les Américains et leurs Services secrets installés dans la Botte depuis la chute de Mussolini et la Seconde Guerre mondiale, sont sous haute pression internationale ; englués qu’ils sont par le conflit du Vietnam, tout en étant perçus comme des envahisseurs par les rescapés des vieilles cellules communistes italiennes réunissant ouvriers et étudiants.
Au beau milieu de ce peuple agité, méfiant, et et toujours infesté de rivalités intestines, on retrouve un Pietrino Belonore descendant du Patriarche de San Catello (1er tome de la Saga) qui a toujours en mémoire le viol de sa mère, alors qu’il avait six ans, par trois GI américains au moment de la Libération , et le départ mode fissa-fissa de son géniteur marseillais justicier et vengeur Charles Ceseran pour l’Amérique, sous le patronyme italien de Carlo Ceserano.
JPEG C’est là le début d’une nouvelle aventure haletante et débridée, dans laquelle Zefirino le chiffonnier de Petrala échafaude sa vengeance après la mort de sa mère « littéralement explosée » par un cartable miné diaboliquement installé sous un pont, mais qui ne lui était pas destiné. De ce « dommage collatéral » s’ensuit une passionnante chasse aux auteurs présumés, au Potere rosso, aux faux-culs de toutes sortes, ponctuée de bifurcations américaines et romaines imprévues comme l’amour au coin d’une rue, la sortie du disque des Beatles Sgt Pepper’s ou la Guerre des 6 jours en Palestine qui accaparent l’actualité de la presse au détriment du cartable miné du Pouvoir rouge pris pour un simple péripétie.
JPEG Une nouvelle fois, Philippe Carrese nous guide avec bonheur et gourmandise avec ses mots empreints de lumière du sud, pour finir Outre-Atlantique au cœur du Bronx, marchant comme un funambule aguerri sur le fil ténu qui joint depuis les origines de l’Amérique, les terres calabraises, mafieuses aux méandres de la politique américaine prête à toute les compromissions pour éliminer le mal collectivisme venu de l’Est...
Bon sang, quel film formidable ferait cette saga dont on sent la patte du Carrese cinéaste réalisateur talentueux de Malterra, Liberata et L’Arche de Babel, derrière les mots. Autant de films mêlant histoire, passion, et analyse hors des sentiers battus pleine de justesse et de vérités oubliées ou méconnues. Mais il nous manque encore le tome 5 !
J.-P.T

*** Nous n’aurons jamais la suite de cette saga si passionnante ; Philippe Carrese notre ami et parrain historique du festival Blues & Polar s’en est allé rejoindre les étoiles en juin dernier... Bien trop tôt, « Mon vié, qu’il disait ! »
*** « Dix petites poupées » de BA Paris ***

Editions Hugo Thriller

" B.A Paris, auteure de Derrière les portes vendu à plus de deux millions d’exemplaires et de Défaillances vit en France désormais. Son dernier roman est un thriller psychologique qui tient en haleine tout au long des pages avec une personne qui dépose des petites poupées russes dont on sait qu’elles sont au nombre de dix. Plusieurs coupables sont possibles au fil des dépôts.... On se dit que c’est lui, et puis non ! Mais j’avoue qu’avant la fin du livre je savais qui était l’auteur des faits.
En tout cas, c’est un très bon livre qui entretient le suspense en permanence."
Muriel Gaillard
** "LA CAGE DE L’ALBATROS de Pierre Pouchairet ***

Editions du Palémon

*** « La Cage de l’albatros » de Pierre Pouchairet est sorti le 7 décembre aux éditions Palémon. Un suspense entre La Pointe du Van et Landévennec…

- Avec « La cage de l’albatros », le dernier roman de Pierre Pouchairet, nous retrouvons la commandant(e) Léanne, chef de la PJ du Finistère, pour de nouvelles aventures sur le fil du rasoir !
Au cours de son récit, Pierre Pouchairet introduit de vrais méchants et de faux gentils. Ses personnages ont l’air, tout d’abord, caricaturaux mais, au fil de l’eau, les langues se délient et certains gentils ne le restent pas forcément...
« La Cage de l’albatros » est un roman policier maîtrisé et crédible, car écrit par un homme de terrain. Le récit va crescendo. Les personnages, tout d’abord si limpides, paraissent s’étoffer peu et peu et, au fil d’une météo bretonne omniprésente, paraissent s’écharper et régler leurs comptes à chaque détour du chemin !
Même si ce roman policier est distrayant, voire parfois dérangeant, c’est un feuilleton supplémentaire de la vie de la commandant(e) Léanne et cela n’a ni le piquant ni l’exotisme racé qu’a su nous faire vivre Pierre Pouchairet dans « La prophétie de Langley » ou dans « Une terre pas si sainte »... Alors, à quand le prochain ?
Aude Locher

- « Habitué de Blues & Polar, lauréat du Prix du Quai des orfèvres 2017, l’ancien grand flic bourlingueur vit aujourd’hui au Cameroun, mais il vient de sortir son premier polar breton, et ça décoiffe comme une Bigoudène marchant vers Combrit, en plein vent de noroît, avec quelques verres de chouchen dans le chignon….
Moteur ! Action ! Pierre Pouchairet est désormais devenu un incontournable des thrillers haletants où l’on tourne les pages vivement - ce fameux « page turner - pour connaître la suite de l’enquête. Il puise donc allègrement dans son ancien métier très proche du terrain, tout en ayant désormais édulcoré les sigles si chers aux guerres multiples des polices de tous bords entre elles, pour arriver à l’essentiel. Le cœur de l’intrigue à démêler d’abord. Et pour notre grand plaisir !
Autant dire que l’air pur de Bretagne et de la Baie des Trépassés en toile de fond d’Audierne l’a plutôt bien inspiré. Lui qui nous avait plutôt habitués aux tribulations des grands voyous ou de terroristes kamikazes en Israël, Palestine, Afghanistan, Turquie, Monaco, le Berry et Paris, se retrouve là dans un environnement policier, militaire et naval, très visuel pour qui a déjà traîné ses errances jusqu’à cette pointe de France sublimée par son décor ressemblant à une dentelle taillée au couteau. On y découvre des enquêtrices passionnées de blues au point de former parfois un combo éphémère, des clins d’œil à ses collègues de plume (Norek, Lemaître, Lebel…) avec – cerise sur le gâteau – un public féminin féru de polar qui devient d’un coup, acteur et metteur en scène au cœur d’un cimetière de bateau… Il faut lire le roman pour comprendre. Une fin en forme de coup de poing ; une tuerie nocturne au coin du feu pour péché mignon !
J.-P.T

- « Encore une fois quand on commence un livre de Pierre Pouchairet, on est happé tout de suite et on ne lêche plus le livre. En plus, cette fois encore, il mêle à l’histoire des faits d’actualité qui s’imbriquent parfaitement dans l’ensemble. C’est comme si on accompagnait ces trois filles Léanne, Elodie et Vanessa sur les lieux des crimes avec descriptions qui nous permettent d’imaginer le décor. Tout y est réuni pour un bon moment de lecture. »
Muriel Gaillard
« Toutes blessent, la dernière tue » de Karine Giebel

Editions Belfond

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- "Chaque mardi soir, de 20 h30 à 21h 30, pendant treize ans (de 1952 à 1965), sur les ondes de Paris Inter, puis de France Inter, la mythique émission radiophonique de Pierre Billard, Les Maîtres du mystère a remplacé la télévision dans bien des foyers… On vibrait intensément en famille, autour de la table de la cuisine, et on frémissait en écoutant les fabuleuses histoires à suspense interprétées de voix de maître par Michel Bouquet, Raymond Souplex, Roger Carel, Jacques Balutin, Michel Piccoli, Rosy Varte, Juliette Gréco... et bien d’autres. Des dramatiques comme on disait à l’époque, souvent tirées d’un célèbre polar ou écrites spécialement pour l’émission, qui ont attiré jusqu’à des millions d’auditeurs autour de ce rituel mystérieux et quasi-hypnotique du mardi propagé par les ondes de la radio.
Une formule reprise - avec autant de succès - sur Radio Luxembourg, avec Jacques Jouanneau héros du feuilleton du samedi soir joliment appelé Dans les mailles de l’inspecteur Vitos. Une émission sponsorisée (déjà) par la marque de bas Vitos, et qui durera jusqu’en 1957 avec les voix de Frédérique Hébrard et Yves Furet.
Karine Giebel qui vient de publier Toutes blessent, la dernière tue y ferait assurément recette aujourd’hui via ses 1.300.000 exemplaires vendus à ce jour, car en quelques années, la Varoise venue quasiment inconnue à Blues & Polar en 2010, a pris une dimension incroyable dont elle ne réalise toujours pas l’ampleur (*).
Dans ce dernier pavé de 640 pages, Karine nous entraîne vers de fausses pistes avec deux récits écrits en parallèle, dont on se dit néanmoins, de temps à autre, au fil des pages, au travers d’un nom, d’une région, d’un mot… qu’ils pourraient éventuellement avoir une concordance un jour, mais sans aucune certitude !
C’est là, tout l’art de l’esquive de Karine Giebel qui sait nous entrainer dès les premières phrases, dans une lecture hypnotique que l’on a envie de mener à son terme d’un coup. Fusse au prix d’une nuit sans sommeil. Mais à chacun sa technique de lecture, son envie, sa disponibilité… Moi je préfère donner du temps au temps, pour que l’histoire mature en tête pendant quelques jours en imaginant des scénarios improbables.
C’est encore le cas cette fois, avec l’évocation de l’esclavage contemporain pratiqué dans certains milieux aussi divers qu’hétéroclites (gros bourgeois, nouveaux riches, africains…) que Karine Giebel porte à notre connaissance.
Elle en a d’ailleurs fait son combat personnel, après deux années d’enquête auprès d’une organisation marseillaise (*) spécialisée dans cette cause.
Au gré des pages, l’inconcevable comportement des adultes propriétaires de la petite Sama (marocaine de 9 ans) vendue par son père comme bonne à tout faire, sans papiers ni salaire, à une tante vivant en France nous file la nausée.
Avec la farouche envie de débarquer subitement dans cette famille de Tenardier du XXIe siècle vivant dans les beaux quartiers (mais pas toujours) pour y faire justice. Comme une colère sourde qui n’en finit pas de monter devant tant de barbarisme et de férocités diaboliques distillés par des prfessionnels du mal (autant homme que femme) ayant un pois chiche à la place du cerveau, un pavé à la place du cœur, et un sexe qui ne sait pas où il habite… face à une enfant.
Pathétique et intolérable, le polar de Karine Giebel – même si les flics y sont rarissimes – nous entraîne dans les travers d’une société actuelle de plus en plus primitive et barbare. Était-ce mieux avant ? Sûrement pas ! Karine Giebel pose les questions.. A la société d’y répondre.« _ Jean-Pierre Tissier »L’intrigue est bien construite. Tout ici semble réel avec notamment beaucoup de détails, et la recherche du milieu où se passent les actions. Les auteurs du roman semblent eux, vivre dans une certaine inconscience ; mais dans l’ensemble l’histoire est un peu longue, tandis que les rebondissements et la cruauté des acteurs me semblent exagérés. Trop de crimes et de détails malsains. Tout cela ferait bien en revanche, un bon scénario de film.
Quoi qu’il en soit, j’ai eu un grand plaisir à lire ce livre. Il m’a tenu en haleine pendant tout le temps de sa lecture."
Julien Venzal
« La Terre des morts » de Jean-Christophe Grangé ***

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Editions Albin-Michel
« Encore une fois le dernier livre de Jean-Christophe Grangé nous tient en haleine jusqu’au bout. On croit connaître la fin de l’histoire, mais non ! Il y a toujours un rebondissement. »La Terre des morts« est une histoire »tordue" qui se déroule dans le monde de la prostitution, du sado-masochisme (SM) et du bondage...
J’étais à fond dans l’histoire ; avec une seule envie reprendre le livre pour le finir. Que du plaisir."
Muriel Gaillard

« La Terre des morts » de Jean-Christophe Grangé (Albin-Michel)
– Avec La Terre des morts, sorti en avril 2018, Christophe Grangé, c’est encore une (ois - et pour toujours semble-t-il - du chaud de chez très chaud dans l’action, jusqu’à la dernière seconde, la dernière ligne, la dernière image, la dernière surprise… tant les fausses pistes se succèdent et s’imbriquent à l’envi, tel l’engrenage implacable d’une série TV avec une série d’assassinats de strip-teaseuses mis en scène comme des œuvres d’art qui trouble le commandant Corso. Mais ce qu’on aime aussi chez Grangé, ce sont ces zones de silence et de quête de la vérité qui nous entraînent dans de hauts lieux culturels comme le Musée de Madrid en y cherchant des explications aux meurtres horribles de ces filles jusque dans le détail des toiles monumentales de Goya, noires, sombres, effrayantes, carnivores, incestueuses… On navigue alors, en parallèle, dans le monde interlope du vice sans vertu et de la jouissance à n’importe quel prix, ni morale. On est par instants comme dans la série Kepler (s) avec Marc Lavoine, diffusée récemment sur France 2. Peut-être la patte du maître en filigrane ?
Assurément, La Terre des morts est une histoire très bien ficelée, avec et sans jeu de mots, (vous comprendrez en lisant) qui se penche aussi sur le monde de la Justice et celui plus feutré des Cours d’Assises, où selon que vous soyez puissant et riche vous ne serez pas défendu par la même « pointure » du Barreau. Ferrari ou Fiat 500 ? Dupont-Moretti ou robe noire du commis d’office ? « Corso ne pouvait admettre que la Justice repose sur le talent d’un seul bonhomme, la mauvaise humeur d’un autre, ou simplement le fait qu’il pleuve ou non ce jour-là… » L’inoubliable auteur des Rivières pourpres en 1998 signe là un suspense de haut vol sans cesse renouvelé au fil des pages que l’on tourne inlassablement, sans sourciller.
Jean-Pierre Tissier

« Voilà un très bon bouquin, bien écrit de surcroît. Le suspense dure jusqu’à la fin, les rebondissements sont nombreux, et les actions bien construites. De plus, l’auteur joue avec notre patience jusqu’au final. Ce fut un régal de lire ce livre bien que la trame en soit quelque peu alambiquée. Mais chapeau à l’auteur pour le suspense et l’épilogue. Merci ! »
Julien Venzal
« Mort en eaux grises » de Pierre Pouchairet (Editions Jigal Polar) JPEG - « En quelques années, Pierre Pouchairet qui a fait ses premiers pas littéraires au festival Blues & Polar de Manosque 2015 (*) aux côtés d’Olivier Norek, s’est taillé une belle réputation, justifiée, d’analyste prémonitoire de notre société. Notamment lors des massacres inattendus du terrorisme djiadhiste de triste mémoire, ayant écrit Une Terre pas si sainte et La filière afghane aux éditions Jigal Polar de Marseille, quelques mois avant les attentats meurtriers de Charlie Hebdo et du Bataclan. Mais Pierre Pouchairet a refusé de les sortir à la date initialement prévue, par pudeur et pour éviter aussi toute éventuelle critique allant dans le sens d’une récupération de la tragédie. Chacun de ses livres est désormais attendu pour la véracité de ses scénarios qui s’écrivent au rythme de son expérience sur le terrain à Versailles, Nice, Grenoble… mais aussi d’attaché à la Sécurité intérieure à Kaboul (Afghanistan) de 2004 à 2010 où il était à la fois policier avec un statut diplomatique, chargé de conseiller l’ambassadeur de France sur les relations avec les services de sécurité locaux et l’évolution des menaces, mais aussi d’entretenir des contacts avec les représentants de polices internationales. Cette fois, c’est le risque d’attaque biologique de très grande ampleur au travers de la distribution d’eau potable alimentant des millions de personnes – tellement tentante pour des fous kamikazes – que Pierre Pouchairet conjugue avec le sens du suspense et du réalisme. Et on mesure ainsi tout ce que nos différentes Forces spéciales (GIGN, Raid… plongeurs et tireurs d’élite) peuvent être amenés à affronter. Mort en eaux grises est un polar inquiétant et rassurant à la fois, car on est au cœur d’un véritable documentaire littéraire haletant, mais qui nous invite désormais à vivre – tels les Israéliens – dans la vigilance constante, tant ces illuminés intégristes et intolérants à l’extrême chargés au Captagon possèdent un cerveau fanatique dénué de toute parcelle d’humanité. »
Jean-Pierre Tissier

« Encore une fois j’ai eu un immense plaisir à lire un livre de Pierre Pouchairet. Tout de suite, on est au cœur de l’action parce qu’on suit étape par étape la traque de terroristes djiadhistes, au travers de l’action des différents corps de police du territoire. L’objectif est de déjouer une terrifiante attaque chimique. Fiction ou future réalité un jour ? C’est un livre passionnant et perturbant à la fois. »
Muriel Gaillard

- JPEG Pierre Pouchairet a reçu le Prix Interpol’art en 2015, le Prix du Polar Michel Lebrun… et le Prix du Quai des orfèvres en 2017 des mains du Directeur de la Police... et d’Alain Delon !
*** « Les Mains dans les poches » de Bernard Chenez ***

(Editions Héloïse d’Ormesson) .

« C’est la main qui voit et c’est l’œil qui dessine. »
Pour qui a connu Bernard Chenez et ses dessins en forme de chronique dans L’Equipe et L’Equipe magazine notamment, c’est toute une époque des sixties et seventies qui revient en mémoire, avec ces « Mains dans les poches » écrit au crayon gris de la nostalgie.

"Doucement, avec tendresse, émotion et mélancolie surtout, pour ceux qui font partie des baby-boomers et des enfants de mai 68, comme moi.
Prévert, Ferré, Caussimon, et leurs mots parfois disparus, reconnaissables entre mille sont là, bien présents au fil des pages du Quartier Latin à la Porte Clichy.
France-Soir, L’Huma, les cibiches, Gauloises, Celtiques, Boyard maïs… le zinc des troquets des Halles, les anars, le Parti Communiste, l’île Seguin et les travailleurs de chez Renault, et les « négros » et autres « bicots » vertes expressions verbales inévitables - et collatérales – de la détresse des appelés du contingent partis en Algérie pour une opération dite de « sécurisation du territoire » dont beaucoup ne sont pas revenus. « Les Mains dans les poches » est un essai qui nous entraîne pages après pages dans un passé pas si lointain, mais aux antipodes d’aujourd’hui.
Car en 50 ans, tout a changé. Le numérique via Internet et les réseaux sociaux, a tout emporté sur son passage.
Et le mot autodidacte - celui qui se forme tout seul – comme l’a été Bernard Chenez (et moi-même) n’a plus guère cours aujourd’hui, coincés que sont les jeunes entre apprentissage officiel, métier non-choisi, études longues… et chômage avec bac + 3 au bout du compte !
En guise de conclusion, Bernard Chenez nous fait voyager dans Paris et l’enfance en batifolant à reculons…
« Vouloir parcourir les chemins de son enfance, écrit-il. C’est étaler des coques de noix sur une table, les recouvrir d’une nappe légère, et tenter de mettre le couvert. Au mieux, chaque assiette est de travers. Éventuellement, les verres se brisent. Pourtant, je persévère. Je m’obstine à dresser une table, attendant des convives qui ne viendront pas. »
J.-P.T
« Affaires de famille » d’Agnès Naudin ***

Editions du Cherche midi
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* Premier livre pour Agnès Naudin capitaine de police au sein de la Brigade territoriale de la protection de la famille. Et déjà la Une de VSD et un passage sur BFM TV pour cet ouvrage qui revient sur trois affaires : un bébé secoué, un viol sur mineure et un viol conjugal. Autant de sujets qui mettent mal à l’aise et qu’Agnès Naudin dévoile sans tabou, en évoquant ses deux vies, professionnelle et privée. Une confrontation pas toujours facile à vivre. Affaires de famille est sorti le 6 septembre.

- "Pour sa première expérience d’écriture, Agnès Naudin jeune capitaine de police à la Brigade de protection de la famille nous entraîne non pas en littérature, mais en réflexion sur un métier pas comme les autres, au service du public et notamment de la famille au sens le plus large du terme, avec tout ce que cela suppose comme déviances, brutalités, ignominies… commises parfois sur des enfants, voire des bébés…. Mais c’est aussi une réflexion sur la société actuelle et comment arriver à mener de front - et en parallèle - une vie familiale normale de jeune mère célibataire, si tant est qu’aujourd’hui la normalité est plus que souvent recomposée…
« Il n’y a pas de manuel dans la Police nationale pour expliquer comment réagir face à la mort, explique Agnès Naudin, dès les premières pages de son livre. Pas de préparation pour le jour où on risque de se retrouver face à un fêlé armé. Pas de préparation pour le jour où on apprend que tel collègue s’est suicidé en se tirant une balle dans la tête…
Pas de préparation pour celui qui travaille en police secours, intervient en premier sur un accident mortel… et se retrouve face à un motard étêté ! Toujours pas de préparation pour le jour où il faut annoncer à des parents que leur fils de 14 ans est décédé, renversé par un chauffard… Quand on est flic, on doit forcément être fort, poursuit-elle car l’ennemi premier, c’est celui qu’on ne voit jamais et qui fait des ravages en silence ; c’est le jugement ! Et on n’a pas le droit de faillir ! Et forcément, ça ne colle pas avec l’idée du psy, alors que son utilité n’est plus à démontrer…. En attendant, on continue d’être confronté à la mort. Tous les jours ! »
En mélangeant son parcours personnel et intime à son quotidien professionnel de flic au cœur du milieu familial de tout âge, on découvre toute la complexité d’une fonction au service de la nation, qu’on a embrassée à bras ouverts au moment des attentats de Charlie et du Bataclan, et qui aujourd’hui reçoit des machines à laver ou des parpaings quand une brigade de Police – et même les pompiers, aberration totale ! - rentre dans une cité…
Pourquoi écrire ? Agnès Naudin s’est posée la question après quatre jours passés dans un ashram et le silence troublant qui va avec…
« Je n’ai pas de réponses dit-elle. Mais elles viendront quand ce sera le moment. Il est juste essentiel de se laisser porter et d’accepter cette « mission ».
Un livre utile pour comprendre l’essentiel de la vie, mais aussi ses fantômes…"
J.-P.T
« La Brigade des caves » de Claude R.A Muller **

(Editions Sydney Laurent)
JPEG - La « Brigade des caves » - roman policier inspiré d’un fait historique réel s’étant déroulé à Aix-en-Provence pendant la Seconde guerre mondiale - est une enquête de police menée jusque dans le moindre détail, et dans toute sa complexité , avec deux meurtres sur les bras à peu de temps d’intervalle. Celui de la fille d’un très grand galeriste du milieu bourgeois aixois, et celui d’une étudiante au double profil, journaliste à ses heures, retrouvé dans une cave d’une cité d’un quartier plutôt chaud et mal famé où ça deale à tout-va... Tout cela sur fond de rivalités policières entre Brigade des Stups et SRPJ, et un lien à trouver entre ces deux crimes... Jusqu’à ce que la mémoire de l’Occupation en Provence et ses souvenirs autant douloureux que douteux parfois, reviennent à la surface, comme un trait de lumière dans une affaire confuse et ardue à démêler.
D’un coup, les menus détails considérés comme secondaires prennent un relief nouveau, comme les fragments d’un kaléidoscope dont une rotation minime change l’agencement... La spoliation de tableaux d’artistes en devenir, ou déjà considérés comme des chefs-d’œuvre à des marchands d’art ou collectionneurs - avant tout Juifs - ayant été un des jeux favoris des nazis. Comme quoi, incroyablement, le chef de la Kommandantur pouvait être ému devant une nature morte figurant la Sainte Victoire… et envoyer des wagons de gens au four à Auschwitz ou Dachäu, sans le moindre état d’âme. Le tout avec la complicité de français ressemblant à des girouettes suivant le vent. Beaucoup ayant opté pour la Résistance en fin de course, histoire de gommer un passé ambigu.
C’est donc au cœur d’une enquête fouillée et à rebondissements d’une semaine, vue de l’intérieur, que Claude Muller nous entraîne à travers « La Brigade des caves ». Un écheveau ténu et plutôt compliqué à démêler par instants, pour connaître la vérité sur les mobiles de ces deux crimes et identifier le ou les meurtriers, et qui nous éclaire sur le travail de fourmi des enquêteurs.
Car loin du yaka, c’est au contraire la minutie et l’intuition associées aux nouvelles techniques de la Police scientifique qui prévalent.
Mais « La Brigade des caves » en faisant remonter en surface des événements douloureux comme la destruction du quartier du Panier à Marseille et la déportation de ses habitants, le guet-apens des Résistants fusillés à Signes... est un livre empreint de mélancolie et de colère. Souvenir d’une époque pas si lointaine où les hommes fascinés par des dictateurs fous (Hitler, Staline, Mussolini, Franco...) ont été capables de monstruosités sans nom. Le drame, c’est qu’au XXIe siècle, le monde est toujours aussi fou.
J.-P.T
*** « Couleur Pivoine » de Christian Schünemann et Jelena Volic **

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(Editions Héloïse d’Ormesson)
- Best-seller en Allemagne, « Couleur pivoine » comme la fleur symbole du Kosovo, est un vrai polar géopolitique qui nous entraîne au cœur des Balkans - éternel point chaud du monde - en Serbie, Bosnie, Croatie, Kosovo et Monténégro. Autant de provinces de l’ex-Yougoslavie de Tito, devenues nations à part entière aujourd’hui, mais dont on n’a toujours pas compris (vu de France) comment tant de haines folles et génocidaires entre-elles ont pu déclencher des centaines de milliers de morts en cette fin de XXe siècle, et des massacres abjects de toutes parts.
Une folie des hommes poussée à son paroxysme en pleine Europe à deux heures d’avion de Paris...
Et l’impression désagréable de ne pas savoir vraiment qui a commencé à mal se conduire avec l’autre, « alors que pendant des siècles ces cultures avaient grandi ensemble en s’enrichissant les unes des autres expliquent les deux auteurs. Et que d’un coup, politiciens et nationalistes se sont mis à insister sur les différences et à couper les cheveux en quatre ! »
Résultat : une haine tenace qui malgré le temps qui passe est toujours bien présente, et une blessure qui ne se refermera jamais.

La criminologue Milena Lukin spécialiste des crimes de guerre en Ex-Yougoslavie, nous conduit au plus profond du quotidien de ces ethnies à vif, cruellement éprouvées et qui n’arrivent pas - notamment dans les campagnes - à se reconstruire malgré tous les plans conçus par l’Union Européenne... et tout l’argent qui va avec.
Car dans ces pays où la réconciliation n’est pas pour demain, la corruption et un sport national.
C’est ce qu’essaie de mettre au jour Milena Lukin avec l’aide d’un ancien procureur pour connaître la vérité sur la mort d’un couple de vieux Serbes assassinés froidement d’une balle dans la nuque peu après leur retour au Kosovo ; alors qu’il s’agissait d’une opération pilotée par l’ONU !
Ce polar géopolitique à 200 % démontre bien toute la complexité des systèmes véreux qui dirigent ces nouvelles nations, et même si on se perd parfois dans tous le noms en ic (Spajic, Valetic, Bozovic...) malgré une bonne connaissance des talentueux footballeurs y existant, on lit ces 350 pages avec une belle avidité.
Jean-Pierre Tissier
MÊME LES MONSTRES de Thierry Illouz

JPEG Enfant des cités, fils de français d’Algérie devenu avocat pénaliste, il s’interroge sur la question qu’on ne manque jamais de se poser
« Comment peut-on défendre des monstres ? »

- « L’auteur avocat essaie de nous faire comprendre, avec ses mots à lui et ses propres, arguments pourquoi il défend les monstres... J’ai du mal à adhérer à cette idée,mais ce livre est fort bien écrit, clair, rapide à lire... Voilà tout est dit ! »
Muriel Gaillard
LA NUIT DE L’OGRE de Patrick Bauwen

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- « J’ai adoré ce livre dès la première page car on rentre dedans tout de suite. Il y a plein de détours sur lemédecine urgentiste avec la pratique des médecins légistes également. J’aurais aimé qu’il y ait plus de pages encore... A quand le prochain Bauwen ? Un vrai régal ! »
Muriel Gaillard
UN COURT INSTANT DE GRACE d’André Bucher **

(Editions Le Mot et le reste)
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- Lorsqu’il parle de la nature et de son infinie diversité de formes, de couleurs, de montagnes et de forêts, André Bucher, le poète-paysan de la Vallée du Jabron - entre Drôme méridionale et Alpes-de-Haute-Provence - sème et disperse les mots sur le papier vierge et immaculé, comme des nuances de tons fauves et sauvages. Telle une poésie sifflée aux vautours, gerfauts, renards, truites, sangliers et autres chevreuils et cervidés.
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A l’image du peintre Luc Gerbier face à ses toiles géantes sur les hauteurs de Montjustin, aux confins du Luberon oriental, en y associant l’imaginaire des nuages, cygnes-cumulus et grues-nimbus, pour mieux faire apprécier au monde toutes les chimères qu’il visionne chaque matin et soir sur ces crêtes enchantées lorsqu’elles sont balayées par pluies et tempêtes...
Mais au-delà de ses descriptions fouillées et lyriques, avec une pointe d’humour et d’ironie néanmoins çà et là, André Bucher aime à y associer cette vie quotidienne des solitaires bergers, bûcherons, fermiers… épars sur ses flancs rocheux comme un tapis de chanterelles. Tapis dans ces hautes vallées bas-alpines, du Jabron,du Laverq, en passant par La Blanche, Le Bès, et les Gorges du Trévans.
Car il y a toujours eu en ces lieux depuis des dizaines d’années – et bien que ce ne soit qu’un roman de fiction - un projet véreux pour l’environnement à y naître, nocif pour les forêts, la nappe phréatique, l’air, la santé publique…. Avec pour pendant dans la balance, une potentielle création d’emplois.

Enfouissements de déchets ultimes, coupes de forêt tous azimuts pour créer de la biomasse… afin de faire de l’électricité pour palier la fin des mines à Gardanne, sans se soucier du sort de ceux qui y habitent depuis des lustres et occupent l’espace tels des indiens… générant la venue d’autres vautours, charognards des grands espaces sans scrupule pour acquérir des terres agricoles. André Bucher, en impressionniste des mots nous fait vivre intensément, mais tout en nuances, une année en immersion totale dans le monde paysan des hautes vallées, là où la communion avec la nature est totale.
Pas celui des vastes plaines de la Beauce où l’on sulfate et récolte quasiment en vaisseau spatial avec combinaison de haut vol. Mais celui de la trame verte et mordorée des vallées alpines et méridionales, avec toute la complexité et la poésie qu’elles dégagent, avec la crainte et la terreur au ventre lorsque la montagne gronde. Si les marins sont humbles en mer, les paysans-montagnards le sont aussi au cœur de la roche jamais vraiment domestiquée. Avec une avalanche de noms d’oiseaux, d’arbres, de fleurs…
André Bucher nous fait découvrir un monde qu’il veut nous faire aimer et respecter, parce qu’il est la vie tout simplement avec pour devise gravé sur un fronton de chêne : amour, partage et transmission. Il faudra néanmoins attendre une bonne centaine de pages, avant qu’il nous sorte – comme à son habitude - une pépite musicale des Rolling Stones, l’album Exile on main street et nous glisser un peu plus tard, après avec écouté Sweet Virginia, la phrase qui résume tout André Bucher : Il faut savoir écouter son cœur et inventer sa vie plutôt que s’épuiser à la gagner.
Du Bucher fidèle à lui-même, et qu’on a envie de relire dès la dernière ligne, tant il nous remet les pieds sur terre au cœur d’un monde de plus en plus fou, ayant perdu le sens de la vie.
J-P.T
LES CŒURS SIMPLES d’’Albert Algoud ***

(Editions Casterman)
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- Il est le savoureux Père Albert adepte de la foi SM, avec des manières policées pas très catholiques, ni même orthodoxes, mais aussi l’énergique Maréchal Ganache aux stigmates si truculentes subies en Indochine et en Algérie, chaque midi sur France Inter dans la Bande Originale de Nagui... et il est toujours, François-François l’ égérie Wizzzzzz de CloClo comme à l’époque bénie de Canal Plus.

Mais Albert Algoud comme il l’écrit si bien, avec justesse, connaît depuis dix-neuf ans, ce qui « n’arrrive pas qu’aux autres » avec un grand garçon autiste.

Et comme les idées généreuses ne manquent pas chez lui, il a réuni, avec le soutien gracieux de dessinateurs amis comme Berberian, Bilal, Charb, Cabu, Geluck, Zep.... une pléiade de textes de grands auteurs ( Jim Harrison, Anatole France, Pouchkine, Tolstoï, Jean-Louis Fournier...) consacrés aux Cœurs simples. Aux arriérés, aux fadas, aux crétins des Alpes.... le tout en foui dans des textes qu’il faut prendre le temps de lire doucement pour s’en imprégner.
Un livre rare et émouvant vendu au profit du fonds de dotation « La Bonne aventure ». Une fondation qui oeuvre pour soutenir les projets sérieux en faveur des autistes.
Une bonne idée d’étrennes en cette fin d’année 2017.
Courriel : labonneaventure@orange.fr
J.-P.T
« Le Fantôme de Montmartre » de Bastien Souperbie (Lemieux/Editions)

JPEG Sorti le 1er juillet, ce roman d’aventures nous entraîne dans le tourbillon des années folles. Pierre-Casimir Lazare, vétéran de la grande guerre, tente de trouver un sens à sa vie loin des cabarets parisiens. Ce journaliste désinvolte part à la recherche de son ami d’enfance disparu, Eugène, un notaire englué dans l’ennui d’un pays convalescent mais furieux de vivre après avoir échappé à l’apocalypse.

- Bigler, zieuter, siroter, cloper jacter....les verbes savoureusement fleuris de l’argot parisien de l’après 14-18, et des années dites folles qui ont suivi, sont le socle et le charme de ce roman d’aventure aux allures de polar à l’ancienne, que l’on dévore à l’envi, comme un chichi sur la plage de l’Estaque à Marseille, après une bonne baignade.
Journaliste à Sud-Ouest, spécialiste du Faits-divers au quotidien, Bastien Souperbie nous entraîne dans la frénésie des années 30. Soit une vie sans répit et « en dehors des clous » pour certains, l’apathie et la tristesse infinie pour d’autres ; notamment ceux qu’on appelait les « gueules cassées », estropiés et défigurés à jamais sous la mitraille et la folie des petits chefs et gendarmes impitoyables avec les déserteurs .

Avec son vocabulaire à la Blondin, mâtiné d’Audiard et de San Antonio parfois, on découvre une époque qui nous ramène au premier essor de l’aviation civile, à une ambiance de corruption et de prohibition style Eliott Ness et les Incorruptibles ; le tout ponctué des bons vieux mots de notre petite enfance comme tire-jus (mouchoir), bénard (pantalon), godillots (chaussures), et les cognes pour désigner les flics qu’utilisaient nos aïeux.

Des nervis de la Butte-Montmartre à la très bourgeoise Normandie des haras de chevaux et de la sacro-sainte messe dominicale en passant par les bordels de Pigalle, le cercles de jeu de l’avenue de Wagram et les tavernes interlopes de Séville, on voyage avec une chimère en tête, via une enquête menée par un journaliste et une disparition aux allures d’entourloupe qui va nous tenir en haleine 280 pages durant.
Avec notamment - et même si on est anti-corrida – page 232, une envolée solaire, lumineuse, sanglante et poétique à la Antoine Blondin sur le Tour de France pour l’Equipe, telle une parabole écrite en lettres de sang dans les arènes de Séville. Tandis que l’universalité du flamenco et de l’Andalousie - simple voyage de diversion stratégique au cœur du roman - nous ramène à cette terre qui jadis fut celle des lumières ; là où chrétiens, musulmans, juifs et gitans, vivaient en parfaite harmonie.

« Le Fantôme de Montmartre » nous entraîne bien au-delà de la Butte et du Sacré-Coeur avec des faux-airs du film « Au-revoir là-haut » d’Albert Dupontel tiré du roman éponyme de Pierre Lemaître. Avec les accents du jazz et du blues - arrivé en France par musiciens noirs et blancs - annonciateurs de la mutation de la musique de l’époque.
Les notes (noires ou blanches) ne connaissent plus de frontières, désormais.
J.-P.T
"Le Rêve brisé- MARTIN LUTHER KING

de Roger Martin.
Editions De Borée
- Alain Leadfoot Rivet, chanteur de blues, agent d’artistes américains, créateur du groupe folk Dixiefrog dans les années 70, puis du label Dixiefrog, se rend souvent aux Etats-Unis. Il avait embarqué avec lui lors de son dernier voyage, le livre de Roger Martin consacré à Martin Luther King pour le 50 e anniversaire de sa mort, paru aux éditions De Borée. Il a beaucoup apprécié.

« Ce bouquin sur Martin Luther King est vraiment super ! Il est magnifiquement documenté, bien écrit, intelligemment construit... et aussi impartial que possible. »
Alain Leadfoot Rivet
"Féroce de Danièle Thiéry

Editions Flammarion
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- Première femme commissaire divisionnaire de l’histoire de la Police française, Danièle Thiery est devenue une figure incontournable du polar « made in France ». Elle a reçu le Prix Polar à Cognac, et le Prix du Quai des orfèvres pour « Des Clous dans le cœur » en 2013.

« Je ne connaissais pas cet auteur, mais je me suis régalée. Plusieurs enquêtes en même temps, je me dis que ce doit être le quotidien d’un commissariat puisque l’auteur était elle-même commissaire. On ressent la pression des enquêtes qui doivent être vite résolues puisqu’il y a des enfants en cause. Je vais vite acheter son dernier livre. »
Muriel Gaillard
« HUNTER » de Roy Braveman

(Editions Hugo Thriller)
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- Dès le début du livre, on sent le froid, la neige et le blizzard de cette petite ville des Appalaches. Et puis l’ambiance lourde et angoissante de ce père qui recherche le corps de sa fille enlevée il y a une quinzaine d’années ; corps qu’il espère trouver en traquant celui qui a été condamné à la peine de mort pour l’enlèvement de cinq filles, et qui s’est évadé de prison avec la complicité de son compagnon de cellule. Mais l’atmosphère du livre devient angoissante quand on découvre que les filles sont détenues et exploitées sexuellement par le shérif et son frère « simplet ».
Un thriller passionnant.
Muriel Gaillard
« TU ME VERTIGES » de Florence Forsythe

L’amour interdit de Maria Casares et Albert Camus
(Editions Le Passeur)

- 6 juin 1944 : Nuit du Débarquement des Alliés en Normandie. Nuit où tout commence à Paris pour la comédienne espagnole Maria Casares et l’écrivain algérois Albert Camus.
4 janvier 1960 : mort accidentelle d’Albert Camus sur la route, au volant de la Facel Vega de Michel Gallimard, son éditeur. Fin brutale d’une folle passion de seize ans !
Seize années du sortir de la Guerre, brûlées avidement comme une Gitanes maïs qui se consume au vent. Seize années folles - elles-aussi - d’une explosion culturelle et artistique incroyablement riche, et d’un désir de liberté si longtemps contenus en raison de l’Occupation, du bruit des bottes nazies résonnant dans Paris, et de la milice française aux abois...
Et puis, LA rencontre ! Maria Casares et Albert Camus. Deux C ! Deux personnalités talentueuses ! Deux passions ! Deux coups de foudre ! Deux folies ! Deux visions de la mort et de la vie ; de l’absolu et de la Résistance, avec un grand R. Deux pays : l’Algérie encore française pour l’un ; l’Espagne républicaine au cœur pour l’autre. Et deux guerres ! L’une en France, toujours en cours ; l’autre passée, trépassée sous le joug de Franco en 1936, avec le « double je » de la France oubliant après la Libération que les chars de la Nueve des Républicains espagnols avaient été les premiers à libérer Paris, avant les Américains. Deux fous de théâtre en quête de personnages absolus, et de comédiens à l’esprit de groupe et de troupe.
On croise ainsi dans ce livre, Serge Reggiani, Cocteau, Malraux, Michel Bouquet, Jean-Louis Barrault et Madeleine Renaud, Léonor Fini, Gérard Philippe, François Périer, Pierre Vaneck, Django Reinhardt, Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, Boris Vian... entre un café-chicorée à Saint-Germain-des Prés, une danse au Tabou, ou un repas « royal » dans un resto de Montparnasse proposant des patates au lard... La liste est longue de celles et qui ceux qui durant seize années auront côtoyé les deux amants tumultueux, sur scène et à la ville.
Seize années qui se fracassent dramatiquement le 4 janvier 1960, à 14 h 15, contre un platane de la RN 5 dans l’Yonne, aux côtés de son éditeur Michel Gallimard qui conduisait sa rapide Facel Vega. Le Prix Nobel de littérature est tué sur le coup. Gallimard décédera quelques jours plus tard. Camus quitte la scène, mais ses œuvres universelle resteront à jamais ancrées au Panthéon de la littérature française, alliant la pensée et le talent à l’engagement éditorial du brillant journaliste de Combat qu’il fut ; prônant la diversité des points de vue au sein d’une même rédaction, pour le plaisir et l’intérêt du débat démocratique.
Une folle histoire d’amour et de passion évoquée superbement par Florence Forsythe ; mais ce livre est bien plus que ça. C’est toute la transmission de la vie trépidante d’une époque au sortir de la Seconde Guerre mondiale qui est fort justement décrite (pour 8,50 € seulement ) au si bien nommé éditeur qu’est Le Passeur.
Jean-Pierre Tissier
« LA JOURNALISTE » de Christina Kovac

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- Journaliste de télévision auprès de plusieurs chaines américaines à Washington Christina Kovac signe son premier roman, traduit de l’Américain par François Thomazeau. Et on sent bien que ce travail fait d’antenne et d’investigations nombreuses n’est pas sans conséquences sur la vie privée, à l’instar de nombreux journalistes depuis la nuit des temps, et de l’héroïne de ces premières pages publiées en France chez Hugo thriller.
D’où ce titre « La Journaliste » qui résume bien tout ce que comporte ce métier de passion plus que de raison, mais en plein chamboulement depuis plus de dix ans en raison de l’importance - souvent néfaste, mais néanmoins implacable - des réseaux sociaux. On y découvre aussi en détail la fabrication de l’info et d’un journal sur une chaîne de télévision aux Etats-Unis...même si c’est parfois un peu long.
Virginia Knightly (son héroïne) productrice pour une chaîne d’info ne se cantonne cependant pas à un rôle de femme-tronc annonçant les nouvelles ; elle aime l’adrénaline du terrain au point de se transformer pour l’occasion en véritable enquêtrice sur une disparition bizarre.Au point de se retrouver mêlée directement avec les protagonistes de cette « affaire » très ricaine" où la Justice qui ne travaille pas comme en France se retrouve souvent confrontée à des conflits d’intérêts étranges dus aux divers lobbies influents présents à Washington.
Il faudra néanmoins attendre longtemps pour que l’on se mette à tourner avec avidité, les feuilles de ce pavé de 400 pages qui aurait tout de même gagné en rythme avec un petit régime. Mais comme pour les enfants, on attend le deuxième désormais.
J.P.T
A DECOUVRIR AUSSI...
« BORÉAL » de Sonia Delzongle

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« MAUDITE » de Denis Zott

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« L’HISTOIRE DE L’HUMANITÉ »... de Philippe Carrese

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- « Il aura fallu plus de trois milliards d’années à l’humanité pour que les descendants d’Homo sapiens songent enfin à mettre une machine à café écoresponsable dans l’open space des entreprises. Mais à quoi ­pensaient-ils jusque-là ? » explique Philippe Carrese, écrivain-musicien, dessinateur de presse, co-réalisateur de « Plus belle la vie » sur France 3, cinéaste .... et parrain du festival Blues & Polar.
Ce roman - sorti le 5 avril aux éditions de l’Aube à La Tour d’Aigues (Vaucluse) - évoque la complexité de ces phases essentielles de l’évolution, des origines de l’humanité à nos jours, alternant chapitres retraçant l’évolution depuis le Big Bang et dialogues de personnages contemporains.
Et c’est au sein d’une société d’édition cotée en Bourse mais qui n’a plus aucune idée de ce que peuvent être un auteur ou un manuscrit original, que notre narrateur s’est installé pour décliner son analyse… à la fois savante et vulgarisatrice, bien évidemment.
Un roman à l’humour caustique et aux personnages hilarants, hélas bien malgré eux, qui ne nous épargne rien du ridicule et de la caricature que notre société peut engendrer.
« LA FERME AUX MALÉFICES »... d’’Édouard Brasey

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- Le prolifique Edouard Brasey adepte de la fiction mystérieuse située sur un axe reliant la forêt de Brocéliande au Plateau de Valensole en Haute-Provence, via Bourges où il réside désormais vient de publier son dernier roman aux éditions De Borée.
Ce grand voyageur épistolaire qui adore fourrer son nez dans le terroir de laFrance profonde et historique, marche cette fois sur les traces d’un fait authentique ; à savoir une famille assassinée en 1928, à Valensole, en Haute-Provence justement.
De nos, jours, la ferme existe toujours, mais sous un autre nom. Et c’est là que la fiction débute..
Géraldine, une jeune femme mariée hérite de cette maison au lourd passé. Si lourd qu’il commence à hanter la vie de la jeune femme.... Du Brasey tout craché !
Vous aurez 500 pages à dévorer pour connaître la vérité.

- « LE BRASIER » de Vincent Hauuy JPEG - L’auteur du Tricycle rouge couronné « meilleur thriller français 2017 par le Prix VSD-RTL également concepteur de jeux vidéos propose un nouveau roman axé sur la disparition d’une jeune journaliste dont le père est général.
LA PAROLE EST UN SPORT DE COMBAT de Bertrand Périer

(Editions JC Lattés)
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- Bertrand Périer avocat au Conseil d’Etat et à la Cour de cassation, également avocat-coach du film A Voix haute nous livre sa méthode pour convaincre.
Il participe au programme Eloquentia qui désigne chaque année le meilleur orateur... de la Seine Saint Denis.
FANTAZME de Thomas Khan

- Janvier 2017. Dans une cave du XVIIIe arrondissement de Paris,un homme est retrouvé, battu à mort. Le commandant Tomar Khan pense à un règlement de compte. Le genre d’affaire qui restera en suspens des années, se dit-il. Mais voilà, l’ADN relevé sur les lieux a déjà été découvert sur le corps d’un dealer albanais, battu à mort dans une cave lui aussi. Et bientôt une rumeur court dans les quartiers chauds de Paris, celle d’un tueur insaisissable,un Fantazmë, un « spectre » en albanais, qui s’en prend à la pègre. Avec cette enquête troublante, Tomar Khan plonge dans des zones d’ombre où s’affronteront inévitablement son devoir de policier et ses sentiments d’être humain.
« Un polar noir chargé d’émotion et d’une grande humanité ». (Astrid Hie-Desgranges, Fnac Toulouse).
LE NOUVEAU PIERRE HANOT

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- Bernard Poirette, grand reporter de RTL, qui était venu au festival Blues & Polar en 2011 avec son épouse Alexandra Schwartzbrod (grand reporter à Libération) invitée sur le thème de « L’Amour fou », a chroniqué le nouveau livre de Pierre Hanot « Gueule de fer » cette semaine dans sa rubrique « C’est à lire ». Et ilne tarit pas d’éloges sur Pierre Hanot écrivain rocker venu à deux reprises à Manosque, alors que le festival Blues & Polar se déroulait encore au mas de la Charbonnière pour y parler notamment des prisons,via son ouvrage décapant « Rock’n’tôles ».
Un sujet de société - un de plus - sur lequel Blues & Polar était plutôt en avance pour débattre et qui avait valu plusieurs passes d’armes équipes entre le curé des loubards, le père Guy Gilbert, l’avocat Gilbert Collard et le juge Hannoteau. On s’en souvient encore..
"JOURS DE CRIME de Pascales Robert-Diard et Stéphane Durand-Souffland

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« C’est là, dans cette lumière si blanche,si crue,qu’une cour et des jurés ont plongé dans la nuit d’une femme... »

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- Journaliste spécialiste des grands procès d’assises depuis une quinzaine d’années, Pascale Robert-Diard (Le Monde) devait être notre invitée à Blues & Polar, il y a deux ans, pour son livre « La Déposition » consacré à l’Affaire Maurice Agnelet à Nice, qui s’était terminée par un coup de théâtre, 30 ans plus tard... avec la déposition de son propre fils l’accusant du meurtre de sa maîtresse.
Mais elle n’avait pu être des nôtres en raison d’une permanence impérative au Monde en cette période de pré-rentrée.
Son nouvel ouvrage sur la Justice réalisé en duo avec son confrère Stéphane Durand-Souffland chroniqueur judiciaire au Figaro auteur de « Frissons d’assises » et de « La Bête noire » écrit avec Eric Dupond-Moretti, est sorti le 18 janvier, au cours d’une soirée très originale organisée par les éditions L’Iconoclaste.au Palais de Justice de Paris.
Dès les premières pages, c’est une fascination d’interrogations multiples et incroyables sur les procès en Cour d’assises vus par deux experts du genre qui les suivent depuis une trentaine d’années.
Yvan Colonna, le préfet Erignac, Guy Georges, Michel Fourniret, les mères de Marie Trintignant et de Bertrand Cantat, et les voix des ténors du barreau y figurent en bonne place.
Dans cet esprit - preuve que Blues & Polar tenait une place dans l’interrogation sur la société chaque été - nous avions consacré un grand débat très passionné sur ces procès parfois déroutant liés à l’intime conviction, lors du festival Blues & Polar 2016 sur le thème du « Jeu théâtral des avocats en Cour d’assises ».

« A la langue austère des juges répond la gouaille des caïds, écrivent-ils. Aux mots des pauvres gens, l’éloquence des ténors. Nous voilà jurés à notre tour confrontés au Bien et au Mal, et à ce rôle inouï de juger des frères humains. »

Un livre particulièrement édifiant sur notre société et ses travers... et sur les jugements d’une Justice populaire qui interpelle au XXIe siècle.
J.P.T
LE MAI 68 DE PATRICK MAHÉ

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- Mon vieux camarade de But dans les années 70 à Paris, Patrick Mahé qui dirige aujourd’hui une collection chez Plon - après avoir été directeur de Télé 7 jours, Paris Match, Play boy... - nous rappelle que mai 68 aura 50 ans en 2018.
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L’occasion pour lui de sortir un super livre dans lequel on trouve des photos de Robert Doisneau et des textes de Serge July, Irène Frain, Jean-Claude Carrère et Philippe Labro.
« 68 années choc » pensé par Patrick Mahé, est un livre événement à conserver comme un vieux Larousse pour voir et constater le temps qui passe.
Le livre de nos presque 20 ans.... Aux éditions Plon
J.-P.T
« BOUGE-TOI, LA VIE EST BELLE »
Le dernier opus du père Guy Gilbert

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- Il a été notre invité à Blues & Polar, ne laissant personne indifférent avec son langage fleuri, et même violent parfois (il s’en était excusé) à l’encontre du juge Claude Hanoteau pour un Blues & Polar consacré à la prison.
Mais Guy Gilbert, grande gueule au cœur tendre ne laisse jamais indifférent. Il suffit de relire la longue interview qu’il m’avait accordée il y a deux ans, au cœur de l’hiver à la Bergerie de Faucon, dans ces Gorges du Verdon si peu fréquentées quand le soleil est bas. Il parle d’amour mais aussi de fermeté vis à vis des religions radicales..
Son nouveau livre « Bouge-toi, la vie est belle » vient de sortir en ce début d’année, et comme toujours ses droits sont destinés à la vie de cette Bergerie de Faucon où il accueille des jeunes en perdition, bêtes fauves des cités parfois, pour les confronter à la réalité des vraies bêtes que sont les ânes, les sangliers, les lamas...pour une zoothérapie étonnante.

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* « Bouge-toi, la vie est belle » par le Père Guy Gilbert aux éditions Phillipe Rey
Tarif : 20 €.
« JOHNNY FOR EVER » L’ULTIME BIOGRAPHIE SIGNÉE SAM BERNETT AUX EDITIONS L’ARCHIPEL

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- Sortie le 18 décembre, « Johnny for ever », quatrième biographie sur Johnny Hallyday écrite par notre ami Sam Bernett fidèle du festival Blues & Polar résume tout le parcours en commun qu’ont effectué ces deux là, à travers la radio (Europe 1 ) et le mythique club que fut le Rock’n’roll circus fondé par Sam à Paris. Sam Bernett y raconte les différentes vies de notre jojo national et il y fait rimer jeunesse avec tendresse. On y trouve aussi un album de photos personnelles empreintes de nombreux souvenirs pour bien des gens...

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- Via ses ouvrages consacrés à la mort de Jim Morisson et au Rock’n’roll’ Circus - fantastique club parisien ayant accueilli toutes les légendes du rock de Bob Dylan à Jimmy Hendrix en passant par MIck Jagger et Tina Turner - Sam Bernett a été un fidèle invité de Blues & Polar ces dernières années.
J.-P.T
PEURS ET ANGOISSES : LE DERNIER RODOLPHE OPPENHEIMER

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- .Rodolphe Oppenheimer est heureux de vous faire découvrir son ouvrage résumé très rapidement par une petite vidéo :

https://youtu.be/unqhqM4Qn6o

Par des liens également.

https://www.amazon.fr/Peurs-angoisses-phobies-par-sortie/dp/B075GBNF1W

https://livre.fnac.com/a10985793/R-Oppenheimer-Peurs-angoisses-phobies

* Un livre très utile à découvrir en cette période de fêtes où malgré l’agitation on arrive parfois à se recentrer sur l’essentiel de la vie. Et que Blues & Polar va lire attentivement et décortiquer.
« *** LE PARRAIN ET LE RABBIN » DE SAM BERNETT

(Editions du Cherche-midi)

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- Les noctambules invétérés et passionnés de rock et de radio dans les années 70-80 se souviennent avec émotion de Georges Lang (RTL), Claude Villers et Jean-Pierre Lenoir (France-Inter) et de Sam Bernett sur Europe 1. Quatre journalistes bilingues habités d’une grande passion musicale outre-Atlantique et anglo-saxonne qui nous ont fait découvrir - nous, enfants du baby-boom - les concerts en « live » retransmis en direct de Détroit, Chicago ou Londres ; sans oublier la diffusion de morceaux pas encore sortis en France à l’heure où l’on roulait sur la route au-delà de minuit, tous feux allumés et cigare au bec...
Mais Sam Bernett, créateur des deux clubs mythiques que furent le Rock’n’roll circus et de la Tour de Nesles à Paris, n’a pas oublié qu’il a débuté dans le journalisme à New York au fameux New York Times.
Et après plusieurs biographies d’artistes (Renaud, Coluche, et Jim Morisson), il vient d’écrire un véritable roman proprement incroyable et passionnant : Le parrain et le rabbin".
Et il y a fort à parier qu’il y a beaucoup de lui-même dans cette histoire insensée que seule une guerre peut parvenir à donner naissance... Car dans Sam il y a du Samuel, et de là vraisemblablement toute l’origine de cette épopée de gamins juifs cachés dans une école de Milan en Italie, et qui pour échapper à une rafle de l’armée allemande et des fascistes italiens, le 15 novembre 1943, décident de partir en pleine nuit, vers la frontière suisse, guidés par un rabbin charismatique au nom imprononçable.
Mais avancer dans la neige en altitude devient vite une vraie galère...

C’est là que l’Histoire (avec un grand H) nous rejoint via l’existence du Rescue comitee chargé en 1943 à New York de sauver les Juifs de l’holocauste. Mais comment faire pour agir à des milliers de kilomètres de l’Italie ?
Sam Bernett, dans un style fait de phrases courtes et de mots bien sentis, nous entraîne dans une aventure passionnante où la seule issue de secours pour ces gamins coincés dans un refuge de montagne, débouche finalement sur une sollicitation... de la mafia italienne ! A se damner et à manger son chapeau et ses tresses ; mais après avoir avalé un camion de couleuvres, ça marche !
Le parrain Bonano vacille.... sur 150 pages.
Un livre à dévorer avec bonheur, et qui pourrait bien valoir un film un jour, tant les anecdotes vraisemblablement authentiques, comme cette histoire de vendre des poux pour éviter à certains d’aller au front, sont riches en imaginaire et en émotion.

* Sam Bernett a animé les ondes d’Europe 1 pendant cinq ans, mais il a surtout été le grand maître des émissions rock sur RTL pendant vingt ans de 1966 à 1986. Outre les clubs fantastiques que furent le Rock’n’roll circus et la Tour de Nesles, car c’est là que se passait l’actualité musicale aux environs de 1968, il a participé également à la naissance du Bus Palladium, puis bien plus tard à la naissance de la radio RFM dont il fut un des fondateurs avec l’ami Alain Rivet installé à Volx, et fidèle de Blues & Polar.

* Sam Bernett a participé par deux fois au festival Blues & polar à Manosque pour ses ouvrages sur Jim Morisson, chanteur des Doors qu’il a découvert en état de mort dans les toilettes du Rock’n’roll circus. Mais l’histoire (modifiée par des personnages troubles) a retenu qu’il est mort d’une overdose dans sa baignoire....
Jean-Pierre Tissier
*** « LE PROCÈS RANUCCI » PAR GENEVIÈVE DONADINI

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- L’intime conviction qui permettait jadis à un jury d’Assises d’envoyer un accusé à la guillotine avant l’abolition de la Peine de mort voulue par François Mitterrand - mais qui permet toujours d’ordonner perpétuité, est au cœur des lignes écrites avec les tripes par Geneviève Donadini, jurée et seule femme du procès de Christian Ranucci expédié en 48 heures à Aix-en-Provence.
Deux jours pour arriver au verdict rendu au petit matin du 28 juillet 1976 par le couperet de la guillotine dans la cour de la prison des Beaumettes à Marseille, condamnant – à tort ou à raison – l’auteur présumé de la mort de la petite Dolorès (8ans) le 3 juin 1974..
Geneviève Donadini, ancien maire (PCF) de La Penne-sur-Huveaune a longtemps porté en elle, ce poids du silence qui lie les jurés d’un procès d’assises à la loi pour toujours. Mais elle a fini au fil des ans, et via quelques apparitions télévisées qui ne l’on pas satisfaites dans « Faites entrer l’accusé » par se décider à écrire pour exprimer ce sentiment indicible qui la taraude toujours sur la fragilité et la perception de cette fameuse « Intime conviction ».
Deux mots et deux jours pour une justice qualifiée de populaire….
Deux mots et deux jours pas forcément, ni infailliblement, synonymes de vérité...
Deux mots et deux jours pour décider du couperet fatidique, alors qu’il faut aujourd’hui trois semaines pour n’importe quel gros procès d’assises….
Ce flou de la fameuse intime conviction, Geneviève Donadini en décrit fort justement la fragilité, car personne n’a forcément la même, et n’a accès au dossier.
« On doit juger sur des émotions, dit-elle. Alors que mon avis peut changer toutes les cinq minutes. Tout a été mis en œuvre pour que ce soit mon cœur qui juge, et pour que je perde la raison. » Sans préparation, face à des ténors du Barreau sachant manier le verbe et les silences, avec dextérité et où les effets de manche ont leur importance, les jurés sont confrontés à la délicate mission de juger Au Nom du peuple français. La Peine de mort n’existe plus en France, mais le témoignage de Geneviève Donadini préfacé par Gilles Perrault défenseur de l’innocence de Christian Ranucci en font un livre passionnant car nous pouvons tous (ou presque) être tiré au sort un jour, pour siéger aux Assises.
J-P.T

* Le Procès Ranucci Témoignage d’un juré d’Assises est paru aux éditions L’Harmattan)
*** « RIEN NE SE PERD » DE CLOÉ MEHDI

(Jigal polar) « Coup de coeur Blues & Polar/Comtes de Provence Sylvie-Turillon 2017 »

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- La maison d’édition Jigal Polar à Marseille est une fournisseuse pugnace de perles de littérature noire. Ainsi, Maurice Gouiran et Pascal Thiriet édités par l’ami Jimmy Gallier ont déjà reçu le Coup de cœur Blues & Polar/ Comtes de Provence décerné chaque année en hommage à la journaliste Sylvie-Turillon vice -présidente du Club de la Presse Marseille Provence Alpes du sud décédée trois jours avant de remettre le Coup de cœur du festival 2011.
Le roman « Rien ne se perd » de Cloé Mehdi (jeune marseillaise de 22 ans) a déjà reçu le Prix Étudiant du Polar 2016, le Grand Prix de Littérature Policière 2016, le Prix Dora Suarez 2017, le Prix de la ville de Mauves 2017, le Prix des Lecteurs Ifs 2017.. et cette semaine, le Prix Mystère de la Critique 2017.

- Cloé Mehdi est assurément une auteure dont on entendra parler dans les années à venir, pour peu qu’elle aille plonger son stylo vers d’autres horizons que ceux des quartiers défavorisés dont elle semble tirer l’âme profonde de son écriture..
A moins qu’elle ne trouve là, un peu comme Olivier Norek (Coup de coeur Blues &Polar 2015) un terreau fertile pour son imagination. Vrai qu’il n’y a qu’à jeter un oeil sur la page des (trop) nombreux Faits divers qui se déroulent entre ces tours et les trafics divers, parfois sanglants, pour y trouver son jus...
Un bien triste reflet de notre société actuelle dont on se demande si un jour le mot fraternité brillera de nouveau dans les esprits et les coeurs...
Avec « Rien ne se perd », livre très bien écrit, mais dérangeant par son côté tellement noir et désespéré, Cloé Mehdi nous entraîne dans un monde teinté de tristesse, où elle sait choisir ses mots pour dépeindre la colère sourde et sous-jacente qui anime les habitants de ces quartiers, notamment les jeunes.
Ni insultes, ni injures pourtant au fil de ses pages ; Cloé Mehdi se contente de faire vivre la politique de la ville où la haine envers la police est présente presque par habitude, voire rituel incontournable. Elle pose, elle-aussi, la fameuse question du Vivre ensemble... Et là, Cloé Mehdi choisit son camp et ses mots.
Mais la couleur est absente de ce livre tellement mélancolique.
Dans un univers de béton, c’est le noir qui s’impose.
Son talent de jeune écrivain également !
Jean-Pierre Tissier

- "La justice est-elle rendue de la même façon pour tout le monde ? C’est la question que semble poser Cloé Mehdi dans « Rien ne se perd », son nouveau polar.
Subtilement raconté à la première personne à travers les yeux d’un enfant de 11ans, ce récit est une histoire de bavure policière, de justice à deux vitesses et de vengeance différée qui nous offre l’angle de vue de l’enfance dans un monde de grands et semble indiquer, encore une fois, que les enfants perçoivent beaucoup plus de choses qu’ils ne le laissent entendre !
Cloé Mehdi nous propose une immersion dans le monde des banlieues défavorisées et de ceux qui démarrent dans la vie avec vraiment moins de chance que d’autres ! L’auteure semble bien connaitre les cités et les hôpitaux psychiatriques ; ce qui rend son roman prenant.
Roman noir qui évoque enfin souvent les questions de silence et de mort, comme des entités indissociables de la parole et de la vie, dans les couloirs de destins en péril qui ne sauraient nous laisser indifférents…
Aude Locher

- « Un sublime roman noir. Une écriture parfaitement maîtrisée au service de personnages magnifiques. Une vraie révélation. Il n’y en a pas si souvent. Ne la ratez pas ! » écrit Bernard Poirette de RTL venu à Blues & Polar il y a quelques années avec son épouse, la journaliste Alexandra Schwartzbrod (Libération).

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« BRUTALE » DE JACQUES-OLIVIER BOSCO

(Edition La Bête noire chez Robert Laffont)

- Brutale, comme l’écriture de Bosco qui n’a jamais fait dans la dentelle.
Brutaux et barbares, comme les mots jetés à la figure des pages blanches que Jacques-Olivier Bosco fait vivre ici avec violence dans ce gros pavé de 400 pages, et incarne au travers de ses lignes trempés dans le vitriol, le sang et la coke.
Un univers implacable, hyper violent et sans pitié, fait de trafics les plus divers - même humains - baignant dans le vocabulaire des cités, où le romantisme est rarement au rendez-vous. Même si Bosco - comme Ingrid Astier dans Haute voltige - use de nombreuses références musicales allant de Pink Floyd à Amy Winehouse en passant par Five young cannibals (j’adore !), mais avec une préférence non dissimulée et sans équivoque pour le rap d’Eminem, comme pour mieux nous emmener dans son monde personnel, où ce style ricain est omniprésent.

A l’image de Karine Giebel ou Olivier Norek, Jacques-Olivier Bosco tend lui-aussi à se diriger aujourd’hui vers une écriture à fleur de peau en parfaite adéquation avec l’univers télégénique brutal des séries télé qui fleurissent à la pelle désormais.
Un polar qui fait penser à du Tarentino couché sur le papier.
Jean-Pierre Tissier
*** « LES VIVANTS AU PRIX DES MORTS » DE RENÉ FREGNI

(Gallimard, Blanche)

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- Si Blues & Polar a choisi « les mots » pour thème de son 15e et ultime festival - dont René Frégni est le parrain originel avec Franz-Olivier Giesbert - ce n’est assurément pas un hasard. En effet, l’écrivain manosquin à force de les aimer, ces mots, les magnifier, les mêler, les violenter, les chercher... a fini par découvrir un vocabulaire de conteur bien à lui, qui lui va comme un gant. Comme une douce violence qui lui permet de marier la délicate poésie rurale du Haut-Verdon avec les « espressions marseillaises » du Panier et de Noailles, tout en pimentant son verbe de quelques secrets de braquage ou d’évasion reçus du bout des lèvres et des livres dans ses ateliers d’écriture de la prison des Baumettes, de la part de bandits à la Mandrin aussi violents qu’ils puissent être attachants. Chiens fous qu’ils sont, bêtes fauves tombées gamins dans un système implacable et sans pitié, capables de tout pour apercevoir leur gosse quelques instants, ou assister à un match de l’OM dans les travées du Vélodrome ou du Parc des princes...
« Les vivants au prix des morts » se lit comme un voyage au cour des collines de Haute-Provence, dans un univers à la Giono, quand on sait ouvrir les yeux et écouter le silence. C’est un roman où galinette peut rimer avec galipette, histoire de vous endormir quelque peu, à la façon d’une ou deux anisettes... Avant qu’un calibre ne vous arrive sur la tempe et vous pète en pleine gueule, terrifiant et sans merci, ou qu’une grosse cylindrée se fasse la malle furtivement comme un Rafale, transformant ces rêveries du promeneur solitaire tout près d’un ruisseau, en un final haletant et plein de frissons.
On se prend alors à tourner les pages frénétiquement, sans arrêt, car cette histoire pourrait tous nous arriver, pour y revenir très rapidement afin de mieux s’en délecter malgré le danger. Comme une daube de poulpe que l’on sauce à l’envi, sans chichis, avec du pain pas toujours bénit.
Jean-Pierre Tissier
LA PROPHÉTIE DE LANGLEY" DE PIERRE POUCHAIRET

(Jigal Polar)

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- Dans son nouveau roman « La prophétie de Langley », Pierre Pouchairet nous entraine avec son rythme enlevé habituel dans un scénario catastrophe, malheureusement crédible, qui fait froid dans le dos.
Les personnages ciselés, les rebondissements multiples et l’intrigue distillée goutte à http://provence-magazine.com/ecrire/?exec=article_edit&id;_article=6523#previsuEditergoutte, tant dans les milieux de la finance que dans les cités, donnent un polar prenant qui sent pleinement l’expérience de terrain, pour notre plus grand plaisir.
Et même si la chute est dramatiquement plausible, nous aurions tout de même aimé un épilogue sur le sort de la Commandante Johana...
Ou est-ce à dire que l’espoir n’est plus permis ?
Aude Locher
« BELLE D’AMOUR » DE FRANZ-OLIVIER GIESBERT

(Editions Gallimard)

- Franz-Olivier Giesbert nous sert là un roman « trois en un » : le roman conté par l’héroïne « Belle d’amour », le commentaire historique et les incursions de l’auteur dans le récit. Le tout est instructif, très bien documenté et assurément confus ! Qui parle donc dans ce paragraphe à la première personne ? Comment l’héroïne sait-elle ce qu’il va se passer dans le futur ? Si l’on passe outre ces allers-retours incessants et perturbateurs, l’histoire de « Belle d’amour » est captivante et nous éclaire indubitablement sur l’époque des croisades et la vie de Louis IX, dit Saint Louis. Au final, un roman d’époque et une analyse historique indépendante eussent été plus gouleyants...
Aude Locher
*** À LA TABLE DES DIPLOMATES

(Editions L’Iconoclaste)

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- Un bouquin incroyable réalisé sous la direction de Laurent Stéfanini, diplomate et chef du protocole à l’Elysée et au Quai d’Orsay de 2010 à 2016, aujourd’hui ambassadeur de France auprès de l’Unesco.
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**** « LA TABLE DES DIPLOMATES A DONNÉ DE L’ÉCLAT À NOTRE ART »
AUGUSTE ESCOFFIER.
- On y découvre les menus élaborés pour les grandes repas diplomatiques entre chefs d’Etat, où la moindre erreur au menu peut se révéler comme une provocation..... Imaginez un saucisson pur porc à la table d’un dirigeant arabo-musulman.. « A la Table des diplomates » est un livre qui se dévore littéralement des yeux en feuilletant tous les chefs d’oeuvre de l’art culinaires déclinés sur la table, mais on y trouve aussi - via l’apport des Archives nationales - des rappels historiques qui ne manquent pas de sel. Ainsi en temps de guerre, notamment le 25 décembre 1870 (99e jour du siège de Paris) où il a fallu tuer les animaux du Jardin acclimatation pour présenter un menu de Noël atypique... et exotique. Chameau, ours, loup, chats, rats, éléphant... étaient donc au menu de la table de fête... Mais Chateau Palmer, Latour Blanche, Mouton Rotschild, Romané Conti et Grand Porto 1827 étaient là pour régaler les gosiers. Pas de la bibine, en l’occurence ! * Plusieurs grands chefs étoilés se sont amusés à refaire les recettes d’époque. Ainsi Michel Portos, gérant du Malthazar et du Poulpe à Marseille s’est livré à la reconstitution personnalisée d’un Bœuf bourguignon classique.
Jean-Pierre Tissier
* Moyen
** Bien
*** Excellent
**** Super
*** RUSE d’Éric Naulleau

JPEG Editions Albin Michel. 208 pages. 18€.
Si l’enfer existe, il se situe à Ruse (5ème ville de Bulgarie) à une trentaine de kilomètres au sud du Danube. Voilà pour situer géographiquement le premier polar ultra-littéraire d’Éric Naulleau, chroniqueur bien connu des amateurs de télé tardive aux côtés de Laurent Ruquier dans On n’est pas couché sur France 2 , sur Paris Première avec le controversé Éric Zemmour et actuellement pensionnaire chez Cyril Hanouna sur C 8.
- Un night-club bulgare à l’ancienne, version vestige de l’ancien bloc soviétique avec son flot de contradictions mêlant encore les bonnes vieilles habitudes du bakchich chez les camarades et les prémices d’une Bulgarie moderne ; avec toujours en fond de caisse, les costards-cravates noirs des mafias turques, roumaines, grecques, serbes… qui pullulent dans ce pays qui fut le nec le plus ultra en matière d’espionnage à l’ère du KGB. Une embrouille avec un client alcoolisé autour d’une barre de pool-dance et une effeuilleuse au caractère bien trempé qui plonge un peu trop sa main dans le coffre au moment d’être virée ; n’emportant pas que des billets... Et c’est le début d’un passionnant road-trip à travers les Balkans qui emprunte à coup sûr l’itinéraire journalistique d’Éric Naulleau parti un beau jour au pays de Stoïkov, Penev et autre Kostadinov ; ce footballeur entré dans la légende bulgare et dans les cauchemars des français, pour avoir privé la France de Coupe du monde 1994 à la faveur d’un but inscrit au Parc des Princes… à la toute dernière seconde ! On en a pleuré, et on en pleure encore ! JPEG Mais le premier polar d’Éric Naulleau est un roman très littéraire qui n’a rien à voir avec ce qu’on lit habituellement en ce domaine. Car son écriture faite de très longues phrases descriptives, comme une musique conjuguant les mots, nous fait parfois perdre haleine. Vraisemblablement, l’attrait exacerbé pour les belles Lettres de l’ancien éditeur. D’où la nécessité de lire ce vrai roman, non pas comme un tourne-feuilles haletant alternant braquages, cadavres, disparitions et coups de pétards à la pelle, mais à la façon d’une lecture personnelle à haute voix intérieure, avec une acuité visuelle et sensorielle accrue, sans en omettre les silences. Voyage et dépaysement garantis sur les vagues douces du beau Danube bleu….
Jean-Pierre Tissier

  **** CHAMBRES NOIRES de Karine Giebel

Editions Belfond. Noir c’est noir, il n’y a plus d’espoir. Le nouvel opus de Karine Giebel recèle de fleurs rares, fières, vaillantes, résistantes, fortes et bienveillantes, mais malheureusement pas bleues... Noir c’est noir, il n’y a plus d’espoir ; ou si peu ! Une nouvelle fois, l’orfèvre du polar nous entraîne dans le monde sordide du quotidien où les travailleurs de l’ombre forment une armée de fantômes matinaux et nocturnes aux destins multiples, mais tous terriblement noirs. Ici pas de commissaire Machin avec une charmante adjointe en jean’s qui part sur une affaire… On est dans le dur ! Dans le noir ! Dans la réalité de la condition féminine, de la violence en prison, des migrants complètement paumés enroulés dans une couverture sous un pont, quand chez soi au cœur de l’Afrique, ça ne ressemble plus qu’à un tas de cendres, un amas de chair ou une mare de sang. Mais on pénètre aussi dans la rude réalité de la pandémie de Covid19 entrant sans effraction dans un Ephad rural pour y toucher de plein fouet des anciens isolés du monde affectif familial, et notamment une ancienne Résistante, rescapée d’Auschwitz-Birkenau, cette touchante vieille dame au bras tatoué expliquant à une jeune infirmière bien naïve qu’il s’agit de son numéro de Carte Bleue… pour qu’elle ne l’oublie pas ! Un texte fort et poignant aux phrases finales terribles arrivant en pleine face, comme un uppercut, un swing, et un enchainement de directs fatals avant le KO irréversible compté par l’arbitre…
En quatre nouvelles inédites - et trois autres plus courtes écrites pour les Restos du cœur et les Hôpitaux de Paris - nous voilà plongé dans ces Chambres noires, à l’intimité proche du cinéma italien noir et blanc des années 60, et des films engagés que furent Le Vieux Fusil, L’Armée des ombres, Un monde parfait et Au revoir les enfants auxquels la romancière engagée et cinéphile qu’est Karine Giebel rend hommage comme une fleur, bleue cette fois, adressée à Romy Schneider, Philippe Noiret, Paul Crauchet, Bourvil, Lino Ventura, Simone Signoret, Clint Eastwood, Kevin Costner, Francine Racette ou François Berléand. Car entre l’écrit et le regard, il y a l’image. Fixe d’un Raymond Depardon ou animée d’un Robert Enrico, mais au cœur de la pellicule jaunie par le temps, l’indicible message d’une société en tourment. Noir c’est noir, où est donc passé l’espoir ?
Jean-Pierre Tissier

- J’ai lu toutes les Nouvelles de ce livre, mais avec un mal-être parfois tant chaque nouvelle reflète la réalité de notre époque. nouvelles particulièrement noires reflètent la réalité de l’actualité de notre époque… C’est pourquoi je ne sais pas dire si j’ai aimé ce livre. Les différents univers visités y sont vraiment si sombres ! Pour moi, lire, c’est évader, imaginer… Et là j’ai carrément revécu la vie que l’on vit en ce moment. Pas de place pour le rêve, ni pour se faire un film dans ma tête, car j’ai déjà les images à la télévision depuis de longs mois. Du noir de chez noir ; mais c’est le monde de Karine Giebel !
Muriel Gaillard

  *** « L’ASSASSIN QUI AIMAIT PAUL BLOAS » de Pierre Pouchairet (Editions Palémon).

Le nouveau roman de Pierre Pouchairet, fidèle du festival Blues & Polar, nous est arrivé cette semaine, dédicacé de l’ami Pierre. Et il nous fait retrouver la commandante Léanne Vallauri toujours à la tête de la PJ de Brest avec ses copines fans de blues et de rock.
Une nouvelle plongée vers les cimetières de bateaux et de sous-marins de l’ancienne base militaire allemande cette fois, mais aussi dans le Brest souterrain interlope du monde de la nuit. Car comme dans tous les ports (Anvers, Marseille, Toulon, Valparaiso…) il s’en passe des choses, et des meurtres au couteau, l’arme de prédilection des bars et du monde de la mer, où tout peut chavirer pour une phrase ou un faciès qui ne revient pas…
Flic de terrain, Pierre Pouchairet l’est resté jusqu’au bout de ses sens, lui qui du commissariat de Nice à la Sécurité Intérieure à Kaboul - où tout pouvait sauter au moindre souffle d’air - a vu notre monde devenir de plus en plus fou et de plus en plus violent. L’appât du gain et du pouvoir étant toujours le moteur principal des malfrats de tout poil. Pierre Pouchairet évolue là comme un poisson dans l’eau, comme un beau bar dans le rail de Sein, tant il connaît avec précision cette côte merveilleuse allant de Brest à L’ile Tudy. Et on est toujours ravi à Blues & Polar de retrouver Léanne, Vanessa et Elodie, Stratocaster en main et batterie en fond, claquer du Roty Gallagher comme au bon vieux temps de Taste et des seventies. Avec Bullfrog blues, histoire de se lâcher. Il y a des fois où l’on aimerait que la fiction soit réalité…. Histoire de les programmer à Blues & Polar.
Jean-Pierre Tissier

  *** « QUATRE MORTS ET UN PAPILLON » DE VALÉRIE ALLAM


(Editions du Caïman)JPEG
- C’est le premier polar de Valérie Allam paru aux éditions du Caïman animées par Jean-Louis Nogaro, venu il y a quelques années déjà à Blues & Polar.
« Quatre morts et un papillon » c’est le parcours chaotique de femmes cabossées par la vie contemporaine faite de séparations rapides, divorces, et de familles recomposées et décomposées à la fois. Un authentique roman noir ponctué de rapports amoureux passagers salutoires (ou pas !) en osmose avec le temps qui passe et s’égrène à toutes les vitesses possibles, surfant sur le tsunami des dangers habituels : alcool, drogue, viol, vol, dettes, et loyers impayés.
On y chemine au hasard des solitudes, entre jours sans fin de chacun et exploitations des malheurs de l’autre. Parfois avec difficulté (car écrit en petits caractères) pour suivre tous ces parcours simultanés jusqu’au choc extrême de la compilation des détresses qui génère la providence. Jusqu’au moment où ce roman réussi mais très noir et dans l’air du temps devient polar avec quatre morts certes, mais poésie également ! Il y a toujours des papillons peints sur les murs des pédiatries… »
J.-P.T

- « Dans son roman noir qu’est incontestablement « Quatre morts et un papillon », Valérie Allam nous entraine dans le sillage des laissés pour compte. Et ses personnages qui vont parfois jusqu’à la caricature, ont bien du mal à survivre entre addictions et obsessions... Si le style de Valérie Allam est fluide et se lit facilement, il faut du temps cependant pour se familiariser avec ses personnages liés par des situations improbables, et qui surfent vers des destins sordides, nous entrainant dans leur mal-être. Heureusement qu’une fleur de poésie pousse de temps à autre au milieu des décombres ! « Quatre morts et un papillon » ou le roman de destins tragiques.
Aude Locher

- « Livre surprenant que ce »Quatre morts et un papillon« , premier polar de Valérie Allam. En effet, dès que l’on a tourné la première page, le rythme est prenant et on est obligé de continuer à feuilleter pour connaître la vie de ces quatre femmes totalement différentes les unes des autres mais qui se rencontrent au travers d’accidents de la vie... On de demande bien comment va être la fin, et finalement la surprise est totale. Pas du tout ce que l’on pensait. Je me suis régalée. »
Muriel Gaillard

  *** « LES DÉMONS DE L’ELYSÉE » de Patrick Cavenair

Editions Ramsay
- Après Fusion froide, un premier thriller publié en 2013, Patrick F. Cavenair – c’est son pseudonyme – a proposé en 2018 une fiction envoûtante sur Mai 68 préfacée par Michel Field, La Tentation du Présent. Passionné par les différentes formes du pouvoir, il aurait été journaliste et consultant…
Avec Les Démons de l’Elysée, il nous conduit avec élégance sous les dorures du pouvoir, puis nous fait basculer dans le dédale obscur du palais de l’Elysée.
- Le corps dénudé et sans vie d’un conseiller proche du Président de la République est exfiltré du Palais de l’Elysée. Le commissaire Marchelieu est discrètement convoqué sur place, car l’enquête est délicate, et rien ne doit filtrer dans le Château et encore moins à l’extérieur. Mais un journaliste présent à l’Elysée le jour du meurtre mène sa propre enquête… Un tableau démoniaque du XVe siècle est au cœur de cette enquête parsemée des relations sulfureuses qu’entretiennent certains acteurs du monde politique…

« Voilà un roman vraiment très agréable à lire avec une intrigue bien ficelée qui nous tient jusqu’au bout. Mais il y a aussi une multitude de détails sur le mobilier de l’Elysée, le linge de l’Elysée, les tableaux qui s’y trouvent, les escaliers dérobés, les souterrains, l’abri anti-nucléaire enfouis sous terre profondément dont j’ai appris l’existence… qui sont particulièrement captivants. »
Muriel Gaillard

- "Danses macabres au Palais, ainsi pourrait se résumer cet ouvrage très excitant que l’on lit compulsivement, pour peu que l’on s’intéresse à la politique pour sa grandeur, mais aussi pour ses secrets d’alcôves qui ont émaillé la République au fil du temps, ainsi que le faisait la monarchie auparavant – pourtant issue de Droit Divin - avec autant de violence et de raffinement parfois dans les exécutions et crimes, souvent empreints de rituels alambiqués et de mystères.
Patrick F.Cavenair nous fait pénétrer dans ce palais bien gardé qu’est l’Elysée, comme dans un théâtre aux murs tapissés d’or et de velours rouge, où se cachent des couloirs, souterrains et même un abri anti-nucléaire dans les profondeurs du Faubourg Saint-Honoré. Mais la surprise la plus totale est qu’on se trouve dans des bureaux baptisés Jupiter jadis avec Emmanuel Macron soi-même et Bibi à ses côtés, tout comme les Gilets jaunes omniprésents eux-aussi. Exceptionnel et rare d’entrer littérairement de plain-pied dans du présent aussi frais (le livre est sorti début mai) au cœur d’un thriller, mais on est prévenu d’entrée par l’auteur que tous les conseillers du PR (président de la République) ne sont que pure fiction... Un moyen pratique pour venger le réel… commentait d’ailleurs récemment sur France Inter, l’écrivain-dramaturge Philippe Besson.
Et cette fiction-là nous entraîne dans des atmosphères interlopes, influencées par le tableau en trois dimensions de Jérôme Bosch « Le Jardin des délices » peint au XVème siècle, où se mêlent la luxuriance, l’harmonie jouissive et pour finir, un cloaque vomissant comme une diarrhée féconde et contagieuse. A l’image des meurtres qui vont se succéder au Palais, avec chaque fois des mises en scène folles comme ces deux oreilles coupées sur le cadavre d’un conseiller du PR, transpercées d’une lame ébréchées pointée vers le haut….Et pour nous faire comprendre que les mœurs au sommet de l’Etat laissent souvent libre cours à des rumeurs, étayées ou non, Patrick Cavenair revient – au travers de pages écrites en italique – sur les frasques sexuelles de Dominique Strauss-Kahn, le suicide de François de Grossouvre conseiller de François Mitterrand retrouvé mort le 7 avril 1994 dans son bureau de l’Elysée, l’Affaire Markovic garde du corps retrouvé assassiné après des révélations scabreuses sur Mme Pompidou, la dernière soirée de la Princesse Diana au Ritz … – non sans oublier une analyse politique très fine sur un quinquennat prenant l’eau émaillé de la fronde des gilets jaunes… Mais tout ça n’est que pure fiction…
Bref, lisez-le rapidement, car l’actualité (la vraie !) va très vite, et qu’outre la curiosité et les anecdotes il y a aussi de l’humour et de l’amour entre ces lignes bien senties ponctuées d’un vocabulaire châtié qui nous incite même à prendre le Larousse pour y découvrir des mots méconnus. Et ça, c’est toujours très enrichissant !"
Jean-Pierre Tissier

  *** « LE CAVALIER HILARE » de Bob Passion

Editions Vents d’ailleurs.
- Si la couverture est plutôt surprenante pour un thriller, on l’oublie très vite, vu la qualité de l’écriture et de l’intrigue abracadabrantesque qui nous arrive, surprenante comme un sac de noix descendant du 15e étage à la Castellane… On débarque alors dans une sorte de spleen underground avec un mec imbibé de tristesse profonde, toujours sur le qui-vive et une intrusion dans des mondes parallèles au-delà des générations.
Des fins de la 2e Guerre mondiale dans la spirale un peu folle de 1943 sur le front russe, à la période actuelle dans les plaines d’Afghanistan et d’Ouzbekistan avec des terrains de culture de l’herbe grands comme des stades de foot, tenus par les Talibans. Certains d’entre-eux ayant grandi dans les quartiers nord de Marseille avant d’arriver ici via des parcours incertains et radicalement islamisés.
Et pour planter le décor de manière plus surprenante, on débarque pour de bon à Marseille – millésime 1983 - avec ses quartiers mêlant pauvreté, abandon, oubli et néanmoins solidarité entre paumés de la vie.
Rien de commun à première vue entre ce soldat nordiste perdu dans la steppe d’Ukraine planqué sous une chenillette explosée et des junkies défoncés et plein de dope du matin au soir en écoutant les Clash et les Ramones dans des squatts…
Et pourtant, c’est une tranche d’histoire du monde que délivre Bob avec Passion. La géopolitique en tout premier plan, telle une leçon explicative sur un autre ailleurs, empreint d’une grande limpidité. Comme l’a longtemps fait Bernard Guetta – le frère de David – chaque matin sur France Inter, avec beaucoup d’humanité et de lucidité surtout.
On y suit Jacques rescapé miraculeux de la tourmente guerrière du IIIe Reich mais dont la mémoire flanche parfois… La Vodka, présumée coupable au banc des accusés !
« C’était juste un dimanche où l’on avait grillé des chevaux ». De cette phrase étrange l’homme qui a conservé son treillis et son casque lourd, guettant l’ennemi sous la mitraille nous entraine à la recherche du temps perdu… et d’un trésor de lingots d’or enfouis sous une chenillette blindée !
C’est l’occasion de réviser son Atlas de géographie tout en comprenant l’évolution souvent contradictoire du monde.
Une aventure passionnante dont on se fait le film à chaque page avec des moments de nostalgie savoureux, comme ce moment magique où les photographes des années 70, chevaliers de la pellicule et du labo révélaient une image noir et blanc dans l’hyposulfite de sodium, la manipulant délicatement avec des pinces caoutchoutées, soufflant parois sur une zone pour faire monter les gris… « Le cavalier hilare » met du temps à faire apparaître toutes ces demi-teintes qui font le sel de ce roman ; mais l’aventure est si belle.
Jean-Pierre Tissier



  *** « TOUT CE QUE TU VAS VIVRE » de Lorraine Fouchet Editions Héloïse d’Ormesson

Dans son dernier roman « Tout ce que tu vas vivre », Lorraine Fouchet nous plonge d’entrée au cœur d’un drame familial. Jonglant d’un personnage à l’autre avec brio, elle nous invite à résoudre une énigme qui nous entrainera de Paris et l’île de Groix jusqu’en Patagonie, tout en nous faisant partager l’intimité de chacun avec acuité et vraisemblance. Le style est fluide, le récit bien documenté, les personnages clairement compartimentés et l’énigme nous tient en haleine jusqu’en Argentine. Lorraine Fouchet nous permet d’éprouver ce vrai plaisir de lire qui incite au fil des pages à toujours vouloir connaitre la suite ! Ce roman international, vivant, sensible et alerte a donc tout pour plaire et nous ne pouvons qu’espérer qu’il y en ait d’autres de ce type par la suite... » Aude Locher



  *** « LE PRIEURÉ DE CREST » de Sandrine Destombes

(Hugo Thriller)
- De tous temps, les femmes ont subi les assauts des hommes, sans pour autant qu’ils aient obtenu leur consentement. La grande Histoire de France et du monde en atteste malheureusement ! Et nombreuses sont celles, qui - testostérone et ivresse du pouvoir conjuguées obligent - ont subi jusqu’au plus sordide de l’impensable, le fait d’être née fille. D’ailleurs, pour qui a fréquenté le Tribunal de Grande Instance et la Cour d’assises pour rendre compte des audiences dans la presse, la nausée de l’insoutenable émane parfois de certains dossiers avec force et folie, tant ils dépassent l’entendement. Notamment lorsqu’on évolue au sein du cercle familial le plus proche qui se doit d’être avant tout protecteur. « Le Prieuré de Crest », deuxième roman de Sandrine Destombes en est la parfaite illustration avec une Affaire au féminin qui nous entraîne très vite entre justice et vengeance ; les deux ne faisant pas bon ménage, même si le fil qui les sépare devient de plus en plus ténu et proche de la rupture, jusqu’à le faire craquer… Mêlant ainsi horreur et rebondissements. Avec notamment, une Voix off qui nous parle au fil des pages en italique, avec les mots d’une petite fille de 8 ans, enlevée, accidentée peu après et plongée dans un coma artificiel qui se délite peu à peu. Une idée géniale de l’auteure qui replace peu à peu grâce à cet éclairage d’outre-sommeil, le contexte de cette histoire aux ramifications familiales surprenantes, jusqu’à faire référence au fameux « Balance ton porc » de l’affaire Weinstein.
Le dégoût et la haine des hommes, moteur de ces victimes de viol accueillies dans un prieuré aux vertus pas si réparatrices, en arrivent à générer par le biais d’une toubib radiée de l’Ordre des médecins, un idéal exclusivement féminin qui interpelle et fait réfléchir sur l’âme humaine. Nous sommes les petites-filles des sorcières que vous n’avez pas pu brûler écrit d’ailleurs en préambule, Sandrine Destombes en faisant référence au spectacle de Christine Delmotte joué au festival d’Avignon off en 2018.
Un excellent roman qui dépasse le cadre du polar pour devenir fait de société, et qu’on pourrait retrouver – comme beaucoup actuellement - sous forme de téléfilm type « Meurtres… en Drôme » sur France 3. On prend les paris ! J-P.T

- Voilà un roman policier qui, au fil des pages, nous permet de suivre l’enquête, pas à pas, concernant la petite Léa, suite à son enlèvement. Des meurtres d’hommes jalonnent ce parcours qui s’enfonce toujours plus profondément dans la psyché de quelques fanatiques féministes. Le monde des Amazones serait-il le rêve ultime ?
Et la petite Léa en est-elle l’aboutissement ou la victime ?
Car de quoi rêve-t-elle, tout compte fait, si ce n’est de ce que tout enfant désire ? Des esprits torturés mais brillants peuvent parfois cacher des grottes obscures et des psychoses avérées.
Les blessées de la vie cherchent vengeance ; vont-elles y parvenir ?" Aude Locher



  *** « LA NUIT DES BRAS CASSÉS » de Maurice Gouiran (Jigal Polar) Sorti en 2000, ce livre vient d’être réédité avec succès.

- Maurice Gouiran dans « La nuit des bras cassés » entraine le lecteur de péripéties en rebondissements navigant entre Rome et New York pour mieux finir à... l’Estaque ! Un véritable trésor familial, acquis frauduleusement pendant la deuxième guerre mondiale, n’en finit pas de susciter convoitises et menaces. Lentement mais sûrement, le puzzle se met en place et l’étau se resserre dans les effluves du pastis et au son des cigales. Maurice Gouiran nous fait partager, tout au long de son roman, la vie des piliers de bar de l’Estaque et la langue des autochtones. S’ensuit donc logiquement une chute aussi alambiquée que toutes ces vapeurs d’alcool !" Aude Locher



  *** « LA VAGUE » d’Ingrid Astier. Editions Les Arènes Collection Equinox.


Sorti le 17 février.
- Ingrid Astier signe avec « La vague » un roman résolument exotique ! Nous voici plongés dans l’univers des surfeurs tahitiens (à vos dictionnaires !) et des adeptes d’adrénaline. Nous offrant de partager au quotidien la vie des autochtones, Ingrid Astier délimite clairement les bons et les méchants. Mais la vie et l’âme humaine sont-elles aussi simples ? Dès lors, la chute nous interpelle : l’héroïne principale n’a-t-elle donc pas voix au chapitre ? A conseiller aux amateurs de tropiques pour un univers décoiffant ! Aude Locher

- On était resté intensément ébloui par son précédent « Haute Voltige » et les envolées intrépides, téméraires, esthétiques et lyriques de Djeko vers les sommets des gratte-ciels parisiens pour y dérober discrètement des œuvres d’art incomparables à l’image des derniers tableaux d’Henki Bilal ; tel un Spiderman aux allures de Patrick Edlinger et Arsène Lupin.
La descente vertigineuse et périlleuse des surfeurs d’élite au creux de la vague mythique qu’est Teahupo’o sur la presqu’île de Tahiti n’est pas de la même veine haletante. En effet, le jargon très technique et hyper anglicisé du monde de la planche n’est pas fait pour faciliter la compréhension des néophytes béotiens que nous sommes, et il faut du temps également pour se familiariser avec les prénoms et surnoms tahitiens, certes fleuris mais peu aisés à retenir….

Bref, on s’embrouille parfois sans jamais trouver ce qui fait tout le charme d’Ingrid Astier en milieu urbain : à savoir l’instant où l’on va surfer nous–aussi sur les mots, en quête d’aventure et d’inattendu.
Certes, on découvre comme toujours avec la gastronome Ingrid (Coup de cœur Blues & Polar 2010 pour Quai des enfers) une cuisine des îles haute en couleurs et en saveurs magiques, une végétation luxuriante, colorée, génératrice de légumes, épices et fruits merveilleux qui nous font rêver rien qu’en découvrant leur nom (bananes, citrons, mangue, mangoustan, fruits de la passion...).
Mais ce quotidien aux allures de carte postale, nous entraîne très vite au creux de la vague, au travers d’un monde fait d’indolence et de violence, de packs de bière, surf, joints, pétards… et des fameux cristaux d’Ice cette drogue si destructrice qui fait exploser le cerveau de celui qui en abuse. « La Vague » est comme un fleuve de mélancolie qui entre mer et forêt s’étire langoureusement avec indolence, diffusant des fragrances d’ylang-ylang et de tiaré au beau milieu d’une vague rageuse se dressant comme un cobra pour mieux punir les hommes qui n’ont pas humilité de la respecter." Jean-Pierre Tissier

- « Voilà un livre agréable à lire pour peu que l’on ait de l’imagination… On voit très bien la fameuse Vague – la plus haute du monde - dont parle Ingrid Astier avec les surfeurs venant l’affronter. On voit très bien aussi la presqu’île de Tahiti avec ses fleurs merveilleuses, ses fruits aux noms poétiques, mais aussi l’envers du décor avec une délinquance très forte symbolisée par le commerce de la drogue. Une belle histoire qui ne fait pas de vague... Je me suis régalée ». Muriel Gaillard



  *** « DIX PETITES POUPÉES » de BA Paris. Editions Hugo Thriller.


" B.A Paris, auteure de Derrière les portes vendu à plus de deux millions d’exemplaires et de Défaillances vit en France désormais. Son dernier roman est un thriller psychologique qui tient en haleine tout au long des pages avec une personne qui dépose des petites poupées russes dont on sait qu’elles sont au nombre de dix. Plusieurs coupables sont possibles au fil des dépôts.... On se dit que c’est lui, et puis non ! Mais j’avoue qu’avant la fin du livre je savais qui était l’auteur des faits.
En tout cas, c’est un très bon livre qui entretient le suspense en permanence."
Muriel Gaillard



  *** "LA CAGE DE L’ALBATROS de Pierre Pouchairet

Editions du Palémon
- Avec « La cage de l’albatros », le dernier roman de Pierre Pouchairet, nous retrouvons la commandant(e) Léanne, chef de la PJ du Finistère, pour de nouvelles aventures sur le fil du rasoir !
Au cours de son récit, Pierre Pouchairet introduit de vrais méchants et de faux gentils. Ses personnages ont l’air, tout d’abord, caricaturaux mais, au fil de l’eau, les langues se délient et certains gentils ne le restent pas forcément...
« La Cage de l’albatros » est un roman policier maîtrisé et crédible, car écrit par un homme de terrain. Le récit va crescendo. Les personnages, tout d’abord si limpides, paraissent s’étoffer peu et peu et, au fil d’une météo bretonne omniprésente, paraissent s’écharper et régler leurs comptes à chaque détour du chemin !
Même si ce roman policier est distrayant, voire parfois dérangeant, c’est un feuilleton supplémentaire de la vie de la commandant(e) Léanne et cela n’a ni le piquant ni l’exotisme racé qu’a su nous faire vivre Pierre Pouchairet dans « La prophétie de Langley » ou dans « Une terre pas si sainte »... Alors, à quand le prochain ?
Aude Locher

- « Habitué de Blues & Polar, lauréat du Prix du Quai des orfèvres 2017, l’ancien grand flic bourlingueur vit aujourd’hui au Cameroun, mais il vient de sortir son premier polar breton, et ça décoiffe comme une Bigoudène marchant vers Combrit, en plein vent de noroît, avec quelques verres de chouchen dans le chignon….
Moteur ! Action ! Pierre Pouchairet est désormais devenu un incontournable des thrillers haletants où l’on tourne les pages vivement - ce fameux « page turner - pour connaître la suite de l’enquête. Il puise donc allègrement dans son ancien métier très proche du terrain, tout en ayant désormais édulcoré les sigles si chers aux guerres multiples des polices de tous bords entre elles, pour arriver à l’essentiel. Le cœur de l’intrigue à démêler d’abord. Et pour notre grand plaisir !
Autant dire que l’air pur de Bretagne et de la Baie des Trépassés en toile de fond d’Audierne l’a plutôt bien inspiré. Lui qui nous avait plutôt habitués aux tribulations des grands voyous ou de terroristes kamikazes en Israël, Palestine, Afghanistan, Turquie, Monaco, le Berry et Paris, se retrouve là dans un environnement policier, militaire et naval, très visuel pour qui a déjà traîné ses errances jusqu’à cette pointe de France sublimée par son décor ressemblant à une dentelle taillée au couteau. On y découvre des enquêtrices passionnées de blues au point de former parfois un combo éphémère, des clins d’œil à ses collègues de plume (Norek, Lemaître, Lebel…) avec – cerise sur le gâteau – un public féminin féru de polar qui devient d’un coup, acteur et metteur en scène au cœur d’un cimetière de bateau… Il faut lire le roman pour comprendre. Une fin en forme de coup de poing ; une tuerie nocturne au coin du feu pour péché mignon ! J.-P.T

- « Encore une fois quand on commence un livre de Pierre Pouchairet, on est happé tout de suite et on ne lêche plus le livre. En plus, cette fois encore, il mêle à l’histoire des faits d’actualité qui s’imbriquent parfaitement dans l’ensemble. C’est comme si on accompagnait ces trois filles Léanne, Elodie et Vanessa sur les lieux des crimes avec descriptions qui nous permettent d’imaginer le décor. Tout y est réuni pour un bon moment de lecture. » Muriel Gaillard



  **** « TOUTES BLESSENT, LA DERNIÈRE TUE » de Karine Giebel Editions Belfond

- "Chaque mardi soir, de 20 h30 à 21h 30, pendant treize ans (de 1952 à 1965), sur les ondes de Paris Inter, puis de France Inter, la mythique émission radiophonique de Pierre Billard, Les Maîtres du mystère a remplacé la télévision dans bien des foyers… On vibrait intensément en famille, autour de la table de la cuisine, et on frémissait en écoutant les fabuleuses histoires à suspense interprétées de voix de maître par Michel Bouquet, Raymond Souplex, Roger Carel, Jacques Balutin, Michel Piccoli, Rosy Varte, Juliette Gréco... et bien d’autres. Des dramatiques comme on disait à l’époque, souvent tirées d’un célèbre polar ou écrites spécialement pour l’émission, qui ont attiré jusqu’à des millions d’auditeurs autour de ce rituel mystérieux et quasi-hypnotique du mardi propagé par les ondes de la radio.
Une formule reprise - avec autant de succès - sur Radio Luxembourg, avec Jacques Jouanneau héros du feuilleton du samedi soir joliment appelé Dans les mailles de l’inspecteur Vitos. Une émission sponsorisée (déjà) par la marque de bas Vitos, et qui durera jusqu’en 1957 avec les voix de Frédérique Hébrard et Yves Furet.
Karine Giebel qui vient de publier Toutes blessent, la dernière tue y ferait assurément recette aujourd’hui via ses 1.300.000 exemplaires vendus à ce jour, car en quelques années, la Varoise venue quasiment inconnue à Blues & Polar en 2010, a pris une dimension incroyable dont elle ne réalise toujours pas l’ampleur (*).
Dans ce dernier pavé de 640 pages, Karine nous entraîne vers de fausses pistes avec deux récits écrits en parallèle, dont on se dit néanmoins, de temps à autre, au fil des pages, au travers d’un nom, d’une région, d’un mot… qu’ils pourraient éventuellement avoir une concordance un jour, mais sans aucune certitude !
C’est là, tout l’art de l’esquive de Karine Giebel qui sait nous entrainer dès les premières phrases, dans une lecture hypnotique que l’on a envie de mener à son terme d’un coup. Fusse au prix d’une nuit sans sommeil. Mais à chacun sa technique de lecture, son envie, sa disponibilité… Moi je préfère donner du temps au temps, pour que l’histoire mature en tête pendant quelques jours en imaginant des scénarios improbables.
C’est encore le cas cette fois, avec l’évocation de l’esclavage contemporain pratiqué dans certains milieux aussi divers qu’hétéroclites (gros bourgeois, nouveaux riches, africains…) que Karine Giebel porte à notre connaissance.
Elle en a d’ailleurs fait son combat personnel, après deux années d’enquête auprès d’une organisation marseillaise (*) spécialisée dans cette cause.
Au gré des pages, l’inconcevable comportement des adultes propriétaires de la petite Sama (marocaine de 9 ans) vendue par son père comme bonne à tout faire, sans papiers ni salaire, à une tante vivant en France nous file la nausée.
Avec la farouche envie de débarquer subitement dans cette famille de Tenardier du XXIe siècle vivant dans les beaux quartiers (mais pas toujours) pour y faire justice. Comme une colère sourde qui n’en finit pas de monter devant tant de barbarisme et de férocités diaboliques distillés par des prfessionnels du mal (autant homme que femme) ayant un pois chiche à la place du cerveau, un pavé à la place du cœur, et un sexe qui ne sait pas où il habite… face à une enfant.
Pathétique et intolérable, le polar de Karine Giebel – même si les flics y sont rarissimes – nous entraîne dans les travers d’une société actuelle de plus en plus primitive et barbare. Était-ce mieux avant ? Sûrement pas ! Karine Giebel pose les questions.. A la société d’y répondre.« Jean-Pierre Tissier »L’intrigue est bien construite. Tout ici semble réel avec notamment beaucoup de détails, et la recherche du milieu où se passent les actions. Les auteurs du roman semblent eux, vivre dans une certaine inconscience ; mais dans l’ensemble l’histoire est un peu longue, tandis que les rebondissements et la cruauté des acteurs me semblent exagérés. Trop de crimes et de détails malsains. Tout cela ferait bien en revanche, un bon scénario de film. Quoi qu’il en soit, j’ai eu un grand plaisir à lire ce livre. Il m’a tenu en haleine pendant tout le temps de sa lecture." Julien Venzal



  **** « LA TERRE DES MORTS » de Jean-Christophe Grangé (Albin-Michel)


« Encore une fois le dernier livre de Jean-Christophe Grangé nous tient en haleine jusqu’au bout. On croit connaître la fin de l’histoire, mais non ! Il y a toujours un rebondissement. »La Terre des morts« est une histoire »tordue" qui se déroule dans le monde de la prostitution, du sado-masochisme (SM) et du bondage...
J’étais à fond dans l’histoire ; avec une seule envie reprendre le livre pour le finir. Que du plaisir." Muriel Gaillard

– Avec La Terre des morts, sorti en avril 2018, Christophe Grangé, c’est encore une (fois - et pour toujours semble-t-il - du chaud de chez très chaud dans l’action, jusqu’à la dernière seconde, la dernière ligne, la dernière image, la dernière surprise… tant les fausses pistes se succèdent et s’imbriquent à l’envi, tel l’engrenage implacable d’une série TV avec une série d’assassinats de strip-teaseuses mis en scène comme des œuvres d’art qui trouble le commandant Corso. Mais ce qu’on aime aussi chez Grangé, ce sont ces zones de silence et de quête de la vérité qui nous entraînent dans de hauts lieux culturels comme le Musée de Madrid en y cherchant des explications aux meurtres horribles de ces filles jusque dans le détail des toiles monumentales de Goya, noires, sombres, effrayantes, carnivores, incestueuses… On navigue alors, en parallèle, dans le monde interlope du vice sans vertu et de la jouissance à n’importe quel prix, ni morale. On est par instants comme dans la série Kepler (s) avec Marc Lavoine, diffusée récemment sur France 2. Peut-être la patte du maître en filigrane ?
Assurément, La Terre des morts est une histoire très bien ficelée, avec et sans jeu de mots, (vous comprendrez en lisant) qui se penche aussi sur le monde de la Justice et celui plus feutré des Cours d’Assises, où selon que vous soyez puissant et riche vous ne serez pas défendu par la même « pointure » du Barreau. Ferrari ou Fiat 500 ? Dupont-Moretti ou robe noire du commis d’office ? « Corso ne pouvait admettre que la Justice repose sur le talent d’un seul bonhomme, la mauvaise humeur d’un autre, ou simplement le fait qu’il pleuve ou non ce jour-là… » L’inoubliable auteur des Rivières pourpres en 1998 signe là un suspense de haut vol sans cesse renouvelé au fil des pages que l’on tourne inlassablement, sans sourciller.
Jean-Pierre Tissier

« Voilà un très bon bouquin, bien écrit de surcroît. Le suspense dure jusqu’à la fin, les rebondissements sont nombreux, et les actions bien construites. De plus, l’auteur joue avec notre patience jusqu’au final. Ce fut un régal de lire ce livre bien que la trame en soit quelque peu alambiquée. Mais chapeau à l’auteur pour le suspense et l’épilogue. Merci ! »
Julien Venzal



  *** « LES MAINS DANS LES POCHES » de Bernard Chenez

(Editions Héloïse d’Ormesson) . « C’est la main qui voit et c’est l’œil qui dessine. »
Pour qui a connu Bernard Chenez et ses dessins en forme de chronique dans L’Equipe et L’Equipe magazine notamment, c’est toute une époque des sixties et seventies qui revient en mémoire, avec ces « Mains dans les poches » écrit au crayon gris de la nostalgie.
"Doucement, avec tendresse, émotion et mélancolie surtout, pour ceux qui font partie des baby-boomers et des enfants de mai 68, comme moi.
Prévert, Ferré, Caussimon, et leurs mots parfois disparus, reconnaissables entre mille sont là, bien présents au fil des pages du Quartier Latin à la Porte Clichy.
France-Soir, L’Huma, les cibiches, Gauloises, Celtiques, Boyard maïs… le zinc des troquets des Halles, les anars, le Parti Communiste, l’île Seguin et les travailleurs de chez Renault, et les « négros » et autres « bicots » vertes expressions verbales inévitables - et collatérales – de la détresse des appelés du contingent partis en Algérie pour une opération dite de « sécurisation du territoire » dont beaucoup ne sont pas revenus. « Les Mains dans les poches » est un essai qui nous entraîne pages après pages dans un passé pas si lointain, mais aux antipodes d’aujourd’hui.
Car en 50 ans, tout a changé. Le numérique via Internet et les réseaux sociaux, a tout emporté sur son passage.
Et le mot autodidacte - celui qui se forme tout seul – comme l’a été Bernard Chenez (et moi-même) n’a plus guère cours aujourd’hui, coincés que sont les jeunes entre apprentissage officiel, métier non-choisi, études longues… et chômage avec bac + 3 au bout du compte !
En guise de conclusion, Bernard Chenez nous fait voyager dans Paris et l’enfance en batifolant à reculons…
« Vouloir parcourir les chemins de son enfance, écrit-il. C’est étaler des coques de noix sur une table, les recouvrir d’une nappe légère, et tenter de mettre le couvert. Au mieux, chaque assiette est de travers. Éventuellement, les verres se brisent. Pourtant, je persévère. Je m’obstine à dresser une table, attendant des convives qui ne viendront pas. » J.-P.T



  ***AFFAIRES DE FAMILLE d’Agnès Naudin ***

Editions du Cherche midi
* Premier livre pour Agnès Naudin capitaine de police au sein de la Brigade territoriale de la protection de la famille. Et déjà la Une de VSD et un passage sur BFM TV pour cet ouvrage qui revient sur trois affaires : un bébé secoué, un viol sur mineure et un viol conjugal. Autant de sujets qui mettent mal à l’aise et qu’Agnès Naudin dévoile sans tabou, en évoquant ses deux vies, professionnelle et privée. Une confrontation pas toujours facile à vivre. Affaires de famille est sorti le 6 septembre.

- "Pour sa première expérience d’écriture, Agnès Naudin jeune capitaine de police à la Brigade de protection de la famille nous entraîne non pas en littérature, mais en réflexion sur un métier pas comme les autres, au service du public et notamment de la famille au sens le plus large du terme, avec tout ce que cela suppose comme déviances, brutalités, ignominies… commises parfois sur des enfants, voire des bébés…. Mais c’est aussi une réflexion sur la société actuelle et comment arriver à mener de front - et en parallèle - une vie familiale normale de jeune mère célibataire, si tant est qu’aujourd’hui la normalité est plus que souvent recomposée…
« Il n’y a pas de manuel dans la Police nationale pour expliquer comment réagir face à la mort, explique Agnès Naudin, dès les premières pages de son livre. Pas de préparation pour le jour où on risque de se retrouver face à un fêlé armé. Pas de préparation pour le jour où on apprend que tel collègue s’est suicidé en se tirant une balle dans la tête…
Pas de préparation pour celui qui travaille en police secours, intervient en premier sur un accident mortel… et se retrouve face à un motard étêté ! Toujours pas de préparation pour le jour où il faut annoncer à des parents que leur fils de 14 ans est décédé, renversé par un chauffard… Quand on est flic, on doit forcément être fort, poursuit-elle car l’ennemi premier, c’est celui qu’on ne voit jamais et qui fait des ravages en silence ; c’est le jugement ! Et on n’a pas le droit de faillir ! Et forcément, ça ne colle pas avec l’idée du psy, alors que son utilité n’est plus à démontrer…. En attendant, on continue d’être confronté à la mort. Tous les jours ! »
En mélangeant son parcours personnel et intime à son quotidien professionnel de flic au cœur du milieu familial de tout âge, on découvre toute la complexité d’une fonction au service de la nation, qu’on a embrassée à bras ouverts au moment des attentats de Charlie et du Bataclan, et qui aujourd’hui reçoit des machines à laver ou des parpaings quand une brigade de Police – et même les pompiers, aberration totale ! - rentre dans une cité…
Pourquoi écrire ? Agnès Naudin s’est posée la question après quatre jours passés dans un ashram et le silence troublant qui va avec…
« Je n’ai pas de réponses dit-elle. Mais elles viendront quand ce sera le moment. Il est juste essentiel de se laisser porter et d’accepter cette « mission ».
Un livre utile pour comprendre l’essentiel de la vie, mais aussi ses fantômes…"
J.-P.T



  ** « LA BRIGADE DES CAVES » de Claude R.A Muller

(Editions Sydney Laurent)
La « Brigade des caves » - roman policier inspiré d’un fait historique réel s’étant déroulé à Aix-en-Provence pendant la Seconde guerre mondiale - est une enquête de police menée jusque dans le moindre détail, et dans toute sa complexité , avec deux meurtres sur les bras à peu de temps d’intervalle. Celui de la fille d’un très grand galeriste du milieu bourgeois aixois, et celui d’une étudiante au double profil, journaliste à ses heures, retrouvé dans une cave d’une cité d’un quartier plutôt chaud et mal famé où ça deale à tout-va... Tout cela sur fond de rivalités policières entre Brigade des Stups et SRPJ, et un lien à trouver entre ces deux crimes... Jusqu’à ce que la mémoire de l’Occupation en Provence et ses souvenirs autant douloureux que douteux parfois, reviennent à la surface, comme un trait de lumière dans une affaire confuse et ardue à démêler.
D’un coup, les menus détails considérés comme secondaires prennent un relief nouveau, comme les fragments d’un kaléidoscope dont une rotation minime change l’agencement... La spoliation de tableaux d’artistes en devenir, ou déjà considérés comme des chefs-d’œuvre à des marchands d’art ou collectionneurs - avant tout Juifs - ayant été un des jeux favoris des nazis. Comme quoi, incroyablement, le chef de la Kommandantur pouvait être ému devant une nature morte figurant la Sainte Victoire… et envoyer des wagons de gens au four à Auschwitz ou Dachäu, sans le moindre état d’âme. Le tout avec la complicité de français ressemblant à des girouettes suivant le vent. Beaucoup ayant opté pour la Résistance en fin de course, histoire de gommer un passé ambigu.
C’est donc au cœur d’une enquête fouillée et à rebondissements d’une semaine, vue de l’intérieur, que Claude Muller nous entraîne à travers « La Brigade des caves ». Un écheveau ténu et plutôt compliqué à démêler par instants, pour connaître la vérité sur les mobiles de ces deux crimes et identifier le ou les meurtriers, et qui nous éclaire sur le travail de fourmi des enquêteurs.
Car loin du yaka, c’est au contraire la minutie et l’intuition associées aux nouvelles techniques de la Police scientifique qui prévalent.
Mais « La Brigade des caves » en faisant remonter en surface des événements douloureux comme la destruction du quartier du Panier à Marseille et la déportation de ses habitants, le guet-apens des Résistants fusillés à Signes... est un livre empreint de mélancolie et de colère. Souvenir d’une époque pas si lointaine où les hommes fascinés par des dictateurs fous (Hitler, Staline, Mussolini, Franco...) ont été capables de monstruosités sans nom. Le drame, c’est qu’au XXIe siècle, le monde est toujours aussi fou. J.-P.T



  *** « COULEUR PIVOINE » de Christian Schünemann et Jelena Volic


(Editions Héloïse d’Ormesson) - Best-seller en Allemagne, « Couleur pivoine » comme la fleur symbole du Kosovo, est un vrai polar géopolitique qui nous entraîne au cœur des Balkans - éternel point chaud du monde - en Serbie, Bosnie, Croatie, Kosovo et Monténégro. Autant de provinces de l’ex-Yougoslavie de Tito, devenues nations à part entière aujourd’hui, mais dont on n’a toujours pas compris (vu de France) comment tant de haines folles et génocidaires entre-elles ont pu déclencher des centaines de milliers de morts en cette fin de XXe siècle, et des massacres abjects de toutes parts.
Une folie des hommes poussée à son paroxysme en pleine Europe à deux heures d’avion de Paris...
Et l’impression désagréable de ne pas savoir vraiment qui a commencé à mal se conduire avec l’autre, « alors que pendant des siècles ces cultures avaient grandi ensemble en s’enrichissant les unes des autres expliquent les deux auteurs. Et que d’un coup, politiciens et nationalistes se sont mis à insister sur les différences et à couper les cheveux en quatre ! »
Résultat : une haine tenace qui malgré le temps qui passe est toujours bien présente, et une blessure qui ne se refermera jamais.
La criminologue Milena Lukin spécialiste des crimes de guerre en Ex-Yougoslavie, nous conduit au plus profond du quotidien de ces ethnies à vif, cruellement éprouvées et qui n’arrivent pas - notamment dans les campagnes - à se reconstruire malgré tous les plans conçus par l’Union Européenne... et tout l’argent qui va avec.
Car dans ces pays où la réconciliation n’est pas pour demain, la corruption et un sport national. C’est ce qu’essaie de mettre au jour Milena Lukin avec l’aide d’un ancien procureur pour connaître la vérité sur la mort d’un couple de vieux Serbes assassinés froidement d’une balle dans la nuque peu après leur retour au Kosovo ; alors qu’il s’agissait d’une opération pilotée par l’ONU !
Ce polar géopolitique à 200 % démontre bien toute la complexité des systèmes véreux qui dirigent ces nouvelles nations, et même si on se perd parfois dans tous le noms en ic (Spajic, Valetic, Bozovic...) malgré une bonne connaissance des talentueux footballeurs y existant, on lit ces 350 pages avec une belle avidité. Jean-Pierre Tissier



  ** MÊME LES MONSTRES de Thierry Illouz.

Enfant des cités, fils de français d’Algérie devenu avocat pénaliste, il s’interroge sur la question qu’on ne manque jamais de se poser « Comment peut-on défendre des monstres ? »
- « L’auteur avocat essaie de nous faire comprendre, avec ses mots à lui et ses propres, arguments pourquoi il défend les monstres... J’ai du mal à adhérer à cette idée, mais ce livre est fort bien écrit, clair, rapide à lire... Voilà tout est dit ! »
Muriel Gaillard



  **** LA NUIT DE L’OGRE de Patrick Bauwen


- « J’ai adoré ce livre dès la première page car on rentre dedans tout de suite. Il y a plein de détours sur lemédecine urgentiste avec la pratique des médecins légistes également. J’aurais aimé qu’il y ait plus de pages encore... À quand le prochain Bauwen ? Un vrai régal ! » Muriel Gaillard



  *** LES CŒURS SIMPLES d’’Albert Algoud

(Editions Casterman) - Il est le savoureux Père Albert adepte de la foi SM, avec des manières policées pas très catholiques, ni même orthodoxes, mais aussi l’énergique Maréchal Ganache aux stigmates si truculentes subies en Indochine et en Algérie, chaque midi sur France Inter dans la Bande Originale de Nagui... et il est toujours, François-François l’ égérie Wizzzzzz de CloClo comme à l’époque bénie de Canal Plus. Mais Albert Algoud comme il l’écrit si bien, avec justesse, connaît depuis dix-neuf ans, ce qui « n’arrrive pas qu’aux autres » avec un grand garçon autiste.

Et comme les idées généreuses ne manquent pas chez lui, il a réuni, avec le soutien gracieux de dessinateurs amis comme Berberian, Bilal, Charb, Cabu, Geluck, Zep.... une pléiade de textes de grands auteurs ( Jim Harrison, Anatole France, Pouchkine, Tolstoï, Jean-Louis Fournier...) consacrés aux Cœurs simples. Aux arriérés, aux fadas, aux crétins des Alpes.... le tout en foui dans des textes qu’il faut prendre le temps de lire doucement pour s’en imprégner. Un livre rare et émouvant vendu au profit du fonds de dotation « La Bonne aventure ». Une fondation qui oeuvre pour soutenir les projets sérieux en faveur des autistes.
Une bonne idée d’étrennes en cette fin d’année 2017.
Courriel : labonneaventure@orange.fr J.-P.T



  *** « LE FANTÔME DE MONTMARTRE » de Bastien Souperbie

(Lemieux/Editions) - Ce roman d’aventures nous entraîne dans le tourbillon des années folles. Pierre-Casimir Lazare, vétéran de la grande guerre, tente de trouver un sens à sa vie loin des cabarets parisiens. Ce journaliste désinvolte part à la recherche de son ami d’enfance disparu, Eugène, un notaire englué dans l’ennui d’un pays convalescent mais furieux de vivre après avoir échappé à l’apocalypse.

- Bigler, zieuter, siroter, cloper jacter....les verbes savoureusement fleuris de l’argot parisien de l’après 14-18, et des années dites folles qui ont suivi, sont le socle et le charme de ce roman d’aventure aux allures de polar à l’ancienne, que l’on dévore à l’envi, comme un chichi sur la plage de l’Estaque à Marseille, après une bonne baignade. Journaliste à Sud-Ouest, spécialiste du Faits-divers au quotidien, Bastien Souperbie nous entraîne dans la frénésie des années 30. Soit une vie sans répit et « en dehors des clous » pour certains, l’apathie et la tristesse infinie pour d’autres ; notamment ceux qu’on appelait les « gueules cassées », estropiés et défigurés à jamais sous la mitraille et la folie des petits chefs et gendarmes impitoyables avec les déserteurs .
Avec son vocabulaire à la Blondin, mâtiné d’Audiard et de San Antonio parfois, on découvre une époque qui nous ramène au premier essor de l’aviation civile, à une ambiance de corruption et de prohibition style Eliott Ness et les Incorruptibles ; le tout ponctué des bons vieux mots de notre petite enfance comme tire-jus (mouchoir), bénard (pantalon), godillots (chaussures), et les cognes pour désigner les flics qu’utilisaient nos aïeux.

Des nervis de la Butte-Montmartre à la très bourgeoise Normandie des haras de chevaux et de la sacro-sainte messe dominicale en passant par les bordels de Pigalle, le cercles de jeu de l’avenue de Wagram et les tavernes interlopes de Séville, on voyage avec une chimère en tête, via une enquête menée par un journaliste et une disparition aux allures d’entourloupe qui va nous tenir en haleine 280 pages durant.
Avec notamment - et même si on est anti-corrida – page 232, une envolée solaire, lumineuse, sanglante et poétique à la Antoine Blondin sur le Tour de France pour l’Equipe, telle une parabole écrite en lettres de sang dans les arènes de Séville. Tandis que l’universalité du flamenco et de l’Andalousie - simple voyage de diversion stratégique au cœur du roman - nous ramène à cette terre qui jadis fut celle des lumières ; là où chrétiens, musulmans, juifs et gitans, vivaient en parfaite harmonie.
« Le Fantôme de Montmartre » nous entraîne bien au-delà de la Butte et du Sacré-Coeur avec des faux-airs du film « Au-revoir là-haut » d’Albert Dupontel tiré du roman éponyme de Pierre Lemaître. Avec les accents du jazz et du blues - arrivé en France par musiciens noirs et blancs - annonciateurs de la mutation de la musique de l’époque. Les notes (noires ou blanches) ne connaissent plus de frontières, désormais. J.-P.T



  *** "FÉROCE « de Danièle Thiéry

Editions Flammarion.
- Première femme commissaire divisionnaire de l’histoire de la Police française, Danièle Thiery est devenue une figure incontournable du polar « made in France ». Elle a reçu le Prix Polar à Cognac, et le Prix du Quai des orfèvres pour « Des Clous dans le cœur » en 2013.
« Je ne connaissais pas cette auteure, mais je me suis régalée. Plusieurs enquêtes en même temps, je me dis que ce doit être le quotidien d’un commissariat puisque l’auteur était elle-même commissaire. On ressent la pression des enquêtes qui doivent être vite résolues puisqu’il y a des enfants en cause. Je vais vite acheter son dernier livre. » Muriel Gaillard



  *** « HUNTER » de Roy Braveman.

(Editions Hugo Thriller).
- Dès le début du livre, on sent le froid, la neige et le blizzard de cette petite ville des Appalaches. Et puis l’ambiance lourde et angoissante de ce père qui recherche le corps de sa fille enlevée il y a une quinzaine d’années ; corps qu’il espère trouver en traquant celui qui a été condamné à la peine de mort pour l’enlèvement de cinq filles, et qui s’est évadé de prison avec la complicité de son compagnon de cellule. Mais l’atmosphère du livre devient angoissante quand on découvre que les filles sont détenues et exploitées sexuellement par le shérif et son frère « simplet ». Un thriller passionnant.
Muriel Gaillard



  **** « TU ME VERTIGES » de Florence Forsythe.

L’amour interdit de Maria Casares et Albert Camus (Editions Le Passeur).
- 6 juin 1944 : Nuit du Débarquement des Alliés en Normandie. Nuit où tout commence à Paris pour la comédienne espagnole Maria Casares et l’écrivain algérois Albert Camus.
4 janvier 1960 : mort accidentelle d’Albert Camus sur la route, au volant de la Facel Vega de Michel Gallimard, son éditeur. Fin brutale d’une folle passion de seize ans !
Seize années du sortir de la Guerre, brûlées avidement comme une Gitanes maïs qui se consume au vent. Seize années folles - elles-aussi - d’une explosion culturelle et artistique incroyablement riche, et d’un désir de liberté si longtemps contenus en raison de l’Occupation, du bruit des bottes nazies résonnant dans Paris, et de la milice française aux abois...
Et puis, LA rencontre ! Maria Casares et Albert Camus. Deux C ! Deux personnalités talentueuses ! Deux passions ! Deux coups de foudre ! Deux folies ! Deux visions de la mort et de la vie ; de l’absolu et de la Résistance, avec un grand R. Deux pays : l’Algérie encore française pour l’un ; l’Espagne républicaine au cœur pour l’autre. Et deux guerres ! L’une en France, toujours en cours ; l’autre passée, trépassée sous le joug de Franco en 1936, avec le « double je » de la France oubliant après la Libération que les chars de la Nueve des Républicains espagnols avaient été les premiers à libérer Paris, avant les Américains. Deux fous de théâtre en quête de personnages absolus, et de comédiens à l’esprit de groupe et de troupe. On croise ainsi dans ce livre, Serge Reggiani, Cocteau, Malraux, Michel Bouquet, Jean-Louis Barrault et Madeleine Renaud, Léonor Fini, Gérard Philippe, François Périer, Pierre Vaneck, Django Reinhardt, Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, Boris Vian... entre un café-chicorée à Saint-Germain-des Prés, une danse au Tabou, ou un repas « royal » dans un resto de Montparnasse proposant des patates au lard... La liste est longue de celles et qui ceux qui durant seize années auront côtoyé les deux amants tumultueux, sur scène et à la ville. Seize années qui se fracassent dramatiquement le 4 janvier 1960, à 14 h 15, contre un platane de la RN 5 dans l’Yonne, aux côtés de son éditeur Michel Gallimard qui conduisait sa rapide Facel Vega. Le Prix Nobel de littérature est tué sur le coup. Gallimard décédera quelques jours plus tard. Camus quitte la scène, mais ses œuvres universelles resteront à jamais ancrées au Panthéon de la littérature française, alliant la pensée et le talent à l’engagement éditorial du brillant journaliste de Combat qu’il fut ; prônant la diversité des points de vue au sein d’une même rédaction, pour le plaisir et l’intérêt du débat démocratique. Une folle histoire d’amour et de passion évoquée superbement par Florence Forsythe ; mais ce livre est bien plus que ça. C’est toute la transmission de la vie trépidante d’une époque au sortir de la Seconde Guerre mondiale qui est fort justement décrite (pour 8,50 € seulement ) au si bien nommé éditeur qu’est Le Passeur.
Jean-Pierre Tissier



  *** « LA JOURNALISTE » de Christina Kovac

- Journaliste de télévision auprès de plusieurs chaines américaines à Washington Christina Kovac signe son premier roman, traduit de l’Américain par François Thomazeau. Et on sent bien que ce travail fait d’antenne et d’investigations nombreuses n’est pas sans conséquences sur la vie privée, à l’instar de nombreux journalistes depuis la nuit des temps, et de l’héroïne de ces premières pages publiées en France chez Hugo thriller. D’où ce titre « La Journaliste » qui résume bien tout ce que comporte ce métier de passion plus que de raison, mais en plein chamboulement depuis plus de dix ans en raison de l’importance - souvent néfaste, mais néanmoins implacable - des réseaux sociaux. On y découvre aussi en détail la fabrication de l’info et d’un journal sur une chaîne de télévision aux Etats-Unis...même si c’est parfois un peu long.Virginia Knightly (son héroïne) productrice pour une chaîne d’info ne se cantonne cependant pas à un rôle de femme-tronc annonçant les nouvelles ; elle aime l’adrénaline du terrain au point de se transformer pour l’occasion en véritable enquêtrice sur une disparition bizarre.Au point de se retrouver mêlée directement avec les protagonistes de cette « affaire » très ricaine" où la Justice qui ne travaille pas comme en France se retrouve souvent confrontée à des conflits d’intérêts étranges dus aux divers lobbies influents présents à Washington. Il faudra néanmoins attendre longtemps pour que l’on se mette à tourner avec avidité, les feuilles de ce pavé de 400 pages qui aurait tout de même gagné en rythme avec un petit régime. Mais comme pour les enfants, on attend le deuxième désormais.
J.P.T



  *** « L’HISTOIRE DE L’HUMANITÉ »... de Philippe Carrese.

« Il aura fallu plus de trois milliards d’années à l’humanité pour que les descendants d’Homo sapiens songent enfin à mettre une machine à café écoresponsable dans l’open space des entreprises. Mais à quoi ­pensaient-ils jusque-là ? » explique Philippe Carrese, écrivain-musicien, dessinateur de presse, co-réalisateur de « Plus belle la vie » sur France 3, cinéaste .... et parrain du festival Blues & Polar. Ce roman - sorti le 5 avril aux éditions de l’Aube à La Tour d’Aigues (Vaucluse) - évoque la complexité de ces phases essentielles de l’évolution, des origines de l’humanité à nos jours, alternant chapitres retraçant l’évolution depuis le Big Bang et dialogues de personnages contemporains. Et c’est au sein d’une société d’édition cotée en Bourse mais qui n’a plus aucune idée de ce que peuvent être un auteur ou un manuscrit original, que notre narrateur s’est installé pour décliner son analyse… à la fois savante et vulgarisatrice, bien évidemment. Un roman à l’humour caustique et aux personnages hilarants, hélas bien malgré eux, qui ne nous épargne rien du ridicule et de la caricature que notre société peut engendrer.



  *** « JOURS DE CRIME de Pascale Robert-Diard et Stéphane Durand-Souffland

 »C’est là, dans cette lumière si blanche, si crue, qu’une cour et des jurés ont plongé dans la nuit d’une femme...«  - Journaliste spécialiste des grands procès d’assises depuis une quinzaine d’années, Pascale Robert-Diard (Le Monde) devait être notre invitée à Blues & Polar, il y a deux ans, pour son livre »La Déposition« consacré à l’Affaire Maurice Agnelet à Nice, qui s’était terminée par un coup de théâtre, 30 ans plus tard... avec la déposition de son propre fils l’accusant du meurtre de sa maîtresse. Mais elle n’avait pu être des nôtres en raison d’une permanence impérative au Monde en cette période de pré-rentrée. Son nouvel ouvrage sur la Justice réalisé en duo avec son confrère Stéphane Durand-Souffland chroniqueur judiciaire au Figaro auteur de »Frissons d’assises« et de »La Bête noire" écrit avec Eric Dupond-Moretti, est sorti le 18 janvier, au cours d’une soirée très originale organisée par les éditions L’Iconoclaste au Palais de Justice de Paris.
Dès les premières pages, c’est une fascination d’interrogations multiples et incroyables sur les procès en Cour d’assises vus par deux experts du genre qui les suivent depuis une trentaine d’années. Yvan Colonna, le préfet Erignac, Guy Georges, Michel Fourniret, les mères de Marie Trintignant et de Bertrand Cantat, et les voix des ténors du barreau y figurent en bonne place. Dans cet esprit - preuve que Blues & Polar tenait une place dans l’interrogation sur la société chaque été - nous avions consacré un grand débat très passionné sur ces procès parfois déroutant liés à l’intime conviction, lors du festival Blues & Polar 2016 sur le thème du « Jeu théâtral des avocats en Cour d’assises ». « A la langue austère des juges répond la gouaille des caïds, écrivent-ils. Aux mots des pauvres gens, l’éloquence des ténors. Nous voilà jurés à notre tour confrontés au Bien et au Mal, et à ce rôle inouï de juger des frères humains. » Un livre particulièrement édifiant sur notre société et ses travers... et sur les jugements d’une Justice populaire qui interpelle au XXIe siècle. J.P.T



  *** LE MAI 68 DE PATRICK MAHÉ.

- Mon vieux camarade de But dans les années 70 à Paris, Patrick Mahé qui dirige aujourd’hui une collection chez Plon - après avoir été directeur de Télé 7 jours, Paris Match, Play boy... - nous rappelle que mai 68 aura 50 ans en 2018. L’occasion pour lui de sortir un super livre dans lequel on trouve des photos de Robert Doisneau et des textes de Serge July, Irène Frain, Jean-Claude Carrère et Philippe Labro. « 68 années choc » pensé par Patrick Mahé, est un livre événement à conserver comme un vieux Larousse pour voir et constater le temps qui passe. Le livre de nos presque 20 ans.... Aux éditions Plon. J.-P.T



  *** « BOUGE-TOI, LA VIE EST BELLE »

Le dernier opus du père Guy Gilbert. - Il a été notre invité à Blues & Polar, ne laissant personne indifférent avec son langage fleuri, et même violent parfois (il s’en était excusé) à l’encontre du juge Claude Hanoteau pour un Blues & Polar consacré à la prison. Mais Guy Gilbert, grande gueule au cœur tendre ne laisse jamais indifférent. Il suffit de relire la longue interview qu’il m’avait accordée il y a deux ans, au cœur de l’hiver à la Bergerie de Faucon, dans ces Gorges du Verdon si peu fréquentées quand le soleil est bas. Il parle d’amour mais aussi de fermeté vis à vis des religions radicales.. Son nouveau livre « Bouge-toi, la vie est belle » vient de sortir en ce début d’année, et comme toujours ses droits sont destinés à la vie de cette Bergerie de Faucon où il accueille des jeunes en perdition, bêtes fauves des cités parfois, pour les confronter à la réalité des vraies bêtes que sont les ânes, les sangliers, les lamas...pour une zoothérapie étonnante. * « Bouge-toi, la vie est belle » par le Père Guy Gilbert aux éditions Phillipe Rey. Tarif : 20 €.



  *** JOHNNY FOR EVER« L’ULTIME BIOGRAPHIE SIGNÉE SAM BERNETT AUX EDITIONS L’ARCHIPEL.

- »Johnny for ever", quatrième biographie sur Johnny Hallyday écrite par notre ami Sam Bernett fidèle du festival Blues & Polar résume tout le parcours en commun qu’ont effectué ces deux là, à travers la radio (Europe 1 ) et le mythique club que fut le Rock’n’roll circus fondé par Sam à Paris. Sam Bernett y raconte les différentes vies de notre jojo national et il y fait rimer jeunesse avec tendresse. On y trouve aussi un album de photos personnelles empreintes de nombreux souvenirs pour bien des gens... - Via ses ouvrages consacrés à la mort de Jim Morisson et au Rock’n’roll’ Circus - fantastique club parisien ayant accueilli toutes les légendes du rock de Bob Dylan à Jimmy Hendrix en passant par MIck Jagger et Tina Turner - Sam Bernett a été un fidèle invité de Blues & Polar ces dernières années.
J.-P.T



  *** « LE PROCÈS RANUCCI » PAR GENEVIÈVE DONADINI.


- L’intime conviction qui permettait jadis à un jury d’Assises d’envoyer un accusé à la guillotine avant l’abolition de la Peine de mort voulue par François Mitterrand - mais qui permet toujours d’ordonner perpétuité, est au cœur des lignes écrites avec les tripes par Geneviève Donadini, jurée et seule femme du procès de Christian Ranucci expédié en 48 heures à Aix-en-Provence. Deux jours pour arriver au verdict rendu au petit matin du 28 juillet 1976 par le couperet de la guillotine dans la cour de la prison des Beaumettes à Marseille, condamnant – à tort ou à raison – l’auteur présumé de la mort de la petite Dolorès (8ans) le 3 juin 1974... Geneviève Donadini, ancien maire (PCF) de La Penne-sur-Huveaune a longtemps porté en elle, ce poids du silence qui lie les jurés d’un procès d’assises à la loi pour toujours. Mais elle a fini au fil des ans, et via quelques apparitions télévisées qui ne l’on pas satisfaites dans « Faites entrer l’accusé » par se décider à écrire pour exprimer ce sentiment indicible qui la taraude toujours sur la fragilité et la perception de cette fameuse « Intime conviction ».
Deux mots et deux jours pour une justice qualifiée de populaire….
Deux mots et deux jours pas forcément, ni infailliblement, synonymes de vérité...
Deux mots et deux jours pour décider du couperet fatidique, alors qu’il faut aujourd’hui trois semaines pour n’importe quel gros procès d’assises….
Ce flou de la fameuse intime conviction, Geneviève Donadini en décrit fort justement la fragilité, car personne n’a forcément la même, et n’a accès au dossier.
« On doit juger sur des émotions, dit-elle. Alors que mon avis peut changer toutes les cinq minutes. Tout a été mis en œuvre pour que ce soit mon cœur qui juge, et pour que je perde la raison. » Sans préparation, face à des ténors du Barreau sachant manier le verbe et les silences, avec dextérité et où les effets de manche ont leur importance, les jurés sont confrontés à la délicate mission de juger Au Nom du peuple français. La Peine de mort n’existe plus en France, mais le témoignage de Geneviève Donadini préfacé par Gilles Perrault défenseur de l’innocence de Christian Ranucci en font un livre passionnant car nous pouvons tous (ou presque) être tiré au sort un jour, pour siéger aux Assises. J-P.T
* Le Procès Ranucci Témoignage d’un juré d’Assises est paru aux éditions L’Harmattan)



  *** « RIEN NE SE PERD » DE CLOÉ MEHDI

(Jigal polar) « Coup de coeur Blues & Polar/Comtes de Provence Sylvie-Turillon 2017 ».
- La maison d’édition Jigal Polar à Marseille est une fournisseuse pugnace de perles de littérature noire. Ainsi, Maurice Gouiran et Pascal Thiriet édités par l’ami Jimmy Gallier ont déjà reçu le Coup de cœur Blues & Polar/ Comtes de Provence décerné chaque année en hommage à la journaliste Sylvie-Turillon vice -présidente du Club de la Presse Marseille Provence Alpes du sud décédée trois jours avant de remettre le Coup de cœur du festival 2011.
Le roman « Rien ne se perd » de Cloé Mehdi (jeune marseillaise de 22 ans) a déjà reçu le Prix Étudiant du Polar 2016, le Grand Prix de Littérature Policière 2016, le Prix Dora Suarez 2017, le Prix de la ville de Mauves 2017, le Prix des Lecteurs Ifs 2017 et le Prix Mystère de la Critique 2017.
- Cloé Mehdi est assurément une auteure dont on entendra parler dans les années à venir, pour peu qu’elle aille plonger son stylo vers d’autres horizons que ceux des quartiers défavorisés dont elle semble tirer l’âme profonde de son écriture… A moins qu’elle ne trouve là, un peu comme Olivier Norek (Coup de coeur Blues &Polar 2015) un terreau fertile pour son imagination. Vrai qu’il n’y a qu’à jeter un oeil sur la page des (trop) nombreux Faits divers qui se déroulent entre ces tours et les trafics divers, parfois sanglants, pour y trouver son jus... Un bien triste reflet de notre société actuelle dont on se demande si un jour le mot fraternité brillera de nouveau dans les esprits et les cœurs... Avec « Rien ne se perd », livre très bien écrit, mais dérangeant par son côté tellement noir et désespéré, Cloé Mehdi nous entraîne dans un monde teinté de tristesse, où elle sait choisir ses mots pour dépeindre la colère sourde et sous-jacente qui anime les habitants de ces quartiers, notamment les jeunes. Ni insultes, ni injures pourtant au fil de ses pages ; Cloé Mehdi se contente de faire vivre la politique de la ville où la haine envers la police est présente presque par habitude, voire rituel incontournable. Elle pose, elle-aussi, la fameuse question du Vivre ensemble... Et là, Cloé Mehdi choisit son camp et ses mots. Mais la couleur est absente de ce livre tellement mélancolique. Dans un univers de béton, c’est le noir qui s’impose. Son talent de jeune écrivain également !
Jean-Pierre Tissier

- "La justice est-elle rendue de la même façon pour tout le monde ? C’est la question que semble poser Cloé Mehdi dans « Rien ne se perd », son nouveau polar. Subtilement raconté à la première personne à travers les yeux d’un enfant de 11ans, ce récit est une histoire de bavure policière, de justice à deux vitesses et de vengeance différée qui nous offre l’angle de vue de l’enfance dans un monde de grands et semble indiquer, encore une fois, que les enfants perçoivent beaucoup plus de choses qu’ils ne le laissent entendre ! Cloé Mehdi nous propose une immersion dans le monde des banlieues défavorisées et de ceux qui démarrent dans la vie avec vraiment moins de chance que d’autres ! L’auteure semble bien connaitre les cités et les hôpitaux psychiatriques ; ce qui rend son roman prenant. Roman noir qui évoque enfin souvent les questions de silence et de mort, comme des entités indissociables de la parole et de la vie, dans les couloirs de destins en péril qui ne sauraient nous laisser indifférents… Aude Locher



  ****« BRUTALE » de Jacques-Olivier Bosco.

(Edition La Bête noire chez Robert Laffont) - Brutale, comme l’écriture de Bosco qui n’a jamais fait dans la dentelle. Brutaux et barbares, comme les mots jetés à la figure des pages blanches que Jacques-Olivier Bosco fait vivre ici avec violence dans ce gros pavé de 400 pages, et incarne au travers de ses lignes trempés dans le vitriol, le sang et la coke. Un univers implacable, hyper violent et sans pitié, fait de trafics les plus divers - même humains - baignant dans le vocabulaire des cités, où le romantisme est rarement au rendez-vous. Même si Bosco - comme Ingrid Astier dans Haute voltige - use de nombreuses références musicales allant de Pink Floyd à Amy Winehouse en passant par Five young cannibals (j’adore !), mais avec une préférence non dissimulée et sans équivoque pour le rap d’Eminem, comme pour mieux nous emmener dans son monde personnel, où ce style ricain est omniprésent. A l’image de Karine Giebel ou Olivier Norek, Jacques-Olivier Bosco tend lui-aussi à se diriger aujourd’hui vers une écriture à fleur de peau en parfaite adéquation avec l’univers télégénique brutal des séries télé qui fleurissent à la pelle désormais. Un polar qui fait penser à du Tarentino couché sur le papier.
Jean-Pierre Tissier



  *** « LES VIVANTS AU PRIX DES MORTS » de René Frégni

(Gallimard, Blanche). - Si Blues & Polar a choisi « les mots » pour thème de son 15e et ultime festival - dont René Frégni est le parrain originel avec Franz-Olivier Giesbert - ce n’est assurément pas un hasard. En effet, l’écrivain manosquin à force de les aimer, ces mots, les magnifier, les mêler, les violenter, les chercher... a fini par découvrir un vocabulaire de conteur bien à lui, qui lui va comme un gant. Comme une douce violence qui lui permet de marier la délicate poésie rurale du Haut-Verdon avec les « espressions marseillaises » du Panier et de Noailles, tout en pimentant son verbe de quelques secrets de braquage ou d’évasion reçus du bout des lèvres et des livres dans ses ateliers d’écriture de la prison des Baumettes, de la part de bandits à la Mandrin aussi violents qu’ils puissent être attachants. Chiens fous qu’ils sont, bêtes fauves tombées gamins dans un système implacable et sans pitié, capables de tout pour apercevoir leur gosse quelques instants, ou assister à un match de l’OM dans les travées du Vélodrome ou du Parc des princes... « Les vivants au prix des morts » se lit comme un voyage au cœur des collines de Haute-Provence, dans un univers à la Giono, quand on sait ouvrir les yeux et écouter le silence. C’est un roman où galinette peut rimer avec galipette, histoire de vous endormir quelque peu, à la façon d’une ou deux anisettes... Avant qu’un calibre ne vous arrive sur la tempe et vous pète en pleine gueule, terrifiant et sans merci, ou qu’une grosse cylindrée se fasse la malle furtivement comme un Rafale, transformant ces rêveries du promeneur solitaire tout près d’un ruisseau, en un final haletant et plein de frissons. On se prend alors à tourner les pages frénétiquement, sans arrêt, car cette histoire pourrait tous nous arriver, pour y revenir très rapidement afin de mieux s’en délecter malgré le danger. Comme une daube de poulpe que l’on sauce à l’envi, sans chichis, avec du pain pas toujours bénit. Jean-Pierre Tissier



 LA PROPHÉTIE DE LANGLEY" de Pierre Pouchairet.

(Jigal Polar). - Dans son nouveau roman « La prophétie de Langley », Pierre Pouchairet nous entraine avec son rythme enlevé habituel dans un scénario catastrophe, malheureusement crédible, qui fait froid dans le dos. Les personnages ciselés, les rebondissements multiples et l’intrigue distillée goutte à goutte, tant dans les milieux de la finance que dans les cités, donnent un polar prenant qui sent pleinement l’expérience de terrain, pour notre plus grand plaisir. Et même si la chute est dramatiquement plausible, nous aurions tout de même aimé un épilogue sur le sort de la Commandante Johana... Ou est-ce à dire que l’espoir n’est plus permis ?
Aude Locher



  **** À LA TABLE DES DIPLOMATES (Editions L’Iconoclaste)


- Un bouquin incroyable réalisé sous la direction de Laurent Stéfanini, diplomate et chef du protocole à l’Elysée et au Quai d’Orsay de 2010 à 2016, aujourd’hui ambassadeur de France auprès de l’Unesco. Chameau, ours, loup, chats, rats, éléphant... étaient donc au menu de la table de fête... Mais Chateau Palmer, Latour Blanche, Mouton Rotschild, Romané Conti et Grand Porto 1827 étaient là pour régaler les gosiers. Pas de la bibine, en l’occurence !
* Plusieurs grands chefs étoilés se sont amusés à refaire les recettes d’époque. Ainsi Michel Portos, gérant du Malthazar et du Poulpe à Marseille s’est livré à la reconstitution personnalisé d’un Bœuf bourguignon classique.

Jean-Pierre Tissier


  ** « LA FILLE DU TROISIEME » DE DANIÈLE SAINT-BOIS

(Editions Julliard). L’histoire : Une lieutenante de police doit toujours garder la tête froide et les idées claires ! Avant de résoudre les meurtres de vieilles dames qui mobilisent son équipe, Swany pourrait commencer par mettre un peu d’ordre dans sa vie : avouer à ses deux mères qu’elle est elle-même homosexuelle ; se pencher sur sa relation clandestine avec sa supérieure hiérarchique ; se tirer du bourbier dans lequel elle s’est fourrée en tombant amoureuse de « la fille du troisième » ; se méfier des séances de vaudou de sa voisine haïtienne, Bella. Alors, peut-être, enfin, percevrait-elle certains indices essentiels à l’élucidation de cette sombre affaire de tueurs en série…
Lesbiennes frondeuses, machos au grand cœur, spirites, Tontons macoutes et flics tout-terrain composent la galerie de personnages de ce polar jubilatoire qui fait la part belle aux femmes et dont l’intrigue tourne avec humour autour d’une cage d’escalier.
Si vous avez aimé le film d’Abdellatif Kechiche « La vie d’Adèle », vous aimerez, sans doute, « La fille du troisième » de Danièle Saint-Bois. Désirs et plaisirs lesbiens passionnés, violents, récurrents constituent la trame principale de ce roman. Un style haché, vibrant vous fait vivre les émois et les mésaventures de Swany, au demeurant lieutenante de police. Et si la résolution de l’énigme policière sous-jacente est fort peu crédible, l’auteure s’amuse entre l’intuition supposée de son héroïne et rites vaudous... Une galerie de personnages hors normes pour un résultat résolument féminin. Aude Locher



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