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LA PRESSE

En raison des mesures sanitaires liées au coronavirus, le festival "Les Voix de Toutes-Aures" prévu ce dimanche 9 août à Manosque dans le cadre du 17e festival Blues & Polar est annulé et reporté au 28 août 2021. Nous sommes désolés. A l’année prochaine !


Articles de cette Rubrique


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LES 3 QUESTIONS A...
Pierre Pouchairet, ancien flic à la PJ et chef de la Sécurité intérieure à Kaboul

 SEPTEMBRE 2020. PIERRE POUCHAIRET

Ancien flic à la PJ, auteur, Prix du Quai des orfèvres 2017, qui sort Larmes de fond à paraître le 15 septembre aux éditions Filatures.
JPEG - Invité à deux reprises à Blues & Polar, notamment pour ses premiers ouvrages, l’ancien flic, qui fut responsable de la sécurité Intérieure à Kaboul sous la présidence de Nicolas Sarkozy, est aujourd’hui un auteur de polar reconnu et apprécié, car ne s’éloignant jamais du quotidien que vivent les policiers français, embrassés après les massacres à Charlie-hebdo et au Bataclan, mais caillassés aujourd’hui – comme les pompiers - dans les quartiers dits difficiles. Car ils dérangent avant tout les dealers et autres caïds dictant leur propre loi. Pierre Pouchairet qui a roulé sa bosse dans tout le Proche-Orient, mais aussi à Versailles, Nice et Grenoble, n’est pas né de la dernière pluie et son regard est précieux pour qui veux étudier les transformations de notre société. Ce que Blues & polar fait depuis 17 ans.

Jean-Pierre Tissier

1. BLUES & POLAR. Comment as-tu vécu cette période totalement imprévisible liée à la pandémie mondiale causée par ce satané Coronavirus ?
PIERRE POUCHAIRET. « Pour moi c’est particulier, car bien qu’invité à plusieurs Salons du Livre, qui finalement ne se sont pas tenus, je n’ai pas pu revenir en France en mars. En effet, je vis entre la France et le Cameroun tout au long de l’année ; ma femme étant en poste à Yaoundé pour encore un an. J’ai donc passé et vécu la période du confinement français au Cameroun où la population n’a pas trop été touchée par le virus car étant très jeune en majorité. Le soir, les bars étaient fermés et il y avait un couvre-feu.mais ça ne m’a pas gêné. J’ai donc fait du sport tous les matins et écrit ensuite, mais ce n’était pas un véritable confinement comme en France. J’en ai donc profité pour écrire intensément. J’écris une série policière bretonne régulière qui marche bien avec environ deux volumes par an et pour les maisons d’édition nationale, j’essaie d’écrire un polar tous les 18 mois.
JPEG Mon dernier ouvrage « Larmes de fond » qui sort le 15 septembre, c’est en fait mon tout premier polar qui s’appelait « Coke d’Azur ». Mais il était mal écrit et a été mal vendu Cependant, j’y tenais car c’est un livre très personnel qui contient des souvenirs niçois. A l’image de l’enlèvement d’un fonctionnaire-voyou, qui est un fait réel que j’ai traité à Nice. Pareil pour une arrestation houleuse dans un bar où j’ai subi des tirs de pistolets. Et cela s’est fini avec un mort. Ça, je l’ai vécu. C’est pour ça que mes flics ne sont pas des super-héros. »

2. BLUES & POLAR. Tu as déjà utilisé une fois un virus dans un de tes polars. C’était en 2017 pour « Menaces en eaux grises » où toute la région parisienne est sous la menace terroriste d’un empoisonnement total de l’eau potable. Les risques bactériologiques sont-ils désormais une composante de plus en plus importante de la panoplie du polar ?
PIERRE POUCHAIRET. « Les virus, ça fait partie de l’imaginaire de certains auteurs. Moi effectivement, je l’ai utilisé en 2017. Mais un virus de type informatique peut aussi bloquer un pays comme dans M de Bernard minier. C’est un sujet qui me tente, mais l’Afrique où je vis en partie, m’inspire beaucoup plus. D’ailleurs, j’avais envie d’écrire sur les énormes et lucratifs trafics de pangolins, bien avant le virus. Mais je ne l’ai pas fait. On m’aurait pris pour un opportuniste. Je vais plutôt évoquer les trafics de bois précieux dans un prochain roman, car la caractéristique de l’Afrique c’est la corruption à tous les étages. Du président aux policiers. D’ailleurs, pendant le confinement, j’ai découvert le golf à Yaoundé, au Cameroun. Eh bien, tous ceux avec qui j’ai joué en cette période étaient des fonctionnaires. C’est assez troublant. Mais il y a aussi la présence chinoise en Afrique qui peut être un moteur d’inspiration. »

3. BLUES & POLAR. Ta série policière où tu mets en scène les Trois Brestoises que sont Léanne (commandant de police), Elodie (médecin-légiste) et Vanessa (psychologue) passionnées de blues-rock, et qui jouent dans un trio qui semble inspiré par Stevie Ray Vaughan et Johnny Winter, est plutôt pour plaire à Blues & Polar. Comment sont nées ces trois filles au caractère bien trempé qui lèvent le coude comme des mecs dans les pubs ? Et tu nous les amènes quand à Manosque pour un concert de feu ?
PIERRE POUCHAIRET. « L’idée des Trois Brestoises musiciennes est née avec Léanne passionnée de rock et de blues qui apparaissait déjà dans « Mortels trafics » qui m’a valu le Prix du Quai des orfèvres. Et comme aujourd’hui – outre le Cameroun - j’habite en Bretagne à L’île Tudy (Finistère-sud) où Jean Tailler créateur des Editions Philémon écrit des polars bretons, j’ai donc muté Léanne à la PJ de Brest. Mais j’avais depuis longtemps l’idée d’un groupe musical, et là, ce sont mes goûts personnels qui ont joué. Mais tout est fictif, même si la médecin-légiste est aussi un personnage réel que je connais bien à Brest. Tout comme la psy, dans laquelle il y a du vrai. Elles savent d’ailleurs que je les inspire, mais sans plus. Néanmoins, c’est une série qui est appelée à durer et avec « Larmes de fond » qui sort de chez Filatures (rattaché à Dargaud) le 15 septembre, ça devrait même se développer. »

 LA QUESTION +

 Le Blues pour toi, c’est une musique ou un état d’âme ?

PIERRE POUCHAIRET. « Je dirais plutôt les deux ! Mais pour la musique, je suis resté très Clapton, Hendrix et Muddy Waters. J’aime bien aussi les groupes blues-rock des années 70 comme le Michaël Bloomfield super session ou le Paul Butterfly blues band. J’aime bien que ça dépote et que ça groove ! Mais quand tu es auteur, il y a parfois du spleen et de la mélancolie ; bref du Blues ! »

Propos recueillis par J.-P.T

 AOÛT 2020. VINCENT RADUREAU

JPEG - Journaliste sportif bien connu des téléspectateurs et des abonnés de Canal Plus, Vincent Radureau est le co-auteur du très instructif Le Football pour les Nuls paru en 2013 et il a longtemps été acteur du Journal du Foot et de Jour de Foot sur la chaine cryptée. Mais il est surtout - avec ses complices ex-professionnels aujourd’hui retraités des parquets, Georges Eddy et Jacques Monclar - une des voix du basket NBA en France, et c’est lui qui anime d’ailleurs Canal NBA sur Canal Plus. Néanmoins, en raison de la pandémie de Covid19, la NBA s’est arrêtée brutalement le 11 mars, il y a plus de quatre mois avec aucune rencontre sous les paniers, même à huis clos comme pour le football en Europe. Soit un sérieux coup de canif dans les retransmissions de matchs prévus sur Canal NBA, et un confinement à la clé… Étrangement, mais il n’y a jamais de hasard, c’est au moment où la NBA reprend officiellement, ce 30 juillet que Vincent Radureau a accepté d’être mon invité pour l’interview 3 Questions à… de Blues-et-polar.com
JPEG Une raison à cela : la sortie, le 25 juin dernier, de son premier polar Le dernier match de River Williams chez Hugo & Cie. En format poche, donc pratique pour l’été, et en plus, ça vaut vraiment le coup ! Avec aussi des surprises à la clé, quand on découvre les jardins secrets de Vincent…

Jean-Pierre Tissier

1. BLUES & POLAR. D’où vient cette envie d’écrire, vous qui êtes avant tout un homme de télévision, et de surcroît, un polar pour débuter ?
VINCENT RADUREAU. « Cette envie je l’aie en moi depuis près de quarante ans. J’ai toujours voulu et aimé créer des choses. J’ai fait de la musique comme guitariste et j’ai écrit des textes. J’avais d’ailleurs un groupe qui s’appelait Vince United comme Manchester et on faisait de la pop anglaise. C’était assez original car j’avais avec moi des musiciens de Classique. Ça marchait pas mal et on a même fait une première parte de Cali. Mais c’est très compliqué pour trouver des concerts, le statut de musicien aussi… Je suis resté journaliste. JPEG Mais comme en 2013 j’avais écrit à quatre mains avec Mickaël Grall « Le Football pour les Nuls » ça m’a permis d’avoir un certain recul sur la manière de travailler un roman.
Et un jour, je rencontre Bertrand Pirel directeur du Développement aux éditions Hugo à qui je parle de mon envie d’écrire, et des idées que j’avais en tête… Bref, de fil en aiguille, c’est lui qui a eu l’idée de me proposer d’écrire un polar. Et je me suis plongé dedans avec délice… »
2. BLUES & POLAR. Ce Polar qui se passe dans le milieu du basket pro, de la NBA que vous commentez sur Canal Plus, est-ce une histoire vraie ?
VINCENT RADUREAU  : « C’est sûrement parce que je suis journaliste qu’on me pose cette question. Car les journalistes relatent souvent des faits-divers étonnants et des écrivains s’en inspirent pour écrire un roman voire un scénario de film. Mais là, non ! C’est une pure fiction ! River William n’a jamais existé et je n’ai jamais entendu parler de disparition analogue d’un joueur à l’issue d’un match.
Désolé, j’ai tout inventé. Mais j’ai fait attention au côté piégeux que pouvait avoir un polar qui se déroule dans un environnement sportif très technique, avec des statistiques…. Je voulais que tout le monde puisse le lire. Autant le féru de NBA que n’importe qui. Je l’ai terminé fin janvier, la veille de la mort du grand basketteur Kobe Bryant "légende du basket modial" et de jeune sa fille dans un terrible accident d’hélicoptère.
En fait, je suis allé beaucoup plus vite que je pensais car je l’ai écrit en 3 mois et ½. Mais j’avais ma trame au départ, et pour moi c’était plié. Comme un article dans un journal, Jean-Pierre. Mais j’ai découvert – et ça c’est incroyable ! – que les personnages nous emmènent où ils veulent. On leur donne les clés, et ils évoluent à notre insu. Ça c’est fascinant ! »
3. BLUES & POLAR. Vous avez une autre idée de roman en tête, ou pour faire très NBA, est-ce « One shot » ? Au passage, vous égratignez un peu les chaines d’infos en continu….
VINCENT RADUREAU. « J’ai envie de continuer dans le Polar, mais la comédie romantique à l’Anglaise me plaît bien aussi. C’est vrai que je ne suis pas tendre avec la journaliste télé du bouquin, mais je me lève en regardant CNN, puis les chaines d’info françaises et américaines. C’est un domaine très exigeant, mais aux USA avec Fox News, la chaine du Président, c’est carrément un autre monde prêt à tout pour un scoop, très engagé dans les commentaires, pugnace dans les interviews... En France, on est plus correct, plus respectueux. On a une autre culture ! »

LA QUESTION + Le Blues pour vous, c’est une musique ou un état d’âme ? Ou les deux ?
« C’est avant tout une musique pour moi ! D’ailleurs pendant le confinement, comme je suis guitariste, je me suis acheté une guitare acoustique, une Martin dédiée au blues et je me suis remis à jouer du picking dans la tradition de Marcel Dadi. Sinon j’apprécie beaucoup Eric Clapton et tous les grands guitaristes blues. »

Propos recueillis par J.-P.T

 JUILLET 2020. ANTOINE COESENS

JPEG - Pendant de nombreuses années, Antoine Coesens, comédien charismatique du feuilleton télévisé Central Nuit sur France 2 où il incarnait le flic de l’accueil dans un commissariat, a participé comme lecteur - avec Sophie Brochet - au festival Blues & Polar à Manosque. Incarnant magnifiquement à eux deux, les œuvres de Jean Giono dans le jardin de l’écrivain, mis à disposition gracieusement par Sylvie Giono-Durbet, sa fille passionnée de polar comme papa. Central nuit s’est arrêté aujourd’hui, mais Antoine Coesens continue sa carrière artistique, éclectique au possible puisqu’il a chanté l’an dernier en duo au festival de poésie-chanson de Concèze dans le Limousin, avec Gauvain Cers, valeur montante de la chanson française… tout en poursuivant une belle carrière de seconds rôles à la télévision dans Magellan sur France 3 notamment...
Mais Antoine Coesens, c’est aussi et toujours, un ch’timi bon teint qui a pris l’accent du sud et distille un humour souvent teinté de noir. Une façon toute personnelle pour ce comédien autodidacte de nous faire partager son très fin talent d’interprète en faisant autant penser à l’imperturbable Jacques Legras créateur de La Caméra invisible, qu’à Francis Blanche lui-aussi touche-à-tout de vocation. Car Antoine outre ses rôles à la télé aime concevoir des scénarios, tenir la caméra et il vient d’ailleurs d’obtenir une belle reconnaissance avec un texte qu’il a écrit voici quelques années, qui a donné naissance à un clip étonnant dénommé « J’ai 20 ans » aujourd’hui sélectionné à New York. Antoine Coesens est l’invité de juillet de l’Interview "3 Questions à..."

J.-P.T

1- BLUES & POLAR : Comment as-tu vécu ce confinement de deux mois, dû au Coronavirus, sans tournage et sans spectacle ?
Antoine Coesens  : "J’ai passé ce confinement chez moi à Aix-en-Provence, mais ça n’a pas changé grand-chose à part d’avoir loupé 2 ou 3 tournages prévus dont Camping Paradis pour lequel j’avais fait des essais à la demande du réalisateur Philippe Proteau. Il était très satisfait et je devais avoir un premier rôle, mais ça a dû être reporté. Comme il fallait bien s’occuper, j’ai participé à des vidéos bénévolement pour plusieurs associations, dont une en faveur de l’enfance maltraitée et j’ai battu le rappel des potes comédiens. Bernard Montiel, Bruno Solo, Andréa Ferréol, Jean-Claude Dreyfus… ont participé et le clip « Indiscible » réalisé par Fabienne Allemand a eu beaucoup de succès sur les réseaux sociaux. Artistiquement, j’ai travaillé aussi sur un spectacle consacré à Beethoven qui est en réparation depuis mars, avec le violoniste Guegham Nikoyan, et une pianiste. Moi je lis des textes de Beethoven. Normalement, on était prévus pour donner ce spectacle au théâtre Jean-le-Bleu à Manosque, à la rentrée. Mais paradoxalement ce confinement a permis des choses qu’on n’imaginait pas. Avec les autres comédiens, quelle que soit la notoriété de chacun, on s’est senti tous pareils ; et tous logés à la même enseigne. Ces deux mois n’ont pas été douloureux, car quand tu es à Aix-en-Provence avec un jardin, tu ne peux pas te plaindre. Les seules contraintes, c’était quand il fallait aller faire des courses avec un masque pendant une heure seulement, sans trop savoir les risques que l’on encourait."

2- BLUES & POLAR : Parles-moi de clip que tu as réalisé avec ta fille Marie, et qui se retrouve aujourd’hui sélectionné pour la finale d’un grand festival à New-York ?
Antoine Coesens  : " Un soir que je rentrais du festival de court-métrage de La Rochelle avec ma fille Marie, j’ai écrit un texte « J’ai vingt ans », dans la nuit, à la maison. Et je l’ai fait voir à un de mes potes Frédéric Breton (clavier des Gispsy Kings) qui l’a mis en musique. Mais comme je suis ami aussi avec Philippe Grison, chef de l’orchestre symphonique d’Avignon, je lui ai fait voir mon texte qui est assez révolutionnaire dans l’esprit pour savoir ce qu’il en pensait. Et on a parlé ensemble de ce que je pouvais en faire. Il m’a dit « Antoine, je ne suis pas d’accord avec les propos que tu tiens, mais artistiquement, je suis partant pour une expérience. » Il a conçu des arrangements pour orchestre symphonique avec Etienne Champollion, évidemment plus doux et assez éloignés des accords de Philippe Grison.
JPEG Le piquant de l’histoire, c’est que le chef d’orchestre s’est pris au jeu, alors que tout le monde m’avait dit qu’il ne serait pas d’accord. Mais je suis pugnace et têtu ! Et il a levé le poing à la place de la baguette comme un comédien à la fin, tandis que tous les musiciens de l’orchestre avignonnais se lèvent, instrument levés eux-aussi. Je les avais convaincus ! Mon idée, c’était d’arriver à vendre ce clip à la Télévision, mais Arte qui était intéressé m’a expliqué qu’il ne pouvait pas le passer, tout simplement parce les chaines TV n’achètent pas de clips. Elles les passent, mais c’est tout ! Aux réalisateurs d’être heureux de voir leur clip diffusé sur une chaîne…. Moi, ça ne me satisfaisait pas car on avait quand même bossé et bougé du monde. On s’est donc replié sur les rares festivals de clips existant dans le monde et on s’est retrouvés sélectionnés pour les Amy Awards du genre dont la finale a lieu bientôt à New York. L’idéal serait d’avoir une reconnaissance et d’être diffusé (c’est déjà le cas) sur YouTube, puis sur Netflix."

3- BLUES & POLAR : Quels sont tes projets aujourd’hui ?
Antoine Coesens : "Les 8 et 9 juillet je joue dans un court-métrage au Cap d’Adge. C’est un thriller fantastique. Ensuite, Mathieu Roset, qui jouait un jeune inspecteur dans Central nuit, a adapté un roman de marguerite Duras et il réalise ainsi son premier long-métrage. J’y ai un vrai personnage de second rôle. J’aimerai aussi faire un spectacle en lisant de très beaux textes comme « La Misère » de Victor Hugo et des textes de Jaurès, et de chefs indiens. J’aimerai y ajouter quelques chansons fortes de Nougaro, Ferrat, Bécaud… pour en faire un spectacle engagé, avec du sens. Car on en a besoin aujourd’hui "

La question Plus : Le Blues, pour toi, c’est une musique ou un état d’âme ?
Antoine Coesens : « C’est un état d’âme. Ben ouaaaaais !!!! Mais ça réunit aussi la tristesse et l’espoir. T’in sais kek kose avec tin festival Blues & Polar, biloute ! Mais j’adore John Lee Hooker et Muddy Waters !"

Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier

 JUIN 2020. MARIE DECREME Responsable de la Communication et de la Presse aux éditions Hugo & Cie.

JPEG Après deux mois de confinement, les maisons d’éditions relèvent un sacré défi car il faut défendre les auteurs qui devaient paraitre durant cette période et ne pas les oublier. Tout en ne créant pas d’embouteillage avec les sorties actuelles, et en anticipant la très française « rentrée littéraire » de septembre qui sera sûrement très différente cette année.

1. BLUES & POLAR. Comment peut-on identifier la maison d’édition Hugo & Cie et quelles sont ses caractéristiques, voire son originalité ?
MARIE DECREME : « Nous sommes une jeune maison d’édition puisqu’elle a été fondée en 2006 par Hugues de Saint Vincent, et notre caractéristique, c’est d’être une Maison d’éditeurs. Il y a plusieurs collections au sein de Hugo & Cie et c’est très vaste. On touche à l’humour, à la BD, à la pop culture, au roman, au thriller, à la littérature dite féminine, au sport également… et nous sommes une équipe qui a pour ambition de rendre la lecture et la littérature accessibles à tous. Bref, une maison d’édition qui se veut populaire dans le bon sens du terme. Et pour l’être totalement, on pratique des prix attractifs et différents formats. Le format Hugo Poche par exemple est à 6,50 € et les autres vont de 10€ à 19,95€. Notre volonté, c’est de plaire au plus grand nombre et nous sommes donc aussi – outre les libraires – dans les circuits de la grande distribution. On étoffe d’ailleurs nos collections au fil du temps comme avec le Thriller et la Santé qui sont récents pour nous. »

2. BLUES & POLAR. Quelles ont été les conséquences du confinement pour Hugo et Cie ? Comment avez-vous vécu - humainement et professionnellement – ces deux mois d’arrêt de la vie normale ?
MARIE DECREME : Comme pour tous les éditeurs, cette période a été difficile et compliquée, notamment pour les auteurs dont les livres sont sortis au mois de mars. Le temps qu’ils soient installés en librairies, ces dernières étaient fermées. Et ces livres de mars n’ont pas eu de vie publique. C’est ce que l’on essaie de faire aujourd’hui via la réouverture des librairies, mais en jouant aussi sur la réduction des sorties prévues en juin, car il va y avoir embouteillage. Donc, il y a eu beaucoup de discussions pendant le confinement, entre éditeurs et distributeurs. Et pour nous c’est le groupe Editis. Nous sommes passés en télétravail le 16 mars et finalement, cela ne s’est pas trop mal déroulé. Pour Hugo Thriller, nos auteurs français apprécient les Salons du livre et la rencontre avec le public ; donc ils nous ont proposé des vidéos où ils parlent de leurs romans.
JPEG Patrick Manoukian alias Roy Braverman et Ian Manook nous a fait une série intéressante pour maintenir le contact avec les lecteurs. Il nous les envoyait brutes de décoffrage, et nous on les habillait et on les postait sur Instagram, Twitter et Facebook. C’est marrant, car on y retrouvé le public des lecteurs qui viennent en librairie. Le début du confinement a été un peu anxiogène car on n’a pas l’habitude dans notre métier, fait de contacts humains, de voir le gens seulement sur un écran. Mais comme je circulais à vélo dans Paris, je pouvais m’aérer un peu. Tout ça peut engendrer de nouvelles façons de travailler, mais il y a quand même besoin de se retrouver entre collègues vraiment pour parler de visu de notre métier, et rencontrer ls auteurs, pour de vrai ! »

3. BLUES & POLAR. Et maintenant, avec la fin du confinement pour la plupart des professions depuis le 2 juin, quelle va être votre stratégie ? Eviter la casse et avoir des idées neuves en ce qui concerne la lecture ?
MARIE DECREME : « Les projets en littérature ne naissent pas que sur le papier. Ils ont besoin du cinéma, du théâtre, de la vie, des bars, des restos…. Car le roman ne vit pas en autarcie. Ca fait deux mois que je rêvais de prendre un café en terrasse. J’ai vraiment vécu ce confinement comme une épée de Damoclès au-dessus de la tête. Car la création artistique a été très affectée durant ces deux mois et c’est à nous désormais de créer l’envie de lire. Le livre numérique, le E-book sur tablette existe, mais si c’est bien pratique quand on voyage, ce n’est pas la même chose du tout. Durant cette période les gens ont eu conscience que les libraires étaient en danger et ils leur ont commandé des livres. Donc, là on agit immédiatement avec les libraires. Mais j’ose espérer qu’on ne va pas être inondés de bouquins tournant autour du Coronavirus… »

LA QUESTION + de BLUES & POLAR. Le Blues, ça évoque quoi pour vous ? Une musique ou un état d’âme ?
MARIE DECREME : « D’abord la musique, mais les deux sont très liés. Je ne saurais pas vous citer de vieux bluesmen que j’entends parfois et que j’apprécie toujours ; mais le blues, moi, ça me fait penser à Amy Winehouse ! JPEG

Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier

 MAI 2020. JEAN-PAUL AVELLANEDA

JPEG Le guitariste blues, fondateur et leader du Mercy Blues band évoque avec nous la crise exceptionnelle liée à la pandémie mondiale du Coronavirus qui touche tous les musiciens de la planète. Et une vie sans musique vivante ça parait tellement inconcevable et fou.
* Découvrez l’univers de Mercy sur le site :
https://www.mercy-band.com/medias/albums/

1. BLUES & POLAR. Comment vis-tu cet inimaginable confinement, humainement et familialement ?
Jean-Paul Avellaneda : « Je suis confiné depuis 45 jours chez moi à Oraison, avec ma femme Nicole, ma fille Sophie et sa petite fille de 9 mois. On est quatre donc, et ça se passe plutôt bien puisque chacun est occupé dans son domaine, toute la journée. Nicole qui est prof à l’Ecole de musique donne ses cours de piano, mais par Skype et ma fille Sophie qui est DRH dans une crèche fonctionne en télétravail aussi. Habituellement, elle vit à Saint-Cannat (BdR), mais son mari, le pianiste américain James, Pace ancien clavier de Tommy Castro, qui joue avec moi dans Delta Blue, donne des cours par Skype dans le monde entier (USA, Canada…) depuis de nombreuses années. Donc, avec le décalage horaire ça génère des cours à point d’heure, incompatibles avec la vie d’un bébé de 9 mois. Donc, il est confiné à Saint-Cannat.
Mais pour moi, le confinement ça ne change pas grand-chose, car mon studio d’enregistrement est dans la maison. Donc toute l’année, confinement ou pas, je me lève de bonne heure et je bosse dix heures par jour, seul, dans le studio. Ça ne me fait pas un grand changement.
Néanmoins, j’ai senti qu’il y a une tension dans l’air les quelques fois où je suis sorti faire des courses pour se ravitailler. Sinon, je respecte toutes les consignes de sécurité car on n’a plus la résistance qu’on avait il y a vingt ans… Je me lave les mains fréquemment au savon pendant au moins 20 secondes comme il faut le faire. Et puis je construis aussi des barrières dans la maison car un bébé de 9 mois ça commence à se déplacer et il faut faire attention aux escaliers. En revanche, je suis un mauvais cuisinier ; alors j’aide. J’épluche, je décapsule et je mets la table….Tout se passe bien, mais on va croiser les doigts pour que ça s’arrange, mais ce n’est pas gagné ! »

2. BLUES & POLAR. Et professionnellement, après 40 jours de confinement , c’est la galère pour tous les musiciens ? À quand remonte ton dernier concert ?
Jean-Paul Avellaneda  : « Mon dernier concert, c’était vers la fin janvier-début février en duo avec James Pace dans la formule Delta Blue. Et depuis plus rien ! Toutes les dates prévues ont été annulées, et donc je travaille à 100% sur les enregistrements effectués dans mon studio qui est depuis longtemps une autre facette de mon métier. Là, je suis en train de finir le dernier album d’Alain Leadfoot Rivet – un CD de 17 titres qu’il a composés en Français – et que je vais envoyer, via Internet, à Fred Chapellier (guitariste de Dutronc et des Vieilles Canailles) pour qu’il en réalise le mastering. C’est l’équilibrage du niveau sonore de tous les titres. Car on est beaucoup sur ce CD, même si on a tous enregistré nos parties musicales, séparément. C’est ça l’avantage des techniques d’aujourd’hui. Il n’y a plus d’obligation de se déplacer, et c’est plus économique. Donc il y a moi (guitare), Slim Batteux (piano), mon fils Stéphane (batterie), Sebastien Antonioli (basse), et James Pace (clavier) pour accompagner la voix d’Alain Rivet. Mais tu sais quand on réalise un CD, pour en avoir un retour financier c’est toujours l’attente. L’idéal, c’est déjà d’avoir un distributeur.
Ce qui génère logiquement des envois de CD à la Presse (écrite, radio, TV) et des critiques en retour. Et c’est ça qui permet de commencer à effectuer des démarches pour décrocher des contrats dans les festivals, les salles de spectacles, les clubs, les bars…. C’est là qu’on arrive aussi à vendre des CD après les concerts.
Mais il y a des mutations de comportements. Les jeunes n’achètent plus de CD, mais un titre sur une plate-forme de streaming. En fait, le CD ça devient pour nous un support de promotion pour trouver des concerts. Comme un investissement ! Une séance d’enregistrement en studio, ça correspond syndicalement à un cachet et douze heures d’activité. La base est souvent calculée sur le Smic horaire ; ce qui donne 192 € pour la journée. Et ce salaire-là sert pour pouvoir prétendre au statut d’intermittent du spectacle. Mais il y a des charges à payer et les annulations actuelles de tous les festivals c’est énorme. Et du jamais vu !!!
Pour l’instant, les musiciens qui sont à l’arrêt forcé, restent couverts par Pôle Emploi. Mais la couverture sociale des intermittents du spectacle est plutôt floue. Pour en obtenir le statut qui est de douze mois, il faut avoir les 43 cachets minimum exigés. Mais si tout est interdit jusqu’en décembre, ça va être la catastrophe. Le Syndicat des musiciens suggère que 2020 soit considérée comme une année blanche sans cotisations. Avec report en 2020 des dates de 2019.
On attend vraiment un geste du gouvernement car le gros du travail des musiciens, c’est juillet-août, et dans les bars aussi au long de l’année. Pour l’instant, ils continuent à toucher leurs allocations, mais ça va devenir compliqué pour ceux qui n’ont pas toutes leurs dates (ce qui est normal en avril) et les 43 cachets. La Culture dont on parle peu en ce moment, génère tant de choses. Et on en a besoin dans ce contexte si stressant. Regarde le festival d’Avignon et tous les intermittents présents, quand tu donnes 1€ à un Intermittent, ça représente 5 € car les retombées vont dans les bars, les restaurants, les hôtels, les transports…
C’est exceptionnel ce qu’on vit actuellement avec un monde sans musique vivante. C’est la première fois qu’un truc comme ça arrive !!!
Moi, je suis désormais musicien retraité depuis le 1er janvier 2020 grâce aux points obtenus depuis mon début de carrière. Mais je continue le métier par plaisir. »

3. BLUES & POLAR. Tu avais le gros projet de reformer Mercy ; où en es-tu ?
Jean-Paul Avellaneda  : « Le plan, c’est de continuer dans cette envie malgré le contexte actuel qui a tout bloqué. Mon fils Stéphane (batterie) est confiné à Paris, Roni Yonker (basse) est confiné en Hollande, et mon gendre James Pace (clavier) confiné à Saint-Cannat. Donc on bosse chacun de son côté pour réaliser notre CD de promotion. J’ai déjà enregistré la partie guitare d’un de mes morceaux, et je l’ai envoyée à Roni. Et ainsi de suite avec Stef et James. JPEG
L’idée c’est de mettre ça, une fois fini, sur YouTube pour promouvoir le groupe. On va en parler ensemble pour savoir quand ; car en ce moment ce n’est opportun. On ne pourra pas bouger avant un bon moment, notamment vers les USA où l’on avait des plans. Il faut qu’on arrive à faire vivre Mercy de nouveau grâce à Internet. Mais c’est terrible pour un musicien de ne pas jouer sur scène. Car si tu es musicien, professionnel ou amateur – tu le sais JP - l’important c’est de partager. Et le blues, plus que toute autre musique ! »

Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier

 AVRIL 2020. PAULINE CLAVIÈRE.

JPEG « Laissez-nous la nuit » paru le 15 janvier aux éditions Grasset est le premier roman de la journaliste Pauline Clavière que les familiers de France 5 et de l’émission C’ l’Hebdo animée chaque samedi à 19 heures par Ali Baddou connaissent bien. Aux côtés des autres chroniqueurs et chroniqueuses que sont Jean-Michel Apathie, Antoine Genton, Emilie N’Guyen et Eva Roque, Pauline propose une rubrique Retour vers le futur dont le générique décoiffe sacrément, passant en revue nos principaux hommes politiques du passé (Yves Marchais, Lionel Jospin, le général de Gaulle… ) pour finir sur le fameux et hyper laconique totalement désabusé « Au revoir » de Valéry Giscard d’Estains aux Français, le soir de sa défaite face à François Mitterrand. JPEG Ce samedi 28 mars, au 13 eme jour du confinement décrété par le gouvernement en raison de la pandémie du Coronavirus, Pauline Clavière a replongé dans les archives de l’INA pour y retrouver des périodes de confinement de notre Histoire…

* Le résumé de Laissez-nous la nuit : Le destin donne parfois d’étranges rendez-vous. Pour Max Nedelec tout bascule un matin d’avril, quand des policiers viennent sonner à sa porte. Un bordereau perdu, des dettes non honorées, et un peu de triche. La justice frappe, impitoyable. Max Nedelec quitte le tribunal et ne rentrera pas chez lui. Vingt-quatre mois de prison ferme ; il s’enfonce dans la nuit. Là-bas, le bruit des grilles qui s’ouvrent et se ferment marquent les heures ; là-bas, on vit à deux dans 9m2 ; là-bas, les hommes changent de nom et se déforment. Il y a Marcos, Sarko, le Serbe, Bambi… mais aussi tous celles et ceux qui traversent cet univers parallèle, Françoise, la médecin, les gardiens, l’aumônier puni et le directeur. Dans la nuit se révèlent les âmes… * 624 pages. Tarif : 21, 50 €.
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1. BLUES & POLAR : Vous êtes actuellement confinée à Marseille. Comment vivez-vous humainement et professionnellement ce confinement ; notamment pour préparer votre chronique Retour vers le futur dans l’émission C’ l’Hebdo présentée par Ali Badou, chaque samedi à 19 heures sur France 5 ?
Pauline Clavière : « Etant immuno-déficiente, comme je l’ai dit lors de la première émission réalisée via Skype, je ne me déplace que très rarement. Certaines maladies ne me conviennent pas, et le Coronavirus serait très dangereux pour moi. Donc, je me confine totalement. Mais je peux voir la mer de ma terrasse et j’ai pu constater - attestation et carte de presse en poche – lors d’une rare sortie que le confinement est plutôt bien respecté dans cette ville qu’on dit parfois rebelle. J’ai ma famille régulièrement au téléphone et en visio, mes proches aussi… Ce qui est super dans cette période inquiétante et dramatique, c’est que les gens sont très inventifs pour nous faire rire sur les réseaux sociaux. Il y a des vidéos à pleurer… Professionnellement, je travaille avec mon ordinateur par Skype et à part le fait de ne pas avoir la super équipe de C’ l’Hebdo autour de moi le samedi, ce confinement obligé est un temps plutôt privilégié quand on a des projets plein la tête. Je prépare donc l’émission en dialoguant par mail avec l’équipe, et avec Charlotte, confinée elle à Paris, et qui s’occupe de trouver les archives correspondantes aux sujets que je vais traiter. Mais avec ce confinement ma chronique « Retour vers le futur » est désormais plus courte (4 à 5 minutes maxi) car les émissions se font avec moins de monde en plateau et moins de techniciens. C’ l’Hebdo dure ainsi une heure au lieu de 90 mn habituellement. Je sens que si ça dure six semaines, je vais écrire beaucoup. Et pour ça, je suis très réglée. Debout à 7h 30. Je fais ma gym et je travaille jusqu’à midi. Et je continue l’après-midi. Ca me rassure ; je n’ai pas encore eu de coup de blues ! »

2. BLUES & POLAR : On parle beaucoup et plutôt très favorablement dans les différents médias de votre premier roman Laissez-nous la nuit paru il y a peu chez Grasset. Vous attendiez-vous à un tel succès, alors que vous évoquez l’univers carcéral, avec un pavé de 634 pages ? Habituellement, ce sujet est plutôt passé sous silence dans l’opinion publique…
Pauline Clavière : Ce roman est parti de la confidence d’une amie qui m’a raconté l’histoire incroyable d’un homme d’une cinquantaine d’années qui s’est retrouvé en prison pour un bordereau de paiement perdu, alors que c’est l’Administration qui a fait l’erreur et a égaré le papier ! Ça m’a pas paru tellement dingue que j’ai voulu en savoir plus. J’ai réussi à le joindre par téléphone en prison pour parler avec lui et nous avons convenu de le faire à sa sortie.
On s’est vus pendant plusieurs mois dans un salon d’hôtel parisien et il m’a raconté cette histoire invraisemblable. Il a fait 12 mois de prison au lieu de 2 ans. Ça c’est la réalité, et tout est vrai. Néanmoins, très rapidement j’ai compris que le récit simple manquerait de profondeur et ne me permettrait pas d’aller au fond des mots et des maux que Max * a enduré durant ce séjour en enfer.
J’ai donc opté pour le roman. Cette expérience – car c’est mon premier roman – a été très émouvante pour moi car il avait envie de témoigner et moi, je voulais retranscrire au plus près. J’ai donc tout enregistré par sécurité, mais en fait j’écrivais tout de suite en rentrant, à partir de mes notes prises à la main, car ses récits me donnaient le vertige.
J’avais besoin d’écrire à chaud, car dans cette histoire folle, c’est Max qui est en prison, mais ça aurait pu être nous. Et ça, on ne le prend pas tellement en compte dans l’opinion publique. Alors que quand est enfermé, la machine collective (cellule, surveillants, parloir, douches, repas, cigarettes, cantine…et tout le reste ) s’enclenche tout de suite. Impossible d’enclencher la marche arrière - même si on est là par erreur - pour prouver son innocence. On se met rarement à la place d’un justiciable. On ne veut pas voir. Il est coupable puisque la Justice le dit, et basta ! Mais il arrive qu’elle se trompe, comme avec Max… mais elle ne s’excuse pas !! Je m’étais renseignée pour aller le voir en prison, mais quand on est journaliste c’est extrêmement compliqué, et puis je craignais qu’on me montre des cellules-témoins bien propres… J’ai finalement eu d’autres détenus au téléphone, et j’ai pu ainsi approcher de la réalité, sans jamais avoir été emprisonnée de ma vie. »

3. BLUES & POLAR : Pauline, pour qui et pourquoi écrivez-vous ?
Pauline Clavière : « Comme journaliste, j’ai toujours aimé écrire, mais pour passer au livre, il m’a fallu un vrai sujet et surtout une révolte. Et cette injustice en a été l’occasion. J’écris sans doute un peu pour moi, comme une réparation, pour mettre aussi ma pierre à l’édifice de la littérature car j’aime les mots. Mais là, j’ai voulu servir un sujet car j’étais touchée, et cet homme- là, je ne l’ai pas vu comme une journaliste. C’est l’émotion de Max, notamment dans ses non-dits, dans ses yeux, qui m’a fait comprendre qu’il y a des choses qu’il ne dirait pas. J’ai donc pris sur moi d’inventer ces choses… ou peut-être pas ! Car la fiction est parfois le seul moyen de dire la vérité.
Max a lu le livre une fois terminé, et il m’a dit simplement : « Il est sympa ce Max Nédelec ! » La suite de Max est déjà écrite, et on y retrouve tous les personnages qui tournent autour de lui. Car la question est de savoir si on peut se reconstruire après une expérience aussi traumatisante que la prison. Avec tout ce qui nous touche actuellement, le livre ne sortira qu’en janvier 2021, mais le personnage de type normal qu’est Max (vous ou moi ?) me plaît bien car il éclaire sur notre époque. Alors, tout est ouvert et c’est ça le miracle de l’écriture ! »

La Question + : Le Blues ; cela évoque quoi pour vous, d’instinct ? Une musique ou un état d’âme ?
Pauline Clavière : « Surtout une musique dont je connais mal les interprètes, mais qui me touche chaque fois que j’entends du blues comme dans Django, le film consacré à Django Reinhardt que j’ai vu récemment. Il y dedans l’espoir et la mélancolie réunis. »

Blues & Polar : Le dimanche 9 août à la chapelle de Toutes-Aures à Manosque – si ce damné Coronavirus nous a enfin abandonnés – serez-vous parmi nous dans le cadre du 17eme festival Blues & Polar pour parler du Stress post-traumatique avec nos autres invités ?
Pauline Clavière : « Avec grand plaisir. Merci de l’invitation ! »

Propos recueillis par J.-P.T

* Max Nedelec est un nom d’emprunt.


 L’INTERVIEW RÉTRO

  PIERRE MAGNAN EN 2008

- C’était au château de Sauvan à Mane, près de Forcalquier au cœur des Alpes-de-Haute-Provence, le samedi 26 avril 2008. Je m’étaits assis aux côtés de Pierre Magnan sur les marches du grand escalier du Château, pour une rencontre rapide avec l’auteur qui dédicaçait son dernier livre Chronique d’un château hanté dont l’action tourne autour de cette superbe bâtisse du Pays de Forcalquier.
C’était la dernière fois que je verrais vivant Pierre Magnan parti peu de temps après vivre à Voiron en Isère avec Françoise sa dernière épouse. C’est là qu’il y est décédé le 28 avril 2012. Je l’aimais bien cet écrivain plutôt bourru au premier abord, mais épicurien bon teint, amateur pointu de grands crus, d’amanite des Césars et de truffes, gourmand des mots, inventeur du Commissaire La Violette incarné par Victor Lanoux, et qui m’avait fait découvrir peu avant une Toussaint, le cimetière minuscule d’Aubenas-les-Alpes où il avait trouvé sur de vieilles stèles parfois usées par les années et les intempéries, les prénoms anciens de certains de ses romans. Reposez en paix Pierre !
Pierre, vous écrivez toujours dans un univers passéiste qui va du Moyen-Age au début du XXème siècle. Pourquoi ?
« La période actuelle je ne pourrais pas écrire dessus. Esthétiquement d’abord, mais plus sûrement parce que j’ai 86 ans aujourd’hui. Ce qui ne m’empêche pas d’avoir internet et de répondre à mes mails. N’empêche Jean-Pierre, que mon site a été visité par 75 000 personnes du passé ! Mais dans le passé que j’utilise, il y a une musique des mots, un tempo, une certaine musicalité. Giono le disait d’ailleurs, voilà une trentaine d’années. « Il faut du recul pour écrire sur une époque. »
Alors, oui l’action débute en 1348 à Manosque, mais ensuite on va jusqu’à 1910 avec le tremblement de terre de Lambesc. Mais je reviens vite à Forcalquier et ses environs. La pierre d’achoppement de ce livre, c’est justement ce vieux château de Sauvan à Mane, que j’ai visité en pleine guerre en 1944. Tout y était cassé ! La pièce d’eau aujourd’hui majestueuse était vide avec plein de détritus dedans et une quantité de roseaux en masse. L’idée du roman, je l’ai eue il y a vingt ans avant le tournage à Sauvan, du film « La Maison assassinée » de Georges Lautner avec Patrick Bruel. J’ai rencontré à cette occasion les frères Allibert, nouveaux propriétaires du château de Sauvan, et ça m’a donné l’idée de ce livre. Il a mûri pendant quinze ans car je n’avais pas le lien pour démarrer une histoire.
Puis un jour, j’ai rencontré un ami bucheron qui m’a amené dans une forêt où il y avait un chêne de 650 ans. Et ce vieux chêne est devenu le catalyseur du roman. Tout ce qui est écrit est autobiographique collectivement. Mais Manosque qui est au cœur de mon histoire n’a plus rien de poétique aujourd’hui. Néanmoins, le Canal est toujours chargé d’histoires locales tout comme les amandiers de la Montée vers Saint Pancrace. Quand on monte par le col de la Mort d’Imbert et qu’on va vers Dauphin, on oublie Manosque. Ça n’a pas beaucoup changé d’ailleurs. Mais le paysage urbain oui. Moi, je regrette de mourir car je voudrais bien connaître la suite… »
Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier pour La Provence le 26 avril 2008 au château de Sauvan à Mane


  MARS 2020 : CHRISTIAN RAUTH

JPEG Il fait partie de ces comédiens du petit écran qui sans les connaître pour de vrai, nous laissent à penser que le type a vraiment une « bonne bouille » comme on dit. Et que bonhommie des rôles aidant, Christian Rauth - vu dans Navarro, Père et maire, L’Archer noir, Mongeville, Prière d’enquêter et j’en passe… - est vraisemblablement un être attachant au premier regard et à la première réplique, même si celle-ci est souvent teintée de malice voire de perfidie. Son 1er, puis 2e e-mail, puis notre premier coup de fil pour évoquer avec lui son 3e roman La Petite mort de Virgile paru aux éditions De Borée en début d’année, l’ont très vite confirmé. Car ce comédien au caractère bien trempé possède aussi d’autres cordes à son arc. Outre comédien et écrivain, il est aussi metteur en scène. Eh oui ! Et c’est donc en pensant à Jacques Prévert et son merveilleux poème « Je dis tu à tous ceux que j’aime, même si je ne les connais pas » que l’interview mensuelle « 3 Questions à… Christian Rauth » s’est déroulée sur le ton du tu, bien évidemment.

Jean-Pierre Tissier

1. BLUES & POLAR. L’écriture fait-elle partie de ton univers personnel depuis longtemps ? Comment et quand écris-tu ?
CHRISTIAN RAUTH : "Depuis que mon instituteur a lu ma rédaction devant les élèves, j’ai découvert la puissance des mots, capables d’intéresser toute une classe et même de la faire rire. Plus tard, à la fac de Censier (j’y ai passé quelques mois, mais pas plus !) j’ai écrit un pastiche de Zadig pour amuser mon prof. Dès 1980, j’ai écrit des pièces de théâtre, des scénarios pour la télé et le cinéma et enfin, des romans bien tardivement. Je n’ai jamais cessé d’écrire… Un peu « dans l’ombre » puisque peu de gens sont au courant.
* Comment j’écris ? Pour les scénarios, c’était (je dis « c’était », car je n’écris plus de scénarios) à l’ordinateur avec un logiciel dédié : Final Draft.
Aujourd’hui, j’ai définitivement renoncé, je suis trop loin de ce qu’ils veulent et puis… de ce que je peux entrevoir de temps en temps chez des amis (je ne regarde plus les fictions chez moi) je n’ai vraiment pas envie d’écrire un « clone de clone de clone » d’un « Meurtre à Saint-Malo ». Ou alors, un « Meurtre à Manosque ». Mais qui tuer à Manosque ?"

« MA VRAIE VIE, C’EST LE ROMAN ! »

"Pour le cinéma, je pense aussi que je vais laisser tomber. Je ne suis plus dans la course. C’est un milieu bien à part. Même l’adaptation de mes romans — si tant est qu’on veuille en faire des films — je ne m’y collerai pas. Pour le roman qui est maintenant ma « vraie vie » (ou ma vraie « fin de vie », comme dirait l’ADMD ) je commence par prendre des notes au crayon, beaucoup de notes et de documentations, puis je démarre au clavier pour revenir au crayon après. Là, je fais une correction de la première version imprimée… et ainsi de suite. J’ai la chance de taper des dix doigts. À 18 ans j’avais pris des cours de dactylographie à l’aide d’une méthode trouvée dans une librairie. J’ai commencé à taper (c’est le mot, car il fallait y aller fort) sur une Japy. Puis j’ai utilisé une IBM à boule, et en 1980 j’ai acheté mon premier ordinateur, un Atari à disquettes, une galère. Mais quand le Mac Classic est arrivé, ça a changé ma vie. Un vrai outil de travail.
* Quand j’écris ? J’écris mieux tôt le matin. Mais mes horaires ont changé depuis que j’ai une chienne que je promène au parc des Buttes Chaumont à partir de 6 h 45, avant que les flics et les gardiens n’arrivent pour verbaliser les vieux délinquants qui osent contrevenir à la loi en promenant sans laisse leurs bêtes fauves. Donc, avant je travaillais de 7 h à 12 heures et maintenant c’est plutôt 10 h-13 heures pour la création pure, puis 15 h -18 heures pour la relecture et les corrections. J’essaie de travailler tous les jours, mais c’est difficile, car j’ai des obligations professionnelles comme les tournages, ou les rendez-vous de boulot, ou les implications dans des associations. En tout cas, je ne peux pas de rester sans écrire plusieurs jours de suite."
* (1) Association pour Le droit à Mourir dans la Dignité, dont je suis un des parrains.

2. BLUES & POLAR : Jouer la comédie dans des séries TV policières, comme avec Roger Hanin dans Navarro sur TF1, t’a-t-il orienté logiquement vers le Polar ?
JPEGCHRISTIAN RAUTH : "Navarro ? Pas du tout ! Ce sont mes lectures de jeunesse, d’abord au Masque (la fameuse couverture jaune) avec Agatha Christie. Puis ce fut la découverte de Simenon, essentielle pour moi. J’en ai lu des dizaines, et pas que des Maigret ! Plus tard, je me suis jeté sur la Noire de Gallimard : Donald Westlake, Stuard Kaminsky, Chase, Hammett, Manchette, Topin, Didier Daeninckx. Le déclencheur de l’écriture de roman, ça a été Jean Bernard Pouy. J’écrivais déjà des pièces de théâtre, des scénarios, mais je n’osais pas toucher au roman, pour moi c’était le genre majeur. Donc, total respect et totale inhibition.
Conclusion : ce n’était pas pour moi.
Mais quand j’ai croisé Jean Bernard Pouy, l’inventeur du personnage du Poulpe, j’ai osé lui proposer un sujet… qu’il a accepté ! Et ça a donné « La Brie Ne Fait Pas Le Moine, mon premier roman, épuisé aujourd’hui… comme son éditeur, qui a fermé boutique."

" IL N’Y A PAS DE VRAIE LITTÉRATURE ;
IL N’Y A QUE LA BONNE !"

"Le polar c’était rassurant. J’avais un cadre et je ne m’attaquais pas à la “vraie littérature”. Une idiotie, je m’en rends compte aujourd’hui, car il n’y a pas de vraie littérature, il n’y a que de la bonne ! À preuve : il y a un paquet d’auteurs germanopratins qui ne valent pas un clou, ou un Bic. Mon deuxième roman, “Fin de Série” a aussi été un polar. Le dernier, “La Petite Mort de Virgile” que je vais dédicacer à Manosque pour Blues & Polar le 9 août prochain, c’est un polar, certes, mais c’est essentiellement l’histoire d’une passion amoureuse. Mon prochain livre ne sera pas un polar, mais un roman “historique” puisque mes personnages vont vivre de 1915 à 1960 environ… Le sujet tournera autour de la rafle du Vel’ d’Hiv qui va emporter dans une histoire folle un petit coureur cycliste, un gamin “porteur de bidons”, un “forçat de la route” comme les appelait Albert Londres."

3. BLUES & POLAR. Il y a toujours de l’humour noir dans ton écriture comme une marque de fabrique… Serais-tu l’enfant caché de Pierre Dac et Francis Blanche ?
CHRISTIAN RAUTH : "Ça se pourrait… Mais dans la catégorie humour, je suis un peu de la famille de René Fallet, d’Alphonse Boudard, ou de Tom Sharp. Je ne cite pas Audiard, (une tarte à la crème dès qu’on parle d’humour) dont le seul roman écrit à la mort de son fils est un chef-d’œuvre d’une tristesse infinie. Audiard, j’adore le dialoguiste de génie. Mais c’est un très médiocre scénariste si je puis me permettre. Cela dit, c’est marrant que tu me parles de Francis Blanche, car mon père l’écoutait sur Europe 1 le dimanche matin et quand j’allais chez lui une fois par mois, j’y avais droit, tout comme j’avais droit aux disques des comiques de l’époque
. Francis Blanche est un poète, un compositeur de chansons tendres, magnifiques et drôles. Quant à Pierre Dac, j’ai encore “Signé Furax” dans la “play list” de mon téléphone. Pour répondre sur le fond à ta question, l’humour c’est ma façon de supporter le monde et d’en dire tout le mal que j’en pense avec légèreté. Je ne peux pas écrire sans une pointe d’humour, voire une pointe d’épée sanglante, à la Monty Python."

"JE NE PEUX PAS ÉCRIRE SANS UNE POINTE D’HUMOUR...VOIRE UNE POINTE D’ÉPÉE SANGLANTE, À LA MONTHY PYTHON"

"Peut-être aussi parce que je ne me prends pas vraiment au sérieux que je ne me considère pas comme un « polardeux » pur et dur. J’admire ces auteurs qui écrivent à l’envi des histoires atroces, bourrées de meurtres et sans une once d’humour. J’espère au moins qu’ils se marrent dans la vie ! Mais en ce moment c’est le genre qui marche en librairie. Les ricaneurs au fond de la classe comme moi ou comme Jean Bernard Pouy, Philippe Setbon, Nadine Monfils, Jean Jacques Reboux, Topin, ont un peu de mal sur le terrain des ventes et des prix littéraires. Quoique, qu’à propos de prix, je suis très fier d’avoir remporté le 1er de l’année littéraire 2020 au Salon de Montcuq ! Ah ! Daniel Prévost et le poële de Moncuq !"

 La Question 3 + : Le blues, cela évoque quoi pour toi ?

Christian Rauth : « Des musiciens, en général pas très heureux et qui, paradoxalement, vous rendent heureux en les écoutant. Et cela évoque aussi mon père… (toujours lui !) qui m’a certes fait écouter Blanche, Dac, mais aussi énormément de jazz. Mon premier grand émoi c’est “Flying at the Olympia” avec l’orchestre de Lionel Hampton.
Mon père a assisté à ce concert à l’Olympia et il sautait comme un cabri en écoutant le disque qu’il me faisait écouter à chaque fois que j’allais le voir ! Régale-toi cher Jean Pierre : https://www.youtube.com/watch?v=g8l2qgsHsIY.
À la fin du morceau, le solo de saxo est dantesque, d’une modernité incroyable, impossible de ne pas monter sur sa chaise !!! Après, je suis passé aux incontournables Coltrane, Parker, Miles Davis, etc. J’ai eu aussi ma période Gato Barbieri, j’ai même assisté à un concert à Juan Les Pins. Super souvenir. Aujourd’hui, je me suis calmé. On vieillit… J’écoute en boucle Chet Baker, Bill Evans Trio, Stan Getz, Miles Davis (Ascenceur pour l’échafaud, je ne m’en lasse pas) Ibrahim Maalouf, Omar Sosa, Keith Jarret."
* Une anecdote pour Blues & Polar : "J’ai chez moi une photo dédicacée pour mon père, par Louis Amstrong lui-même. Et dans ma bibliothèque j’ai toujours la “La Rage de Vivre” le livre de Mezz Mezzrow, saxo clarinettiste blanc complètement déjanté."

Propos recueillis par J.-P.T

 FÉVRIER 2020 : MERCÉDES CRÉPIN

- Après une année comme rédactrice en chef du journal « Le Conscrit », Mercédès Crépin co-auteure avec son mari Michaël du livre "Un Bon petit soldat" paru chez Flammarion, est aujourd’hui en train de créer « Force et Honneur », sa propre revue trimestrielle d’information et de soutien aux militaires blessés. Elle est l’invitée de Blues & Polar pour l’Interview de février "3 Questions à ..."

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« Je suis devenu légionnaire pour être un type bien, pour faire des choses bien, mais à Sarajevo, en Afghanistan, comme dans toutes les autres guerres, le bien, le mal, c’est compliqué. Je ne suis pas un philosophe, même pas un penseur. En tant qu’homme, J’agis par instinct et par conviction. En tant que Légionnaire, j’agis selon les ordres qui me sont donnés. Je verrouille tout. J’exécute. Mais il arrive toujours un moment où l’homme et le militaire se rencontrent ! »

Michaël Crépin

À force de ne jamais craquer devant ses frères d’armes parce que la Légion est un mythe, le légionnaire Crépin à absous Michael, l’homme devenu une machine efficace sans états d’âme jusqu’au jour où l’incompréhension d’un ordre venu d’en haut ; à savoir ne pas tirer sur les talibans ravisseurs qui venaient d’enlever deux journalistes de France 3 - Hervé Ghesquière (+) et Stéphane Taponier - a suscité chez lui une honte profonde.
Etait-ce un motif purement politique à une époque où Nicolas Sarkozy était président de la République ? On serait enclin à le croire tant la « Grande muette » n’avait pas apprécié - nous étions alors le 30 décembre 2009 - que des journalistes de France Télévision aillent enquêter pour France 3 dans une zone rouge déconseillée où les talibans se terraient au cœur des montagnes. Rancœur et rage d’un Etat-major après l’assassinat de plusieurs militaires français auparavant par les talibans, ou envie de donner une leçon à une Presse prenant trop de risques ? Toujours est-il que cet instant qui a engendré 18 mois de détention pour les deux journalistes - et une mobilisation importante de la France entière initiée par les Clubs de la Presse - est devenu une honte pour Michaël qui avait alors dans son viseur, comme il le décrit dans son livre, les ravisseurs de nos confrères. « J’en veux aux gradés de la Légion qui m’ont enlevé la seule fierté que j’avais dans ma vie alors, celle d’être un Légionnaire. Un type qui fait le bien. » écrit Michaël.
Victime du syndrome de stress post-traumatique à son retour d’Afghanistan, Michaël n’a pas été pris en charge psychologiquement comme l’ont été aux USA les vétérans du Vietnam. On découvre tout cela avec sidération et stupéfaction dans ces pages écrites avec les tripes où certains gradés de la Légion en prennent pour leur grade avec l’ego du chef en première ligne plutôt que la reconnaissance du soldat. Aujourd’hui reconverti agriculteur Michaël et Mercedes œuvrent pour une véritable reconnaissance du SSPT qui touche bien des soldats. Un combat apolitique, car la souffrance n’est ni de Droite ni de Gauche, ni d’ailleurs...

Jean-Pierre Tissier

1. BLUES & POLAR : Quand est née très précisément cette idée d’écrire un livre avec Michaël, votre mari, sur ses 22 années passées au sein de la Légion étrangère et sur le Syndrome de stress post-traumatique (SSPT) incroyable qu’il a subi à son retour de mission en opérations extérieures en Afghanistan ?

MERCÉDES CRÉPIN : « Cela a pris corps très précisément en décembre 2017. Nous étions dans une période compliquée administrativement car – comme beaucoup de femmes – c’est moi qui s’occupe de la paperasse administrative ; et Dieu sait qu’il y en a lorsqu’on engage des démarches de reconnaissance d’un traumatisme de retour de mission en Opérations extérieures pour la France, au sein de l’Armée… Et pour le militaire qui a vécu tout ça sur le terrain, dans son cœur, dans sa tête, dans sa chair, rédiger des papiers en forme de casse-tête, c’est carrément impossible ! Il faut une patience, que moi, secrétaire de direction de formation, j’avais un peu plus. Tout ça, c’est une souffrance rajoutée à celui qui a tant donné sur le terrain pour son pays. C’est un vrai dédale administratif et quand il y a plein de tests et d’examens à passer souvent très loin de son domicile, c’est très dur ! A cette période, on était tout près de craquer avec Michaël…
Face au Premier ministre…
Mais le 28 septembre 2017, je me suis retrouvée comme invitée surprise dans l’émission de Léa Salamé et Thomas Sotto « Vous avez la parole » face au Premier ministre Edouard Philippe pour parler au nom du collectif « Femmes de militaires en colère » regroupant 8000 personnes. Et ceci a déclenché bien des choses… Beaucoup de femmes de militaires, des mamans en colère, des soldats m’ont alors appelée ensuite et nous avons été invité ensuite avec Michaël, au Magazine de la santé sur France 5, puis sur Arte, chez Hondelatte, Delahousse… et le Premier ministre a participé à une table ronde avec nous sur ce sujet. Et véritablement il y a eu des avancées !
Cependant, c’est en montant à Paris un peu plus tard pour de nouvelles démarches, que j’ai rencontré Laurence Delleur, une journaliste free-lance sensibilisée à la cause du Syndrome de stress post-traumatique (SSPT) qui affecte de nombreux militaires français. Je lui ai parlé de mon idée d’écrire et de mettre des mots sur la souffrance de Michaël. C’est l’ultime preuve d’amour que je pouvais donner à mon mari. Je lui en ai parlé à mon retour à Castres, où nous habitons, et il a accepté. Laurence Delleur m’a alors indiqué plusieurs maisons d’éditions. Et un samedi de début décembre, peu avant minuit, j’ai envoyé un mail à cinq éditeurs. Le dimanche matin, j’avais une réponse de la directrice de Flammarion. Et on a foncé ! Pendant un an (2018), j’ai parlé avec Michaël pour le comprendre totalement. Pour savoir son parcours de vie avant la Légion étrangère, pour construire un récit sans tabou. Cela a été très douloureux, mais j’étais très bien aidée par Flammarion à qui j’envoyais des textes régulièrement. On pleurait souvent ensemble tous les deux. Puis Corinne de chez Flammarion est venue nous aider à mettre tout cela en place, car personnellement j’étais trop dans l’affect, notamment pour la période qu’il a vécue en Afghanistan. Le projet, c’était de faire sortir, tout ce qu’il avait en lui. Mais je ne me revendique d’aucun parti politique. Ma cause, ce sont les soldats ! »

2. BLUES & POLAR : Ce fameux Syndrome de stress post-traumatique, vous avez décidé de le combattre en recueillant la parole des blessés de guerre jusque dans les régiments dévolus aux Opérations extérieurs de la France. Comment êtes-vous accueillie par l’Armée ?
MERCÉDES CRÉPIN : « Bien qu’on m’ait considéré comme une emmerdeuse, on ne m’a jamais fermé les portes depuis 2017. Et à chaque fois que j’ai sollicité l’institution il n’y a jamais eu de problème. D’autant, qu’ayant une formation de secrétaire de direction, je ne suis pas du genre à frapper sur la table, et je sais comment ça fonctionne. Je suis également sœur de militaire et je sais aussi que l’information militaire simple, celle du quotidien pour les proches et les familles, n’est pas assez facile à décoder. C’est pour cela que j’avais cofondé avec un directeur de publication sur internet, le site « Le Conscrit ». Finalement, cela aura duré un an, mais maintenant je vais créer mon propre journal qui va s’appeler « Force et Honneur ». Ce sera aussi sur Internet sous forme d’un Trimestriel, mais je compte aussi pouvoir l’imprimer pour l’envoyer aux personnes moins à l’aise avec l’informatique. Je vais y parler des choses simples comme les pensions de reversions aux veuves de soldats qui trop souvent sont prises en compte dans l’émotion et dans des circonstances malheureuses. Il faut pouvoir dire ce qui est bien et ce qui n’est pas bien. Les familles de soldat sont trop souvent oubliées. »

3. BLUES & POLAR : Aujourd’hui, comment va Michaël ?
MERCÉDES CRÉPIN : « C’est en dents de scie, car on n’en guérit pas ! Et c’est donc un vrai combat pour lui que de vivre avec ce stress tous les jours. De plus, l’accompagnement est aussi fonction de chacun, et pour le psy, il devait aller chaque fois de Castres à l’hôpital militaire de Laveran à Marseille. C’était 9 heures de route aller-retour… là, il est passé à autre chose et a réussi son diplôme de responsable agricole. Il construit son projet, fait du maraîchage car il a grandi là-dedans dans sa jeunesse en Picardie. C’est comme ça qu’il se reconstruit, et il a arrêté le psy. Ce livre a été une thérapie pour lui, et c’est une victoire. Mais d’autres encore sont à venir… Premièrement, le Syndrome de stress post-traumatique est désormais reconnu et le jour où j’ai prononcé ce mot devant le Premier ministre à la télé, j’ai levé un tabou. Maintenant, il faut arriver à faire reconnaître les droits à réparation, et c’est très fastidieux et éprouvant. On commence néanmoins à s’inspirer des Vétérans américains de la Guerre du Vietnam, car il faut absolument que les traitements se pratiquent en dehors du cadre militaire. Les Américains l’ont compris, et la France est aussi en train de le faire. Le général Bosser ancien d’Etat-major de l’Armée de Terre a impulsé le projet de la Maison du vétéran. C’est désormais du concret, et cinq Maisons vont voir le jour en France. La première sera inaugurée en septembre 2020."

 LA QUESTION + : Le Blues, cela évoque quoi pour vous ?

Mercédès Crépin : « La musique d’abord ! C’est une forme d’expression pour faire passer des messages qui me touche. C’est universel et à la fois très personnel. »

Propos recueillis par J-P.T

* Mercedès et Michaël Crépin seront les invités des Voix de Toutes-Aures dans le cadre du 17ème festival Blues & Polar, le dimanche 9 août 2020 à la chapelle de Toutes-Aures à Manosque.


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 NOËL 2019 AVEC RENÉ FRÉGNI

1- BLUES & POLAR : Pourquoi ce livre « Carnets de prisons ou l’oubli des rivières » dans la célèbre collection Tracts juste avant Noël ? Ton dernier ouvrage « Dernier arrêt avant l’automne » paru chez Gallimard lui-aussi, mais dans la collection Blanche, est plutôt récent ?
RENÉ FRÉGNI : « Cet été, Antoine Gallimard m’a appelé car il venait de ressusciter la mythique collection Tracts qui existait dans les années 1930, et avait accueilli de grands écrivains comme André Malraux ou Jean Giono qui y a d’ailleurs écrit « Refus d’obéissance » en 1934. Et il m’a proposé d’y participer… et d’écrire un texte.
Mais c’est une collection spéciale qui s’est arrêté après-guerre, et jusque-là Antoine Gallimard avait surtout sollicité des philosophes comme Régis Debray, Cynthia Fleury ou Sylviane Agazinsky. Et je ne suis pas un philosophe familier de l’Essai.
Néanmoins, il m’a demandé d’écrire un texte à ma manière, comme un coup de cœur ou un coup de gueule. Quelque chose d’écrit dans l’urgence sur un sujet brûlant traitant de la politique, de la vie, de la nature, de la poésie, de l’humain… bref, quelque chose d’écrit comme un tract, comme une revendication.
Et j’ai donc raconté l’histoire de ma vieille rancune avec l’injustice. Elle est née de mon parcours personnel certes, mais surtout des lectures que me faisait ma mère sur Jean Valjean et le Comte de Monte Cristo injustement emprisonnés.
Et à ça – moi qui suis passé par la prison et les tribunaux pour y être finalement blanchi – j’ai ajouté l’année de prison qu’a fait mon père sous l’Occupation à la prison Chave de Marseille après avoir été arrêté par la Police française pour le vol de 8kg de marchandises dans un train de ravitaillement destiné aux Nazis. C’était pour que l’on puisse manger.
Tout ça a fait de moi, très jeune, un enfant sauvage entré en rébellion.
L’injustice est donc le moteur de cet ouvrage, car il y a aujourd’hui encore une élite coupée de tout et des ghettos en face.
Il suffit de regarder les Balkany pour le constater. Moi, les gars que j’ai en atelier d’écriture à Luynes ou aux Beaumettes, ils ont pris dix ans, et ils feront dix ans !
Balkany, il est déjà à l’hôpital et il sortira avant d’avoir purgé sa peine. Et sa femme n’y est même pas !
Dans ce livre, ceux que j’ai croisés en prison viennent tous du même quartier Nord de Marseille. Et si on veut éviter une guerre civile et la prise de pouvoir des « barbus » dans les cités, il va falloir ramener de la Justice, de la République et de la Culture, dans tous ces lieux de non-droit.
Mais la tâche s’annonce rude.
Aujourd’hui à Marseille il n’y a plus aucune industrie capable de donner un simple travail physique permettant d’avoir un salaire, un logement, à des jeunes ayant quitté l’école. Donc, il n’y a plus aucune mixité ! Chaque communauté est dans son territoire en forme de ghetto. Je compare ce phénomène à la pollution du monde. On est toujours plein de bonnes résolutions, mais on n’y arrive pas, et on s’enfonce de plus en plus. Il faut arriver à faire tomber toutes ces barres d’immeubles et recréer de la mixité. »

2 - BLUES & POLAR : Noël en prison, c’est une ambiance particulière pour les détenus ?

RENÉ FRÉGNI : « Oh oui ! Noël c’est vraiment le moment le plus dur pour ceux qui sont en prison. Car même si tu es un truand enfermé à raison pour tes actes, tu as une famille.
Idem pour les maghrébins qui sont musulmans et représentent 60% de la population carcérale. Ils sont devenus français et ils fêtent Noël aussi, même si c’est avec une dinde au couscous-merguez. C’est la fête avec des cadeaux…. Noël en prison, c’est vraiment très symbolique pour tous les prisonniers. Ils souffrent énormément et ils me le disent dans les ateliers d’écriture. La Nuit de Noël, c’est la famille avant tout. Bien sûr, il y a une bûche de Noël sur le plateau-repas pris à 18 heures comme tous les jours mais il y a de la rage au cœur ; surtout chez les jeunes. Les vieux truands qui sont là depuis 10-15 ans… ils s’en foutent. Ils sont désabusés car pour eux la société est pourrie. Ceux qui ont un cancer finissent leurs jours en prison, tandis qu’ils voient Balkany à l’hôpital.
Tout ça provoque de l’injustice et les jeunes sont des bêtes sauvages en guerre contre les « Bleus » comme ils disent. Contre tout uniforme ! Que ce soit un flic, un gendarme, un facteur, un pompier… Tout ce qui porte un costume, ils le caillassent. Tout ce qui prouve vraiment leur folie ! »

3- BLUES & POLAR : On arrive bientôt en 2020. Si tu avais un seul vœu à formuler ; quel serait-il ?

RENÉ FRÉGNI : « Comme disait Jacques Chirac « Notre planète brûle et on regarde ailleurs ! » Mon seul vœu serait de pouvoir sauver toutes les espèces vivantes. On a une planète inouïe, un jardin merveilleux qu’on saccage pour rien, pour consommer toujours plus, et on a détruit 60% des espèces vivantes dans la nature (animaux, oiseaux, insectes...) en 40 ans. Pourtant, en France on habite le paradis, mais on n’a toujours pas de Plan B !
Un jour, avec le réchauffement climatique, ce ne sera pas quelques milliers de migrants qui viendront d’Afrique, mais des millions. »

Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier

 La collection Tracts selon Antoine Gallimard

À l’heure du soupçon, il y a deux attitudes possibles. Celle de la désillusion et du renoncement, d’une part, nourrie par le constat que le temps de la réflexion et celui de la décision n’ont plus rien en commun ; celle d’un regain d’attention, d’autre part, dont témoignent le retour des cahiers de doléances et la réactivation d’un débat d’ampleur nationale.
Notre liberté de penser, comme au vrai toutes nos libertés, ne peut s’exercer en dehors de notre volonté de comprendre.
Voilà pourquoi la collection « Tracts » fera entrer les femmes et les hommes de lettres dans le débat, en accueillant des essais en prise avec leur temps mais riches de la distance propre à leur singularité.
Ces voix doivent se faire entendre en tous lieux, comme ce fut le cas des grands « tracts de la NRF » qui parurent dans les années 1930, signés par André Gide, Jules Romains, Thomas Mann ou Jean Giono – lequel rappelait en son temps : « Nous vivons les mots quand ils sont justes. »
Puissions-nous tous ensemble faire revivre cette belle exigence.

Antoine Gallimard

* Site : http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Tract


 DÉCEMBRE 2019 : JÉRÔME LOUBRY

JPEG - On croyait en lui et nous avions raison. Jérôme Loubry, invité de l’Interview « 3 QUESTIONS A… » en novembre sur le site blues-et-polar.com vient d’obtenir à Cognac, le Prix du meilleur Polar francophone de l’Année.
Une belle récompense pour le néo-Valensolais qui devient ainsi le 1er invité du prochain et 17e festival Blues & Polar « Les Voix de Toutes-Aures » qui aura lieu le samedi 29 août 2020.
Merci à Gérard Collard le libraire passionné du Magazine de la Santé sur France , qui nous a permis de le découvrir après Karine Giebel, Jacques-Olivier Bosco et Olivier Norek. Autant de « Coups de cœur Blues & Polar » de ces dernières années…


1. BLUES & POLAR : Les Refuges qui vient d’être primé à Cognac est déjà ton troisième roman. Que faisais-tu avant d’écrire ?

Jérôme Loubry : « J’étais responsable, disons Chef de salle dans de grands restaurants étoilés en France et à l’étranger, car j’ai fait l’Ecole hôtelière. Et dans mon dernier emploi en restauration, je travaillais à la Villa Borghèse, établissement gastronomique et hôtelier très réputé de Gréoux-les-Bains. Mais depuis l’âge de 9 ans, j’ai toujours rêvé d’écrire. A cette époque, j’habitais à Saint-Amand-Montrond (sortie d’Autoroute A8 pour aller à Châteauroux) en Berry, là où la grande imprimerie CPI imprime les livres des grands écrivains et les polars qui se vendent comme des petits pains (Stefen King, Mary Higgins Clark, Agatha Christie…). Il y a donc des livres qui traînent un peu partout dans cette ville, et j’en ai beaucoup lus.
J’ai commencé à écrire des nouvelles à 18 ans mais je ne les ai montrées à personne. C’était dans mes tiroirs. Néanmoins, je savais qu’un jour j’en ferai mon métier. J’ai donc arrêté la restauration en me donnant six mois pour réfléchir et tenter ma chance auprès des maisons d’édition. J’ai envoyé un manuscrit à Calmann-Lévy… et ils l’ont pris. Et l’aventure a commencé. »

2. BLUES & POLAR : Pourquoi avoir choisi d’écrire des romans policiers ?

Jérôme Loubry : Mon premier roman Les Chiens de Détroit est un vrai polar. Le deuxième Le Douzième chapitre , c’est entre le polar et la littérature dite blanche. En fait, je trouve que dans le polar on peut tout mettre dedans et que le suspense du thriller, c’est le ressort pour avancer. Car il faut arriver à que ce soit excitant de lire un livre.
Mais le polar, il est axé sur l’aspect policier des choses, tandis que le roman noir est différent.
Le Douzième chapitre en est un, car je parle plus de l’intime. Cependant, et ça fait parfois des différences suivant où l’action du polar se passe, il y a les policiers en ville et les gendarmes dans le monde rural. J’ai utilisé les deux déjà, sans vraiment les connaître parfaitement.
JPEG Donc, à chaque fois, je me renseigne directement auprès d’eux pour avoir une certaine crédibilité indispensable. C’est fondamental à mes yeux ! On peut, certes, tout inventer comme dans l’île des enfants où se passe Les Refuges mais il faut du sens à l’action. L’inspiration pour moi, ça naît comme une carte postale que je recevrais un matin.
JPEG A partir de l’ambiance, j’invente et je crée. L’idée des Refuges, elle est venue comme ça, et en écrivant. Car l’écriture t’emmène parfois dans des lieux et des situations auxquels tu n’avais pas songé. »

3. BLUES & POLAR : Le Blues cela évoque quoi pour toi ? Un genre de musique ou un état d’âme ?

Jérôme Loubry : J’ai dans mes tiroirs depuis longtemps un roman sur le Blues qui évoque Robert Johnson , le bluesman des années 30 qui a vendu son âme au blues pour jouer comme un dieu.
J’ai écrit ça il y a une quinzaine d’années et je le retravaillerai un jour, avec plaisir. C’était plus un roman sur la vie dans le sud des Etats-Unis avec un enfant noir (c’était le premier ! ) qui arrive dans une école… Sinon, j’écoute souvent Éric Clapton, BB King… J’aime le Blues ! »

Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier

 L’INTERVIEW BLUES & POLAR DE DIDIER VAN CAUWELAERT

Niçois d’origine malgré un nom aux racines flamandes, écrivain, homme de théâtre et de cinéma, passionné de musique et grand ami du regretté Michel Legrand, Didier Van Cauwelaert « Prix Goncourt 1994 » pour « Un Aller simple » est depuis toujours un amoureux des mots et de la langue française. JPEG Rien de plus naturel pour lui, donc, d’avoir accepté d’être le parrain du 10 ème Forum contre l’illettrisme organisé le 11 septembre dernier à Nice, par le Crédit Mutuel Méditerranéen.
C’est là que j’ai eu le plaisir de le rencontrer très simplement dans un petit bistrot niçois, juste à côté du Musée d’Art moderne et contemporain où se déroulait la remise des Prix aux quinze associations du grand Sud de la France récompensées pour leur action en faveur des personnes concernées par ce fléau qu’est l’illettrisme, grande cause nationale s’il en est.
Son dernier roman "La Personne de confiance" paru chez Albin Michel est un pur bonheur....

1- BLUES & POLAR : écriture, cinéma, théâtre…. Vous avez de très nombreuses cordes à votre arc. D’où vient cet appétit culturel tous azimuts et comment est-il né ?
Didier Van Cauwelaert : « Ecriture, théâtre, cinéma, tout ça c’est vraiment la même chose pour moi. A part qu’il y a le travail en solitaire que représente l’écriture, et le travail d’équipe du théâtre et du cinéma. Mon père était un grand avocat spécialiste du Droit rural qui adorait les paysans, et tous les soirs, il me racontait des histoires quand j’étais gamin. C’était quelqu’un de très drôle et il m’a marqué. Dès l’âge de 8 ans, moi-aussi, j’ai eu envie de raconter des histoires et très naturellement je me suis servi des outils disponibles qu’étaient à mon âge, l’écriture, le théâtre et le cinéma. Les pièces de Molière qu’on jouait à l’école puis au collège et au lycée, m’ont aussi beaucoup touché et j’ai compris alors que les mots et le jeu, tout ça marchait ensemble. La première pièce que j’ai mis en scène et joué en public, c’était à Nice, au théâtre de la Ville, à deux pas d’où nous nous trouvons aujourd’hui.
Avec la troupe du lycée, on avait réussi à être acceptés par le directeur du théâtre qui donnait chaque année une chance à des jeunes.
On s’est donc préparés pour jouer « Huis clos » de Jean-Paul Sartre, à part qu’on a reçu un courrier du président du Syndicat des auteurs qui exigeait que nous ayons l’autorisation de l’auteur pour pouvoir jouer sa pièce… Sinon, c’était l’annulation de la représentation. Moi, je n’avais rien demandé et j’étais perdu. J’ai donc demandé conseil à mon père avocat qui m’a dit « Il n’y a qu’une chose à faire, écris à Jean-Paul Sartre ! » Ce que j’ai fait sans trop y croire, et puis quelques jours plus tard, j’ai reçu une lettre de Sartre (que j’aie toujours) qui nous autorisait à jouer. C’est un fabuleux souvenir ! Et des souvenirs comme ça, c’est vraiment très motivant ! »

2- BLUES & POLAR : le blues, ça évoque quoi pour vous , Une musique ou un état d’âme ?
Didier Van Cauwelaert  : « La musique du blues m’intéresse plus que l’état d’âme. Car le blues provoque des vibrations que l’on ressent, et elles ne sont pas forcément mélancoliques. J’ai été un grand ami du pianiste-compositeur-chanteur Michel Legrand qui est mort récemment, et sa musique plutôt jazz prenait ses racines dans le blues... Pour moi, le trompettiste Miles Davis, c’était du blues ; et j’aime bien aussi écouter les anciens comme Muddy Waters. »
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LA PHRASE : "Je crois au pouvoir des mots, et on doit agir contre l’illettrisme dès l’école primaire !"

3 - BLUES & POLAR : le roman policier, le fameux polar qu’on n’achète pas forcément chez un libraire, qu’on trouve sur un quai de gare ou dans un rayon de supermarché aujourd’hui, c’est une écriture particulière pour vous ?
Didier Van Cauwelaert : « Mais moi j’ai commencé par le polar ! Mon enquêteur était un enfant, mais c’était dur d’écrire avec toujours un meurtre, un assassin, la police, une enquête… et d’y glisser de l’humour comme je le faisais. Car contrairement à ce qu’on pourrait penser, le polar est un genre très exigeant, et c’est difficile. Ce n’est pas un sous-genre comme certains ont pu dire. Car il y a des chefs-d’œuvre du genre. Conan Doyle, Dostoïesky même, ce sont des auteurs extraordinaires ! En revanche, je ne suis pas porté sur la mode des polars nordiques. C’est toujours très froid, et moi je préfère l’ambiance du sud. Alors, comme c’était un peu trop exigeant pour moi, un jour je suis passé à autre chose. Et ça ne m’a pas mal réussi ! »

Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier


JPEG * En novembre, le prochain invité de l’Interview "3 QUESTIONS À..." sera l’écrivain valensolais Jérôme Loubry qui vient de recevoir ce dimanche 20 octobre à Cognac le Prix du Meilleur polar francophone de l’Année avec "Les Refuges" paru chez Calmann-Lévy Noir.

  L’INTERVIEW BLUES D’EYMA

- Chanteuse de jazz à l’univers teinté de blues, Eyma sera sur scène le 24 août à la chapelle de Toutes-Aures dans le cadre du 16ème festival Blues & Polar. Elle sera accompagnée par la pianiste Perrine Mansuy pour ces 1ères Voix de Toutes-Aures. Elle est notre invitée d’août avec l’écrivain Patrick F.Cavenair pour la double interview BLUES & POLAR du site blues-et-polar.com

1. BLUES & POLAR. Chanter le blues, mais aussi le jazz, est-ce que cela nécessite une autre approche, voire une interprétation différente dans votre chant ? Ou est-ce carrément pareil pour l’un ou pour l’autre ?
EYMA : « Pour moi il n’y a pas grande différence . Ce n’est pas le style qui compte à mes yeux. Je suis plus attachée au sens. J’aime bien savoir ce que je dis quand je chante en Anglais. Personnellement, quand je chante en Français, je raconte des choses et j’y tiens. Mais je me fais aussi mes propres histoires. J’essaie aussi toujours de m’approprier la version de ce que je chante. J’aime rendre les chansons miennes avec le sens initial. Un moment, j’ai joué avec un groupe très blues traditionnel pur et dur, mais je suis très ouverte aux différents styles musicaux. J’aime aller des grands standards du jazz jusqu’à la pop. Car le jazz nous amène partout. Sur scène, je reprends du Tom Waits mais aussi des morceaux extraits de comédies musicales. Je suis très sensible à la beauté des morceaux, avant tout. »

2. BLUES & POLAR. Pourquoi avoir choisi ce mode d’expression musicale particulier que sont le blues et le jazz ? Y-a-t-il Une histoire personnelle derrière ce choix ?
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EYMA : « Effectivement, je suis plus blues que rock. Je n’en ai même jamais vraiment écouté. Je suis franco-togolaise, donc métisse et je ne suis pas tombée dans ce style anglo-saxon. En revanche, le jazz, oui ! Mes parents écoutaient du jazz et allaient au Festival Métis d’Angoulême quand j’étais enfant. En fait, j’ai dû m’en imprégner sans m’en rendre compte, ce qui fait que je suis totalement autodidacte. Néanmoins j’ai pris des cours de chant et ensuite des cours de théâtre. Mais je suis très rapidement revenue au jazz. C’est la sensation qui me porte. Au départ, j’étais une chanteuse de groupe au sein d’un trio, puis je suis arrivée à Marseille il y a sept ans et j’y ai rencontré plein de musiciens. En revanche, on n’est pas chanteuse toute seule. Il faut être accompagnée par des musiciens. Et le jazz a une spécificité avec sa musique codée, c’est qu’on peut arriver à jouer et chanter avec des gens qu’on ne connaît pas. »

UN UNIVERS QUI VA DE
TOM WAITS À PATTI SMITH

3. BLUES & POLAR . Etes-vous une lectrice de polars ? Si oui, que lisez-vous ?
EYMA : « En ce moment je ne lis guère, mais j’ai lu plein de polars à un moment de ma vie. Ma grand-mère adorait Agatha Christie et j’en ai lus beaucoup quand j’étais ado. J’ai eu aussi une période Grangé, Fred Vargas et une période scandinave. J’ai lu aussi Harlan Coben, James Ellroy.. Aujourd’hui, je lis par çi par là, mais j’adore ça. Surtout les classiques du genre. »

* La Question +++ : Quels sont vos projets actuels et futurs ?
EYMA : « je viens de finir mon projet de duo avec la pianiste Perrine Mansuy autour du travail de Patti Smith (elle passe le 18 août à Marseille) et ce sera « This the girl ; une histoire de Patti Smith ». Ce sont des poèmes d’elle, mis en musique. Je joue aussi avec un quintet et je prépare un spectacle autour des musiques de la Nouvelle-Orléans. Bref, mon univers est très vaste. Enfin, nous sommes ravies - avec Perrine Mansuy - de participer au festival Blues & Polar, le 24 août à Manosque. »

Propos recueillis par J.-P.T

 L’INTERVIEW POLAR DE PATRICK F.CAVENAIR

Les 3 questions à Patrick Cavenair. Auteur cultivant le mystère sur son identité véritable, son dernier roman « Les Démons de L’Elysée » évoquant les frasques, les turpitudes, les drames et les mystères du Palais depuis des lustres, lui a valu d’être invité à Blues & Polar. Avec lui, la fiction dépasse parfois la réalité…. Il sera parmi nous le 24 août à Manosque.
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1. À l’image de la démission de François de Rugy ministre de l’Ecologie, à la suite de dépenses jugées fastueuses, la politique française et son histoire parfois scabreuse – aux antipodes des idées affichées à l’Assemblée nationale – semble être votre terrain de jeu préféré pour écrire. Est-ce vrai et pourquoi ?

« Le thème de mes romans se situe au centre de gravité du pouvoir. Lorsque l’homme est si haut, il peine à conserver son équilibre entre le bien et le mal. C’est l’un des sujets des Démons de l’Élysée, c’est un thème universel et, de fait, mon roman est apolitique. J’ouvre l’intrigue par un meurtre dans le lieu le plus protégé de France, là où le crime est impossible. Dans mon roman, j’y ajoute les dérives sexuelles réelles ou fictives au sommet de l’État. Cependant, reconnaissons-le, le traitement médiatique des affaires actuelles du ministre de Rugy est intéressant et rejoint les intrigues des Démons de l’Élysée. On peut comparer l’éclat médiatique actuel avec celui vécu par plusieurs hommes politiques de la Ve République. Ce que j’évoque dans mon thriller, à la manière d’analepses, un joli mot pour désigner les flash-back. Aujourd’hui, l’explosion d’une grenade journalistique – tel que l’article de Mediapart – a un effet de souffle bien plus puissant qu’au siècle dernier, en raison du relais instantané des réseaux sociaux. Je me souviens d’un entretien avec un ancien directeur de TF1 passé chez Facebook qui démontrait la force de son audience numérique, très supérieure à celle d’une chaîne de télévision traditionnelle !
Mais dans le cas présent de ce ministre, il faut ajouter des courants d’air artificiels générés par des officines spécialisées dans "l’astroturfing" [NDLR : manipulation des réseaux sociaux par des troll et des bots] au service d’entreprises dont les intérêts entrent en collision avec la politique et les déclarations du ministre devant le parlement. L’enquête est en cours, j’imagine qu’on a pas fini d’en entendre parler ! C’est aussi une des dimensions du pouvoir : cacher ou dévoiler, sujet que j’évoque dans l’incipit de mon roman en m’inspirant de l’affaire de Grossouvre dont certains échos confidentiels me sont parvenus. »

2 – Dans votre roman Les Démons de L’Élysée paru en mai, on oscille entre polar de fiction et réalité puisqu’il y a même référence aux manifestations des « Gilets jaunes », à Emmanuel Macron et son épouse. C’est assez rare qu’une fiction soit aussi proche de la réalité… Vous n’avez pas eu de souci avec L’Élysée ?

« J’ai toujours emmené mon lecteur dans des situations improbables et réalistes ; l’oxymore me plaît ! Pour moi, la fiction grandit sur le terreau de la réalité. Et parfois, je vais si loin que la réalité dépasse l’imaginaire. Plusieurs lecteurs viennent me voir ou m’écrivent pour me demander de révéler la part du vrai et du faux. Ce roman a une curieuse histoire. J’ai commencé son écriture il y a sept ans à la fin du mandat de Sarkozy. Ensuite, sous Hollande, je me suis rendu à plusieurs reprises à l’Élysée.
Fin décembre 2013, je terminais un chapitre crucial de mon polar qui évoque le moyen utilisé par Napoléon III pour rendre secrètement visite à l’une de ses maîtresses. J’envoie un e-mail au Château pour solliciter un nouveau rendez-vous avec l’un de mes contacts, après la découverte d’un indice extrêmement curieux observé sur un ancien plan du Château dessiné par l’architecte Lacroix.
Dans ce mail, j’évoque le lieu où habitait la maîtresse de Louis-Napoléon : la rue du Cirque, information publique attestée par les historiens.
Quelques heures plus tard, les conseillers de l’Élysée apprennent la publication pour le 10 janvier 2014 de photos indiscrètes du Président Hollande sur son scooter se rendant dans cette même rue du Cirque.
Panique à bord. Les portes se referment très silencieusement. L’accès au saint des saints m’est interdit ! Les éditeurs déclinent la publication. Ramsay relève le défi, à condition que je « macronise » le récit, ce qui a nécessité la réécriture de nombreuses scènes et dialogues car Hollande et Macron ne réagissent et ne s’expriment pas du tout de la même façon. »

3 – Vous nous faites pénétrer à l’intérieur du Palais de L’Élysée avec de grandes précisions, et dans des lieux plutôt secrets voire Top Défense. Ce sont des lieux que vous connaissez bien ?

« Une jeune conseillère, dont je tairais le nom, m’a emmené visiter les sous-sols du Château. Je me suis effectivement rendu dans des lieux méconnus du palais, y compris de ceux qui y travaillent.
Je me souviens qu’un jour, cette jeune femme m’a dit : « l’accès à cet endroit est interdit aux journalistes ». Vous comprenez donc pourquoi je tiens tant à mon statut de romancier !
J’ai aussi eu beaucoup de plaisir à échanger avec le personnel de l’Élysée, souvent des gens d’un immense dévouement et tous passionnés. Tenez, par exemple, j’ai eu une conversation passionnante avec Bernard Vaussion, un homme qui était aux fourneaux du palais, de Georges Pompidou à François Hollande !
Je dois avouer l’avoir tout particulièrement déstabilisé le jour où je lui ai demandé quelle recette permettrait d’empoisonner le Président.
Pierre Favier m’a été aussi de précieux conseil. Cet ancien journaliste de l’AFP a passé quatorze années auprès de Mitterrand à l’Élysée. Il m’a fait part, minutes par minutes, de la découverte du corps du conseiller de Grossouvre en 1994. Ça m’a beaucoup inspiré. C’est en partant de ce fait – cacher ou révéler la dépouille – que j’ai construit une intrigue sur le principe des poupées russes. »

**** La Question + : Patrick F. Cavenair, c’est un pseudo, indique votre éditeur…. Pourquoi ce mystère ? Qui êtes-vous vraiment ? Journaliste, conseiller…
« J’ai exercé plusieurs métiers, et j’ai côtoyé certaines personnalités haut placées, c’est vrai ; c’est mon histoire personnelle. Vladimir Volkoff (*) a eu un parcours similaire. J’ai toujours préféré exercer une influence durable plutôt qu’un pouvoir précaire. Le pseudo n’est pas un masque, au contraire, c’est un révélateur : grâce à mon nom de plume, j’ai une plus grande liberté. Je suis romancier, j’invente donc des personnages inscrits dans le réel, et parce que je les ai inventé, on ne pourra jamais prétendre qu’ils travestissent ou dévoilent la réalité. »

Propos recueillis par J.-P.T

* Arrière-petit neveu de Tchaïkowsky, Vladimir Volkoff - décédé en 2005 à l’âge de 72 ans – a été officier de Renseignements pendant la Guerre d’Algérie, et s’est révélé au grand public comme écrivain en 1979 avec un roman d’espionnage : « Le Retournement ». Farouchement anti-communiste (sa famille avait fui la Russie lors de la Révolution de 1917), il a reçu le Grand Prix Jean Giono en 1995 pour l’ensemble de son œuvre. Il est l’auteur de nombreux romans, essais, pièces de théâtre et biographie. « Le Montage » paru en 1982 lui a valu le Prix du Roman de l’Académie française.


 * L’INTERVIEW BLUES DE GAELLE BUSWEL

BLUES & POLAR. 1- Qu’est-ce que le blues représente pour toi et comment es-tu arrivée dans cette musique ?
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GAELLE BUSWEL : « Je trouve que c’est incontestablement la base musicale et les racines de toute la musique moderne que l’on connaît. Mon style personnel, c’est une base de blues teintée de folk et de rock. Tu sais, mes parents écoutaient du blues, et toutes ces musiques rock des années Woodstock. Mon père était un fan de tous les groupes rock anglais des années 70. Et moi, je me suis intéressée à cette musique parce qu’elle suscite des émotions, qu’elle prend aux tripes, et ça m’a amené vers ce que je fais actuellement. Mais mon papa musical virtuel, c’est le guitariste à la voix de fauve qu’est Neal Black (venu deux fois à Blues & Polar !!) cet Américain amoureux de la France qui vit aujourd’hui dans le Sud-Ouest. On s’est rencontrés en 2010 et il m’a aidée à lancer mon premier album. Il m’a fait découvrir des processus de musique, et un état d’esprit blues. Bref, il m’a indiqué la vie ! »

BLUES & POLAR.2 – De plus en plus de filles chantent le blues (Ana Popovic, Nina Attal, Sheryl Crow, toi…) et jouent de la guitare comme les mecs des Seventies (Alvin Lee, Jimmy Page….) ; pareil pour Rachel Plas à l’harmonica. Le public est très nombreux à vous suivre, vous accompagne même dans les financements participatifs d’albums ; et pourtant, on n’entend quasiment jamais cette musique dans la journée sur les radios ou les grandes chaines de télévision. Pourquoi, à ton avis ?

GAELLE BUSWEL : « Sheryl Crow est plus américana que blues et surtout plus médiatique hors musique car elle a été la compagne du cycliste américain déchu de ses titres pour dopage Lance Amstrong. Mais ailleurs dans le monde, le blues-rock passe sur les radios. Cependant, ici il faut être curieux pour découvrir la scène française blues qui est pourtant nombreuse et de qualité. Et c’est dommage pour la France ! Alors qu’il y a la place pour, et que les gens battent du pied dès qu’ils entendent les premiers accords d’un boogie…C’est à nous de se battre pour faire découvrir ce qu’on veut défendre musicalement. Néanmoins, il y a plein de petites radios associatives, des blogueurs passionnés et aussi des festivals qui se battent pour ça. »

BLUES & POLAR. 3 - Jouer deux dates avec ZZ Top en juillet sur la même scène, dont le 8 juillet à Nancy, c’est le pied intégral, Gaëlle ?
GAELLE BUSWEL : « Mon père et ma mère en sont des vrais fans et d’ailleurs sans rien savoir de ce que serait notre futur pour le groupe, on leur a offert pour Noël dernier, des billets pour le concert de ZZ Top aux arènes de Nîmes. C’est un groupe légendaire pour moi. Alors, jouer en première partie… Bien évidemment, on ne se connaissait pas ; mais c’est le tourneur de Gérard Drouot productions qui nous a proposé pour assurer la première partie de ZZ Top. On le remercie encore car c’est une belle reconnaissance et une sacrée récompense. Là, on touche les étoiles. Mais c’est aussi super pour tous nos fans qui se sont impliqués financièrement pour nos albums. Nous sommes sous un label indépendant et cela nous permet de garder nos valeurs musicales. Et ça, on y tient ! »

LA QUESTION 3 +. Lis-tu des polars ?
GAELLE BUSWEL : « Je n’en lis pas assez à mon goût. En ce moment, je lis des biographies notamment « Girls rock » qui est une encyclopédie de toutes les femmes de la scène rock, et la bio de Tina Turner qui vient tout juste de sortir. »

Propos recueillis par J.-P.T

 L’INTERVIEW POLAR DE RENÉ FRÉGNI

BLUES & POLAR. 1- « Dernier arrêt avant l’automne » c’est le titre de ton dernier roman qui vient de paraître chez Gallimard. Est-ce toi qui l’a choisi, et s’agit-il d’un vrai retour au polar ?
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RENÉ FREGNI : « C’est un vrai roman noir, et j’en ai choisi moi-même le titre. Et j’aime ce titre, car l’arrêt c’est un lieu où l’on descend comme d’un train ou d’un bus, et l’automne, c’est un temps. Ça pose les bases d’une histoire… Mais là justement, j’ai eu une panne littéraire d’un an. Et mon copain libraire à Riez me poussait souvent sur mon prochain projet. Alors je bluffais. Ça va venir que je lui disais à chaque fois. T’inquiètes.. Et puis un jour, il m’a proposé un truc un peu bizarre sous la forme d’un gardiennage dans un monastère de la région. J’ai accepté par curiosité, et donc je suis allé vivre un peu de temps dans ce lieu pour me pénétrer de l’atmosphère. Mais l’écriture et l’inspiration quand ça ne veut pas, ça veut pas ! Cependant, un soir, en me baladant dans le petit cimetière des moines abritant six croix, j’ai aperçu une chaussure d’homme au milieu des tombes et j’ai imaginé une jambe, puis un cadavre, là sous terre. Et je me suis remis à l’écriture grâce à ça ! Et mon enquête – car je joue l’enquêteur – débute. Car quand la gendarmerie vient sur place, à la suite de mon appel, il n’y a plus rien dans le trou ! Alors, j’enquête sous les traits d’un personnage fictif. Je suis des pistes jusqu’à arriver à une fin étonnante.
Mais, c’est l’écriture qui compte pour moi. Plus que le mystère. Je suis sorti du Polar car il faut beaucoup d’action, de meurtres violents, de séquestrations, de tortures.. ce qui se passe d’ailleurs vraiment dans la réalité d’aujourd’hui, mais depuis plusieurs années, j’ai bifurqué vers la poésie de la nature, de la vie, tout simplement parce qu’on est dans une région unique en Haute-Provence. Je suis comme Giono, je pense que Dieu est partout et nulle part. Ici, j’aime la vie et je ne m’ennuie jamais. C’est ça ma vraie richesse ! Chez moi, devant les chênes, les abricotiers, les fraisiers, les tomates, les oliviers, et la colline je suis un prince ! »

BLUES & POLAR. 2- Notre ami commun Philippe Carrese, parrain de Blues & Polar comme toi et Franz-Olivier Giesbert, est mort brutalement. Nous sommes tous anéantis. Qu’est-ce que le Sud perd avec sa disparition ?

RENÉ FREGNI : « Pour moi, c’était le Boris Vian du Sud. C’était un grand talent multiple qui écrivait, dessinait, composait des musiques, jouait du piano et de la guitare ; réalisait de films et le feuilleton « Plus Belle la vie « sur France 3. C’était un homme simple et modeste, et très fin. Il était très intelligent et son pamphlet sur Marseille il y a quelques années avait interpellé beaucoup de gens parce qu’il parlait très crûment de certains problèmes de société dans cette ville. Et il avait raison. Aux Beaumettes, ils sont 2000 en prison, Noailles s’effondre... Philippe avait vu tout ça. Son film Cassos que tu as projeté à Blues & Polar au Lido en avant-première est un grand film, et le cinéma est passé à côté, tout simplement parce qu’il est marseillais, pas parisien. Ça tient de Buffet froid de Bernard Blier avec Depardieu. C’est vraiment une très grande perte, car depuis Jean-Claude Izzo en 2000, c’est le premier des écrivains marseillais à partir. »

BLUES & POLAR. 3- Quand je te dis le blues, tu penses à quoi instinctivement ? A bien plus qu’une simple musique ?
RENÉ FREGNI : « Depuis longtemps, le blues pour moi, c’est la musique et la mélancolie. Mais la mélancolie, c’est bien plus riche que la tristesse. Il s’agit d’un état poétique pas du tout sombre. Ce n’est pas un état féroce et on peut s’y complaire car c’est assez doux. « 

LE SCOOP :
Richard Galliano, l’accordéoniste jazz, a conçu et terminé son oratorio à partir de mon roman « Les Chemins noirs » et les représentations vont débuter en janvier 2020. Sur scène, il sera entouré de 50 musiciens et 50 choristes et la première aura lieu au grand auditorium de Paris sur l’Ile Seguin où étaient les usines Renault. Une tournée suivra en France via Nice, Toulouse… puis à Liège, Istanbul… C’est incroyable !

Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier

  RENAT SETTE CHANTEUR OCCITAN

1. BLUES & POLAR : Renat, comment peut-on qualifier ton répertoire ? Chants traditionnels, Folk, liturgique, chrétien… voire une forme de Blues ?
RENAT SETTE : « J’ai moi-même du mal à le définir, car mon répertoire réunit très largement beaucoup de variétés. Néanmoins, l’essence de ce répertoire est par nature traditionnel, avec notamment du collectage de chants anciens issus de l’oralité. Et le cœur de ces collectes c’est la Provence, l’Occitanie et tout le pourtour de la Méditerranée. Cependant, j’ai rencontré des Piémontais et des Sardes qui ont revisité ces chants anciens avec un guitariste folk et un trompettiste jazz. Et ça donne un super résultat ! J’ai aussi rencontré des Bretons avec qui j’ai chanté sur le CD Amada. Il y avait avec nous le grand Yann Fanch Quemener qui est décédé au mois de mars. C’était une grande Voix de Bretagne. Il avait pour l’occasion réuni des Bretons et des Occitans. C’était super car on est entré de plain-pied dans la modernité, et on a d’ailleurs reçu le Prix de l’Académie Charles-Gros pour ce disque. Mais dans la diversité, j’ai aussi travaillé avec le guitariste blues Jean-Paul Avellaneda avec qui on a enregistré dans l’église de Moustiers-Sainte-Marie un CD qui mêle plein de styles, et on peut l’apparenter à du Blues, car ce sont aussi des chants du peuple, de travail, des conditions de vie et de revendications. Maintenant - autre aspect de mon répertoire – je compose moi-même des musiques sur certains poèmes contemporains écrits par l’historien foralquierein Jean-Yves Royer qui écrit en français et en occitan. Bref, mon répertoire n’est plus dans la couleur du passé. »

2. BLUES & POLAR : Quand je t’ai connu, tu restaurais des calades, ces vieux chemins de pierre au cœur des villages du Pays de Forcalquier. Tu animais même des chantiers en transmettant ton savoir auprès des jeunes Pourquoi, et comment t’es-tu orienté vers cette voie bien particulière du chant a capella pour lequel tu es très sollicité jusque dans le monde entier ?

RENAT SETTE : « J’ai commencé véritablement en amateur à 100 % au moment où j’étais maçon. Je suis alors entré dans la chorale de Dauphin. J’aimais bien, mais moi à l’époque j’étais plus attiré par la musique folk-rock, type Bob Dylan, Crosby, Stills, Nash & Young, Joni Mitchell, Joan Baez, América… Néanmoins, ce qui m’intéressait vraiment c’est de pouvoir arriver à chanter ma culture, car je suis originaire du pays niçois. Alors, j’ai pris des cours avec une professeure de chant bulgare qui m’a dit très rapidement « Vous avez un Stradivarius dans la voix ! » . Ça m’a plutôt impressionné, mais avec Patrick Vaillant, la famille Chemirani, Jean-Yves Royer…. je suis rentré très vite dans le bain professionnel des folklores du monde. Et depuis je suis estampillé « a capella solo trad ». Maintenant, je vis de ma musique et c’est vraiment formidable. »

3. BLUES & POLAR : Aujourd’hui, alors que ta carrière est dans le chant, quel est ton plus beau souvenir de concert ?

RENAT SETTE : « Tu sais, je me nourris de toutes les musiques que je chante et j’ai de surcroît la chance de jouer avec des musiciens et des publics très différents. J’ai chanté en Provence au départ, mais je suis allé chanter au Sénégal, au Portugal, en Espagne, au Yémen, dans les Pays de l’Est… et parfois devant des milliers de personnes. Néanmoins, pour l’émotion ce n’est pas forcément la grande scène qui te le donne. Je me souviens d’un soir à Aix-en-Provence où l’on était avec les anciens de Volx, Forcalquier, Villeneuve, Lardiers… auprès de qui on avait collecté des chants de travail anciens avec Jean-Yves Royer. Et il y avait les Bizot, une vieille famille qui nous a permis de conserver en mémoire et d’enregistrer de nombreux chants qui allaient disparaître. Ce qui m’a plu ce soir-là, c’et la confiance qu’avaient toutes ces personnes. Beaucoup sont décédées maintenant ; c’est vraiment un grand souvenir pour moi. Et puis, il y a aussi les fois où j’ai chanté avec Yann Fanch Quemener à Correns (Var) pour l’enregistrement du CD Amada dans ce fameux studio où les grands du rock sont venus, puis sur scène en Bretagne dans plusieurs festnoz. »

Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier

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L’INTERVIEW POLAR

 INGRID ASTIER

BLUES & POLAR : Pourquoi avoir choisir la Polynésie comme décor de ton nouveau roman « La Vague » ?
INGRID ASTIER : « La Polynésie est un lieu étrange. La beauté y est telle, qu’elle semble ordonner au temps de s’arrêter. Paradisiaques, ses paysages le sont, c’est vrai. Mais ce paradis vert et bleu a fait écran aux drames qui peuvent y régner. La carte postale a muselé la souffrance. C’est comme si sur son cri, on avait plaqué un cocotier ensoleillé. Un écrivain de Huahine, Chantal Spitz, dénonce avec verve la « litanie colonialement correcte » qui a enfermé la Polynésie dans le mythe du bon sauvage… JPEG
J’ai eu la chance d’être invitée à Tahiti en 2010, puis en 2015, pour Lire en Polynésie. Et dès 2010, grâce au livre Teahupo’o, la vague mythique de Tahiti [1] du photographe de sports extrêmes Tim McKenna, je suis tombée amoureuse d’une vague. La plus belle vague du monde ! La plus dangereuse aussi ! Cette dualité respectait l’écartèlement de la Polynésie et mon désir de scruter le scandale du mal. Cette vague est l’héroïne parfaite. Non une belle plante de salon, mais une plante carnivore. Par son élan sans frein de plusieurs milliers de kilomètres depuis l’Antarctique, elle est d’une puissance sans égale. J’aime l’image de cette vague qui défie la distance et les hommes.
« LA VAGUE, ELLE, INVITE A LA PROFONDEUR »
En 2018, j’ai organisé un séjour d’écriture de deux mois pour vivre au cœur de la vague de Teahupo’o et croiser ceux qui lui donnent ses lettres de noblesse, surfeurs et pêcheurs, mais également les Polynésiens qui gardent en mémoire les légendes de la presqu’île et cultivent les vallées. J’étais en quête d’authenticité. Sûrement pour fuir ce délire égotiste qui pollue notre société et fait de nous des femmes et des hommes-surfaces. La vague, elle, invite à la profondeur. »

* Ingrid Astier (à droite) Coup de cœur Blues & Polar 2010 et Chloé Mehdi Coup de cœur 2017.

2. - BLUES & POLAR : Ton écriture évoluait jusqu’alors en milieu urbain (la Seine, les buildings), il t’a fallu trouver de nouveaux mots… ou pas ?
INGRID ASTIER : « Pour chaque roman, il faut trouver une langue. Pour Quai des enfers, j’avais baigné dans la langue des policiers de la Brigade fluviale et de la Crime. Mais ce roman était déjà marqué par l’amour de l’eau. Avec La Vague, je suis passée du fleuve au lagon, et à l’océan. Angle mort est marqué par une langue périphérique — celle des banlieues (Aubervilliers…) et de la criminalité. Haute Voltige (Paris depuis les toits) reste marqué par la rencontre avec des Serbes et des volontaires de guerre.
« LE ROMAN S’OUVRE SUR LE VIOL D’UNE VAGUE, D’UNE CULTURE »
Pour La Vague, j’ai dû me glisser dans la langue des surfeurs. Ils ont des expressions d’une incroyable vitalité. Peut-être parce que, comme des policiers de l’antigang, à l’instant T, ils ne mentent pas. Qu’il s’agisse d’un forcené à maîtriser ou d’une vague titanesque à dompter, chacun se réfugie dans la puissance de la langue pour se donner du courage et braver la peur. Dans La Vague, j’ai également intégré des mots en tahitien car j’ai longuement réfléchi à l’intégration de la différence et de l’ailleurs. Ces mots sont des atolls de résistance. Des hommages aussi pour ne pas absorber complètement leur langue, le reo tahiti, longtemps interdite par la politique d’assimilation de la colonisation. Quant aux anglicismes du surf, ils montrent la porosité avec la culture américaine. Le roman s’ouvre sur un viol. Le viol d’une vague.Le viol d’une culture. »

3. - BLUES & POLAR : Quelle musique écoutes-tu en ce moment ?
INGRID ASTIER : « Présentement, la chanson Again du groupe britannique Archive qu’un lecteur, Cyril Bordeau, m’a conseillé. J’aime écouter les chansons que je ne connais pas en boucle pour mieux les pénétrer. Sinon, j’adore Darkside, la formation de Nicolas Jaar (un musicien américano-chilien) avec un guitariste d’exception, Dave Harrington. Comme mes romans, Darkside fait converser les genres. Et pour finir, la saison 3 de Newvelle Records [2], des amoureux fous de jazz qui ont sorti des vinyles d’une qualité rare qui combinent musique, photographie et littérature inédites. Pour leur saison 3, j’ai écrit Le Voyage de Zim — un tour du globe qui montre que le plus grand voyage est au fin fond de soi. »

Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier

[1] Teahupo’o, la vague mythique de Tahiti, de Tim McKenna et Guillaume Dufau, Éditions Au Vent des îles, 2007.

[2 ]https://www.newvelle-records.com/


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 RODOLPHE OPPENHEIMER

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- Rodolphe Oppenheimer accompagne les personnes qui traversent des difficultés à des moments cruciaux de leur vie, générant ainsi les fameux coups de blues, mais aussi – et c’est bien plus grave – la dépression !
Le célibat, le couple, les enfants, l’éducation reçue, la sexualité, les relations parents-enfants, la famille… sont donc autant de causes de joie, mais aussi de souffrances qu’il entend dans son cabinet auprès de ses patients. Peurs, phobies, angoisses, sont au cœur de ses préoccupations, et ses ouvrages récents comme « Une Vie heureuse et réussie, Mode d’emploi » en attestent.

Dans cette optique, Rodolphe Oppenheimer, petit-fils de l’ancien président du Conseil Edgar Faure, initiateur du Nouveau Contrat social dans les années 70 avec Lucien Neuwirth - que j’ai eu le plaisir de rencontrer et photographier à plusieurs reprises pour Télé Magazine à l’époque - fumeur de pipe invétéré, mélomane et compositeur de nombreuses chansons françaises, a gardé de l’esprit de son grand-père, un goût pour la musique, et notamment le blues.
Et bien au-delà de ce que j’aurais pu imaginer en lui proposant d’être notre invité Blues du mois (par simple analogie) pour notre interview « 3 Questions à … »

1- BLUES & POLAR : Pour un psychanalyste, un patient qui vient en consultation et vous dit qu’il a le blues, qu’est-ce que cela vous inspire ?
RODOLPHE OPPENHEIMER : « Je dirais que le blues est un état de mal-être sans être pour autant dépressif. Mais ce n’est pas non plus de la mélancolie… En fait, c’est un moment de grisaille dans la vie, un épisode comme un nuage gris qui passe. On est mal, triste et passéiste très souvent. C’est plutôt l’âme qui va mal. Ça se dépasse par plusieurs techniques. Soit en consultant des spécialistes via des thérapies comportementales et cognitives ; et si on ne veut pas consulter, on peut aussi lire mon dernier livre « Une vie heureuse et réussie ; Mode d’emploi ». Mais un coup de blues ça peut passer tout seul, aussi facilement que c’est venu. C’est ce qu’on appelait avant « Middle âge crises » ou la « Crise de la quarantaine ».
« Le blues est un état de mal-être, sans être pour autant dépressif. Ce n’est pas non plus de la mélancolie mais on est triste, et passéiste très souvent. C’est plutôt l’âme qui va mal. »
Néanmoins, il faut être vigilant et ne pas faire n’importe quoi, car même si on essaie de se soigner par les plantes, certaines comme le Millepertuis peuvent faire des ravages. Le premier principe, c’est de se changer l’esprit, de faire du sport, s’oxygéner, et ne pas trop picoler… »

2- BLUES & POLAR : Musicalement parlant, est-ce que le Blues vous parle et vous inspire ?
RODOLPHE OPPENHEIMER : « C’est la musique que je mets dans mon cabinet après chaque consultation. D’ailleurs j’ai une play-list assez large qui part du blues des années 30 en Amérique, notamment Billie Holiday que j’adore. Mais je suis de ceux qui considèrent que la Musique créative s’est arrêtée dans les années 70. Je suis fan de John Lee Hooker, Willie Dixon… Je trouve qu’avec le blues, on s’échappe. Mais à part des gens atypiques comme vous et moi, Jean-Pierre, on a de la merde à la radio. On n’entend jamais de blues, ou parfois à petite dose sur France Inter.
« Young Boy Blues des Honeydrippers (Jeff Beck, Robert Plant, Jimmy Page) a changé ma vie ! »
Mais la musique que j’aime, c’est le Do woop, des années 50 cher à Bobby Vee, Dion, Roy Orbison. D’ailleurs, un jour, adolescent, en 1984, j’ai entendu « Young Boys Blues », un morceau qui a carrément changé ma vie. C’était un titre d’un groupe inconnu : les Honeydrippers. En fait, il s’agissait de quelques amis qui se sont retrouvés pour un double album : Jeff Beck, Jimmy page et Robert Plant. Excusez du peu ! C’était juste après Led Zeppelin…
JPEG Dès le lendemain, j’ai pris le patronyme de Bad Boy Blues et j’ai enregistré peu après un album qui s’appelait J’ai mal d’aimer en retranscrivant instrument par instrument, le fameux titre Young boy blues qui était déjà une reprise de Ben E. King. Puis plus tard, un 2e album de dix titres baptisé Roop . Mon idée, c’est de faire comme mon grand-père Edgar Faure, qui en dehors de son importante carrière politique a été un compositeur de chansons ayant écrit pour Serge Reggiani et Jean-Claude Pascal, notamment. D’ailleurs, je compose des musiques et chansons depuis l’âge de 13 ans. »

3- BLUES & POLAR : Pourquoi écrivez-vous des livres ; pour démocratiser votre profession ?
RODOLPHE OPPENHEIMER : « Oui, pour donner accès – à un coût minime – à des personnes qui ne peuvent pas se payer des consultations de thérapeutes. Car il suffit parfois de 2-3 trucs pour faire passer un simple coup de blues ; mais pas une dépression ! Néanmoins, écrire c’est la liberté et beaucoup de plaisir. J’ai écrit un livre sur mon grand-père ainsi que « Sans totem, ni tabou » chez Ramsey. »

Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier

L’INTERVIEW POLAR

  VALERIE ALLAM

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- On ne la connaissait pas dans l’univers plutôt riche et fourni du Polar. Mais Jean-Louis Nogaro fondateur des éditions du Caïman à Saint-Etienne, déjà venu participer au festival Blues & Polar à Manosque, a le chic pour dénicher des auteurs qui se lancent dans cet univers où l’on trouve néanmoins un peu de tout, et où l’on finit – comme nous après quinze années de festival – par tourner en rond entre enquêtes de commissaires X, Y et Z, et des violences de plus en plus sordides, qui sont néanmoins le reflet de notre société. Valérie Allam pour son coup d’essai semble avoir trouvé une voie qui a séduit un public, avide d’autre chose. Peut-être de plus vrai tout simplement, même s’il lui a fallu pour cela tremper sa plume dans le roman noir, voire très noir ! Un début très prometteur qui prouve que de plus en plus les femmes trouvent leur place dans le polar.

1. BLUES & POLAR : Vous venez de recevoir le Prix Dora Suarez pour votre remier roman noir « Quatre morts et un papillon » paru aux éditions du Caïman. Coup d’essai, coup de maître ! Qu’avez-vous ressenti en l’apprenant ?
VALÉRIE ALLAM : « Le parcours d’un auteur est jalonné d’obstacles : l’écriture d’abord, qui est un travail solitaire pour lequel on n’a aucune garantie de débouché (notamment dans mon cas, puisqu’il s’agissait d’un premier roman), la recherche d’un éditeur, puis l’accueil des lecteurs. Chaque obstacle surmonté est une réussite en elle-même.
Mais la plus belle évidemment reste le retour des lecteurs. C’est ce que symbolise pour moi le prix Dora Suarez du premier roman : je suis lue et ma petite histoire est parvenue à toucher ses lecteurs. J’ai donc ressenti une grande joie et beaucoup de reconnaissance.
Mais ce qui a dominé avant tout, c’est la surprise ! Parce que je suis toujours pleine de doutes, j’ai eu du mal à y croire. Encore maintenant, la surprise demeure à chaque retour de lecture. Mais je les aime bien mes doutes. Ils me permettent d’avancer, d’essayer de progresser ».

« Je les aime bien mes doutes. Ils me permettent d’avancer, d’essayer de progresser »

2- BLUES & POLAR : Vous êtes passée de la littérature jeunesse à un autre monde ; celui du polar et du roman noir qui parle de notre société peut-être mieux que certains grands ouvrages de sociologie…. Pourquoi ce changement ?

VALÉRIE ALLAM : « En réalité, c’est l’inverse qui s’est produit. J’écrivais des nouvelles noires et René Turc, qui dirigeait les éditions Grandir à l’époque (il a pris sa retraite depuis), m’a demandé d’adapter un de mes textes pour la jeunesse. J’étais un peu sceptique sur le moment parce que je n’avais jamais écrit pour les enfants. Mais j’ai décidé de lui faire confiance et l’album Saudade di mar est sorti en 2012.
Je n’ai jamais cessé d’écrire pour les adultes et souvent du noir, voire exclusivement. Certaines de mes nouvelles sont publiées au format numérique par Ska Editeur (et je continue d’ailleurs à publier régulièrement chez eux sous le pseudonyme Louisa Kern), d’autres l’ont été dans des recueils collectifs (chez Luce Wilquin, Le Castor Astral, etc). Et aujourd’hui, il y a ce roman, Quatre morts et un papillon, aux éditions du Caïman ».

3- BLUES & POLAR : Pourquoi écrivez-vous Valérie ? Par besoin, par nécessité, pour le plaisir… ? Et (question subsidiaire !) que représente le blues pour vous ?
VALÉRIE ALLAM : « Je suis persuadée que ma vie serait plus simple sans l’écriture, parce que je n’aurais pas à courir après le temps par exemple. Mais j’écris depuis l’enfance, difficile donc de se réinventer. Davantage qu’un besoin ou une nécessité, il s’agit plutôt d’une relation réciproque au bien-être, au sens quasi-mathématique du terme : écrire fait partie des ingrédients qui contribuent à me rendre heureuse et réciproquement quand j’écris c’est parce que je me sens bien. C’est l’un et l’autre à la fois. Une relation réciproque donc, suffisante à référentiel constant, mais probablement pas nécessaire. Il y a tant de recettes différentes !
« Ecrire fait partie des ingrédients qui contribuent à me rendre heureuse »
Quant au plaisir dans l’écriture, je le ressens, oui, une forme de jubilation aussi. C’est ma part d’aventure à moi. Une façon de vivre plus, à l’intérieur. Et c’est très addictif. »

Le blues ?... « Le blues me renvoie immanquablement à Billie Holiday que j’écoute depuis l’adolescence. J’ai passé tant d’heures avec elle que je connais par cœur le moindre crépitement de ses vieux enregistrements. Elle me transporte dans un autre temps. Cette femme a connu une vie terrible. On souligne souvent le réalisme très noir de « Quatre morts et un papillon », mais il existe bien pire, et parfois aucune poésie pour l’adoucir… au moins pour Billie Holiday, y a-t-il eu la musique.
Je me souviens de ce que Sagan a écrit d’elle : « Elle se tenait au piano comme à un bastingage par une mer démontée. Les gens qui étaient là l’applaudirent fréquemment, ce qui lui fit jeter vers eux un regard à la fois ironique et apitoyé, un regard féroce en fait à son propre égard.
« Billie Holiday, en l’écoutant je pense à elle, et c’est moi qui m’agrippe au bastingage, sur sa mer démontée, d’un bleu qui vire au noir »
Cette férocité envers elle-même me bouleverse. C’est la lucidité devant le naufrage et le vertige d’un autre possible qui lui a échappé. En l’écoutant je pense à elle et c’est moi qui m’agrippe au bastingage, sur sa mer démontée, d’un bleu qui vire au noir. Je chavire à chaque fois. »

Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier

L’INTERVIEW BLUES

 ALAIN LEADFOOT RIVET

1. BLUES & POLAR. Tu viens de participer, via trois titres (Long grey mare, Rolling man et Watch out) à un Hommage à Peter Green imaginé par le guitariste Fred Chapellier, qu’on connaît comme le guitariste attitré de Dutronc mais aussi des Vieilles Canailles (Johnny Hallyday, Eddy Mitchel et Jacques Dutronc). Parle-moi de ce CD, de Fred Chapellier… et de Peter Green.
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ALAIN LEADFOOT RIVET : « Fred Chapellier, je le connais depuis longtemps. En fait, on est né le même jour… mais à 20 ans d’écart ! Et c’est lui, le plus jeune ! Au départ c’est un batteur qui est passé un jour à la guitare, avec réussite. On s’est rencontrés au Cahors Blues, très beau festival de blues dans le Lot, où il jouait avec son groupe pour le repas des VIP. J’y étais avec le bluesman Duke Robillard, et j’ai vraiment apprécié son jeu de guitare.
On a fait connaissance et je l’ai mis en contact avec Neal Black (venu deux fois à Blues & Polar). Car j’avais monté avec ce dernier et Pat Boudot-Lamot, une formation appelée les Drinkhouse preachers. Et parfois, Fred Chapellier s’est joint à nous.
En 2009, quand il a créé un studio d’enregistrement à Chalon-en-Champagne, je suis allé enregistrer mon album là-bas, car j’habite une bonne partie de l’année dans l’Est.
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« PETER GREEN ÉTAIT LE SEUL GUITARISTE A FILER LE FRISSON A BB KING ! »
Pour ce qui est de Peter Green (que j’ai fait tourner) il faut rappeler aux plus jeunes qu’il a été – entre autres - le guitariste de John Mayall et qu’il a co-fondé le célèbre groupe Fleetwood Mac en 1967. C’était un prodigieux guitariste – le seul à donner le frisson à BB King !!! - mais dans les années 70, au cœur du succès et au cours d’une soirée acid à Munich, on lui a mis du LSD dans son verre… et son cerveau a littéralement explosé. Il a survécu, mais a disparu près de vingt ans. Rien ! Nada ! Cependant, dans les années 90, des musiciens qui l’aimaient profondément ont créé The Splinter group autour de lui et de ses morceaux. Il s’est donc remis à jouer jusque dans les années 2000. Mais il ne joue plus aujourd’hui. Fred Chapellier essaie donc de faire revivre sa musique au travers de ce CD, et il m’a proposé de participer à un enregistrement en live lors d’un concert au Club Manureva de Charleville-Mézières dans les Ardennes. J’étais avec Ahmed Mouici de Pow Wow fin février 2018, et je suis intervenu sur six titres.
Fred en a retenu trois, car le CD est un simple. Mais c’est aussi le dernier CD du label Dixiefrog que j’avais créé avec Philippe Langlois, car Philippe en a marre. Les CD ne se vendent plus aujourd’hui. Et tout le monde achète sa musique sur Internet. »

2. BLUES & POLAR. Le Blues, cela représente quoi pour toi ?

ALAIN LEADFOOT RIVET : « C’est un peu le bleu à l’âme, en fait. Mais la musique blues ça représente toutes les émotions humaines. Néanmoins, si la tristesse est souvent omniprésente, ce n’est pas que ça ; loin de là d’ailleurs ! On a du sexe et de la politique aussi, surtout dans les années 60 comme avec J-B Lenoir. Le Blues est une musique profane et païenne, alors que les Spirituals étaient sacrés. Et le Gospel – qui veut dire l’Evangile – a pris la suite en y mêlant le Rythm and Blues. Et ça a donné la Soul music !

« UN SOIR RÉUSSI D’OTIS RUSH, C’EST FRISSON ET ÉMOTION GARANTIS ! »

Je suis venu au Blues à la fin des années 50 quand mon cousin germain m’a fait écouter Ray Charles. Wooahh ! J’ai vraiment adoré cette voix, cette émotion, ce feeling…. Puis j’ai écouté Muddy Waters, puis de la Soul… Bref, j’ai eu plein de périodes car à cette époque d’après-guerre il y avait plein de styles qui naissaient via l’électrification des guitares. J’ai découvert le rock anglais avec les Turnips, puis j’ai créé le groupe Rocking Chair. On faisait un mélange de country, blues et rock. J’ai eu aussi une période chanson française avec les Murators et j’ai enregistré chez Vogue. Après, j’ai eu une culture jazz en bossant avec le responsable des achats Jazz chez Gibert Jeunes à Paris. Ca m’a bien plu, puis j’ai chanté dans Hair pendant deux ans (1969-1970) à Bruxelles. Ça tournait vachement bien, et je devais aller avec eux à Munich…
En fait, je me suis retrouvé animateur pendant trois saisons très débridées au Club Méditerranée en Algérie, puis à Marrakech et à Mooréa. C’était vraiment la grande époque du Club !
C’était aussi l’époque du Big Bazar de Michel Fugain et j’ai été engagé dans sa maison d’édition. C’est le moment où je suis devenu ami d’Alain Bashung et il a écrit deux titres pour moi qui sont sortis sous le nom d’Alain Ryvet. Voulzy m’a fait trois titres aussi. Ça a été un succès d’estime avant tout. Mais le Blues est revenu à la surface quand j’ai rencontré Patrick Verbeke. Là, j’ai enregistré 24 titres avec lui chez RCA, et on a monté Rockin’Chair qui a duré de 1979 à 1985.
On a vendu 100 000 simples et 50 000 albums, mais on n’a jamais rien touché car la maison de disques a fait faillite ! J’ai donc créé le label Dixiefrog avec Philippe Langlois en 1986, et on a enregistré de la country, du rock, mais du blues principalement. Cependant le Blues ne nourrit pas son homme. Peu en vivent professionnellement en France. C’est le revers du syndrome du guitar-hero. Car le Blues a toujours été considéré comme une niche et la musique libre sur Internet a tout fichu en l’air. Aujourd’hui, tout est gratuit et c’est complètement débile. En France on a Bill Deraime et Paul Personne qui tournent et vivent du Blues, après c’est basta ! Moi depuis que je suis devenu Leadfoot Rivet, ça marche mieux. Comme Nicole Croisille quand elle est devenue Tuesday Jackson pour « I’ll never leave you » qui a cartonné. Ce qui ne l’a pas empêchée de se faire plumer par son producteur, néanmoins…. »

3. BLUES & POLAR. La littérature, l’écriture et la poésie tiennent une part importante dans ta vie. Quelle est l’origine de ces trois passions ?
ALAIN LEADFOOT RIVET : « J’ai commencé à écrire des textes dans les années 70 avec Pierre Grosz (compositeur de Michel Jonasz et Polnareff) qui avait toujours un carnet et un crayon sur lui. Il m’a conseillé de faire pareil. Et j’ai suivi le conseil.

« LA POÉSIE, C’EST LE MEILLEUR MOYEN D’ EXPRESSION DES SENTIMENTS SANS AUCUNE LIMITE ! »
Récemment, quand j’ai pris ma retraite d’organisateur de tournées Blues, je me suis mis un peu plus à la poésie. J’en ressens le besoin car c’est le meilleur moyen d’expression des sentiments, sans aucune limite. Pour ce qui concerne la lecture des polars, les Scandinaves sont à la mode, et c’est vrai qu’ils sont bien ; mais je suis très conservateur dans le genre et j’aime par-dessus tout les vieux classiques. »

Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier

L’INTERVIEW POLAR

 PIERRE POUCHAIRET

Prix du Quai des Orfèvres 2017 avec "Mortels Trafics"

- Venu à deux reprises au festival Blues & Polar, Pierre Pouchairet était un auteur quasi-méconnu lorsque nous l’avons reçu la première fois à Manosque, pour ses deux romans « Une Terre pas si Sainte » et « La Filière afghane ». Des polars (malheureusement) prémonitoire à l’instar des attentats meurtriers qui se sont déroulés sur le sol français, via le massacre de la rédaction de Charlie-Hebdo, l’opération kamikaze ratée au Stade de France, lors de France-Allemagne, puis le carnage des Terrasses de Paris et du Bataclan.
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L’ancien flic de terrain parti du SRPJ de Versailles, puis Nice, Lyon, Grenoble….avant d’être chargé de la Sécurité intérieure à Kaboul (Afghanistan) possède en effet une acuité d’esprit qui en font un observateur averti, lucide, et pas naïf pour un sou, qui a le mérite d’appeler un chat… un chat. Et de savoir mettre au jour, en les couchant sur le papier, des vérités de trafics d’intérêts financiers et crapuleux - à première vue contradictoires - mais qui pourtant existent bel et bien au Moyen-Orient entre Israéliens, Palestiniens, Daech, Al Quaïda…. Et j’en passe !
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Auréolé du Prix du Quai des orfèvres en 2017 - le dernier remis au mythique 36 du même nom – pour son « Mortels Trafics » paru chez Fayard, Pierre Pouchairet a pris aujourd’hui, une autre dimension, mêlant la géopolitique au thriller, mais avec cette faculté terrorisante que « tout peut arriver » désormais dans notre monde, sans que ce soit un chef d’état qui appuie sur un bouton rouge ; mais plutôt un fou d’on ne sait quel dieu ou prophète totalement allumé, bourré de Captagon, et capable d’utiliser sa propre vie, via internet, au-delà de tout ce que l’on peut imaginer…
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BLUES & POLAR : Tu sors un polar breton en cette fin d’année ; Mais c’est quoi un polar breton Pierre ? Ça sent les crêpes, les langoustines et le chouchen, la marée, les embruns, les bonnets rouges... et l’ankou ?
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PIERRE POUCHAIRET : "C’est une bonne question. Je n’aime pas trop cette appellation de polar breton. Le polar régional, il y a, certes, les fans qui aiment retrouver des endroits qu’ils connaissent, soit parce qu’ils y vivent, soit parce qu’ils y vont en vacances. Mais, soyons clairs, un polar régional c’est avant tout un polar !
Dans une vision un peu nombriliste, peut-être parisienne d’ailleurs, on a l’impression que lorsque tu as un livre avec trois noms de rues à Paris, c’est un polar national. Tu donnes deux noms de rues à Châteauroux, ça devient régional. Tuez-les tous… mais pas ici, sorti chez Plon en janvier débute en Bretagne. Ce n’est pas, pour autant, un polar régional. Je pense qu’il faut dépasser l’appellation et se pencher, avant tout, sur l’histoire.
En Bretagne il y a, comme dans d’autres régions, plusieurs éditeurs qui sortent des romans policiers qui se passent dans la région Bretagne. Je demeure à l’Ile-Tudy qui est la commune ou vit le grand maître du genre, Jean Failler, auteur de Mary Lester. Un auteur discret que peu de gens connaissent dans le monde de l’édition nationale et qui est pourtant au top des ventes avec plus de 200 000 exemplaires vendus chaque année. Il publie chez Palémon et m’a proposé de débuter une série chez eux. J’ai adoré cette idée et je suis très fier de la série que je publie maintenant chez cet éditeur. Et voilà Léanne, l’héroïne de Mortels trafics, mon prix du quai des orfèvres, mutée en Bretagne à la tête de la PJ de Brest. Elle va retrouver deux copines d’enfance, une médecin légiste et une psy. Quand elles ne sont pas en enquête, une passion les relie, la musique, et elles écument les clubs de la région pour jouer du Blues.Donc, tu vois bien que mes polars bretons c’est avant tout Blues & Polar."

2— Tu as quitté la Bretagne pour le Cameroun. Pourquoi ? A quand un polar camerounais ?
Pierre Pouchairet : "Je demeure effectivement plus de la moitié de l’année au Cameroun… Pourquoi le Cameroun ? Comme pour la Bretagne… Histoire de femme, ma femme ! C’est mon épouse qui est bretonne, raison pour laquelle nous avons une maison dans le Finistère. Et elle vient d’être nommée au Cameroun pour diriger l’institut français de Yaoundé, nous vivons donc là-bas. Pour être ensemble, je limite mon temps en France et je reviens occasionnellement pour participer à des Salons. Un roman camerounais ? Évidemment. J’ai déjà écrit une soixantaine de pages qui attendent une suite. J’ai écrit sur les pays dans lesquels j’ai vécu ou travaillé : Afghanistan, Turquie, Cisjordanie… Le Cameroun n’y échappera pas."

3- Pourquoi écrire Pierre ? Par plaisir, besoin, nécessité ?
Pierre Pouchairet : "Pour se faire plaisir d’abord. Je crois que c’est la première motivation. Les plaisirs sont divers, d’abord le temps de l’écriture, la création des personnages, puis le partage avec l’éditeur, l’élaboration du livre, le plaisir d’assister à sa naissance et sa commercialisation et puis attendre les retours, connaître des journalistes comme toi, des blogueurs, des libraires… Partager avec les lecteurs et fréquenter d’autres auteurs. J’adore l’ambiance des salons. Écrire des livres, c’est tout ça et pour le moment ça me plait. J’arrêterai quand j’en aurai marre."

J.-P.T

 DOM MICHEL PASCAL, LE PÈRE-ABBÉ ÉMÉRITE DE L’ABBAYE DE GANAGOBIE, S’EN EST ALLÉ...

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- Au carrefour des années 90, le Père-abbé émérite Dom Michel Pascal a été l’artisan de la venue de la communauté Bénédictine de l’abbaye de Haute-Combe implantée en Savoie sur les rives du lac du Bourget, au monastère de Ganagobie (Alpes-de-Haute-Provence), en surplomb de la Durance. Agé de 77 ans, il était très apprécié hors des murs – même des non-croyants - pour la générosité, la fraternité et la chaleur humaine qu’il dégageait ; lui qui avait voué dès son plus jeune âge son âme en la foi chrétienne. Avec sa haute stature, sa soutane noire lui allant comme un gant, et son éternel sourire à la commissure des lèvres, Michel Pascal, incarnait une joie de vivre éternelle à n’importe quelle heure de la journée ; comme une aptitude innée au bonheur intérieur...
C’est le dimanche 9 septembre au petit matin, après la prière nocturne dite des Vigiles, qu’il aimait tant, que le socle de Ganagobie a vacillé, victime d’un AVC. Celui, qui depuis plus de 50 ans se levait chaque jour en pleine nuit et aux aurores – comme ses frères - pour prier, chanter, méditer ou travailler pour la communauté ne s’est plus relevé, et malgré une longue lutte contre la mort, s’est éteint le 28 décembre à Marseille. Ses obsèques ont eu lieu le 31 décembre à l’abbaye de Ganagobie où il repose désormais dans le petit cimetière voisin…

Cette nouvelle a profondément attristé les organisateurs du festival Blues & Polar à Manosque où il avait été invité par deux fois. En 2011, pour le festival consacré à L’Amour fou coïncidant avec la sortie de son livre A quoi servent les moines ? (Editions Bourin) co-écrit avec Charles Wright- qui ne lui a pas valu que des amitiés - puis en 2012, pour parler du Parfum dans la religion.
J’avais eu la joie de revoir Michel Pascal le vendredi 29 juin 2018, une heure avant l’office de midi. Il m’avait fait découvrir - lui le caviste de l’abbaye - une délicieuse Liqueur de mangue dont je garderai les effluves et l’âme pour toujours.
Blues & Polar s’associe pleinement à la peine de toute sa famille que nous avions croisée lors de son jubilé le 9 juillet 2012, et lui présente ses condoléances émues.

Jean-Pierre Tissier président de Blues & Polar

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* Témoignage de Charles Griffith (retraitant de longue date) présent à ses obsèques
« C’est sa totale ouverture de cœur et d’esprit, sa immense tolérance et son inépuisable énergie spirituelle qui avaient permis au Père Michel Pascal de refonder ce monastère et d’attirer à lui toute une communauté bigarrée de croyants, de croyants "autrement" et de "moins" croyants ; c’était l’âme vivante de ce monastère, ce qui rendait d’ailleurs ce dernier si différent des autres. Alors, ne pouvait-on pas ajouter un mot, un seul, dans l’homélie lors de ses obsèques ? La charité. Le Père Michel avait bâti un socle magnifique, à la dimension de sa foi. Cette communauté sera-t-elle demain en mesure de transformer l’essai et de continuer de bâtir une petite "Jérusalem terrestre" "dans la charité du Christ " ? Arriveront-ils à retrouver cet équilibre fragile entre l’ouverture à Dieu et l’ouverture à l’Homme, que le Père Michel avait trouvé et qui, paradoxalement, en faisait tousser quelques-uns... Il faut sincèrement le leur souhaiter. »

Le site de Blues-et-polar.com lui avait consacré une longue interview au Père-abbé Michel Paschal, fin 2014. Nous vous la proposons de nouveau aujourd’hui

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- Père Michel Pascal, votre livre A quoi servent les moines ? a-t-il changé votre vie ?
"Non ! J’en ai vendu plus de 300 exemplaires les deux premières années, puis une centaine par an depuis. Mais il continue à intéresser un certain public et on le trouve encore au magasin du monastère de Ganagobie. En revanche, ce livre m’a intensifié, et m’a poussé à être toujours dans la fidélité de Saint Benoit qui a fondé notre ordre. Mais c’est vrai que j’ai été invité à Paris, Tours, Lyon, Marseille, Chambéry… pour parler de ce livre - ainsi qu’à Blues & Polar à Manosque deux fois et c’était très enrichissant. Mais je suis quand même moine avant tout ! »

- Lors de votre jubilé en juillet 2012, vous m’aviez confié que 2015 sera une très grande année pour Ganagobie ?
"Incontestablement ! Nous préparons trois fêtes religieuses pour les 150 ans de la fondation (à Marseille) de l’abbaye de Solesmes (Sarthe) devenue Sainte Marie-Madeleine de Marseille, patronne notre communauté de Ganagobie. Et c’est un événement ! Mais il faut se rappeler qu’en 1905, en raison de la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat, la communauté de Sainte-Marie Madeleine s’est exilée en Italie à Chiari, près de Brescia. Et c’est de là qu’est sorti Giovanni Battista Montini qui allait devenir le pape Paul VI, juste après Jean XXXIII. Pour ces trois fêtes nous recevrons les religieux de la région, les provençaux et les amis proches".

- Lorsqu’on est moine à Ganagobie vit-on en autarcie totale, complètement coupé du monde et de la vie actuelle (TV, journaux, élections, internet…) ?
"Pour être clair, dans les monastères, nous sommes informés surtout par les journaux. Ici on lit La Provence pour les informations de la région et La Croix. Je les parcoure et j’ai su ainsi que le pape François s’était rendu en Turquie et était allé à Constantinople, à Sainte Sophie et à la Mosquée bleue. Ce sont des gestes importants. Mais certains frères sont des passionnés de football et suivent l’OM ; moi pas ! Il faut dire aussi que mon travail de caviste est très prenant, car le vin tient une place importante et symbolique dans la religion . »
Quel souvenir gardez-vous de vos deux passages au festival Blues & Polar de Manosque, aux côtés d’écrivains et de bluesmen ?
"J’ai le souvenir de beaux moments de convivialité à la chapelle de Toutes-Aures, avec un public nombreux et intéressé, et des auteurs très sympathiques. »

Le prochain thème de Blues & Polar en 2015, sera « Le Secret » A quoi pensez-vous ?
« Au secret des cloîtres qui n’existe pas... et à Polichinelle ! »




 [LE CONTE DE NOEL DE BLUES & POLAR]

Mi, ré, la. Trois accords bluesy calqués à jamais sur le tempo d’un cœur palpitant. Trois accords en forme de vie, sans cesse renouvelés par l’esprit de ceux qui les jouent ; qu’ils soient nés des vieux majeurs de Robert Johnson, mort à 27 ans, qui aurait vendu son âme au blues dans les années 30 pour jouer comme un dieu, ou de l’index pointé de Poppa Chubby colosse new-yorkais des années 2000 faisant miauler sa gratte avec la virtuosité d’un chat persan caressant une pelote de laine. JPEG
Mi, ré, la. Comptez-vous trois ! Ces accords-là, tels un leitmotiv chavirent mon cœur depuis l’adolescence. Depuis que je suis tombé, il a bien longtemps, au Prisunic de Puteaux, sur un 45 tours de Sonny Terry et Browie Mac Ghee en soldes, alors qu’à deux pas de là, Claude François pas encore entouré de minettes, dédicaçait "Belles, Belles, Belles" qui venait tout juste de sortir. Heure du choix déjà …

J’ai toujours aimé le son du blues, allez savoir pourquoi ? Un coup de spleen ou de bleu à l’âme, une mauvaise passe dans le boulot, un tracas sentimental… et j’enclenchais une cassette d’ Howlin Wolf – j’adorais cette voix rauque de loup enroué – et alors, la magie opérait. Ma main saisissait mon Blues Harp doré, un harmonica diatonique accordé en la (édition limitée pour le centenaire d’Hohner) , que m’avait offert mon beauf, un dingue de Pink Floyd. Et quand je soufflais dedans, un bonheur fou me submergeait chaque fois, comme si je criais dans les trous, aussi fort que pour la naissance d’un enfant.
J’étais heureux, quand mes lèvres, par instinct et oreille simplement, se posaient sur les bons orifices ; ceux d’où naissent les notes justes et harmonieuses ; mais aussi, nichées entre elles, celles que le blues génère, inconnues de la gamme, autant parlées, avalées, mâchées que soufflées, empruntées au temps et à l’envie du moment. Ces fameuses notes qui n’existent pas, jouées entre passion, extase et contentement. Comme un ut libertin hors de sa route, un son rauque comme une plainte ou le feulement d’une panthère en quête d’absolu immédiat. De ces sons semblables à ceux que Mark Feltham , mon icône, l’harmoniciste sorcier de Nine Bellow Zero extirpe de son « ruine babines » , tel un magicien de la Piste aux étoiles. Magie folle et éternelle du spectacle !

Quand j’étais ado – encore sans voiture - je prenais souvent le train avec mes potes de Puteaux pour aller à l’Omnibus, salle mythique de Bécon-les-Bruyères qui n’avait rien d’une campagne verte et rieuse, pour y découvrir les groupes anglais qu’on entendait sur Europe 1, France Inter (la nuit) et Radio Luxembourg, chez Fillapachi, Franck Ténot, Michel Lancelot, Sam Bernett, Claude Villers, et dans les fameuses « Nocturnes » de Georges Lang. Là où un soir, l’oreille collée au transistor sous les draps, j’ai pu entendre – en direct de Détroit – le son de folie tonitruante du sax de Jr Walker embrasant « Roadrunner »…
C’est sûrement là, sans le savoir ou le pressentir, qu’est née ma passion pour ce petit bout de ferraille et de bois, troué de toutes parts pouvant souffler comme une locomotive dans la plaine africaine, rugir tel un lion en furie ou s’envoler poétiquement sur des mots libellules, délicats et papillons.
Taste, Cream, Yardbirds, Canned Heat, Antoine le frenchie aux chemises à fleurs, Joe Lebb et ses Variations… Je les ai tous vus à l’époque, et tous avaient un harmonica en poche qu’ils extirpaient à longueur de set. Je me souviens - encore avec stupéfaction - des Pretty Things avec Phil May massacrant sa guitare sur son ampli, de Rory Gallagher envoyant – déjà - entre deux Guiness, ses riffs aux anges, accroché au manche de sa mandoline Fender à l’Olympia. Un bijou d’instrument comme il en existe guère, et qui me rappelle la Bretagne, ses cafés aux ambiances irlandaises, où là aussi l’harmo est roi de Trebeurden à Dublin.
Mais ce soir-là, bien des années plus tard, j’avais du bleu à l’âme…
A quelques heures de Noël, seul dans ma chambre, j’ai ressenti comme chaque année, cette profonde incertitude des sentiments devant cette Nativité signifiant le bonheur intense des uns face à la misère des autres. Je me suis rappelé aussi, que le 24 décembre était depuis bien longtemps, bien avant Jésus, la date du Solstice d’hiver, symbole très fort dans toutes les communautés du monde, car on craignait que le jour ne revienne jamais..
Et cette ambiguïté hasardeuse m’a tiraillé une nouvelle fois fortement, à m’en enlever toute initiative festive, même païenne. D’ailleurs Dieu, même si j’apprécie toujours le principe de s’aimer les uns, les autres, je n’y crois plus guère…. Mon Blues Harp tout proche, m’est alors venu en aide, fleurant sous mes lèvres des notes subtiles que je ne connaissais pas.
Sur mon lecteur CD, tournait un vieux BB King « Sitting on the top of the world » (Assis sur le toit du monde) interprété par mon pote Alain Leadfoot Rivet et le guitariste américain Roy Rogers, amoureux de la « french life » et ses bons vins… Les notes, ces notes-là particulièrement, semblaient courir dans ma tête, envahir mon âme, comme si un orchestre entier me parcourait du cerveau aux orteils. Et plus je soufflais dans l’harmo, plus le son se faisait fauve. Des images jaillissaient dans mon esprit. Couleurs indiscernables s’entremêlant en d’incroyables fondus-enchaînés. Matisse côtoyait Magritte, Andy Warhol et Balthus. J’étais parti dans un voyage aux confins du rêve, soufflant dans mon caillou magique à en ignorer le temps et l’heure. Mon Blues Harp était devenu pareil à ces pierres enchantées de la Baie d’Audierne que Per-Jakez Hélias évoquait dans son « Cheval d’Orgueil » pour leurs vertus magiques à chanter ou à pleurer, perdues dans le vent et les embruns.
Plus je jouais, plus le temps passait, un sablier sans fin dépassait les heures. J’avais maintenant atteint les notes graves. Celles qui feulent plus que les autres, quand j’entendis soudain dans le lointain, une rumeur sourde monter vers le ciel… Je levais le regard, regardant les aiguilles de l’horloge, coincées à la verticale, superposées intimement dans une étreinte passagère et minutée. Il était Minuit. Bon sang, c’était Noël. Il était né de nouveau, le Divin Enfant, sonnez hautbois, résonnez musettes !
Dans la chapelle du bout de la rue, les Chrétiens célébraient la nativité en chantant. J’avais tout oublié, assis sur le toit du monde que j’étais, avec Leadfoot Rivet et Roy Rogers. Je soufflais alors de surprise et de hâte dans le petit lingot doré. Et il en sortit une note inconnue, semblable à nulle autre. Une note bleue ! La « blue note » parfaite, celle inspirée aux plus grands, de Miles Davis à Chet Baker.
Elle était légère et puissante à la fois. Pas un mi, ni un ré, ni un la. Pas un sol, ni un do ou un fa. Elle était là, dans l’espace, en boucle dans ma tête, comme un riff fixé à jamais dans mon esprit. Comme Bill Wyman quand il claqua, pour l’éternité, les premiers riffs de Jumpin’Jack flash…
Mais quand j’ai voulu la jouer de nouveau, rien n’y fit. Toute la gamme y passa, à l’endroit, à l’envers, mais aucune altération divine ne se reproduit. J’avais donné vie à une note bleue au moment du Minuit Chrétien, un instant où le temps suspend son cours chaque 24 décembre. Alors ? Comment reproduire cette blue note ? Le mystère est peut-être finalement dans l’amour des autres. Cette phrase que - sans être croyant – j’essaie de pratiquer le mieux possible, chaque jour de ma vie, avec le plus d’humilité.
Mais aussitôt me vint à l’esprit la légende qui veut que le blues, musique des esclaves noirs, soit la musique du diable. Que Robert Johnson, John Lee Hooker, Muddy Waters, Howlin Wolf, JB Lenoir… et tant d’autres – même des blancs – avaient signé des pactes dans la moiteur des bayous. Qui donc avait soufflé dans mon Blues Harp à minuit ? Un ange… ou un démon ?
Depuis, le Blues ne m’a plus jamais quitté, car il est la musique de toutes les émotions de la vie.

Jean-Pierre Tissier



 AGNÈS NAUDIN

- Un bébé secoué, un viol sur mineure, un viol conjugal... La violence et la maltraitance sont au cœur de sa fonction. Avec « Affaires de famille » Agnès Naudin (33 ans) publie son premier ouvrage aux éditions du Cherche midi. "Quand les gens me demandent quelle est ma profession, je leur réponds que je suis capitaine de police au sein d’une Brigade territoriale de protection de la famille, la réaction est souvent la même : "Ce doit être dur comme métier, non ?" Si je réponds non, je passe pour insensible. Si je réponds oui, je leur mens."

* Agnès Naudin qui a fait la Une de VSD et effectué plusieurs apparitions sur les médias (France 3, TMC, BFM TV, France info, France Inter, RTL avec Marc-Olivier Fogiel…) est notre invitée "polar » du mois de novembre sur blues-et-polar.com

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1.- BLUES & POLAR : Pourquoi avoir voulu écrire et décrire le quotidien au sein d’une brigade de police alors que vous êtes toute jeune dans ce métier ? Est-ce pour faire découvrir cette facette un peu méconnue de la Police nationale que sont les affaires de famille ?

AGNÈS NAUDIN : « Pas du tout ! Au début, c’est parce qu’il y avait eu une affaire dont j’ai eu à traiter qui m’a profondément troublée. J’ai commencé à écrire là-dessus, pour moi, comme des notes, mais sans aucun objectif. Et puis j’ai rencontré par hasard un Adjoint de la mairie de la ville où j’habite en région parisienne qui était directeur de publication aux éditions du Cherche Midi. Je lui ai parlé boulot, et je lui ai faire lire ce que j’avais écrit. Mais - sans mon autorisation ! - il a fait lire ce texte à la directrice du Cherche Midi à qui cela a plu. Mais à moi non ; j’étais plutôt furax ! Néanmoins, en décembre 2017 j’ai rencontré cette directrice qui a fini par me convaincre d’écrire sur mon métier, et sur ma vie privée de mère célibataire en même temps.

LA PHRASE : « J’ai mis du temps pour accepter ça, mais il faut savoir que la famille est un sujet qui dérange, car ça peut arriver à tout le monde. Alors, on préfère souvent ne pas savoir. »

Je le vois dans mes enquêtes ; ce sont des sujets si particuliers et si difficiles, et qui ne rendent pas insensibles une jeune maman comme moi. Alors, j’ai pris la plume pour témoigner car il y a une évolution certaine dans le concept de la famille et Internet a un rôle énorme là-dedans. La violence dans les familles et notamment celle faite aux femmes, on en parle plus aujourd’hui, mais il y en avait autant avant. Il faut se souvenir que nous avons un retard incroyable en France dans le domaine de l’égalité homme-femme. »

2.- BLUES & POLAR : Au début de votre livre, vous parlez (et plutôt bien d’ailleurs ! ) de la mort, et de son manque de prise en compte au sein de la Police nationale.
À votre avis, cela est-il voulu, ou est-ce simplement un manque de moyens ?

AGNÈS NAUDIN : « Je pense que la mort au sein des effectifs de Police nationale devrait être traitée via le domaine collectif.
Mais parler de la mort dans la Police en France, ça veut dire de préparer des gens psychologiquement, et ça amène obligatoirement à parler de la foi. Car on est obligé d’en tenir compte. Et c’est une conviction individuelle et personnelle !
Je pense donc que s’il fallait faire une préparation à la mort dans notre métier, ce serait de manière individuelle. En fait, on en parle surtout quand ça arrive. Comme dans les suicides de gardiens de la paix ou dans une mort en service …Là, on nous propose toujours d’aller voir quelqu’un via les cellules psychologiques. Mais c’est toujours après !
Dans ma fonction, je suis parfois choquée par certains événements auxquels on doit assister comme des autopsies de bébés secoués ; mais on n’est jamais obligés. Il y a une équipe à laquelle on appartient et qui est par nature, très soudée et solidaire. Il y a donc toujours quelqu’un qui est prêt à prendre notre place pour nous remplacer. Ça m’est arrivé lors du suicide d’un collègue. En fait, on est comme au rugby, on pousse tous ensemble. Et on apprend à relativiser au fil du temps. J’ai un collègue qui a réussi - dans le cadre de son enquête - à assister à l’autopsie d’un petit garçon de 11 ans alors qu’il en a un du même âge.
Mais certains partent de la Brigade, car à un moment car ça devient trop dur…
On a aussi des tensions entre nous parfois, mais dans ce genre de Brigade la solidarité sera toujours le médicament.

LA PHRASE : « Paradoxalement, c’est très dur de sortir de là, sauf pour aller à la Crim (Brigade criminelle). »

Un dossier de trafic de Stupéfiants, c’est bon ; c’est récurrent ; mais chez nous il y a vraiment de tout, et notamment tous les travers de la psychologie humaine qui – paradoxalement, malgré l’horreur parfois - permet de ne jamais se lasser.
Néanmoins, il faut se laver l’esprit régulièrement, et on fait tous beaucoup de sport, et ensemble de surcroit ! On nage, on court, on joue au foot… C’est très important ! »

3.- BLUES & POLAR : Vous mêlez votre vie professionnelle et votre vie privée de mère célibataire dans ce livre. C’est un vrai choix d’écriture ?
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AGNÈS NAUDIN : « Au départ, c’est un choix de la directrice des éditions du Cherche Midi qui me l’a suggéré… et j’y ai longuement réfléchi. C’était compliqué, mais on ne me l’a pas imposé vraiment. Mon questionnement, c’était « Est-ce que je dois être transparente sur ma vie ou pas ? Car mon objectif, ce n’est pas de régler des comptes. J’ai donc accepté parce que je suis comme plein de femmes ordinaires. Et j’ai pensé que ça pouvait être utile. Mais ça je ne le voyais pas au départ. En revanche, j’ai gardé pour moi seule, le partie privée de ma vie amoureuse, car c’est personnel.

LA PHRASE : « On n’est pas juste des flics. On a aussi une vie ! Mais la plupart des gens qu’on croise disent qu’on doit être plus forts qu’eux. »

J’ai trouvé ce travail d’écriture intéressant, et n’ayant aucun recul je l’ai fait avec mon for intérieur. C’est du brut ! Je l’ai écrit quand je vivais des histoires….
J’ai d’ailleurs commencé le deuxième qui sera consacré aux Ados et le porno. Et tout ce que cela génère chez ces gamins et gamines.
Quand on regarde ça à la télé, on prend ça pour une fiction, mais ça arrive aussi. Et nous, on est confrontés à ça en permanence. Il faut que les gens ouvrent les yeux ! Car ces viols « en famille » ont des conséquences dingues. Tout ça, j’arrive à l’écrire, parce que c’est du vécu.
Mais en revanche, je serai bien incapable de passer du témoignage au roman un jour. Inventer, ça je ne sais pas faire. »

LA PHRASE : « Etre une lanceuse d’alerte, en ce moment, ça m’intéresse. Car avec toutes les familles recomposées dont les enfants vivent ensemble par intermittence, sans vraiment de liens de parentés, il y a une recrudescence de viols au sein de ces fratries qui n’en sont pas par le sang. Et c’est un vrai sujet !. »

Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier

 WALTHER GALLAY CHANTEUR DE CAFÉ BERTRAND

- Né du côté de Thonon-les-Bains en Savoie, au début des années 90, le groupe Café Bertrand – fan absolu de Noir Désir – a débarqué dans les Alpes-de-Haute-Provence peu après, et y a fait son trou ; se produisant notamment dès son arrivée, avec de nombreux autres groupes alpins, aux 10 ans de la Rubric’A’Rock du quotidien Le Provençal sur l’hippodrome d’Oraison, devant plus de 3000 personnes, puis en première partie de BB King en 1995, aux défuntes Festives de Font-Robert initiées par Robert Pasquier. Depuis, Café Bertrand a mené sa route de bars en scènes, et inversement, jusqu’aux gigantesques concerts du Stade de France ou du Zenith de Marseille en première partie de Deep Purple ou AC/DC.
Vingt ans plus tard, Café Bertrand est toujours là, même s’il ne reste plus de la formation des débuts, que le fidèle Alain Perusini à la basse aux côtés de Walther Gallay, fondateur et âme de ce groupe pas comme les autres, aux textes qui arrachent la gueule comme le faisait jadis une Boyard maïs, fumée au petit matin dans les années 70...
Après un CD sorti en juin 2017, Café Bertrand s’apprête à reprendre la route. « On the road again » avec Blues & Polar pour Les 3 questions du mois… à Walther Gallay.

1. BLUES & POLAR : Walther, le blues ça représente quoi pour toi ?
WALTHER GALLAY : « Beaucoup de choses ! Le blues, j’ai commencé très tôt à m’y intéresser dès que j’ai commencé à jouer de la guitare et à faire les premiers trois accords du blues. J’ai ensuite découvert Jimmy Ray Vaughan et cela a été un choc. Puis avec Dominique Landoni, le guitariste de Café Bertrand, j’ai découvert Johnny Winter. Plus tard, quand on a grandi, on a fait la première partie de BB King aux Festives de Font-Robert à Château-Arnoux. C’était le 23 juillet 1995. Je ne le connaissais pas, mais j’ai été séduit par son jeu de gratte. Et puis on a mangé avec, on a discuté…. Vraiment, un grand monsieur ! Il faut dire qu’à la même période, on a enregistré avec Café Bertrand chez Jean-Paul Avellaneda dans son studio d’Oraison, et il nous a expliqué ce qu’était le blues. Parce que les trois acords du blues, il faut leur donner vie.Tu sais, le premier blues que j’ai chanté, c’est « Parchmant farm » de Johnny Winter. Toutes ces rencontres facilitent la transmission. Mais il ne faut pas oublier que c’est Elvis Presley qui a amené le blues à la télé en Amérique. Sion, c’était une musique de noirs avant tout. Et ça voulait tout dire…. En France, j’aime bien Paul Personne et Nico Wayne Toussaint, fabuleux harmoniciste également. »

2. BLUES & POLAR : chanteur, compositeur et interprète, tu es très attaché aux mots et tes chansons ressemblent souvent à un cri. D’où vient cet amour du verbe et de la langue française, alors que 90% des rockers (et rockeuses) français chantent en Anglais ?

WALTHER GALLAY : « Tout ça vient de l’étude des Lettres modernes et anciennes vers lesquelles m’a poussé ma mère qui m’a fait lire des tas de bouquins. J’ai lu les grands auteurs : Edgard Poe, Kafka,…. Et ainsi j’arrive à trouver une finesse dans l’écriture que je n’ai pas sur l’instant, en parlant. Mais j’aime la rime, parce que ça sonne bien, et je cherche toujours la rythmique dans le mot. C’est super bien fait les mots d’ailleurs. Tu penses à une bulle et en disant le mot bulle tu vois que c’est vrai. Ça roule et ça sonne ! Cependant chanter en Anglais ce n’est pas mon truc. Même si j’adore les Stones, Deep Purple où Roger Glover (photo ci-dessous) est devenu un pote depuis qu’on a fait leurs premières parties lors de leurs tournées en France. Mais mes influences, ce sont Hubert-Félix Thiéfaine, Noir Désir, Téléphone, Jacques Brel et Christian Descamps le chanteur d’Ange. Un fabuleux poète ! J’aime aussi Thomas Dutronc qui est devenu un pote aussi… En fait, je dois beaucoup à ma mère qui était prof de français et qui m’a poussé à étudier.
Je lis beaucoup de livres et j’aime beaucoup le style de René Frégni. Je trouve qu’il a une poésie incroyable. D’ailleurs je vais mettre un de ses bouquins (Je me souviens de tous vos rêves) en musique. Mais les polars, je n’en lis pas trop. C’est moins mon truc. »

3 . BLUES & POLAR : Avec Café Bertrand, vous avez assuré des premières parties de Deep Purple à Marseille et de AC/DC au Stade de France à Paris, ainsi que des tournées avec ces légendes du hard-rock. Qu’en reste-t-il aujourd’hui ? Quel est l’avenir pour Café Bertrand qui a souvent changé de musiciens ?
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WALTHER GALLAY : « Tu sais, on a fait une pause car on a toujours eu un souci avec les guitaristes. Chanter en français c’est bien particulier, et la guitare doit soutenir le texte. Ca nécessite donc beaucoup plus de travail que chanter en anglais. Là, depuis cet été – et c’est une révolution !! - on a une fille avec nous à la guitare. Elle s’appelle Marion, elle a 24 ans et c’est une virtuose de la guitare. Je l’ai découverte à Lyon où elle est prof de guitare. Elle est très douée et travailleuse. Elle nous amène de gros riffs de gratte, de l’énergie et du naturel. C’est pour ça qu’on se prépare à partir en tournée pour un an en France, Belgique, Suisse… Et ce sera le « Révolution Tour ». Car une fille avec nous, c’est vraiment une révolution.
Et puis, on a monté lors d’une soirée à Vannes en Bretagne, un « Tribute à Noir Désir » avec Marion, Alain Perusini et François (batterie) qui a très bien fonctionné. On a pris le nom « Les Ecorchés » pour l’occasion, et on va le refaire. A l’occasion, je fais aussi de l’acoustique avec les potes quand je rentre en Haute-Provence. »

Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier

 BIJAN CHEMIRANI : LE MAGICIEN DES BOITES À MUSIQUE

En 1961, le percussionniste iranien Djamchid Chemirani joueur de zarb mondialement reconnu quitte l’Iran et s’installe dans le sud de la France, près de Manosque (Alpes-de-Haute-Provence). Le Théâtre de la Ville à Paris l’accueille alors plusieurs jours, et le public français le découvre. Puis il participe au Mahabharata de Peter Brook (spectacle marathon de 9 heures dans les carrières de Boulbon) au festival d’Avignon, joue dans des spectacles de danse de Maurice Béjart et Carolyn Carlson, aborde le jazz et la musique du Moyen Âge avec le Clemencic Consort. Incroyable ! Tout cela, sous le regard d’une famille qui bade son patriarche pour son talent, sa gentillesse, et son immense esprit d’ouverture. Le tout allié à une très grande discrétion. Aux journalistes de venir le découvrir ; pas l’inverse ! JPEG
Néanmoins, s’il a enseigné les techniques du zarb à de nombreux musiciens, ses deux fils Bijan et Keyvan qui jouent également d’autres percussions orientales (daf, saz, bendir, oud…) ont déjà l’oreille et le rythme au bout des doigts.

Et à la fin des années 90, Djamchid (le père) et Keyvan (le frère ainé) proposent à Bijan de les rejoindre pour créer le fameux Trio Chemirani. Leur complicité virtuose épate alors les amateurs de musiques traditionnelles comme les mélomanes éclairés. De plus, Bijan qui a grandi à Manosque et Marseille, est en osmose avec la culture de la Méditerranée, et les jeunes musiciens occitans, nombreux autour de Marseille, cité cosmopolite et généreuse. Son premier album en 2001 en est la preuve. On y retrouve son frère et son père, mais aussi Ross Daly, le grec Socratis Sinopoulos, le compositeur Henri Agnel ou le chanteur occitan Manu Théron.
Un an plus tard, sur Eos, il joue du luth saz avec à ses côtés le chanteur sénégalais Pape N’Diaye, le multi instrumentiste Loy Erhlich, le guitariste jazz Pierre Ruiz, le joueur de doudouk arménien Levon Minassian, ses sœurs Mardjane et Maryam au chant et le musicien crétois Stelios Petrakis avec qui il réalise un disque en duo, Kismet .
La réputation de Bijan grandit alors, et les collaborations se multiplient. Le saxophoniste Jean-Marc Padovani, le clarinettiste Yom, le mandoliniste Patrick Vaillant, le guitariste flamenco Juan Carmona, la vocaliste marocaine Amina Alaoui, la bretonne Annie Ebrel, le marseillais Sam Karpienia, l’ancien bassiste de Noir Désir Serge Teyssot-Gay, et même le grand Sting font appel à son agilité pour l’avoir sur leurs enregistrements.
Mais Bijan Chemirani que j’ai eu le bonheur de rencontrer pour la première fois à la fin des années 80, dans la vieille église de Montfuron, près de Manosque - où jouaient peu avant Noël, le grand violoncelliste Jean-Guihen Queyras et son frère violoniste Pierre-Olivier - puis d’interviewer au détour des années 2000, au festival de Simiane-la-Rotonde où il accompagnait le grande chanteuse Amina Alaoui, est resté d’une simplicité exemplaire. Toujours avide de découvrir des musiciens animés par la générosité et le partage comme le saxophoniste Raphaël Imbert…

Quelle surprise donc, de le retrouver mercredi dernier (29 août) presque par hasard, au prieuré Saint-Christophe de Vachères pour une lecture de textes (une première pour lui !) où il accompagnait l’auteure Laurence Vilaine, puis le 1er septembre à l’église-Haute de Banon pour un concert… de Blues persan avec sa sœur Maryam.

Du Blues persan ? Bon sang, Blues & Polar se devait d’en savoir plus, en conviant Bijan à être l’invité de septembre de « 3 QUESTIONS A… »

1- BLUES & POLAR : Comme ton père Djamchid et ton frère Keyvan, ton instrument de prédilection est le zarb, ce tambour en bois de mûrier recouvert d’une peau de chèvre. Mais quelle est sa fonction au cours d’un concert ? Vient-il toujours en contrepoint d’une voix, ou est-ce qu’il peut chanter tout seul, en solo, comme un instrument virtuose ?

BIJAN CHEMIRANI : « A la source, le zarb est un instrument proche du chant qui accompagne la voix et la met en valeur. Car chez nous en Iran, il y a une hiérarchie dans l’expression. D’abord c’est le chant, puis en deuxième les instruments accompagnateurs, et en troisième, les percussions. Mais depuis Hossein Téhérani, le maître de musique de mon père, le zarb est devenu un instrument virtuose grâce à des musiciens qui lui ont apporté de nouvelles techniques de main. Aujourd’hui, tout l’instrument est utilisé en résonnance : la toile en peau de chèvre bien sûr, mais aussi les bords, les côtés…. Ca fait déjà 70 ans, en fait ! Et ça s’est passé en Iran ! Mais la recherche est infinie.
Moi, j’ai grandi à Manosque et au contact d’autres musiques comme le Classique, le jazz, le blues, le rock… Je ne suis pas un fan de l’appellation « Musiques du monde », mais il y a en revanche ici autour de Marseille, des musiciens ouverts sur le monde comme le saxophoniste Raphaël Imbert qui joue autant du jazz que du classique en associant Bach et Coltrane, comme le violoncelliste Jean-Guihen Queyras qui joue du classique et du contemporain… et aussi Alain Soler multi-instrumentiste créateur de l’AMI à Château-Arnoux avec qui je n’ai encore jamais joué. Mais j’aimerais…
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Cependant si je joue du daf, du oud, et du luth, ainsi que de divers boites que j’ai arrangées avec des micros, mon instrument d’ancrage, c’est le zarb. Il y a bien un solfège si on veut en jouer, mais à la base c’est une musique orale qu’on se transmet de père en fils… Tout se joue d’oreille. On prend des notes parfois, mais pas de partition. En revanche, quand j’ai une idée de rythme, je prends l’i-phone. Faut vivre avec son temps. »

2- BLUES & POLAR : En 2014, Sting fait savoir qu’il souhaiterait d’avoir pour l’enregistrement d’un album ; comment est née cette collaboration prestigieuse ?
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BIJAN CHEMIRANI : « C’est né d’une succession de hasards. La production de Sting m’a appelé un jour pour me dire que Sting souhaiterais m’avoir avec lui pour un enregistrement… Tu te rends compte, c’est un musicien mondialement connu que j’écoutais en CD, que je suis allé voir en concert sur scène à Toulon… C’était génial ! En fait, c’est un contrebassiste new-yorkais, ami commun de Sting et moi, qui lui a suggéré mon nom, et il a accepté. Cela a été une expérience fantastique car Sting est un type hyper curieux, simple, pas capricieux du tout…
On est loin des stars du genre. Il est vraiment très accessible malgré un entourage qui le protège. Depuis, je ne l’ai plus revu, mais je suis toujours ce qu’il fait. C’est un merveilleux souvenir, d’autant qu’il y avait aussi le violoncelliste Jean-Guihen Queyras de Forcalquier avec moi pour ce « Silence de l’exode* » enregistré en 2014. « 
(* Voir sur You Tube).

3- BLUES & POLAR : Quels sont tes projets pour 2019 ?

BIJAN CHEMIRANI : « C’est très divers ! J’ai envie de faire des concerts de blues persan dans la formule que j’ai en duo avec ma sœur Maryam au chant. C’est ce qu’on a fait à l’église haute de Banon, le 1er septembre, et c’était plein. J’espère bien le refaire dans le coin en 2019…. Mais j’ai aussi un Trio avec un musicien crétois et un musicien espagnol. Et puis, je pars jouer bientôt au Japon avec Jean-Guihen Queyras. Ca va être une belle expérience.
Je joue aussi régulièrement en Trio avec mon père Djamchid et mon frère Keyvan, et j’ai toujours des collaborations en vue côté jazz. Enfin, j’ai une proposition d’une maison de disques pour un enregistrement sur lequel je jouerai des solos de zarb, oud, luth, daf..
Mais ce que je veux te dire Jean-Pierre, c’est que je me rends compte de la chance d’avoir un papa musicien qui a toujours aimé les projets croisés entre musiques différentes. Et il a toujours l’œil qui pétille ! »
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Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier

LES 3 QUESTIONS À... ANDRÉ BUCHER poète-écrivain-paysan

JPEG - Avec sa rousse barbe fleurie, ses longs cheveux à l’avenant tombant sur des épaules de bucheron, André Bucher – poète-paysan comme il se définit lui-même - a l’allure d’un barde breton égaré en vallée du Jabron ; entre Drôme méridionale, Alpes-de-Haute-Provence et lisière des Hautes-Alpes. Tel un Glenmor venu porter la poésie de Brocéliande et ses accès de colère, en ces hautes vallées couvertes de forêts anciennes, mais dépeuplées au fil du temps depuis 14-18. Pourtant, derrière ses envies de foutre le bordel et de secouer les cocotiers – peu nombreux ici – André Bucher possède une âme rude mais tendre, qui transparaît fugacement en filigrane dans ses lignes, au creux d’une caresse sur une joue, d’un baiser volé, ou d’un sourire qui s’éclaire en entendant le riff de Bill Wyman sur Jumpin Jack flash ou la voix rocailleuse de Tom Waits. Son écriture très fouillée ne cesse de naître au cœur des récurrentes révoltes campagnardes face au monde sans vergogne d’aujourd’hui qui creuse, détruit, enfouit sans scrupules, comme pour mieux sublimer ce milieu naturel où il vit depuis quasiment toujours. Pour notre plus grand plaisir.

J.-P.T

1. BLUES & POLAR : André, ton 9e roman sort le 6 septembre ; mais finalement pourquoi écris-tu ?

André Bucher : « C’est un accident de parcours, car pour moi, l’hérédité a sauté une génération. Je vivais en Alsace à l’époque, et si mon grand-père écrivait des pièces de théâtre, mes parents en revanche ne m’ont jamais encouragé à lire… Heureusement, j’ai flashé sur ma maîtresse d’école, celle qui m’a appris à lire, puis m’a aidé et encouragé à écrire. Ensuite, j’ai lu La Nausée de Jean-Paul Sartre à 12 ans, et ça m’a transformé.
J’ai emprunté aussi Jack London à la bibliothèque, puis d’autres romanciers et poètes, et c’est ça qui m’a poussé à écrire ; des poésies au départ, puis très rapidement l’envie d’en découdre ! Car pour moi écrire, c’est une exaltation nécessaire. Je ne souffre pas pour écrire, comme certains auteurs célèbres se plaisent eux à le dire, mais cela nécessite des efforts néanmoins.
Surtout quand tu as envie de foutre le bordel, sans être du sérail.
C’est ce qui me plaît, mais tu ne peux pas dire des choses sans exigence. C’est obligé pour entreprendre. Néanmoins quand tu n’es pas du sérail, la sanction rapide et immédiate, c’est le choix des mots. Donc, il faut pas mal bosser et c’est pour ça qu’il y a une éthique de l’écriture. Regardes, aujourd’hui l’édition se porte plutôt mal et pourtant on ne cesse de produire des livres. Ce n’est pas normal. La littérature n’a rien à faire là-dedans. Le plaisir d’écrire, c’est d’être au plus juste avec soi. »

 LA PHRASE

« Je n’aime pas les étiquettes ; je préfère les décoller ! »
André Bucher

2. BLUES & POLAR : Peut-on dire que tu es un écrivain militant, un défenseur de la nature, de l’écologie… et du rock ?

André Bucher : « Tous ces thèmes que tu évoques, ce sont des choses qui imprègnent mon écriture, mais ça me gêne de me présenter ainsi. Je ne voulais pas faire un pamphlet dans mon dernier roman car je me méfie de la manière dont les gens s’approprient les sujets. Je n’aime pas les étiquettes ; je préfère les décoller ! Car si tu mets tout ça systématiquement à chaque fois dans tes romans, tu es casé tout de suite. Mais c’est vrai que j’ai la nature au cœur. Et à chaque fois, c’est pour en découdre que j’écris. Trop de choses me révoltent, notamment l’hypocrisie. Les Ricains ont des grands Parcs naturels qui sont en fait de vrais zoos à touristes, mais en France aussi on a de grands espaces naturels ; alors préservons-les ! Car des forêts primaires en France, il n’y en a quasiment plus. Donc, faut aller au charbon avec l’écriture comme arme. »

LA PHRASE
"Quand tu n’es pas du sérail, la sanction rapide et immédiate, c’est le choix des mots !
André Bucher"

3. BLUES & POLAR : Ton 9e roman - bien que de fiction dis-tu – se déroule toujours dans un univers ressemblant étrangement à la Vallée du Jabron où tu habites. Cet univers – grandiose il est vrai – te suffit- pour exprimer ce que tu as à dire ?

André Bucher : « Sans prétention, je suis comme Faulkner. Je vis dans un endroit que j’aime et qui est vaste et varié. J’ai donc envie d’en découvrir toutes les facettes. Chez moi, le rock il est dans l’attitude de refuser toutes ces conneries et autres projets diaboliques pour l’environnement que les entreprises ou l’Etat imaginent sans penser aux conséquences futures. Je crois que le roman, au XXIe siècle, véhicule plus de sensibilité pour sensibiliser les gens et éveiller les consciences. Donc, je préfère parler de ce que je connais. Mais ce n’est pas à exclure qu’un jour je parle d’autre chose, cependant je suis un montagnard et c’est que qui forge un individu.
Pour moi, la littérature est quelque chose qui doit élever et qui ne doit pas singer la vérité »

Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier

  MARKO BALLAND Harmoniciste de San Severino

- Années après années, depuis près de 30 ans, je suis le parcours de Marco (avec un C à l’époque) débarqué un soir comme une surprise, sur la petite scène de la MJC de Manosque aux côtés de Pierre Montels et Fabien Chapon, âmes créatrices de La Marque jaune, formation blues de Riez-la-Romaine, en Haute-Provence. Et ce soir-là, la centaine de spectateurs présents, avait été littéralement scotchée à son fauteuil par le jeu de folie de ce p’tit bonhomme mystérieux et son harmonica ; comme si à lui tout seul… ils étaient plusieurs ! JPEG
Car la magie et le talent de Marko (avec un k aujourd’hui) c’est d’avoir le son naturellement, tout seul, sans artifice comme un Charlie Musselwhite ou un Mark Feltham, mais aussi d’adorer – en bon fan de Jimmy Hendrix qu’il est - les effets woah-woah et les pédales de toutes sortes qui peuvent transformer le son d’un harmo en celui du sax de Jr Walker, voire de la trompette de Miles Davis. JPEG
Car Marko, autodidacte généreux qui adore toujours « taper le bœuf » avec ses vieux potes – dont votre serviteur - est un perfectionniste capable de tous les efforts (même de chanter !) pour aller au bout de ses rêves.
Aujourd’hui, Marko Balland a grandi, porte les couleurs de Suzuki dans les salons dédiés au « ruine-babines » et joue avec San Severino dans la cour des grands. Il a d’ailleurs été un des derniers invités du festival Blues & Polar avec Hat man, le groupe marseillais de Nasser Ben Dadoo.
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- Après Karine Giebel (la reine du polar) et Norbert Nono Krief (guitariste de Trust), Marko a répondu de bonne grâce à Trois Questions à… L’interview de l’été du site blues-et-polar.com

J.-P.T

1.- BLUES & POLAR : Tu es actuellement en tournée avec San Severino, adepte du swing et du jazz manouche. C’est un univers différent du tien, plutôt connoté rock-blues très électrique… Comment est né ce besoin d’harmonica pour San Severino ?

MARKO BALLAND : « On vient juste de finir la première partie de la tournée d’été ce week-end. On était samedi à Cahors Blues dans le Lot et dimanche soir au festival de la Côte d’Opale à Boulogne –sur-mer. Soit 800 bornes en bus ! Là, c’est vacances ; mais on reprend la tournée le 11 août, jusqu’au 1er février 2019. L’histoire est celle d’une rencontre, comme ça arrive parfois en musique. Quand je jouais avec Nasser Ben Dadoo, on a joué au Caveau de la Huchette à Paris, plutôt branché jazz. Et une copine photographe est venue me voir avec San Severino. Je ne le connaissais pas, car je pensais que c’était un groupe. Mais il a accroché à ma façon de jouer, on a discuté, bu un coup et on s’est filé nos coordonnées. Et quand je suis revenu jouer à Paris, je l’ai appelé et on a sympathisé. Mais il y a deux ans, il est venu chez nous à Digne-les-Bains, apporter son soutien à l’opération Potes of the top destinée à acquérir le vieux cinéma dignois pour le transformer en lieu culturel. Il m’a proposé de jouer deux morceaux avec lui… et en fait, j’ai fait tout le concert !
C’est à la suite de ce moment qu’il m’a dit : « Tu devrais enregistrer un disque avec moi ».
On a donc enregistré en avril 2017, le disque est sorti en septembre 2017, et j’ai commencé la tournée le 1er octobre. Mais là, ça m’a fait passer un cap sévère car tu es entouré de vrais professionnels de la musique. Alors que moi, je suis un autodidacte qui ne sait pas lire une partition.
Mais je suis resté fidèle à mon harmonica diatonique en bataillant pour obtenir un son chromatique. Ce son qu’incarne Stevie Wonder… C’était compliqué car j’ai dû apprendre la technique des over blows (*), mais je ne me suis pas embrouillé la tête. C’est Michael, le créateur de Harmo’Nickel près de Poitiers qui ajuste mes harmos. Il répare et comme ça il n’y a pas besoin d’avoir des valises d’harmos qu’on n’utilise pas à cause d’une lame qui déconne. Et financièrement ça vaut le coup ! En plus, il customise les harmos comme une bagnole ou une moto. C’est un artiste. ! »

2.- BLUES & POLAR : Tu es venu à l’harmonica de quelle manière ?
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MARKO BALLAND : « Par hasard total, il y a 30 ans. Je jouais de la guitare à l’époque, et il y avait un gars qui jouait de l’harmo avec moi. Mais je n’aimais pas le son qu’il produisait. Je lui ai emprunté et j’ai sorti tout autre chose car je suis un fan d’Hendrix. Cependant, le premier son d’harmonica qui m’a touché, c’est Supertramp ! Un vrai choc ! Le blues je l’ai découvert beaucoup plus tard, lors d’un concert à Bras d’Asse (Rubric’A’Rock y était) organisé pour le guitariste ami Dom Landoni qui dans un grave accident de voiture avait perdu tout son matériel.
Et là, il y avait le duo Backdoor, les fameux Dom et Youssef qu’on devait retrouver peu après en première partie de John Mayall à Manosque. Je me demandais bien ce que deux mecs seuls sur une scène pouvaient produire avec une guitare et un harmo. Moi qui pensait savoir tout faire, j’ai pris une grand claque. Alors, j’ai commencé à jouer plus de blues, mais je n’avais pas les codes. J’ai appris, et le parcours s’est fait petit à petit.
J’avais fait un disque consacré à Hendrix, entièrement à l’harmonica qui a plu au patron de Hohner. Et en 2015, Hohner m’a demandé d’aller aux USA pour participer à un show avec des harmonicistes. Ca se fait beaucoup aux Etats-Unis. Et d’ailleurs, on va le faire en France.
Mon jeu a également évolué aussi quand j’ai joué avec Nasser Ben Dadoo. En fait, avec mon harmo et mes pédales, je faisais la deuxième guitare du groupe. Je jouais tout le temps ; pas juste pour finir la phrase comme on fait dans le blues. Et c’est ce qui me plait, même si j’aime toujours faire des solos. Cependant, là, l’instrument bien que diatonique devient un instrument à part entière.
Malgré tout, avant de jouer avec les effets, il faut d’abord avoir son propre son naturellement. Et ça, c’est 15 à 20 ans de travail ! »

3.- BLUES & POLAR : Quels sont tes projets pour 2019 ?

MARKO BALLAND : « Je travaille depuis un moment avec la maison Lone wolf qui a conçu selon mes instructions, une pédale d’effets nommée Boogie man Spécial signature et qui porte mon nom.

C’est une pédale qui permet de s’installer rapidement dans un concert quand on t’invite à faire le bœuf… mais à le faire dans de bonnes conditions ! Car les galères de son, tous les harmonicistes généreux connaissent ça. Tu joues et tu n’as pas de son ! On entend tout le monde, sauf toi. Là, tu as un méga son tout de suite, et tu ne dois rien à personne. Donc, je continue à avoir des projets avec eux.
Mais ce qui me tient à cœur, c’est de pouvoir jouer en France avec Carlos Johnson, un bluesman ricain de 77 ans. Là-bas, il joue avec Billy Branch et John Palmer… et il aime mon jeu. Mais (tu en sais quelque chose JP) pour faire venir des ricains en France, il faut des sous.
Alors, c’est un pote qui organise un festival près de Paris, à Limeil-Brevannes, le 6 octobre 2018 qui a pris l’affaire en main.
On a créé un band pour l’occasion et ça va être super. On va ensuite jouer au festival de Cacéres en Espagne, puis au Jazz Café de Montparnasse à Paris. Tout ça est un test pour 2019, car on envisage un Tribute to Slim Harpo (immense harmoniciste pionnier) avec cinq harmonicistes sur scène : Vincent Bucher, Michel Herblain, Youssef Remadna, Sébastien Charlier, et moi.
Ca devrait vraiment séduire les festivals de blues en France, d’autant qu’on aurait avec nous des pointures comme Nico Duportal (guitare) Stéphane Avellaneda (batterie)….
Bref, un projet qui devrait plaire, car en France, cinq harmonicistes en tournée sur scène (NDLR : hormis à Blues & Polar et aux 10 ans de Rubric’A’Rock à l’hippodrome d’Oraison) ça s’est rarement vu. »

La Question + : Tu as participé avec Nasser Ben Dadoo au dernier festival Blues & Polar à Manosque. Que retiens-tu de ce festival qui s’arrête au bout de quinze ans ?
Marko Balland : « C’est bien malheureux car associer la littérature à la musique était une bonne chose. On a eu aussi un super accueil de la part de tous les bénévoles. Mais ça va peut-être repartir sous une autre forme, comme pour un festival du Centre de la France, après deux ans de reflexion… »

Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier

NB : * Les Over blows. Depuis plusieurs années, de plus en plus d’harmonicistes réussissent, grâce à une autre technique de souffle, à obtenir toutes les notes sur un harmonica diatonique, transformant celui-ci en instrument chromatique complet ! Cette technique nécessite toutefois un "petit réglage" sur la plupart des harmonicas achetés dans le commerce. En effet, la position des lames de l’harmonica doit être ajustée.


INTERVIEW

 BORIS CYRULNIK : "INTERNET EST EN TRAIN DE DEVENIR UNE BOITE A ORDURES.."

- Invité et parrain du 9e Forum contre l’illettrisme organisé à l’Alcazar de Marseille par le Crédit Mutuel méditerranéen (Blues & Polar en est partenaire depuis 5 ans) , le médiatique psychiatre Boris Cyrulnik est intervenu devant plus de 250 personnes venues de Menton à Perpignan en passant par Mende (Lozère) où l’association Contelicot a été récompensée du 1er Prix (3000 €) pour son action "Lisons ensemble, Papa raconte" réalisée en direction des jeunes papas incarcérés à la Maison d’arrêt et à leurs enfants.
Une première place obtenue à l’unanimité du jury et qui montre bien toute l’importance de la lecture et de la littérature dans un monde de plus en plus dévoré par les écrans. Les douze autres associations sélectionnées se partageant 15 000 € selon leur classement.

 POURQUOI ÉCRIRE ?

- C’est justement sur les avantages et les défauts des écrans qu’est intervenu Boris Cyrulnik. Notamment pour répondre à la question "Pourquoi écrire ?".
"Il faut savoir qu’un mot écrit n’est pas un mot parlé, explique-t-il. Et que la parole écrite n’est pas la parole parlée, même si elle est aussi une forme de culture. Et même si certaines sociétés conservent encore leur mémoire avec l’oralité - à l’instar des gitans - ces derniers connaissent des difficultés pour transmettre au fil du temps, car chez eux, rien n’est écrit. Beaucoup d’entre-eux ne sachant pas lire...
Le fait d’écrire, ça dilate le monde car l’écrit peut aller partout et franchir les frontières pour être lu par l’ami invisible et inconnu. Mais aujourd’hui, avec des jeunes qui lisent de moins en moins de livres (on le voit avec toutes les associations sélectionnées pourle Forum qui oeuvrent pour redonner le lien que la lecture génère entre enfants, adultes et parents) Internet est en train de devenirune boîte à ordures !
Mais cela a été la même chose au moment de l’avènement de l’imprimerie. En effet, les premières écritures n’ont pas été des histoires d’amour, mais des prescriptions médicales. Et en particulier comment se préserver des morsures de serpent (le mal !) et les soigner. Car on a l’impression, à cette époque, que le fait d’écrire permet d’agir.
Le drame aujourd’hui, c’est que les écrans sculptent chez les enfants un autre langage que celui de leurs parents. Car les enfants sont carrément dans la fascination en restant des heures scotchés seul à leur écran, et cela altère leur empathie avec les autres. Il n’y a pas d’affectivité. On le voit dans les cours de collèges où ils sont chacun avec leur smartphone. Alors oui pour la transmission du savoir, des recherches, des travaux scolaires... mais les enfants ne devraient pas avoir accès aux écrans avant l’âge de 6 ans. "
Et de poursuivre :
"L’acte d’écriture modifie notre monde, et en ce sens, la littérature est fondamentale ! Ainsi, à une époque où beaucoup de gens ne savaient pas lire, Emile Zola a modifié considérablement la condition ouvrière en déclenchant une socialisation culturelle, au travers de "celui qui savait lire" dans le groupe.
Car le monde des mots écrits n’est pas celui des mots parlés. Ecrire, c’est agir sur le monde des autres ; car les écrits restent et voyagent."

Jean-Pierre Tissier

  KARINE GIEBEL

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- Elle a participé à deux reprises au festival Blues & Polar, en 2011 et en 2016. Et chaque fois, c’est avec un réel bonheur que nous avons accueilli cette belle personne toute simple passionnée de musique (autant de Classique que de blues ou de Heavy métal) qui prend toujours le temps de dialoguer avec ses lecteurs et lectrices. En quelques années, Karine Giebel est devenue la Reine du polar en France, mais elle n’a pas pour autant changé son comportement. Son port de tête n’a pas enflé malgré cette couronne toute symbolique, et c’est avec plaisir et gentillesse qu’elle a répondu aux questions de blues-et-polar.com

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* LE CHIFFRE : 1 300 000. Le nombre de livres vendus à ce jour par Karine Giebel et traduits en 12 langues

1.- BLUES & POLAR : L’adaptation en téléfilm de ton roman "Jusqu’à ce que la mort nous unisse » a débuté le 15 mai dans le Haut-Verdon, pas si loin de Manosque, et tu es présente assez régulièrement sur le tournage. Comment est née cette proposition ?

KARINE GIEBEL : "C’est un producteur, Stéphane Trano, qui après avoir lu - et aimé- mon roman a eu envie de l’adapter pour la télévision. Il m’a appelé, on en a discuté, et ensuite il a proposé ce projet à France 3 qui l’a accepté. C’est Yann Le Gall qui a écrit le scénario adapté de mon livre en prenant ce qu’on appelle une option ; c’est à dire qu’il a un an pour réaliser le tournage. Ce dernier a commencé le 15 mai et doit se terminer le 12 juin.
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Tout se passe dans la vallée du Haut-Verdon - comme dans le livre - à Allos, Colmars-les-Alpes, Ratery, à la cascade de Lance, au pont de la Serre.... J’ai un peu retravaillé certains points du scénario avec Yann, mais je n’interviens pas ! Ecrire est une chose, réaliser un film, en est une autre.
J’avais déjà eu des propositions pour d’autres romans, mais là, c’est la première adaptation qui va jusqu’au bout. Ça fait plaisir, mais c’est étrange de voir les personnages qui ne sont de noms écrits sur le papier, prendre chair et s’incarner.
Je n’ai pas de surprise, car quand j’écris je ne vois pas des visages dans ma tête, mais des situations, des ambiances….qui naissent de mon stylo.
Néanmoins, tant que je n’ai pas vu le film, je ne sais pas si ça va me plaire…
Mais si tu ne veux pas prendre ce risque, tu ne vends pas tes droits.
Néanmoins, il n’y a rien d’original à ce que le cinéma ou la télé s’emparent de romans pour en faire des adaptations. Cela a toujours existé, même si pour la télé c’est un peu plus récent.

Normalement, le film pourrait être diffusé sur France 3 en septembre. Bruno Debrandt qui jouait le rôle principal de Caïn sur France 2 tient le rôle principal là-aussi. Il est aux côtés de Bruno Wolkovich et Ophélia Kolb."

2. BLUES & POLAR : Les romans policiers deviennent de plus en plus violents, avec souvent des disparitions d’enfants. Est-ce une mode ou une tendance selon toi ? Ou s’agit-il tout simplement du reflet de notre société qui hypermédiatise les faits divers les plus horribles jusque dans le monde entier, via internet, et les chaines d’infos en continu qui n’existaient pas il y a dix ans ?

KARINE GIEBEL : "La violence pour moi, ça dépend du thème que j’aborde dans un roman. Là, comme je parle de l’esclavage moderne, ça en fait évidemment partie. C’est le quotidien de ces esclaves dits des temps modernes…. Mais on peut faire un thriller sans parler de violence. Néanmoins, mon dernier livre Toutes blessent ; la dernière tue est un vrai parti-pris. C’est un livre volontairement très engagé pour dénoncer des situations qui peuvent paraître incroyables sur l’esclavage moderne dont on parle trop peu. Moi, j’ai fait une longue enquête avec des témoignages de personnes qui ont subi cette forme d’esclavage et ça donne un condensé de situations qui filent la nausée. J’ai travaillé pendant deux ans sur ce qui me révolte avec l’Organisation internationale contre l’esclavage moderne (OIECM), une association basée à Marseille (72 rue de la République) présidée par Nagham Hriech Wahabi qui m’a beaucoup aidée pour recueillir des témoignages. Elle m’a permis de parler avec des jeunes femmes qui ont vécu ça, mais nous n’avons pu échanger que par écrit, car elles ont tellement souffert qu’elles ne peuvent plus l’exprimer oralement. Elles n’arrivent plus à en reparler. Cependant, les crimes d’enfants ont toujours existé malheureusement. C’est la médiatisation mondiale qui nous les fait connaître…."

3. BLUES & POLAR : Je sais que tu écris en musique. Qu’as-tu écouté pour ton dernier roman "Toutes blessent, la dernière tue" ?

KARINE GIEBEL : "C’est vrai ! J’écris tout le temps en musique, tu sais ! J’ai l’impression que ça me permet de m’isoler dans ma bulle, et mon imagination travaille mieux ainsi. Mais je n’écoute que de la musique instrumentale car s’il y a des paroles, ça me perturbent et me gênent. Là, j’ai écouté un groupe qui s’appelle Audiomachine, de la musique classique aussi avec beaucoup de Jean-Sébastien Bach, et un pianiste italien Ludovico Eilandi. C’est vrai que j’ai joué du piano pendant pas mal d’années et que cet instrument est ancré en moi. Je choisis dans ma discothèque personnelle, mais c’est plutôt mélancolique à chaque fois. C’est ce dont j’ai besoin pour me faire traverser des émotions qui correspondent à celles du livre. Pour l’instant, je m’aère l’esprit car j’enchaine rarement deux livres à la suite. Mais il faut que j’écrive une nouvelle, comme je le fais depuis deux ans pour le recueil de polars destiné à aider les « Restos du cœur » qui sort avant Noël."

* La question 3 + : Tu es venue plusieurs fois à Manosque participer à Blues & Polar, notamment lorsque tu n’étais pas encore très connue ; que retiens-tu de ce festival qui va s’arrêter cette année, après quinze éditions ?

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KARINE GIEBEL : "Je retiens un festival très original. Au point que moi qui suis invitée partout en France et à l’étranger, je n’en ai jamais connu d’autres comme ça. Il y avait un accueil chaleureux et sympa pour les écrivains, on croisait les musiciens, et il y avait surtout toujours beaucoup de public pour écouter les débats entre les auteurs et magistrats. Tout le temps. C’est dommage !"

Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier



  NONO KRIEF, GUITARISTE DE TRUST

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- Sideman attitré de Johnny Hallyday de 1986 à1994, le talentueux guitariste, cofondateur de Trust avec le charismatique Bernie Bonvoisin, est un homme attachant animé par le sens du partage et l’envie de la curiosité. Il a ainsi accompagné des artistes aussi divers que Jacques Higelin, Forent Pagny, Jean-Jacques Goldman, Chris Spedding... tout en ayant mis au point une méthode d’apprentisssage de la guitare en 1994. Un pédagogue façon Marcel Dadi qui a même été chargé de la programmation du Crossroad blues festival d’Issy-les-Moulineaux en 2014 et 2015.. A l’image de Blues & Polar, Nono a répondu avec une belle fraternité musicale à nos 3 Questions.

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1. BLUES & POLAR. Le retour de Trust sur scène avec un tel succès populaire, des salles à guichets fermés... et des textes toujours d’actualité ; c’est une grande surprise ou est-ce que tu t’y attendais un peu ?

NONO : "Pour une surprise, c’était une surprise. Tu sais, on s’est croisé en juin 2016 avec Bernie Monvoisin, le chanteur de Trust. On a bu un verre ensemble, et on a décidé de faire une petite tournée d’un mois et demi pour fêter les 40 ans du groupe. C’était une envie commune. Et puis, les dates ont commencé à afficher complet rapidement, d’autres se sont rajoutées.... et on a tourné finalement pendant un an jusqu’en 2017. C’est un truc fou. Mais avec Bernie, on est comme un vieux couple qui se reforme tous les dix ans. Et comme on a chacun fait d’autres choses, avec d’autres personnes pendant ces dix ans, on s’est enrichis mutuellement. Vraiment, on est heureux d’être là. C’est du bonheur ! En revanche, on a changé la structure autour de nous (nouveau management, nouveau tourneur, nouvelle équipe technique) et un nouveau batteur de 21 ans avec nous. Ce qui est assez incroyable c’est que nos textes et nos titres comme Antisocial soient toujours d’actualité. Ça nous partage dans nos sentiments entre fierté et tristesse...
Donc, il fallait aussi - pour ne pas nous reposer sur les lauriers de nos anciens titres, que l’on fasse un nouvel album avec nos compositions. Et c’est toujours du Trust pur et dur ! Et basique. On s’est installé dans une salle des fêtes du Bordelais, à Saint-Cier-sur-Gironde (dans les Côtes de Blaye, pour les amateurs de bon vin) où l’acoustique nous avait plu. On y a transporté notre matériel et on a enregistré 18 titres dans les conditions du live en 3 jours.
Ensuite, c’est Mike Fraser le producteur d’ACDC, Metallica, Aérosmith.... et tant d’autres célébrités qui a mixé ce nouvel album. Avec une petite touhce de miel, trois choristes sont intervenues sur certains titres... et elles partiront sur les festivals et en tournée avec nous. Trust reste un groupe engagé et le restera !"

2. BLUES & POLAR. - Je t’ai vu sur scène au Dôme à Marseille, le jeudi 12 novembre 2015 dans le cadre de la première tournée "Autour de la guitare" initiée par Jean-Félix Lalanne avec des pointures mondiales comme Roben Ford, Paul Personne, Dan ar Braz, Axel Bauer, Larry Carlton, Ron Thal, Christopher Cross, Jean-marie Ecay, Michael Jones...... C’était une si belle soirée... C’était 24 heures avant les attentats de Paris et la tuerie au Bataclan. Qu’en retiens-tu ?

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NONO : "Cette tournée fut fabuleuse humainement, et musicalement c’était le rêve. Je connaissais bien les musiciens français comme Axel Bauer ou Paul Personnne, et un peu Ron Thal, mais j’ai été très touché par le talent et la simplicité de Roben Ford, Larry Carlton et des autres guitaristes avec leur immense gentillesse. C’était la première fois qu’il y avait une tournée de ce genre, et Jean-Félix Lalanne a eu bien du mérite car avant c’était une seule soirée chaque année à l’Olympia à Paris.
Le jour des attentats nous jouions à Montpellier et nous avons appris les massacres aux terrasses et la prise d’otages au Bataclan, en sortant de scène.Ce fut un terrible chocpour nous tous !
Mais quelle tristesse le lendemain avec ce massacre le soir dans Paris et au Bataclan.
Cependant il faut continuer à aller au concert, vaincre la peur, et il faut continuer à faire vivre le Bataclan. Avec Trust, on a tenu à y jouer et c’était formidable ; une soirée forte chargée en émotions.
Il y avait des victimes des attentats qui étaient là et qui nous ont remercié et nous ont dit que ça leur permettait de se reconstruire en revenant assister à notre concert, ici. Trust à pour devise de prendre du plaisir sur scène et de partager ces moments."

3. BLUES & POLAR. - Le Blues, ça représente quoi pour toi ?

NONO : "Tout ! Le blues, c’est la base de toutes les musique. Tout vient du blues et des esclaves noirs qui chantaient dans les champs de coton pour oublier leur misère et leur terrible sort. A mon sens, ce sont les racinesde toutes les musiques actuelles. J’ai appris à jouer (plus ou moins bien) dans tous les styles de musique, mais le blues j’adore et j’adorerai toujours !
Quand j’étais gamin (12-13 ans) j’adorais Alvin Lee des Ten years after. Il jouait du blues, avec un mélange de rock.... Et quand mon frère âgé de 6 ans de plus que moi m’a donné sa guitare acoustique Framus à douze cordes, je l’ai transformée en une six cordes, et je me rappelle avoir appris à jouer mon premier morceau : "Louie, Louie" des Kinks. Le blues mène à tout !"

La question 3 + DE BLUES & POLAR. - Tu as joué aux obsèques de Johnny Hallyday dont tu as été le guitariste pendant de très nombreuses années (1986-1994) ; cela s’est fait spontanément avec les trois autres musiciens présents à l’église de la Madeleine ? C’était naturel et obligatoire de jouer pour un frère, un ami ?
NONO : "C’était naturel, spontané, et il fallait qu’on lui rende hommage. Je connais bien Yarol Poupaud, et c’est lui qui m’a appelé pour me demander de venir jouer avec eux à l’église. Tu sais j’ai joué très longtemps avec Johnny, mais à un moment j’ai voulu vivre d’autres expériences musicales.
C’est pour ça que j’ai arrêté après les grands concerts du Parc des Princes et de Bercy, mais j’ai toujours continuer à voir Johnny, et aller le voir sur scène. Le jour des obsèques, on était tous envahis par la tristesse, sa guitare était là, devant au milieu de la scène mais il fallait jouer pour lui. C’était très fort émotionnellement avec ces milliers de personnes qui chantaient avec nous à Paris et devant leur télé.
J’aimerai qu’on lui rende hommage chaque année, sans verser dans le pathos, un peu comme on le fait pour les enterrements à La Nouvelle-Orléans. D’ailleurs, je trouve que ce qu’a fait Izia, la fille de Jacques Higelin pour les obsèques de son père était formidable, plein d’amour et de générosité. C’est un bel esprit pour un passage vers d’où on ne revient pas..."

Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier



 3 QUESTIONS À PHILIPPE CARRESE

- Parrain du festival Blues & Polar avec René Fregni et Franz-Olivier Giesbert, le cinéaste-écrivain marseillais Philippe Carrese nous propose un tout nouveau roman déroutant et farfelu, écrit sur un ton à la Shadock, au point qu’en le lisant à voix haute, on se prend à ressusciter le ton reconnaissable entre mille du regretté Claude Piéplu qui a transformé ce feuilleton de la TV en noir & blanc en véritable série culte…
Car Philippe Carrese nous entraîne cette fois sur les origines d’un monde de protozoaires, d’où les hilobites se retrouvent exclus très rapidement du fait des ajouts paillards que l’on peut associer à la terminologie de leur nom, comme des Monty Python égarés sur la Canebière un soir de victoire de l’OM. Style hilobites de cheval, hilobites au cul, en main… et j’en passe !
Sans oublier – c’est primordial ! – les ascidies ou ‘’concombres de mer’’ aux allures de phallus flétris communément dénommés ‘‘viés marins’’ du côté du Panier ou des Goudes...
Sans oublier aussi, comme le bon vieux p’tit train Interlude des années 60 sur l’unique chaîne du PAF, de nous accorder des séquences lumineuses sur l’époque actuelle et ses incroyables contradictions récurrentes. A l’heure du panier bio hebdomadaire de la ménagère mode écolo notamment. Et là, c’est du lourd ; du très lourd, même !
A l’image de notre société toujours plus dans le paraître que dans l’être… On est loin du polar et des films historiques de Carrese ancrés dans le terroir, mais tout proche de ‘Graine de courge’’, du ‘’Bal des cagoles’’ et de ‘Trois jours d’engagste’’ qui ont habité le Carrese des années 90. Un flash-back inattendu, mais particulièrement réjouissant.

J.-P.T

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1.- Tu viens de publier aux Editions de l’Aube - belle maison d’édition de La Tour d’Aigues en Vaucluse - Une Histoire de l’humanité (tome 1 et fin) qui contraste très singulièrement avec ta précédente et passionnante saga piémontaise en 3 volumes de la famille Belonore. Qu’est-ce qui s’est passé dans ta tête pour revenir à un univers très proche du truculent Bal des cagoles de tes débuts ?

PHILIPPE CARRESE : « J’ai eu envie de revenir à mes premières amours qui sont des séries comiques et des polars du même style. Là, j’essaie de faire rigoler les gens, mais avec un ton très politique. D’ailleurs, c’est certainement le livre le plus politique que j’ai écris.
Je suis très caustique comme tu dis, mais c’est moi et ma vision des choses depuis toujours.
Néanmoins, il y a plusieurs choses qui ont déclenché ce retour aux sources. Notamment, le tournage d’un documentaire sur les ascidies (qui existent vraiment) que j’ai effectué pour France 3 dans un laboratoire de recherches de Villefranche-sur-mer.
D’ailleurs, tous les noms utilisés dans le livre existent vraiment dans la nature en réalité. Et l’holobite, ce concombre de mer qu’on surnomme vié marin à Marseille est un animal comme le violet qui filtre l’eau en permanence. Il permet aux scientifiques, grâce à cette fonction de pompe filtrante, de pouvoir dater des événements.
Sans oublier – et c’est véridique ! – qu’il s’agit du plus proche parent de l’être humain. Tu te rends compte, descendre d’un vié marin, ça fait drôle mais c’est authentique.

Et puis, j’ai pensé à toutes les conversations entendues autour de la machine à café (Bio) à France 3, où je bosse en permanence. J’ai ajouté aux conversations qui frisent parfois la cagole, celles des dirigeants des maisons d’édition que je connais bien, et qui elles, relèvent de la culture des écoles de commerce. Et ça donne cette Histoire de l’humanité qui contraste effectivement avec les trois tomes de la Saga Bélonore dans laquelle je suis plongé depuis trois ans… »

2.- Est-ce à dire que le polar - dont tu n’aimes pas la qualification de marseillais - c’est désormais fini pour les amateurs dont Blues & Polar fait partie ?

PHILIPPE CARRESE : « Si je trouve une bonne idée, j’y retourne. Mais là je vais continuer le 4e tome de ma saga Bélonore. Et puis, le polar aujourd’hui il y en a vraiment beaucoup. C’est de plus en plus violent et de plus en plus sérieux, mais il n’y a pas trop d’humour. Et moi, c’est mon truc. Faire frémir c’est assez facile, mais faire rire dans le polar ; c’est bien plus dur ! »

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3.- Avec le feuilleton "Plus belle la vie" chaque soir sur France 3 dont tu es un des co-réalisateurs historiques, la belle aventure continue ?

PHILIPPE CARRESE : « Oui, et heureusement ! Pour moi, c’est vraiment une belle aventure depuis dix ans déjà. Mais je ne travaille pas sur l’écriture. Je n’écris pas une ligne et j’en serai bien incapable. Je suis dans la fabrication. On m’amène un casting tout prêt, et moi je gère les équipes comme le capitaine du bateau. Je suis vraiment admiratif du boulot fourni par les équipes, car c’est une usine qui produit chaque jour 26 minutes à l’écran. Habituellement, c’est 5 !
Mais attention, Marseille n’est pas le sujet. La ville est une (belle) carte postale, qui permet de raconter des histoires de société qui peuvent se passer partout ailleurs en France. Et c’est aussi de là que vient le succès de la série.
Et puis, il y a des techniciens talentueux et des comédiens sympas qu’on retrouvent au sein du groupe Carrese & friends, où ils ont toujours "scène ouverte" pour jouer ou chanter avec nous.
Parallèlement à Plus belle la vie, je réalise pour France 3 sud-est, une série de six documentaires de 26 minutes baptisée « Lieux de crimes ». On fait des retours sur l’Affaire Dominici, l’Affaire Ranucci, la Tuerie d’Auriol, celle du Bar du téléphone à Marseille, le Casse de Nice via les égouts avec Albert Spaggari, et l’assassinat du juge Michel. C’est un très gros boulot avec des témoignages de magistrats, de journalistes, d’historiens, et de témoins… Il y a du beau monde. C’est prévu pour 2019.
Dans cette optique, je rentre de Paris où je viens de tourner sur l’école des égouttiers. Je ne savais même pas que ça existait… »

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La Question Plus : Tu es venu participer une douzaine de fois (sur quinze éditions) au festival Blues & Polar qui n’aura pas lieu en 2018. Qu’en gardes-tu comme souvenir ?

« C’était un grand bonheur chaque fois ! Un moment privilégié dans l’année car il y avait de la musique et des gens sympas. D’ailleurs, c’est Blues & Polar qui m’a fait créer le groupe Carrese & friends. Je suis très attaché à cet événement, et j’attends la suite. »

Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier



 3 QUESTIONS À CHRIS COSTANTINI

* L’auteur niçois – également saxophoniste- avait été invité lors du festival Blues & Polar consacré au Secret, pour son thriller historique Lames de fond . Un ouvrage passionnant traitant des mythiques sous-marins allemands que furent les U2. Ces gigantesques monstres des mers qui au cours des derniers mois de la Seconde Guerre mondiale seraient partis vers des contrées lointaines d’Afrique ou d’Amérique du sud, avec le fameux Trésor de guerre des nazis récolté à partir de l’or spolié aux Juifs en Europe, puis à Auschwitz et dans les autres camps de la mort, en récupérant alliances, bijoux et dents en or, sur les cadavres des malheureuses victimes de la Solution finale…
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Depuis, l’esprit de Chris Costantini (ancien entrepreneur) a vagabondé vers d’autres sujets de société. Il vient même – après une longue période polar – de sortir un livre très étonnant composé d’interviews et anecdotes recueillies auprès de personnalités les plus diverses allant du milliardaire François Pinault au tennisman Rafael Nadal qui vient de retrouver son poste de n°1 mondial en ce début avril, au cinéaste Claude Lelouch, au chef étoilé Thierry Marx, en passant par les confidences de l’ancienne capitaine de l’équipe de France de football féminin Marinette Pichon aujourd’hui commentatrice sur France 2, et du rugbyman Fabien Galthié entraineur du RC Toulon.

1. BLUES & POLAR : CHRISTOPHE, COMMENT PASSE-T-ON DU POLAR ( LA NOTE NOIRE) ET DU THRILLER HISTORIQUE (LAMES DE FOND) A UN AUTRE UNIVERS LITTÉRAIRE PROCHE DE L’ESSAI EN PSYCHOLOGIE ?

CHRIS COSTANTINI : "J’ai grandi en Afrique (Mali et Niger) jusqu’à l’âge de 13 ans, puis je suis parti à Paris avec mes parents. Et je me suis retrouvé dans un internat de curés, complètement perdu. Cela a été un choc incroyable pour moi, car je suis né à Bamako, et toute mon enfance a été africaine. Il a donc fallu que je m’adapte à la France. Mais de l’Afrique, j’ai gardé l’écoute des autres et le côté intuitif. Néanmoins, mes études jusqu’à l’âge de 20 ans m’ont emmené vers le diplôme d’ingénieur agronome, et je devais même retourner en Afrique, justement, au titre de la Coopération….
Mais il y a eu à ce moment des drames dans ma famille (NDLR : sa cousine de 20 ans a été assassinée de quatre coups de couteau, puis un de ses oncles a été victime d’un crime passionnel) et cela a engendré chez moi une très grosse dépression.
La seule manière de me guérir a été d’écrire. Et les polars – avec toujours une ambiance jazzy car je suis saxophoniste - ont été une catharsis pour moi. Ils m’ont permis d’évacuer cette dépression au fil du temps.
Cependant, pour être heureux, il me fallait changer de vie professionnelle. J’avais créé une société (Athem) qui était le leader des bâches publicitaires grand format qu’on retrouvaient dans les grandes villes pour masquer les travaux…) et je voyageais énormément.
Mais j’ai décidé de (bien) vendre ma société. Et cela m’a permis de réfléchir sur moi-même vraiment. J’ai cherché une nouvelle voie en tombant sur la formation de HEC (Hautes études commerciales) qui délivre le diplôme de coach. Et le mémoire que j’ai dû rédiger pour ce concours a été – de fait – la naissance de ce livre qui a beaucoup de succès aujourd’hui.
Je suis donc devenu "coach de vie, d’organisation et d’équipe" au sein d’une promotion annuelle de HEC.
Aujourd’hui, outre écrire un polar historique en parallèle avec l’Afrique et le jazz en toile de fond , je coache un ancien champion de tennis, une femme politique en vue…. Je leur apprends le lâcher-prise pour arriver à s’aimer tel qu’on est. Car nous sommes des êtres humains avant tout, même si parfois on peut être en dehors des clous, ou "borderline..."
Ma dépression, c’était vraiment un point de non-retour. Donc, j’ai accepté de regarder mon passé. Et quitte à couler, autant couler avec la bonne cravate comme disent les Anglais. Je vis une autre vie, et grâce aux rencontres que j’ai faites pour ce livre, j’écris des choses où je fous ma vie sur la table."


 "Nadal, il devient champion de tennis parce qu’il développe son oreille. Fais bien attention quand il joue ; il ne regarde pas la balle, il l’écoute ! Et ça c’est une intelligence autre !" Chris Costantini.


2. BLUES & POLAR : PARMI TOUTES LES PERSONNALITÉS INTERVIEWÉES DANS TON OUVRAGE QUI T’AS LE PLUS IMPRESSIONNÉ ?

CHRIS COSTANTINI : "J’ai choisi ces personnalités de très haut niveau dans leur domaine au petit bonheur la chance. J’en connaissais quelques-unes au travers de mon premier métier (entrepreneur) mais ce qui m’a intéressé, c’est d’aller au fond de leur intelligence respective. Car si en France nous sommes des Cartésiens à 200 %, nous avons tous – et on l’ignore !! – dix intelligences différentes en nous.
On est donc tous mieux que ça !
Ces intelligences existent dans notre cerveau, et elles ont même été identifiées grâce à l’imagerie médicale. Mais, nous, évidemment, on ne les voit pas.

Rafael Nadal qui est celui qui m’a le plus impressionné, c’est d’abord une montagne d’humilité. Ensuite, il a réussi – comme les autres invités du livre – en s’appuyant sur des aptitudes qui sont loin de leur corps de métier.
Nadal, il devient champion de tennis parce qu’il développe son oreille. Fais bien attention quand il joue ; il ne regarde pas la balle, il l’écoute ! Et ça c’est une intelligence autre !
Des exemples comme ça, il y en a plein le livre. Avec le boxeur Jean-Marc Mormeck, j’ai eu aussi une profonde impression, tout comme avec la footballeuse Marinette Pichon lorsqu’elle a évoqué son homosexualité en direct à la télévision…"

3 . BLUES & POLAR : QUELS SONT TES PROCHAINS PROJETS ?
MUSICAUX, LITTÉRAIRES OU COACHING ?

CHRIS COSTANTINI : « J’ai un 5e roman policier en cours avec toujours mon héros Vasco détective privé, ancien plongeur-commando, qui recherche un vieux galion espagnol chargé d’or, coulé en mer… Et il va être amené à combattre Monsanto, parce qu’il ne les aime pas ! Côté musique, j’ai un groupe de potes à Paris et on joue régulièrement dans des bars un peu louches à Clichy et à Pigalle.

Et puis je fais énormément d’émissions de télé et de radio pour la promo du livre qui démarre super bien. Je n’arrête pas ! Je suis invité à C News, France TV, aux Grands du rire dimanche avec Yves Lecocq, à Europe 1, au Journal du Dimanche….. »

* Question subsidiaire : Qu’as-tu retenu de ta venue à Manosque au festival Blues & Polar ? « J’étais récemment au festival de polars à Bondues (Nord) où j’étais invité avec Pierre Pouchairet venu lui-aussi à Blues & Polar, et je dois dire que j’ai trouvé à Manosque auprès de toute l’équipe du festival, une bienveillance très forte… et chez quelques personnes dotées de ces intelligences différentes dont je parle dans mon livre. »

Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier



 3 QUESTIONS À PASCALE ROBERT-DIARD

- C’est à la faveur d’un stage au Monde, que la jeune apprentie journaliste Pascale Robert-Diard s’est forgée une volonté dur comme fer d’être plus tard chroniqueuse judiciaire. Il faut dire qu’elle venait d’assister pendant de longues semaines en première loge - chance inouïe et exceptionnelle ! - à l’Historique procès de Klaus Barbie à Lyon, aux côtés du chroniqueur judiciaire du Monde de l’époque, spécialiste et référence incontestée du genre.

Mais il lui aura fallu d’abord passer par la case journaliste politique, au Monde toujours, pour parvenir - en 2002 - à mettre ses pas dans celui qui venait de céder la place pour prendre sa retraite : le dit chroniqueur judiciaire ! Une espèce rare désormais puisqu’ils ne sont plus que deux spécialistes du genre parmi la Presse française à ne faire que ça : Pascale Robert-Diard et Stéphane Durand-Souffland du Figaro, avec qui elle vient de signer "Jours de crimes" aux éditions L’Iconoclaste.

"Je peux difficilement rêver mieux comme carrière", précise celle qui devait être notre invitée à Manosque, il y a deux ans pour le 14e festival Blues & Polar consacré au Jeu théâtral des avocats en Cour d’assises. Elle venait alors de terminer "La Déposition", livre passionnant consacré à l’Affaire Maurice Agnelet à Nice qu’elle avait suivie depuis le départ, 30 ans plus tôt...
"Chroniqueuse judiciaire, c’est une passion double pour ceux qui aiment écrire, et qui s’intéressent aux gens. La Cour d’assises est un lieu extraordinaire, mais qui imprime notre propre vie ensuite. Car on y découvre et apprend d’abord la complexité des choses. Et au fil du temps et des procès, on recule de plus en plus les à-priori ; sans excuser pour autant les crimes commis."

1 - BLUES & POLAR : Pourquoi cette idée d’un livre écrit à quatre mains avec Stéphane Robert-Souffland chroniqueur judiciaire du Figaro sur cette justice populaire qu’est encore la Cour d’assises ?

PASCALE ROBERT-DIARD : "Stéphane est chroniqueur judiciaire au Figaro depuis 2001 et moi chroniqueuse judiciaire du Monde depuis 2002. Et tous les deux, on ne traite pas les Faits-divers. Nous sommes les seuls en France à venir aux procès d’assises avec un regard neuf. Et à mes yeux, c’est hyper important pour bien comprendre le déroulé du procès. On ne connaît même pas les visages des accusés, sauf s’ils sont très célèbres, et on se retrouve ainsi - nous journalistes – dans la peau des jurés. Nous avons d’abord choisi des procès incontournables en rapport avec l’actualité comme ceux du Tueur en série Guy Georges, du chanteur de Noir Désir Bertand Cantat qui a tué Marie Trintignant, d’Yvan Colonna assassin du Préfet Erignac, de Marc Cécillon l’ancien rugbyman capitaine du XV de France qui a tué sa femme dans un accès de jalousie… et puis ceux qu’on appelle les cadeaux imprévus des petites affaires. Ces moments de la vie où tout bascule alors que rien n’était programmé.
Moi c’est ça qui m’intéresse ! Le criminel d’occasion ! Le personnage ordinaire qui d’un seul coup va basculer dans un destin extraordinaire ! Pour voir comment la Justice en France va s’emparer de cet acte idiot et le punir… ou pas !
Et comme Stéphane n’a pas suivi les mêmes procès que moi, et que nous n’avons pas les mêmes regards, nous avons rassemblé tout ça à la manière d’un Dictionnaire amoureux des Procès.
Car contrairement à ce que certains peuvent croire, la Justice au long cours, ce n’est pas un lieu de voyeurisme. Il y a les familles, les voisins, les amis… C’est long une journée au tribunal, mais c’est toujours un moment exceptionnel ! Je pense que tout le monde devrait aller plus souvent voir comment la Justice est rendue en Cour d’assises. Cela rend humble… Et je pense même que si certains procès étaient télévisés, on mesurerait mieux ce qui se passe dans notre société, car on s’y retrouve tous !"

2 - Tout au long des 430 pages de "Jours de crimes" revient sans cesse le poids de cette fameuse intime conviction qui doit guider les jurés tirés au sort et qui ne le seront qu’une fois dans toute leur vie. Geneviève Donadini, jurée au procès de Christian Ranucci condamné à mort et guillotiné à Marseille me disait qu’on n’était pas formé pour une telle expérience et que c’était l’émotion qui guidait....
Avec votre expérience, et votre vécu de quinze ans de procès en assises, trouvez-vous cette justice populaire juste ou complètement hors du temps aujourd’hui ?

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PASCALE ROBERT-DIARD : " Non ! Absolument pas dépassée ni hors du temps ! Personnellement, je la trouve très juste et nécessaire, car elle est une garantie pour l’accusé, surtout depuis 2002 avec la possibilité de faire appel. L’intime conviction j’y crois, car au fur et à mesure du procès, il y a des choses sur lesquelles on peut se reposer. Et à la fin, on peut vraiment se dire : « Oui c’est lui » ou « Non, c’est pas lui ! » Et on progresse tout le temps du procès vers la vérité judiciaire.
Certes, j’ai assisté à des procès dont les verdicts ne me satisfaisaient pas, mais j’ai confiance dans les jurés. Ils découvrent la complexité des affaires, mais la possibilité de faire appel a considérablement changé les choses. On peut revenir sur une affaire et avoir un autre jugement.
Je rêverais d’être jurée un jour pour pouvoir être de l’autre côté… mais je pourrais très bien être récusée !"

3 – Quels sont les trois procès en assises qui vous ont le plus marquée en quinze années de chroniques judiciaires au Monde ?

PASCALE ROBERT-DIARD : "C’est difficile car beaucoup de procès m’ont marquée. Mais dans "Jours de crimes", il y en a deux qui m’ont énormément touchée.
Celui d’Alexandra Lange (32 ans) aux Assises du Nord. Cette mère de quatre enfants devait répondre du meurtre de son mari ; un gitan hyper violent qui a voulu l’étrangler au cours d’un nouvelle dispute,. La légitime défense lui a été accordée, à l’unanimité des jurés avec acquittement au final. C’était là un grand moment de Justice très très émouvant surtout quand on est une femme et cela a permis de prendre encore plus conscience du drame des violences conjugales en France !
Celui de Max le chat est également exemplaire de tout ce qui peut nous toucher intimement et faire qu’un jour on pète les plombs !
Max, c’est le chat. André (73 ans), le voisin de Jean.
Le premier aimait passionnément son chat, le deuxième son jardin.

Un jour, André a pris son revolver et a tiré quatre balles dans le dos de Jean… qui dix mois plus tôt avait criblé de plomb Max le chat.
La vengeance est un plat qui se mange froid !
André a prix douze ans de réclusion criminelle et voit passer les chats errants de sa cellule à Fleury-Mérogis. Ça ne s’invente pas ;André a écrit au juge d’instruction pour lui demander de faire quelque chose pour eux…

Mais mon Panthéon, c’est l’Affaire de l’avocat niçois Maurice Agnelet, présumé assassin de sa maîtresse dont le corps n’a jamais été retrouvé, et dont le propre fils vient trente ans plus tard - j’y étais - déposer contre son père au 3e procès d’assises à Rennes. Là, pour moi qui a tout suivi, c’est un vrai moment de vertige ! »

Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier

 3 QUESTIONS À RENÉ FRÉGNI

BLUES & POLAR : - Tu viens d’obtenir le Prix des lecteurs Gallimard 2018, alors qu’étaient en lice des "mastodontes" comme Jean-Marie Le Clézio, Patrick Modiano, Daniel Pennac, Philippe Labro, Franz-Olivier Giesbert…
Que représente ce prix pour toi qui a souvent eu la dent dure pour les récompenses parisiennes ?

RENÉ FREGNI : "Je suis toujours contre les prix littéraires parisiens qui sont truqués d’avance pour moi, car tout le monde se connaît dans les jurys, et ça donne toujours les mêmes résultats parisiens.
La Province n’est jamais – ou très rarement – au rendez-vous.
Là, c’est un Prix que la maison Gallimard organise chaque année avec Babelio pour partenaire, et elle récompense un de ses auteurs (135 cette année) via des lecteurs qui votent durant un mois en décembre, sur le site de Gallimard, via internet.
En donnant également des appréciations de lecture.
Dans un premier temps, j’ai fait partie des quinze sélectionnés au départ ; ce qui était déjà satisfaisant pour moi, puis j’ai gagné avec "Les Vivants au prix des morts".
C’est Antoine Gallimard lui-même qui m’a remis ce Prix que j’apprécie particulièrement car il s’agit d’une vraie reconnaissance populaire de la France des régions. Je sais ainsi par Antoine Gallimard, que moi le sudiste, j’ai eu beaucoup de votes venant du Nord et de Bretagne, et dans les régions. En conséquence, mon livre est réimprimé avec le bandeau Prix des lecteurs Gallimard 2017 et présenté en tête de gondole en librairie. Et je suis très heureux que pouvoir partir durant trois en tournée dans beaucoup de librairies en France, à Limoges, Strasbourg, Nice…."

"RENÉ FREGNI A REÇU LE PRIX DU CŒUR !"
ANTOINE GALLIMARD

BLUES & POLAR. – Tes deux derniers romans "Les Vivants au prix des morts" comme "La Fiancée des corbeaux" s’inscrivent - malgré quelques épisodes policiers en cours de route - dans une veine poétique amoureuse de la nature, proche de Giono.
Est-ce que le Polar, c’est vraiment fini pour toi ?

RENE FREGNI : "Tu sais, ce titre "Les Vivants au prix des morts" faisait peur à la maison Gallimard, et j’ai dû expliquer d’où venait cette expression que crient les poissonnières sur le Vieux-Port à Marseille quand elles ne veulent pas ramener de poisson à la maison. Elles soldent, en fait !
Et après explication, je les ai convaincus. Pour preuve ; ça a marché auprès du public. Mais moi, j’écris de romans noirs avant tout. J’alterne les contrastes entre le bien et le mal, en fait. Et il suffit d’un rien pour ce ça bascule d’un côté ou de l’autre.
J’ai débuté avec "Les Chemins noirs"..... Là, j’étais parti sur une fable naturaliste quand tout à coup l’évasion de Kader a tout chamboulé…
Mais je travaille comme ça depuis 30 ans.
Là, j’ai deux pistes dans ma tête, et comme je vais faire trois mois de tournée en France, qui vont m’amener des choses, je vais laisser se développer en moi, comme pour une gestation, ces deux pistes.
Et puis un jour, un morceau de réalité, même infime, te percute, et grossit en toi. Et à ton insu parfois, il éclate un beau matin…et ça donne un livre ! »

 LE SCOOP ! GALLIANO-FREGNI RÉUNIS

BLUES & POLAR. Ton écriture a toujours été très musicale.
Elle risque de le devenir encore plus depuis qu’un certain Richard Galliano – le plus célèbre des accordéonistes mondiaux vivant avec Marcel Azzola – t’a téléphoné….

RENÉ FREGNI : « Je connaissais Richard Galliano, le Niçois, comme un extraordinaire musicien capable de passer du jazz au classique en passant par le tango d’Astor Piazzola, mais c’est tout. Et puis, tout récemment, le producteur de Richard Galliano m’a téléphoné en me disant que celui-ci avait lu tous mes livres depuis "Les Chemins noirs" et qu’il voulait faire un oratorio (un opéra sans costumes) avec mes deux derniers livres "La Fiancée des corbeaux" et "Les Vivants au prix des morts". J’ai été plutôt flatté de cet intérêt, et puis Richard Galliano m’a appelé.
Il souhaite réaliser ce projet avec autour de lui l’orchestre symphonique de Nice (50 musiciens) et deux dates sont déjà arrêtées à Paris et à Avignon.
On va donc découper les deux romans pour en faire une histoire soutenue à l’accordéon avec orchestre et chœur. Une tournée mondiale passant par Moscou et Istanbul est en préparation. Richard avait déjà fait un oratorio il y a vingt ans…
Là, c’est carrément magique car c’est un artiste mondialement connu qui me sollicite. Je suis très très honoré. »

Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier

TOUTE L’HISTOIRE DE NOS GRANDES INTERVIEWS....

 A CŒUR OUVERT AVEC... Michel Portos chef doublement étoilé invité d’honneur du 15e festival Blues & Polar

Derrière ses petites lunettes fines, mais à verre épais, Michel Portos livre le regard d’un homme bien dans sa peau, visiblement très à l’aise dans sa ville natale, Marseille, où il peut se livrer - outre la cuisine dans ses restaurants Le Poulpe et Le Malthazar - à ses deux principales passions : la moto et la plongée en mer. Non sans oublier l’OM dont il est un fervent supporter, tout en ayant quelque peu la dent dure pour les joueurs qui depuis l’ère Tapie, selon lui, ne mouillent pas assez le maillot blanc au liseré bleu. Mais ce chef doublement étoilé du temps où il officiait à Bordeaux, sacré « Chef de l’année » pour le Guide Gault et Millau en 2012, est resté un grand voyageur, passionné de la Chine d’où il revient, et de sa cuisine dont il raffole.
Un clin d’œil du destin peut-être, quand on pense à ce petit restaurant chinois situé près du Poulpe sur le Vieux-Port de Marseille, où son père l’emmenait gamin le dimanche avec fourchettes et pain en poche - car il ne supportait pas l’idée de manger avec des baguettes et sans pain - et dont le patron, devenu un ami aujourd’hui - est toujours le même, quarante ans plus tard !
Une belle histoire comme on les aime à Blues & Polar, où depuis quinze ans, faire un festival doit avoir du sens et susciter des émotions. Ce qui explique la venue de Michel Portos pour lancer le thème La Cuisine des mots jeudi 24 août à 18 heures pour l’inauguration du festival à la chapelle de Toutes-Aures.
Car la cuisine, ce n’est pas que des actes, mais aussi des paroles. Nous allons nous en apercevoir au travers des propos de ce chef plutôt médiatique qui ne se la joue pourtant pas une seconde, et ne manie pas la langue de bois.

- BLUES & POLAR. Les mots ont-ils une importance en cuisine ? Et quand ?

MICHEL PORTOS : « Oui, car on a un vocabulaire bien spécifique qui est la base de notre métier. Donc, on répond au chef avec des mots techniques qui tiennent compte de la préparation à effectuer. Ça représente 160 à 200 mots qu’on se doit d’apprendre si on a des ambitions en cuisine. Mais notre métier, en devenant moins artisanal, car certains se contentent d’ouvrir des boites et des conserves, perd ses mots de base. Exemple : une Julienne de légumes qui se prépare avec des légumes frais émondés, ce n’est pas un sac de bâtonnets de légumes. Après, la cuisine c’est aussi très militaire dans son fonctionnement. On dit : « Oui, chef ! » Et puis il y a aussi l’échange avec les clients qui correspondent à d’autres mots. Sans oublier les mots qui définissent les produits cuisinés. Bref, la cuisine est un métier verbal. D’ailleurs, en 35 ans de métier je n’ai jamais croisé un cuisinier muet. »

– BLUES & POLAR. Il y a 40-50 ans, on définissait un plat très simplement, type Bœuf bourguignon, Blanquette à l’ancienne, Escalope Vallée d’Auge, Steak au poivre, Entrecôte marchand de vin, Sole à la Dieppoise… Aujourd’hui, l’intitulé d’un plat peut faire plus de deux lignes sur une carte de restaurant. Pourquoi ce changement ?

MICHEL PORTOS : « Je suis d’accord Jean-Pierre. Avant, on était dans les recettes d’ Escoffier – dont je suis un Disciple – dans toute leur splendeur. Mais les intitulés de recettes à rallonge ne sont arrivés que pour essayer d’aguicher le client. Car à la lecture d’une carte, on sait où l’on va mettre les pieds surtout si elle est énorme. Sur le Vieux-Port à Marseille, on te propose des coquilles saint Jacques à toutes les sauces, et toute l’année, alors que la saison de pêche est très réglementée et va d’octobre à avril. Donc, c’est du surgelé ou de la conserve. Mais l’intitulé de deux lignes permet de noyer le poisson, ou la coquille, et d’abuser le client.
Quand j’avais mes deux étoiles à Bordeaux, je mettais simplement en avant les trois saveurs principales d’un plat. Car les gens s’attachent à l’essence même du plat. C’est-à-dire les deux épices qui parfument le poisson ou la viande, et les légumes qui sont servis avec. Mais c’est vrai qu’aujourd’hui avec les allergies, les sans gluten…. Ça complique la vie ! »

- BLUES & POLAR. Quel est votre mot préféré en cuisine… et dans la vie ?

MICHEL PORTOS : « C’est l’ail ! Je suis obsédé par ce produit et j’en mets partout ! Et aïe aussi pour dans la vie, car il faut se faire mal au travail. C’est la seule façon de diriger sa vie honorablement et c’est ce que je vais porter en prison ou dans les quartiers Nord auprès des mineurs. Quand je parle avec eux, le mot travail revient souvent. Je leur explique que faire le guetteur pour des grands qui trafiquent n’est pas une vie d’avenir et de plaisir. Je tiens ça de mes parents qui étaient de gens de la classe moyenne et qui m’ont élevé dans cette notion. Et le travail m’a sauvé. Quand j’ai choisi de faire cuisine, mon père qui voulait que je sois expert-comptable ne m’a plus parlé pendant dix ans. Pour lui, j’étais un saltimbanque…
Mais quand j’ai eu ma première étoile au Michelin, il a vu qu’il s’était trompé. Néanmoins, la cuisine n’a jamais été une passion pour moi. Mes deux vraies passions ce sont la moto et la plongée sous-marine que je pratique toutes deux dans le monde entier. »

- BLUES & POLAR. Etes-vous un lecteur Michel ?
Et quel type de livres lisez-vous ?

MICHEL PORTOS : « Je lis, mais pas assez à mon goût. Pas au quotidien en tout cas. Je lis des romans ou des livres en rapport avec l’histoire ancienne ou contemporaine. Et j’aime beaucoup Franz-Olivier Giesbert (parrain de votre festival) pour ça, car il est épatant et capable d’écrire avec talent sur ces deux thèmes. J’aime lire quand je pars en voyage en Asie, mais je me souviens avoir écrit des petits romans de science-fiction et même un journal intime. En revanche, mes trois enfants ne lisent pas de livres, scotchés qu’ils sont avec leur tablette… »

- BLUES & POLAR. Dans le savoureux ouvrage qu’est A la Table des diplomates, vous revisitez le Bœuf bourguignon après un exposé sur les crêtes de coq. Pourquoi ce plat au milieu des recettes prestigieuses françaises mêlant poularde, langouste, homard, truffes… ?

MICHEL PORTOS : « C’est un clin d’œil à une recette qui aurait pu être mangée à toutes les époques. Pour moi, c’est le plat qui fait le plus honneur à la cuisine française car on se régale tous avec un Bœuf bourguignon sur la table. C’est un plat qui a voyagé dans le temps et d’ailleurs les Japonais le font aujourd’hui divinement bien. Il faut une bonne viande, un bon vin de Bourgogne et un équilibre avec les légumes. Moi, le mot me fait saliver. Pour parler des crêtes de coq que beaucoup de gens ne connaissent pas, on les utilisait beaucoup dans les fameux Vol-au-vent, mais c’était un boulot de titan pour préparer ces quelques centimètres de viande. Il fallait les passer au vinaigre, les frotter les poncer, les ébouillanter…. Un truc de fou ! »

- BLUES & POLAR. Ce livre paru aux éditions L’Iconoclaste est un monument de l’Histoire de France et de sa diplomatie au travers de la gastronomie française. Est-ce une exception bien française que de conclure les événements internationaux, les traités de paix ou les négociations de toutes sortes par de somptueux repas avec les meilleurs produits de nos terroirs ? Bien manger flatte-t-il les sens et l’esprit ?

MICHEL PORTOS : « Evidemment oui ! Ca flatte l’esprit car c’est le reflet de la gastronomie française. La table compte beaucoup en France, et c’est typiquement français. C’est même une maladie chronique. On parle de bouffe tout le temps. Mais si la gastronomie française a été inscrite au Patrimoine mondial de l’humanité, ce n’est pas par hasard. C’est notre notion du partage qui veut ça. Bref, ce livre A la table des diplomates est vraiment incroyable, car il y a un vrai protocole en ce milieu.
Je suis très pote avec Guillaume Gomez qui est le chef des cuisines de l’Elysée depuis très longtemps et je suis allé avec lui au Salon du livre de Périgueux où était invitée également Mme Mazet-Delpeuch qui fut la cuisinière de François Mitterrand à l’Elysée. Nous avons beaucoup parlé car c’est une femme délicieuse et pleine d’anecdotes. J’ai ainsi su que François Hollande l’avait retrouvée, et invitée lors d’un repas avec l’ambassadeur d’Australie en France. C’était après la signature d’un contrat énorme avec l’Australie pour plusieurs sous-marins. Mais elle n’était pas en cuisine ; à table tout simplement.
Le film Les Saveurs du Palais que vous passez le 25 août en plein air avec Catherine Frot dans le rôle de cette dame est bien conforme à son personnage, mais elle ne dirigeait pas les cuisines de l’Elysée. François Mitterrand l’avait sollicitée pour réaliser ses repas pour de petites tablées. »

LA PHRASE : « JE N’AI PAS DE RELIGION ; J’AI L’OM ! »
MICHEL PORTOS

- BLUES & POLAR. Vous avez écrit Un diner en musique qui mêle un repas conçu en accord avec la musique d’un compositeur classique. Quel genre de musique aimez-vous ?

MICHEL PORTOS : « J’adore la musique classique et je n’écoute que deux radios : Radio Classique et France-info. Mais ce livre a une histoire. Julie Andrieu qui fait Les Carnets de Julie sur France 3 m’a demandé un jour ce que j’aimais comme musique, et elle l’a dit à Olivier Belamy animateur de Radio Classique qui est Marseillais et il m’a invité à son émission. Nathalie Kraft journaliste du Monde de la musique a entendu l’émission et a eu aussitôt l’idée d’un livre mêlant cuisine et musique classique. Et on a fait ça tous les deux. L’étonnant, c’est qu’il vient d’être traduit en chinois et j’ai ainsi dédicacé 200 livres le mois dernier à Canton. Je vais bientôt en Grèce d’ailleurs pour faire la même chose car le livre vient d’être traduit en grec. »

- BLUES & POLAR. Si vous deviez concevoir un repas avec le Chicago blues électrique de Muddy Waters ou Buddy Guy, que nous proposeriez-vous ?

MICHEL PORTOS : « J’irais vers la cuisine asiatique. Je pense que c’est ce qui collerait le mieux à ce type de musique. Avec plein de saveurs épicées comme des détonations dans la bouche. »

- BLUES & POLAR. Quel est votre plat préféré ?

MICHEL PORTOS : « Le rouget de roche ! La complexité de son goût est telle qu’il se suffit à lui-même. On met juste un trait d’huile d’olive dessus et surtout on ne le vide pas ! Mais c’est le couscous qui a baigné mon enfance. C’est un plat magnifique. »

- BLUES & POLAR. Il fut un temps où la cuisine avait complètement disparu des écrans TV. Aujourd’hui, votre meilleur ami Michel Estebech fait un malheur avec Top’Chef sur M6 et il y a des missions de cuisine partout jusque dans le style télé-réalité qui n’est pas du meilleur goût. Que s’est-il passé ?

MICHEL PORTOS : « Je fais partie des gens qui ont participé à toutes ces émissions et je ne vais pas cracher dans la soupe d’autant qu’en octobre je ferai partie du jury de Top’Chef, et que cette émission est celle, qui pour moi, tient le haut du pavé. Je suis bluffé à chaque fois par les jeunes qui participent et l’énergie qu’ils déploient. Mais je trouve qu’on arrive à saturation. Car contrairement à ce qu’on pourrait penser, ces émissions n’ont vraiment aucune répercussion sur les vocations envers les métiers de la restauration dans les lycées hôteliers. L’écueil, c’est que les gens se prennent pour des Chefs dès qu’ils ont suivi une émission à la télé, et tous croient avoir la science infuse. Mais la cuisine, c’est un vrai boulot qui peut être effrayant ! Il y a un travail énorme - et une différence folle - entre le chef d’une brigade dans un grand restaurant et le cuisinier du dimanche. Un peu comme celle qui existe entre un journaliste professionnel et un bloggeur ! C’est autre chose ! »

- BLUES & POLAR. Vous êtes né à Marseille et vous y êtes de nouveau en service. Que vous inspire cette ville ?

MICHEL PORTOS : « J’ai eu la chance de naître ici dans cette ville où règne une mixité incroyable. Et il y a 35 ans quand j’y ai commencé le métier, on mangeait chez des copains algériens, italiens, arméniens, chinois, russes...ça vous ouvre sur le monde d’une façon naturelle. Si en revanche, vous naissez dans le Périgord c’est plus compliqué. Foie gras, truffes, omelette aux cèpes…. C’est super bon, mais moins varié !. Aujourd’hui, un des plats que je préfère est chinois. Ce sont les pattes de poulet sautées dans un wok. C’est délicieux, car la texture et le goût sont incroyables. On se doit d’être ouvert sur le monde quand on fait ce métier. »

Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier

À CŒUR OUVERT AVEC... JACQUES GARCIA

- A la voix, chaude et chaleureuse, on devine de suite chez lui, la passion de la musique chevillée au corps. Mais pas que....
Jacques Garcia a la voix de ceux qui ont le sens du partage et de l’écoute.
Tout simplement, parce que c’est comme ça, et qu’on lui a appris - à une certaine époque - à dire tu, très vite, à tous ceux que l’on aime... même si on ne les connaît pas. Dixit le grand Jacques... Prévert. Sa Maison du Blues vient d’être officiellement inaugurée le 29 avril à Châtres-sur-Cher, loin de Chicago, Memphis ou Detroit. Mais le blues a des racines si profondes qu’il resurgit où on ne l’attend pas, en Afrique ou dans le Berrry. Il suffit juste que le cœur ait besoin de s’exprimer..

BLUES & POLAR : Jacques, pour avoir eu l’idée de créer la première Maison du Blues en France, il faut sacrément aimer cette musique ? Parles-moi de toi un peu, car ça doit être le point de départ ?

JACQUES GARCIA : "Ben oui ! Tout petit, dès 7-8 ans (j’en ai 65 ans aujourd’hui) j’ai adoré la musique. Mes parents allaient souvent danser au bal, et ils m’emmenaient. Mais si j’écoutais de tout, j’ai néanmoins accroché très vite sur la musique américaine, et sur les droits civiques aux USA ; notamment les droits des Noirs, car j’étais surpris et choqué par cette discrimination raciale. On était dans les années 60, et là-dessus le rock est arrivé,. Tout de suite, cette musique m’a emballé.

Et puis un jour, tu découvres ce qui est à l’origine de tout ça. C’était en 1978, à Lyon. J’ai assisté à un concert de Muddy Waters qui jouait dans un festival où Eric Clapton était en vedette, avec plein d’autres musiciens. Je ne sais même plus si son nom était sur l’affiche… Et là, je suis resté scotché devant ce type et je suis vraiment tombé amoureux du Delta blues."

BLUES & POLAR : De là à créer un club de blues en 2017 - presque 40 ans plus tard - que s’est-il passé pendant tout ce temps ?

JACQUES GARCIA :"Ca fait des années que je vais aux Etats-Unis régulièrement avec mon épouse, tu sais. Donc, au début des années 70, non loin de Vienne et Chanas, j’ai créé le Salaise Blues festival dont je me suis occupé huit ans, et qui existe toujours, puis j’ai organisé des tournées avec des musiciens américains que j’ai connus là-bas, et on a même créé un label musical. Puis en 2008, j’ai pris ma retraite et j’ai créé un club de jazz à Ampuis (69). On était à la maison carrément, on avait soixante-dix places et l’expérience a duré trois ans. Cependant, avec ma femme, on voulait se fixer dans un endroit plus à la campagne pour y créer quelque chose de sympa et musical, et on a trouvé à Vendôme dans le Loir-et-Cher. Il y avait un ancien bar-restaurant qui était vendu aux enchères. On l’a acheté à un prix très intéressant et on l’a retapé. Les gens du village ont vu plutôt ça d’un bon œil, car dans ce Centre de la France il y a besoin de loisirs et de culture aussi. On a pensé dans la foulée, qu’on pouvait créer du lien social au travers d’un vrai club (80 places maximum) qu’on a appelé tout naturellement « La Maison du Blues".

On va donc accueillir (dès le 29 avril), un groupe blues chaque samedi soir sur scène, avec des sets de 45 minutes. il y a évidemment un bar, et on peut casser une petite croûte aussi.. Mais l’esprit, c’est de rester toujours à la taille d’un club où l’on écoute du blues, et on discute ensuite... Et c’est Bobby Rush qui a accepté d’être le parrain de cette Maison du blues.

BLUES & POLAR : Quelle est la vocation de cette Maison du blues à plus longue échéance ?

JACQUES GARCIA : ça fait dix ans que j’ai envie de créer un vrai musée du blues en France, car depuis le temps que je vais aux Etats-Unis, j’ai plein d’objets divers se rapportant au blues, notamment des guitares de bluesmen que je souhaite préserver. D’où l’idée d’une fondation dénommée « Blues préservation & project » afin de mettre en place ce principe qui entrera ensuite dans le patrimoine commun. Le Musée européen du Blues, qui sera le premier à voir le jour en France en 2019, a le soutien de la communauté de communes du Romorantinais et du Monestois (40 000 € pour la construction) et du Crédit Mutuel de Blois.

BLUES & POLAR : Le Berry et la région Centre qui ont accueilli de nombreuses bases américaines dans leur histoire récente (Châteauroux-Déols notamment) sont-ils des terres de blues ?

JACQUES GARCIA : Les villes qui ont accueilli ces bases aériennes organisent en ce moment des commémorations des guerres 14-18 et 39-45 et la musique en fait évidemment partie. Donc, on veut s’en inspirer. Car avec les châteaux de la Loire à proximité, il y a beaucoup d’Américains qui viennent vers chez nous. Je pense que l’été, un club comme le nôtre avec ses 80 places, accueillera des visiteurs de passage… mais on a déjà une base locale et régionale au travers des nombreux groupes de blues de la région qui commencent à nous contacter.

Alors, good luck Jack !

Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier

UN PARRAIN NOMMÉ BOBBY RUSH

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Bobby Rush, de son vrai nom Emmit Ellis Jr, est né le 10 novembre 1941, à Homer (Louisiane). Il a commencé à apprendre la musique auprès de son père, pasteur, qui joue de la guitare et de l’harmonica. Après un séjour à Pine Bluf (Arkansas) où il rencontre Elmore James, sa famille s’installe à Chicago en 1953.
Bobby Rush joue alors dans des clubs de blues et commence à enregistrer ses premiers disques. Il obtient son premier succès en 1971 avec Chicken Heads chez Galaxy Records. Puis il s’établit à Jackson (Mississipi) où il enregistre plusieurs disques pour Malaco Records. En 1979, son 33 tours Rush Hour, produit par Kenny Gamble et Leon Huff pour Philadelphia Recors, rencontre un grand succès. Mais en avril 2001, le bus de sa tournée connait un accident, faisant un mort et plusieurs blessés, dont Bobby Rush lui-même hospitalisé. Il a néanmoins repris ses tournées en 2003. Jacques Garcia l’a rencontré à de nombreuses reprises et il a accepté d’être le parrain de cette Maison du Blues, en France.

* Renseignements : La Maison du Blues. Contact : BLACK JACK BLUES ASSOCIATION. Jacques Garcia, 2, la Bourdoisière. 41160. Saint-Hilaire-la-Gravelle. Tél : 06 66 42 70 24 ou 02 36 45 91 23. Courriel : lamaisondublues@gmail.com


À CŒUR OUVERT AVEC...
PIERRE POUCHAIRET

* Pierre Pouchairet - invité au 13e festival Blues & Polar en 2015 - a reçu le 15 novembre 2016 à Paris, le Prix du Quai des orfèvres 2017 pour son roman "Mortels trafics" (éditions Fayard), en présence de Christian Sainte Directeur de la Police judiciaire, président du jury et de Franz-Olivier Giesbert membre du jury, parrain du festival Blues & Polar.
La remise du Prix s’est déroulée pour la dernière fois au fameux 36 Quai des orfèvres, puisque la PJ va déménager en 2017 dans le XVIIe arrondissement.

* Pierre Pouchairet – un des piliers des éditions Jigal Polar à Marseille - a été en charge de l’ensemble de la Coopération française en Afghanistan de 2006 à 2010. Mais il a également été chef de groupe aux Stups et attaché de Sécurité intérieure à Kaboul, puis au Kazakhstan.
Pierre Pouchairet était un de nos invités lors du 13e festival Blues & Polar consacré au Secret, pour ses livres "Des flics français à Kaboul" , "Une Terre pas si sainte", et notamment "La Filière afghane" qui nous avait sérieusement interpellés à sa lecture.

Un ouvrage prémonitoire qui - malheureusement – a confirmé toute sa véracité le vendredi 13 novembre, il y a un an déjà, avec les 130 assassinats commis sur des innocents, par des islamistes radicaux sans foi, ni loi, au Bataclan et dans les rues de Paris. Le vendredi 13, le plus noir de toute notre histoire !

* Avec ce "Prix du Quai des Orfèvres 2017" décerné à Pierre Pouchairet, venant après le "Prix Quais du polar 2016" décerné à Lyon à Olivier Norek "Coup de cœur Blues & Polar-Comtes de Provence en 2015" (tous les deux ci-dessus à Blues & Polar) , c’est une belle reconnaissance qui rejailli sur notre comité de lecture qui - comme pour Olivier Norek - avait juste un peu en avance.

* Nous vous proposons de retrouver l’Interview de Pierre Pouchairet effectuée l’an dernier, et qui - plus que jamais - est toujours d’actualité.
Cette interview a été réalisée - rappelons-le - avant la tragédie du 14 juillet à Nice et l’assassinat du père Jacques Hamel le 26 juillet de cette année à Saint-Etienne-du-Rouvray.

Votre dernier roman "La Filière afghane" écrit avant les attentats de Charlie Hebdo, et publié par choix personnel en mai 2015 seulement chez Jigal Polar, résonne une nouvelle fois comme une prémonition... après les attentats de Paris au Bataclan, au Stade de France et aux terrasses des cafés !
Vous y racontez un massacre commis à la Kalachnikov... sur un marché de la Creuse ; en pleine France profonde et rurale ! Selon vous, il fallait donc s’attendre à voir des kamikazes "made in France" s’exploser sur notre sol, comme sur les marchés en Irak ou au Pakistan, et massacrer ainsi n’importe qui, à l’aveuglette dans une salle de spectacle ?

PIERRE POUCHAIRET : « Ben oui ! C’était à prévoir ! D’ailleurs le gouvernement et l’Etat nous avait mis en garde, et ils ne se sont pas trompés. Moi, je m’y attendais depuis 2014, et d’ailleurs mon roman "La Filière afghane" a été écrit bien avant les attentats de Charlie-Hebdo.
Mais on n’a pas voulu le sortir début février 2015 comme c’était prévu. Cela aurait semblé vouloir surfer sur le malheur…
Je pense qu’il y a des gens qui sous couvert de lutte religieuse veulent abattre l’Occident et nous sommes devenus un objectif pour eux. Et comme il y a une radicalisation religieuse dans les banlieues, on pouvait s’y attendre. Comme on doit s’attendre à d’autres attentats, car c’est impossible dans un état de Droit comme le nôtre de se défendre complètement et d’assurer qu’il ne se passera rien.
Il faut donc faire confiance au gouvernement. Mais pour assurer le maximum de protection, il faut accepter que l’on fasse des choses inhabituelles. C’est à nous tous d’être vigilants. »

"LE CRIME DE SANG, C’EST LE REFLET DES PROBLÈMES DE NOTRE SOCIÉTÉ, BIEN PLUS QUE LA GRANDE CRIMINALITÉ.
À LA CRIM ON EST COMME DES MÉDECINS, ON COTOIE LA MALADIE, LES ACCIDENTS, .. LA SOCIÉTÉ. LA VIE !!! "

Qu’est-ce qui vous a donné envie d’écrire ? Le fait d’être à la retraite, d’avoir du temps, et d’avoir été un observateur privilégié ?

PIERRE POUCHAIRET : « C’est tout ça ! J’ai pu matérialiser cette envie en n’exerçant plus mon métier de flic, car celui qui m’explique qu’ il fait totalement son boulot de policier sur le terrain, tout en ayant le temps d’écrire un livre, je n’y crois absolument pas ! En activité, c’est carrément impossible ! Mais j’avais envie de témoigner, notamment pour ma fille aujourd’hui âgée de 38 ans, pour qu’elle comprenne mieux ce que faisait son papa quand elle était ado. Notamment sur le temps que j’ai passé à Kaboul.
Ce qui m’intéresse c’est de faire partager des enquêtes que j’ai effectuées, et c’est vrai qu’ il y a un gros côté autobiographique quand je parle de ma carrière à Nice. D’ailleurs, mon commissaire s’appelle Gabin… et c’est le prénom de mon petit-fils. Mais je trouve aussi que pour un lecteur c’est plus sympa de découvrir un pays comme l’Afghanistan au travers d’un polar, car le polar est devenu un miroir de la société. »

Quand on lit votre deuxième livre "Une Terre pas si sainte" paru chez Jigal polar, on comprend très vite que ce roman dit de fiction est d’une implacable réalité sur tout ce qui se passe entre Israéliens et Palestiniens.
Mais pourquoi donc ces territoires sont-ils voués à être inexorablement un brûlot ? Y vit-on encore comme au Moyen-âge avec des coutumes religieuses infernales et intolérantes, tout en sachant manier remarquablement internet ?

PIERRE POUCHAIRET : « On n’y vit pas comme au Moyen-âge, mais des deux côtés, la religion a développé l’intolérance. Chacun a le sentiment d’être l’élu et veut imposer sa croyance qu’elle soit chrétienne, juive ou musulmane. Et il y a une lutte évidente… par la démographie ! Chacun s’éloigne le plus de l’autre ; et il n’y a pas de place pour comprendre l’autre.
Autant je pense qu’on pourra battre Daech, que franchement je ne vois pas de solution pour ces territoires. Je suis vraiment très très pessimiste.
Peut-être un vrai partage des terres un jour pourrait amener la paix… Mais on n’est pas du tout dans le schéma du Mur de Berlin à l’époque de l’ex URSS. Là, Israël et Palestine ne voient la victoire que par l’écrasement de l’autre. Pour un raisonnement occidental, c’est très difficile à comprendre ; et encore plus pour nous, qui prônons la laïcité. Là-bas, c’est impossible, car ce mot n’a aucun sens des deux côtés ! »

Dans votre essai "Des Flics français à Kaboul", vous écrivez que trois millions d’Afghans participent au trafic de drogue ; de la culture du pavot au cannabis, jusqu’à leur transformation, et que la production de cannabis afghan est la première au monde. Mais vous dites aussi qu’on ne peut pas être à un poste de responsabilité en Afghanistan sans être lié, d’une façon ou d’une autre, au trafic...
Verra-t-on quand même un jour les paysans afghans cultiver des tomates et des salades ? Ou faut-il souhaiter le retour des Talibans qui avaient réussi à éradiquer le trafic de drogue au début des années 2000 ?

PIERRE POUCHAIRET : « C’est vrai que pendant la période où les Talibans ont dominé le pays, le trafic d’opium avait été éradiqué. Car c’était contraire à la religion. Ça c’était arrêté très vite !
Le sud de l’Afghanistan est très agricole, et les paysans, effectivement, vendaient des tomates et des salades à Kaboul. Mais tout a changé après le 11 septembre, et la venue des Américains en Afghanistan pour y déloger Ben Laden.
Il y a eu d’un coup la nécessité d’avoir des financements pour lutter contre l’occupant américain, et la machine agricole à opium s’est remise en marche, sans se soucier de la religion. Et les Talibans se préparent de nouveau !
N’oublions pas - dans un autre domaine - que le frère du président Armin Karzaï était un trafiquant.
La corruption, c’est la manière de fonctionner dans cette société. Du flic qui touche quelques billets pour un feu rouge grillé jusqu’au commissaire qui en prend une partie ; tout ça redescend finalement jusqu’à une famille au bout de la chaine. Les policiers sont 100 000 actuellement en Afghanistan et ils touchent un salaire mensuel de 150 dollars ! Résultat : il y a 2000 policiers tués par an par les Talibans.
J’ai été témoin d’un kamikaze qui s’est fait exploser pas loin de moi dans un car transportant 30 professeurs de l’Académie de police de Kaboul. Je suis arrivé quelques minutes plus tard sur place ; il s’était déguisé en policier !
Pour beaucoup, même si certains sont sûrement drogués au Captagon comme on l’a vu récemment sur un documentaire, c’est un endoctrinement religieux et la certitude d’aller au paradis.
Pour l’avenir, peut-être que si on laissait faire les Afghans maintenant, ils ne referaient plus la même erreur que celle d’accueillir Ben Laden. Mais ça ne serait sûrement pas la démocratie comme on nous l’entendons. En fait, il y a Kaboul avec des gens qui pensent comme nous, à l’Occidentale… et l’Afghanistan !
Mais c’est tout de même choisir entre le moyen-âge et l’âge de pierre."

Vous avez débuté votre carrière policière à la PJ de Versailles, puis Nice et Grenoble, avant de partir au Proche-Orient. Quel regard portez-vous sur l’évolution de la société au travers de ces années passées au service de la France ?

PIERRE POUCHAIRET : "J’ai vraiment adoré mon boulot, car le flic est un observateur privilégié de la société. D’une société qui amène certaines personnes à faire des conneries. D’ailleurs, j’ai commencé à la Brigade criminelle. Et là, très souvent les meurtres sont la conséquence de problèmes de couple ou d’alcool. Parfois, les deux. Mais le crime de sang, c’est le reflet des problèmes de notre société, bien plus que de la grande criminalité. A la Crim’, on est comme les médecins, on côtoie la maladie, les accidents… La société ! La vie ! "

Si c’était à refaire, vous recommenceriez, ou vous choisiriez un autre métier ?

PIERRE POUCHAIRET : "Non, je le referais. Parfois, je regrette même de ne plus être en activité. Quand tu lis le journal et que tu regardes la télé, tu raisonnes toujours en flic ; comme toi, en journaliste ! Et là, des fois, j’aimerai bien commencer l’enquête. Mais je le fais à travers Gabin, mon héros commissaire, qui s’inspire de mes propres enquêtes."

Propos recueillis par Jean-Pierre Tissier

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A CŒUR OUVERT AVEC.... PASCAL THIRIET
"Coup de cœur Blues & Polar 2016"

Après Jean Bulot, Fabienne Boulin-Burgeat, Ingrid Astier, Maurice Gouiran, Jacques-Olivier Bosco et Olivier Norek, vous êtes le 6e "Coup de coeur Blues & Polar/Comtes de Provence" pour votre roman "Au Nom du fric" paru chez Jigal/Polar.
Que ressentez-vous ?

PASCAL THIRIET : "Je ne publie que depuis quatre ans, via trois polars déjà parus chez Jigal, et je ne suis pas du tout habitué aux honneurs des Prix littéraires. C’est d’ailleurs mon premier Prix, et c’est formidable que ce soit à Manosque, car mon père qui était pied-noir était un grand admirateur de Jean Giono. Il me le citait très fréquemment pour donner un exemple... Alors, que mon premier Prix arrive à Manosque au pays de Giono, ça me touche énormément, car mon père - aujourd’hui décédé - aurait été ravi. Ca me fait vraiment très plaisir."

Votre roman "Au Nom du fric" nous révèle un monde de la finance totalement véreux, cruel, caricatural, et sans vergogne. Vous avez déjà pénétré ce milieu, où (dites-vous) 50 000 personnes suffisent à faire tourner le monde ?

PASCAL THIRIET : "Je ne l’ai pas pénétré, mais je l’ai côtoyé par ma famille. Cependant pas au niveau que je décris dans mon livre... Il suffit en revanche d’ouvrir les yeux et de voir ces vieilles familles qui dirigent des empires. Marcel Dassault était un ingénieur de formation qui a tout réussi (aéronautique, presse...) Il a bâti une fortune colossale en étant compétent et dans le rêve. Mais regardez aujourd’hui son fils Serge impliqué dans de nombreuses affaires politiques mêlées à des faits divers et à la Justice. Idem pour Arnaud Lagardère, le fils de Jean-Luc Lagardère magnat de la haute technologie (Matra) et de la Presse, qui petit à petit dilapide les acquis de son père... Mon état d’esprit, c’était de faire un livre qui fasse un état des lieux de la haute finance, pour voir comment ça marche et avec quelles règles. Mais les règles, ce sont eux qui les font. Car pour eux, ils ne relèvent pas de la même morale que les autres."

Dans ce livre on assiste à une vraie "baston de millionnaires", comme vous l’écrivez. Ces gens- là jouent-ils en permanence ? Et est-ce là, leur (bon) plaisir ?

PASCAL THIRIET : "Oui bien sûr ! D’ailleurs leurs métaphores empruntent le même vocabulaire que celui du casino. Ils veulent prendre la main, bluffer... Néanmoins, le recours à la violence est plutôt brouillon chez eux. Ce ne sont pas des professionnels de l’élimination, mais la dimension du jeu est à prendre en considération. On retrouve donc des types qui veulent utiliser des clubs de golf, des fusils de chasse de collection, ou des voitures de grand luxe qui sont reconnaissables entre mille. On est dans une réflexion de type dynastique avant tout, avec les côtés gamins et enfantins que cela comporte."

Des faits réels vous-ont-ils inspiré dans "Au Nom du fric" ?

PASCAL THIRIET : "Oui ! Et ils ne sont pas du tout confidentiels. Ces informations sur le monde du pouvoir je les trouve souvent dans le journal "Les Echos" , type dépêche froide de trois lignes, assez discrète, sur une société rachetée ou en vente. Mais on vit une époque très particulière avec des mecs de Droite qui font une différence entre l’économie réelle et l’économie de la finance. Et puis l’économie fictive type Facebook qui vaut des milliards sans rien vendre et sans faire de fric..."

Le Polar est-il votre style naturel principal, ou écrivez-vous aussi d’autres formes de littérature ?

PASCAL THIRIET : "Je lis peu de polars, et j’écris effectivement dans d’autres domaines. Mais c’est intimidant d’écrire, car au départ je suis prof de maths. En revanche, j’aime les projets collectifs. En ce moment, j’ai un projet de polar, mais avec des textes courts venant chaque fois en illustration d’un cliché pris par une photographe dont j’apprécie le travail. C’est assez excitant, et on prépare une exposition à Montpellier."

Le thème du 14e Blues & Polar est " Le Jeu sous toutes ses formes". A quoi pensez-vous instantanément ?

"Le monde de la finance, tout de suite ! Car on y joue la peau des autres, carrément !"

Vous parlez régulièrement de Sète dans vos livres, au point même de donner la recette de la macaronade ; un plat de viande qui tient particulièrement au corps...

PASCAL THIRIET : "Sète, c’est mon coup de coeur ! Je suis un Méditerranéen, je fais beaucoup de voile, et je voulais habiter un port. Donc j’y habite, en me partageant avec la Corse. Et puis l’autre attrait de la mer pour un romancier en quête d’histoires, c’est que quand tu es en short sur un bateau, les gens parlent plus facilement, qu’ils soient riches ou pas... Et une macaronade, ça aide pour la convivialité !"

JPT

À CŒUR OUVERT AVEC... JEAN-LOUIS PIETRI

- Déjà venu à Blues & Polar pour y présenter son livre "Marseille opus mafia" lors de notre édition dédiée à "Marseille bleue, Marseille noire", l’ancien grand flic de la PJ chargé de l’enquête sur l’assassinat du Juge Michel, revient à Manosque cet été avec sous le bras, un joli pavé passionnant consacré au Marseille des années 30, joliment nommé "La Malfamée".

* Vous avez peut-être déjà remarqué chers lecteurs et internautes que j’utilise souvent le tu pour ces interviews à cœur ouvert, au lieu du vous, plus conforme à l’éthique, que j’ai toujours utilisé dans les colonnes de La Provence pour mes interviews pendant 35 ans. Mais lorsqu’un invité arrive au festival Blues & Polar de Manosque, il repart très souvent en ami, et lorsqu’il revient on l’accueille comme tel, en pensant à Prévert qui écrivait "Je dis tu à tous ceux que j’aime… même si je ne les connais pas."

D’où vient cette idée de remonter au Marseille de l’entre-deux guerres (1914-18 et 39-45) pour en faire un pavé passionnant et hyper documenté qui a du nécessité de longs mois de travail et de consultation d’archives ?

JEAN-LOUIS PIETRI : « En fait, j’ai écrit ce livre il y a deux ans à la demande de mon ancien éditeur, mais ce dernier a trouvé que ces histoires étaient trop marseillo-marseillaises. Le livre, malgré ma déception, est donc resté en stand-by, mais Pierre Gaussen éditeur marseillais spécialiste de l’histoire m’a convaincu de le poursuivre en éditant chez lui. Et j’ai découvert à cette occasion des archives policières, notamment sur le jeu, qui sont rarement consultées. Car je ne voulais pas faire un catalogue, mais une plume buissonnière avec des anecdotes. Tu sais, mon père a été apprenti jockey à Marseille, et tout gamin, j’ai été fasciné par ce milieu des courses, bien que mon père ait été un honnête homme. Mais il a vécu un an en Amérique et il me racontait souvent cette période des « beaux mecs »… Dans les années 30, les caïds (ces beaux mecs) ont tout inventé à Marseille. Ils ont arrêté de faire des coups, et se sont lancés dans le business en se comportant comme des chefs d’entreprises. Que ce soit dans les armes ou la drogue…
Mais Marseille dans les années 30, c’est aussi une ville braillarde où il fait certes bon vivre, mais l’arrivée de ces gangsters nouveaux génère des connections politico-mafieuses. Et c’est de là que naît la réputation sulfureuse de Marseille via la presse d’investigation qui déclenche ce phénomène en dénonçant ces fameuses connections entre grand banditisme et hommes politiques. On en parle alors jusqu’aux USA, notamment dans le Chicago Tribune…
Je suis donc rentré dans la police pour voir un peu ce qu’était ce grand banditisme, mais j’ai été déçu par ce soi-disant code d’honneur qu’on disait en vigueur. Tu parles ; c’est de la foutaise ! »

Tu évoques les bookmakers, les parties de poker, les courses hippiques et les combines d’arrière-salles dans le Marseille des années 30... Jouerait-on et combinerait-on dans le sud plus qu’ailleurs ?

JEAN-LOUIS PIETRI : « A mon avis, on joue surtout dans les pays pauvres. Et on le constate dans les périodes de crise où les jeux de hasard sont très prisés. C’est d’ailleurs une période qui ressemble étrangement à celle que l’on vit aujourd’hui où l’on connaît deux phénomènes importants : la délinquance alimentaire et les jeux. Et ça va se généraliser à mon avis. »

Ce Marseille des années 30 est-il si différent de celui d’aujourd’hui ? On y flinguait déjà beaucoup semble-t-il ?

JEAN-LOUIS PIETRI : « Exact ! Ca flinguait beaucoup en 35-36 ! Il y avait plus de 30 assassinats par an déjà. Mais la drogue avec une telle présence comme aujourd’hui ça n’existait pas. Il y avait de l’opium certes, mais la coke c’était à Paris dans les beaux quartiers et il y avait aussi un peu de cannabis… Mais le danger vient de toutes ces armes venues chez nous après le démantèlement de l’URSS et des Pays de l’Est tous hyper corrompus et surarmés. Aujourd’hui pour 500 € tu as une Kalachnikov. Dans les années 30, les armes n’étaient pas si nombreuses. Les caïds trafiquants faisaient peur et c’était pyramidal. La mort de Mémé Guérini a sonné le glas de toute une époque. Les petits dealers ont innové avec les « go-fast » pour ramener de la drogue d’Espagne et traverser le pays de nuit avec des voitures super puissantes. Mais l’évolution du banditisme a suivi celle de la société. Tous ces petits dealers qui ont pu se développer au nom de la paix sociale vont s’entretuer entre eux, bien que les dommages collatéraux commencent à se produire.
Et ce n’est pas la Légion dans les cités comme propose une sénatrice marseillaise qui va régler le problème. Pour moi, il faut une politique de Santé publique très forte pour faire comprendre l’enjeu de ces saloperies trafiquées que les gens prennent ou s’injectent, et éradiquer ces dealers avec de vrais moyens policiers renforcés. Car chaque fois que la police républicaine recule, que se passe-t-il ?
Eh bien, c’est la barbarie dans les quartiers ! Aujourd’hui, plus personne ne va voir la police pour régler un problème. On va voir les caïds dans les quartiers nord. Regarde, les jeunes policiers de la BAC de Marseille, au bout d’un moment ils finissent eux-aussi par rentrer dans ce système à la con. Ils oublient de rendre le shit qu’ils ont récupéré et c’est le doigt dans l’engrenage…
Légaliser le cannabis, moi je veux bien ; mais ces gangs de quartier, ils vont faire quoi ? T’ouvrir la porte quand tu vas au supermarché ? »

Après tant d’années dans la Police, comment t’es venu ce goût de l’écriture qui semble d’ailleurs toucher de nombreux flics aujourd’hui, même en activité ?

JEAN-LOUIS PIETRI : « Le goût d’écrire, c’est vraiment très ancien pour moi. Ça remonte à 1983… mais je n’ai jamais écrit en étant dans la poulaille, bien qu’ayant été présent à l’arrestation de Gaëtan Zampa et chargé de l’enquête sur l’assassinat du juge Michel sur le Bd Michelet à Marseille en 1981.
A cette époque, le maire de Marseille s’appelait Gaston Defferre, le patron du quotidien Le Provençal, s’appelait Gaston Defferre… et le ministre de l’Intérieur s’appelait Gaston Defferre ! Cet assassinat du juge Michel, a donc suscité une vague de réactions incroyables et une émotion énorme. Car si à Lyon, le juge François Renaud avait été assassiné en 1975, il n’y avait jamais eu un tel acte à Marseille. Et ça a énervé Gaston ! J’ai donc bossé comme un fou, au point de me retrouver au bord du « burn out ». Et comme je ne dormais plus, je me suis mis à écrire une histoire sur mon village que j’ai fait éditer à compte d’auteur. L’éditeur marseillais Tacussel l’a eue ensuite entre les mains et il m’a proposé de continuer à écrire sur la région. Ce que j’ai fait, et j’ai même obtenu le Prix de l’Académie de Marseille. Aujourd’hui j’en suis à mon douzième roman. J’ai même écrit des livres pour enfants ; c’est dire… »

Pour écrire dans ton style dont certaines envolées rappellent les savoureux dialogues de Michel Audiard dans Les Tontons flingueurs, as-tu besoin de calme, ou d’agitation urbaine ?

La phrase : " Légaliser le cannabis, moi je veux bien ; mais ces gangs de quartier, ils vont faire quoi ? T’ouvrir la porte quand tu vas au supermarché ? "

JEAN-LOUIS PIETRI : « Tu sais, Frédéric Dard, Antoine Blondin, Michel Audiard, Céline, René Fallet… font partie de mes références littéraires. Mais je vais toujours me réfugier au fin fond de l’Aubrac (là où les portables ne passent pas) pour fignoler mes livres. »

Jouer, ça veut dire quoi pour toi ?

JEAN-LOUIS PIETRI : « Ah ! Jouer pour moi ; c’est jouer aux courses hippiques ! C’est à cause de mon père qui m’emmenait au parc Borély à Marseille. Il était un joueur acharné et je vais te raconter une anecdote vraie pour terminer. J’avais 12 ans. Ma mère tenait la bourse, mais mon père jouait aux courses. On va à Borély, il joue… et perd tout ce qu’il avait sur lui. On était raide, et quitte pour rentrer à pied à La Plaine, à l’autre bout de Marseille.
C’est là que je vois mon père qui s’engouffre dans un taxi où deux personnes (en fait des voisins à nous) venaient de pénétrer. Ces derniers, sympas, nous accueillent. A l’arrivée à La Plaine, mon père pourtant raide de chez raide fait le pari de jouer au grand seigneur… et propose de payer. Moi j’étais terrorisé à l’idée de perdre la face, mais le voisin a insisté pour payer le taxi. C’est ça le jeu ; et pourtant, mon père n’a jamais fait un tiercé de sa vie. »

JPT

À CŒUR OUVERT AVEC... RENÉ FREGNI

- Parrain de notre festival, René Frégni vient de publier un nouvel opus intimiste sur sa vision du monde qui l’entoure. C’est chez Gallimard dans la prestigieuse Collection Blanche...

Dès ses premiers écrits - à l’image des Chemins noirs - René Frégni nous a habitués aux ambiances noires et violentes. Mais il sait aussi, au gré des années qui grisonnent les tempes des hommes, planter sa plume acérée et riche dans l’encre poétique et littéraire. Là où les mots prennent racines au cœur des pages pour nourrir notre imaginaire.
Je me souviens de tous vos rêves, nous livre comme une ode à la nature et à la mélancolie, dans le droit-fil de La Fiancée des corbeaux écrit en 2011.
Non sans avoir, dès les premières pages, jeté sa rage (bien légitime) sur dix années de face-à-face avec la Justice et un juge étrange ne le regardant jamais dans les yeux.
Une Justice qui – avec un autre juge, et dix ans plus tard - a fini par prononcer ces deux mots accolés l’un à l’autre : Non-lieu !

Un Il n’y a pas lieu de poursuivre synonyme de relaxe et d’excuses de la Justice qui a inexorablement débouché sur un immense soulagement, entaché cependant d’une grande lassitude devant tout ce temps perdu qui ne se rattrape guère, et ce temps déchu qui ne se rattrape plus. Il en résulte un livre d’errance apaisée, presque mystique parfois… Même si le diable s’y réveille parfois en Prada, fantasmant sur (et sous) les mini-jupes des filles qui se promènent dans les rues de Lons-le-Saulnier au hasard des vitrines… « Lent flamenco des talons-aiguilles sur le pavé de ces zones érogènes dites piétonnes, écrit-il. Avant d’enchainer : « Je ne choisis pas mes rêves ; ils m’apportent ce qui me manque le plus… »
René Frégni trouve au fil des lignes, l’occasion de rêver sur un essentiel et une simplicité frugale qui nous manque tant. Il écrit pour nous faire ouvrir les yeux tout grand, et (enfin) voir la beauté du monde qui nous entoure ; notamment en Haute-Provence. Celle de Giono omniprésent dans les pleins et déliés de son écriture. Il écrit pour nous faire fermer les yeux, et rêver l’essentiel, après être tombé sous le charme d’un vol de corbeaux à Malaucène ou sur les greniers ouverts de Manosque, voire d’un figuier qui pousse dans les rues de notre mémoire. Un livre en forme de « Remèdes à la mélancolie » qui pourrait s’inviter chez Eva Bester dans sa magnifique émission du même nom, chaque dimanche matin sur France Inter. René Frégni y serait comme à la maison, sous et sur les toits de Manosque, dont il observe les soubresauts avec jubilation et mélancolie.

JPT

Depuis quelque années, tu alternes l’écriture d’un polar avec celle d’un roman littéraire. Est-ce voulu, calculé, prémédité avec ta maison d’édition… Ou est-ce le hasard qui décide ?

- RENÉ FREGNI : « Je me laisse aller à la souplesse de la plume, au gré des saisons…. Donc, je ne calcule rien. Mais c’est vrai qu’à mes débuts d’écrivain, j’ai eu comme un flot noir qui devait sortir de moi, et il était très important. Ça a donné Les Chemins noirs, Tendresse des loups, Les Nuits d’Alice, Le Voleur d’innocence, Où se perdent les hommes. .. jusqu’à Tu tomberas avec la nuit.
Et puis un jour, j’ai eu besoin de douceur et de tendresse, immensément.
Tu sais quand on dépasse la cinquantaine, la libido fougueuse qui nous anime depuis l’adolescence, se calme et s’émousse. Quand j’étais jeune, je lisais beaucoup de romans noirs d’après-guerre, et j’aimais prodigieusement ces actrices blondes platine aux grosses poitrines qui jouaient des garces… Là, depuis 4-5 ans j’ai eu besoin de me replonger dans la nature. Et cela a donné la Fiancée des corbeaux , puis Sous la ville rouge (polar) et de nouveau un livre plus poétique avec Je me souviens de tous vos rêves. C’est comme ça ; je ne calcule rien. Ce sont les événements qui décident. Je ne décide pas d’écrire en fonction d’une certaine mode. Moi, j’ai besoin que la vie m’apporte la chair d’un livre. Et ça finit toujours par arriver ! »

De quelle manière ?

RENÉ FREGNI : « En janvier, j’avais commencé un nouveau roman qui prenait plutôt une tournure paysagère contemplative comme La Fiancée des corbeaux , mais arrivé à la page 20, donc au tout début du livre, j’ai reçu un coup de fil d’un ancien détenu des Baumettes qui venait d’être libéré après 20 ans de prison, et que j’avais eu régulièrement dans mes ateliers d’écriture. Je l’ai accueilli et il m’a raconté une histoire folle qu’il a vécue … et qui est toujours d’actualité !
Et je me suis mis à écrire alors, un roman noir.
Tu sais, je ne vis pas dans une tour d’ivoire. Il y a des écrivains qui écrivent en se documentant pendant des années sur certains faits pour faire un roman. Moi j’ai toujours laissé la vie se poser sur mes épaules. Et il y a même quelques vautours qui s’y posent … et me dictent les lignes de mon nouveau roman ! L’alternance de mes livres est liée à la vie. »

Au début de ton livre, tu évoques de nouveau ton Affaire de blanchiment d’argent présumé, qui t’a valu d’être placé en garde à vue menottes aux mains à l’Evêché à Marseille, et le procès dix ans plus tard à Digne-les-Bains, où tu te retrouves assis sur le banc où était assis Gaston Dominici… il y a un demi-siècle. Malgré ta relaxe et les excuses de la Justice, la plaie n’est pas refermée ?

RENÉ FREGNI : « Elle est pleine cicatrisation aujourd’hui ; mais peut-être pas ma fille qui a beaucoup souffert de l’image de son père menotté, pour en arriver là, dix ans plus tard ! Moi, désormais c’est du passé. J’ai passé quatre jours en garde-à-vue dans une cellule avec un gars du grand banditisme. Il m’a parlé de sa vie de braqueur ; moi je lui ai parlé d’écriture. De ces quatre jours-là, j’en ai fait des romans. Je suis revenu sur tout ça dans le livre pour clôturer le chapitre. Car j’ai rencontré à Digne, au tribunal, le président Ollive, un vrai juge qui sait écouter, comprendre… et qui m’a réconcilié avec la justice. Il a lu mes livres et je le revois de temps en temps… C’est un homme bien, plein d’humilité. Le juge Segonnes qui est aujourd’hui au placard à Grasse avait un égo surdimensionné. Il voulait voir son nom dans les journaux. Et surtout, il ne me regardait jamais dans les yeux… comme Marcelo Bielsa, l’ancien entraineur de l’OM en conférence de presse. »

Dans ce procès en Correctionnelle, tu évoques aussi le jeu des avocats, leurs effets de manche et de verbe, le vocabulaire précieux des magistrats parfois digne d’une pièce de théâtre de Molière… Est-ce à dire qu’être innocent ne suffit pas forcément pour être blanchi et réhabilité ?

RENÉ FREGNI : « On en doute ! Tu écoutes le Procureur ; il a une vérité qui semble plausible quand tu es dans la salle parmi le public. Puis tu entends l’avocat qui lui-aussi a une vérité qui semble plausible. Mais ce n’est pas la même !
Et tout ça se passe dans des Palais de Justice, comme du temps des rois. Ça parait décalé complètement aujourd’hui… Mais l’injustice réside ailleurs. On est toujours dans la fable de Jean de La Fontaine qui dit « Selon que vous serez puissant ou misérable, Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir. »
Regarde Dupont-Moretti on l’appelle Acquitator ! Car il réussit à faire acquitter ses clients la plupart du temps, en Cour d’assises ; là où l’intime conviction prévaut.
Et tous les gros voyous qui sont impliqués dans des meurtres et ont des sous essaient de l’avoir. Mais c’est quand même profondément anormal, amoral, et illogique qu’un talent d’orateur, voire de conteur, puisse parfois faire la différence au détriment de la vérité. Selon l’avocat que tu as, le juge que tu as… et l’argent que tu as, la Justice ressemble parfois à une loterie !

Dans Je me souviens de tous vos rêves, ton dernier ouvrage, tu sembles avoir sombré dans une certaine mélancolie… Est-elle créatrice, en revanche ?

RENÉ FREGNI : « Tous les sentiments amènent à la création. Mais moi, ma documentation, ce sont mes émotions. Un peu comme un compositeur qui ne connaîtrait pas le solfège, mais arriverait à composer des mélodies avec son oreille. J’écris au fil de ma plume, et la mélancolie qui m’a envahi avec ces dix années de procédure m’a guidé vers ces romans plus axés vers la nature, la paix, l’essentiel de la vie…
J’ai subi un tel préjudice moral avec cette affaire. Ma voiture a été vendue aux Domaines trois mois après mon arrestation, sur ordre du juge, et sans avoir été jugé. Ça n’arrive jamais ce genre de choses. Aujourd’hui, on doit me la rendre, mais comment ?
Je n’ai pas pu effectuer mes ateliers d’écriture dans les lycées et en prison pendant dix ans également. C’est énorme et perturbant ! Des gens se sont détournés de moi, et la rumeur enflait dans Manosque. Tout ça te noircit !!! Heureusement, depuis la relaxe il y a deux ans et les excuses de la Justice, j’ai repris le chemin des lycées et des prisons pour faire écrire et lire les lycéens et les détenus. »

Cet amour de la nature semble ancré en toi très profondément. Pourtant, on t’a connu plutôt urbain avec tes premiers romans ?

RENÉ FREGNI : « J’ai toujours été à moitié urbain. J’ai grandi à Marseille où les quartiers rentrent dans la ville à deux pas des collines. La ville et la campagne sont imbriquées et j’ai appris à connaître les deux en même temps. Mon grand-père qui transportait des touristes en barque au Château d’If m’emmenait souvent en bateau et j’ai grandi également dans une barque. Les collines, la cité et la campagne, ce sont mes trois volets de Marseille. Aujourd’hui, à Manosque, la colline je la vois aussi de ma fenêtre et j’aime ça. Tu sais, à notre âge, on aime regarder les oiseaux et c’est essentiel pour moi. Je pars à pied très souvent pendant deux ou quatre heures, j’aime faire les confitures avec Nicole, tailler les oliviers, la vigne… ça me plaît !
De nos jours, les ¾ des écrivains français vivent dans trois arrondissements de Paris comme s’ils étaient tombés dans une pompe aspirante. Alors qu’il y a un siècle, les romans étaient paysans…. C’est comme ça ! On a moins de retombées médiatiques dans les télés parisiennes évidemment , mais on reste nous –mêmes ! »

Ecrire sur René Frégni quand on le connaît fort bien depuis plus de vingt ans , qu’on vit dans la même ville, et qu’on est capable d’identifier la voiture ou la fille, dont il parle dans un de ses romans, c’est un avantage ou un inconvénient ?

RENÉ FREGNI : »Le lecteur qui ne me connait pas voit comme un tableau impressionniste en lisant mes livres ; mais toi, tu as la réalité. Moi je trempe mes racines dans la réalité du monde et les feuilles ; c’est l’imagination. Toi, tu as les deux ! »

Quel genre aura ton prochain livre ? Polar ou poétique ?

RENÉ FREGNI : »Ce sera un polar, et je te donnes même les titres (c’est un scoop !) « Les Vivants au prix des morts ! » Ça correspond à une expression que les marchandes de poisson installées sur le Vieux-Port en fin de matinée, quand il reste dans leur caisse, des poissons encore vivants et d’autres trépassés, et qu’elle bradent les prix. D’où « Les Vivants au prix des morts ! »

JPT

À COEUR OUVERT AVEC... STÉPHANE HONDE

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- C’est le guitariste manosquin Stéphane Honde créateur du groupe Hollywood Monsters avec Don Airey (actuel organiste de Deep Purple) et Tim Bogert (bassiste de Jeff Beck) qui est notre invité. Steph que l’on a connu à ses débuts, il y a plus de 25 ans, sur la Place de la mairie à Manosque, lors de son tout premier concert avec Moby Dyck, puis comme guitariste de Café Bertrand, a joué également avec Whitesnake, le regretté Gary Moore, Ozzy Osbourne, Black Sabbath, Heaven & Hell, Kill Devil Hill, le grand bassiste Tim Bogert, Vanilla Fudge, Paul Di Anno de Iron Maiden, Cactus... Bref, que du lourd !

JPT

* Stéphane Honde a réunir17 musiciens de renom (Paul Di Annio, Nono Krief de Trust..... autour du titre de Bowie, "Heroes"à la mort de celui-ci. Le CD est vendu par téléchargement au profit de l’association française des victimes du terrorisme.

* Vous pouvez télécharger le CD Heroes sur le lien suivant :
https://itunes.apple.com/fr/album/heroes-single/id1081931790?app=itunes&ign-mpt=uo%3D4

Tu as souhaité réagir musicalement après les attentats du Bataclan en réalisant un CD avec de nombreux musiciens autour du titre « Heroes » de David Bowie. Pourquoi ?

STEPHANE HONDE : "Je suis revenu en France, à Manosque, chez moi, il y a près d’un an, après plusieurs années passées aux Etats-Unis, en Californie plus précisément ; là où j’ai créé le groupe Hollywood Monsters avec Don Ayrey devenu depuis l’organiste de Deep Purple, et Paul Di Anno, le chanteur de Iron Maiden.
J’avoue que le retour en Provence après des années effervescentes à Los Angeles, c’est un tout autre monde… Mais quand j’ai vu que les gens changeaient leurs profils sur les réseaux sociaux - après le massacre du Bataclan - en mettant un drapeau français à la place de leur visage, je me suis dit que ça durerait un moment, et que ça s’estomperait avec le temps. J’ai donc pensé à autre chose de plus gai, en entendant le titre Heroes de David Bowie à la radio, un matin. J’adore cette chanson, mais on était fin novembre. Bowie était toujours vivant !

Je me suis renseigné sur les associations qui viennent en aide aux victimes depuis de nombreuses années, et j’ai pensé à réunir des grands guitaristes rock et des chanteurs sur le titre de David Bowie. Tu sais, maintenant avec les nouvelles technologies, on peut enregistrer un disque à distance dans le monde entier sans jamais se rencontrer.

Il suffit d’une base musicale (basse, batterie, guitare) et ensuite chacun joue sa partie dessus, l’enregistre, et renvoie le tout. Et ainsi de suite… Moi je sais assembler tout ça. Au final, dix-sept musiciens m’ont donné leur accord. Et pas des moindres ! On a fait deux versions de Heroes. Une normale, et une autre plus métal, car dans les invités du CD, il y a pas mal de guitaristes plutôt hard-rock. Ça fait deux morceaux de 6mn 40s à l’arrivée.

Mais je n’avais jamais prévu que David Bowie meure le 10 janvier ; d’autant qu’il préparait un nouveau disque. C’est donc un double hommage à nos héros (ceux du Bataclan et Bowie) qu’on a réalisé. J’ai travaillé nuit et jour pour faire le montage, il est terminé, envoyé au distributeur, et il sera sur les sites de téléchargement début février. »

Qui sont ces dix-sept musiciens
ayant accepté de te suivre dans ce projet ?

STEPHANE HONDE : « Il y a Jenny Haan qui est la chanteuse de Babe Ruth, Vinny Appice (batteur de Black Sabbath et Hollywood Monsters), Danko Jones (chant), Darren Crisp (Age of liberty), Thomas Lang (batteur de Paul Gilbert), Ron Thal (guitariste de Guns’n’Roses), Ryan Roxir (guitariste de Alice Cooper), Rudy Sarzo (bassiste de Ozzy Osborne), Alessandro Del Vecchio (clavier de Voodoo Circle Hardline), Paul Di’ Anno (chanteur de Iron Maiden), Stan Decker (bassiste de Turbotigers), Matts Leven (chanteur de Candlemass), le français Nono Krieff (guitariste de Trust), Roland grapow (guitariste de Hellowen-Masterplan),Andy Kuntz (choriste de Vanden Plas), Mitch Malloy (chanteur de Van Hallen) et Michael Sweet (guitariste-chanteur de Boston).

On ne s’est pas rencontrés, mais le résultat est à la hauteur. L’argent des téléchargements sera versé intégralement à l’association française d’aide aux victimes du terrorisme. »

Comment connais-tu tous ces musiciens ?

STEPHANE HONDE : « Ma femme est américaine, et je suis d’ailleurs revenu en France pour faire tous les papiers nécessaires à l’obtention de la fameuse Carte verte qui fait de toi un citoyen américain.
C’est le fait d’avoir créé le groupe Hollywood Monsters là-bas avec Don Airey et Paul Di’Anno - mon idole quand j’étais gamin - qui m’a ouvert des portes. Et puis, aux Etats-Unis, tu peux jouer dans des bars, devant 50 personnes (pas plus !) mais avec des « pointures » qui viennent là boire une bière. Le truc, c’est que tu ne connais personne, que tu es tiré au sort… et que tu joues sur le matériel qui est là. En général, un ampli sans âge, et ta gratte !

Après faut jouer… Je n’ai jamais eu le trac comme ça. Pire qu’au Stade de France à Paris en première partie de Deep Purple. Une fois, c’est le guitariste de Free (Tu sais « All right now… dans les années 70) qui a débarqué…. Puis plus tard, Ike Willis, le chanteur des Mothers of Invention de Frank Zappa. Là, j’étais tétanisé ! Mais si t’es bon, tu connais du monde et tu es accepté ; même si à l’époque je ne parlais pas l’américain comme aujourd’hui. La différence, c’est sur scène qu’on la fait ! Et là, y’a pas de frontières ! Tout ça m’a permis de connaître des musiciens, et via internet j’ai pu en contacter d’autres qui ont accepté de jouer gratuitement sur Heroes. »

Quel est ton rapport à la guitare ? Joues-tu d’autres instruments ?

STEPHANE HONDE : « Je me suis mis à jouer de la guitare dans les années 80 parce que je voulais composer. C’était un outil pour pouvoir écrire des chansons, car je jouais déjà du piano sans avoir appris la musique. Je jouais d’oreille, et je faisais aussi de la batterie.

Tout ça m’a aidé ; mais le déclic je l’ai eu grâce aux deux années passées à l’Atelier de musiques improvisées (AMI) de Château-Arnoux dirigé par le génial Alain Soler. Il écrivait les accords sur un tableau et les effaçait dix minutes plus tard. Il fallait les avoir gravés dans sa tête. Je lui dois ça ! La guitare, j’en suis tombé amoureux dix ans plus tard, mais je compose toujours au piano. »

Tu te souviens de ton premier concert sur scène ?

STEPHANE HONDE : « C’était avec Moby Dyck sur la place de la Mairie à Manosque. Je devais avoir 16 ans… et tu étais déjà là ! Il y avait Andros aussi ! Jouer là devant la famille, les copains, c’était très excitant car à cette époque (fin des années 80-90) il y avait des concerts à Manosque, au Saxo à Forcalquier… ça vivait beaucoup ! C’est le guitariste Denis Baruta qui a été mon exemple, m’a influencé, m’a guidé… Tout le monde l’adorait. »

Quel est ton plus grand souvenir de scène ?

STEPHANE HONDE : « Incontestablement le 12 juin 2009 au Stade de France à Paris, devant 80 000 spectateurs, quand avec Café Bertrand on a fait la première partie de AC/DC, mais aussi l’Olympia à Paris - toujours avec Café Bertrand – car c’est un lieu de légende.

Tu te rends compte que deux jours avant nous, il y avait Paul Mac Cartney… Mais j’ai eu le frisson aussi quand j’ai joué pour la première fois avec Iron Maiden et Paul Di’Anno. Et j’ai une tendresse particulière pour mon premier concert avec Tom Bogert, bassiste de Jeff Beck (photo ci-contre) qui est pour moi le Jimmy Hendrix de la basse. »

Tu es un musicien de groupe ou plutôt un solitaire ?

STEPHANE HONDE : « Avant, j’étais un musicien de groupe mais les expériences ont fait qu’aujourd’hui je préfère être le maître à bord. Mais si je suis le leader, c’est pour fédérer avant tout autour d’un projet. Car il y a toujours des drames et des embrouilles dans les groupes, et à la fin j’en avais marre. Donc maintenant, je choisis des musiciens que j’admire pour jouer dans Hollywood , mais avec toujours Vinny Appice le batteur de Black Sabbath et le grand bassiste Tom Bogert comme base. »

Comment s’est passé ton retour en Provence ?

STEPHANE HONDE : « En revenant en France, à Manosque, je me suis senti un peu puni, car pour ce qui est d’écouter de la musique vivante, c’est devenu un vrai désert. Avant, il y avait le Wicked lady, le Garage, le Café de la Poste, le Provence, le Saxo à Forcalquier… Tout ça a disparu ! Je suis resté une semaine chez moi sans en sortir.
En Californie, en revanche, la musique c’est le paradis, et c’est vital pour moi. Donc, j’y retournerai quand j’aurai tous mes papiers pour la carte verte. Mais aux USA, il faut toujours prendre sa voiture ; même pour aller au resto. Et pour être franc, il n’y a pas l’ambiance des terrasses de café comme ici. Tout se passe à l’intérieur à Los Angeles. »

J-P.T

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À CŒUR OUVERT AVEC...LE PÈRE GUY GILBERT "CURÉ DES LOUBARDS"

- Il est l’ami des vedettes et fréquente souvent les plateaux de télévision, chez Ruquier ou Nagui. Il vient d’ailleurs de marier Stromaë en Belgique récemment, après avoir déjà célébré l’union du Prince Laurent de Belgique fils de la princesse Paola, longtemps trublion de la couronne d’Outre-Quiévrain, à qui un séjour dans le silence de Haute-Provence a fait le plus grand bien...

Mais Guy Gilbert est actuellement "au travail" en cette fin d’année 2015, dans sa Bergerie de Faucon, au cœur des merveilleuses Gorges du Verdon où depuis près de 40 ans, il accueille - avec ses éducateurs de haut vol - des jeunes en totale perdition. Faisant confiance à la compagnie des animaux de toutes sortes pour soigner ces jeunes fauves urbains, souvent sans famille, tombés dans la drogue, la délinquance, la violence, pour des parcours souvent sans retour...
Le Père Guy Gilbert qu’on surnomme le "curé des loubards" oeuvre depuis l’époque de la Guerre d’Algérie, pour une religion empreinte de tolérance et d’amour, mais aussi de fermeté quand il est nécessaire.

- Guy Gilbert que Blues & Polar a rencontré à Faucon, est notre invité pour la première grande "Interview" de l’année 2016 sur le site blue-et-polar.com
Il nous parle de sa vie, de sa foi, de sa mission.... au travers de son nouveau livre "Guy Gilbert : Vie de combat, vie d’amour" qui vient de sortir aux éditions Philippe Rey. Un livre pour tous qui fait du bien à l’âme, même si on ne croit en rien...

- Un ermite à la porte toujours entrouverte, au cœur des Gorges du Verdon, à quelques encablures de Rougon et du Point sublime où nichent les vautours aujourd’hui revenus, le petit chalet de bois de Guy Gilbert accroché aux branches, ressemble à une thébaïde silencieuse. Devant l’entrée, après un court cheminement sur un sentier pentu dissimulé par une forêt de pins d’Aleps, Gangster et Lulu (un Patou et un Saint-Bernard) montent la garde, attentifs, mais tout en finesse, tels des physionomistes de boites de nuit.
Avec eux, malgré leur taille très respectable, le code secret d’accès à l’emblématique curé des loubards est gravé dans l’affectif. On sent d’entrée, à un simple regard, puis à un reniflement des vêtements, si l’on est le bienvenu. Et à l’image de la porte - toujours ouverte - de Guy Gilbert, on contrôle rapidement, avec une caresse soutenue, le processus de montée vers le paradis.

Quelques marches pour accéder à un capharnaüm incroyable, où l’on constate qu’aucune présence féminine n’a pu y jouer la fée du logis.
Des bouquins en vrac, des médailles, des photos avec le pape François, Stromaë, l’abbé Pierre, Sarkozy, Hollande… et bien d’autre stars du show biz et de la politique, se baladent sur une table, entre une chasuble immaculée bien rangée elle, accrochée à un cintre, et un ordinateur bien calme.
Mais c’est le portable qui est en surchauffe ! Toutes les cinq minutes, ça résonne sous les planches car Guy Gilbert – on s’en serait douté, mais pas à ce point ! – est hyper sollicité.

« Excuses-moi Jean-Pierre ! Deux minutes ! C’est un ancien de Faucon qui est en panne de voiture, et il n’a pas de fric. On va trouver le moyen de le dépanner. » Trois coups de fil plus tard, l’affaire est résolue.

« Ça se passe comme ça tous les jours, me confie Guy. Les anciens sont très accrochés à ce lieu perdu dans les Gorges. Tu sais, l’autre jour je rentrais à la Bergerie, et j’ai vu un type qui regardait Faucon de loin, de l’autre côté de la route… et qui pleurait. On s’est arrêté, et je suis arrivé discrètement derrière lui. Je lui ai tapé discrètement sur l’épaule. C’était un ancien d’ici. Il m’a dit : Merci Guy pour ces deux ans de paradis que vous nous avez offerts à Faucon. C’est une phrase qui revient souvent dans les courriers que je reçois.

Bon, qu’est-ce que tu veux savoir pour ton Blues & Polar ? »

J-P.T

L’année 2015 se termine. Comment as-tu ressenti, et vécu, cette année catastrophique ? Et quelle leçon en tires-tu ?

GUY GILBERT : « C’était une année de guerre mais une guerre furtive, non déclarée qui nous fait rentrer dans une autre ère. Une ère de peur, de terreur et de haine, avec des forces invisibles et explosives.
Mais c’est ce 13 novembre avec la tuerie du Bataclan qui nous laisse interrogatif.

Bon sang, tirer les gens comme des lapins avec cette volonté d’exterminer qui rappelle Auschwitz et les camps de la mort, c’est dingue ! Mais il y a aussi à travers cet acte, une autre volonté. Celle de désunir les gens et de monter les musulmans contre nous, pour semer la division. On n’a pas d’ennemi en face de nous ; mais on a la haine, en face !
Il faut aller voir les musulmans, car ils ont peur. Mais c’est vrai aussi qu’ eux, viennent trop peu à nous. C’est dommage, mais c’est culturel. Trop de choses se mélangent pour eux : le passé de la Guerre d’Algérie et la religion avec ses nombreux interdits notamment.

L’avenir est vraiment difficile à deviner. Nous avons 5 millions de musulmans en France, et c’est la plus forte communauté musulmane en Europe, mais Daech fait tout pour les opposer à nous. Aujourd’hui, on ne prend pas le chemin de l’apaisement. »

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GUY GILBERT : « DIEU EST AMOUR,
MAIS DAECH C’EST L’ABOMINATION ! »

Tu viens de sortir un nouveau livre dénommé « Vie de combat, Vie d’amour ». Le titre s’est imposé à toi, tout de suite ?

GUY GILBERT : « Tout à fait ! J’y récapitule 50 ans de vie éducative et sacerdotale. Je l’ai envoyé au cardinal Vingt-Trois et il a trouvé ça très amusant. Tu sais Jean-Pierre, à 80 ans, j’avais décidé d’arrêter les médias, mais j’étais à Hong-Kong pour une conférence quand j’ai appris que Hollande m’avait fait officier de la Légion d’Honneur. Il a bien fallu que je réponde aux sollicitations. Et comme Sarkozy m’avait fait chevalier de la Légion d’honneur avant, je ne pouvais pas refuser.

Un coup par la Droite, un coup par la Gauche ; moi je n’ai rien faire des médailles parce que je n’ai rien demandé. La première je l’ai donnée au lama, et la deuxième je la donnerai à l’autruche qui les méritent bien. Mais pour Faucon et l’action qu’on y mène depuis 40 ans avec nos éducateurs, c’est bien. »

Après le prince Laurent de Belgique, tu as marié un autre Belge avec le chanteur Stromaë. Tu le connaissais ?

GUY GILBERT : « Je ne le connaissais pas bien, mais ce sont ses avocats qui ont pris contact avec moi plusieurs fois. Il voulait se marier pour Noël, mais il fallait le secret absolu. Je l’ai donc rencontré une fois avant, et il m’a dit : « C’est toi que je veux, mais il faut garder le secret. » Je suis allé à Bruxelles, et il a fait la surprise à ses 250 invités qui ne doutaient de rien. Je suis arrivé avec mon aube blanche et j’ai marié Paul et Coralie (leurs vrais prénoms) au sein de l’église catholique. On était d’ailleurs dans une ancienne église transformée en hôtel.

C’était magnifique. Le lendemain, Stromaë m’a fait un SMS (Guy Gilbert me le montre) : « Merci pour ce mariage magnifique que vous nous avez offert. »

Guy, tu as également rencontré le pape François au Vatican. Celui-là, contrairement à Benoit XVI, je crois que tu l’as à la bonne ?

GUY GILBERT : « Oui, je l’aime bien ! Je souhaitais un pape qui comme Saint François marche les pieds nus. Et justement, il s’appelle François. Le pape m’a invité au Vatican la veille de mes 80 ans, et je l’ai vu faire la queue avec moi au réfectoire de l’hôtel du Vatican pour aller bouffer et attendre son tour. Je l’ai vu manger comme tout le monde.

Tu sais, c’est un pape (enfin !) sans émeraude, sans diamant, ni bijou, et qui désacralise les choses. Ça enlève tout ce chichi de luxe qui nuit à la religion. Il est un pape crédible, et la crédibilité de Benoit XVI c’est d’avoir démissionné ! »

GUY GILBERT : "TOUTES LES RELIGIONS SONT DES PROSTITUÉES, LA MIENNE COMPRISE, CAR LES HOMMES (PAS TOUS, MAIS CERTAINS) ONT CONFISQUÉ LE MESSAGE DE LA RELIGION À LEUR PROFIT."

Nous sommes au XXIe siècle, et on connaît aujourd’hui la barbarie comme aux premiers temps. Comment expliques-tu qu’on puisse tuer au nom de dieu et de la religion ?

GUY GILBERT : « Toutes les religions sont des prostituées ; la mienne comprise. Car les hommes (pas tous, mais certains) ont confisqué le message de la religion à leur profit. Et nous sommes choqués quand certains se disant de la religion musulmane se comportent comme au moyen-âge. C’est pulvérisant ! Mais les lobbies politiques ont tellement provoqué d’incertitudes dans le monde qu’ils ont engendré toutes les migrations actuelles. Mais c’est seulement un apprentissage de ce qui va nous tomber sur la gueule avec le réchauffement climatique… »

Les animaux tiennent-ils toujours une place fondamentale dans ton système de rééducation des ados en difficulté ?

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GUY GILBERT : « C’est notre outil de travail prioritaire. Les jeunes me disent souvent : « L’animal ne triche pas, ne ment pas, et rend ce qu’on lui a donné. » Les jeunes qui sont ici à Faucon ont des codes, mais nous on a les nôtres. C’est au profit de l’amour des bêtes, et ça marche.

Tu sais, tous les jours, il leur faut se lever pour être à 8 heures à l’écurie pour sortir promener notre cheval aveugle. Puis il faut nourrir les autres bêtes. Celui qui n’est pas à l’heure est sanctionné ; mais très rapidement ils se prennent d’affection pour les animaux et c’est réciproque. Néanmoins, à Faucon, on vient aussi de lancer la Classe des loubards et les jeunes travaillent ici comme dans une école.

Certains vont au collège à Castellane, mais ils sont durs et c’est encore très difficile pour eux de s’intégrer à une vraie classe. »

Depuis 40 ans que tu travailles auprès des jeunes à Faucon, as-tu observé un changement de comportement ?

GUY GILBERT : « Oui. Absolument ! Ils sont davantage arrogants et en général tout leur est dû ! Mais ça, c’est dû aussi à une démission générale. Le jeune d’aujourd’hui - malgré son smartphone qui ne le quitte jamais - vit un peu seul. Et il fait très souvent le jeu de monter le père contre la mère, ou l’inverse. Et comme l’amour est si fragile et jamais définitif, beaucoup d’unions éclatent, générant des divorces... et des gamins de plus en plus seuls. C’est aussi l’argent qui les dirige, bien plus qu’il y a 40 ou même 20 ans. Et ils manquent cruellement des valeurs de base inculquées avant par les parents. On a inversé tellement de choses…. »

Quels sont tes résultats à Faucon ? Les jeunes qui passent ici retrouvent-ils tous le droit chemin ?

GUY GILBERT : « Certains réussissent ; d’autres pas. Les anciens m’appellent constamment et tu t’en es rendu compte aujourd’hui. Mais certains sont retournés vivre dans le métro. Ordinairement, sur les centaines de jeunes en très grande difficulté passés ici, il y en a dix en prison à qui je tiens la main constamment. Je vais les voir en prison… Mais il y a une espérance ! »

Si tu avais une seule phrase à dire au monde, aujourd’hui pour 2016 ?

GUY GILBERT : « Jamais, jamais, vous ne retrouverez le temps que vous n’avez pas donné à vos enfants quand ils étaient petits ! Mais il faut croire en l’espérance, et j’espère que l’homme se rendra compte, à temps, de ses dérapages pour éviter la catastrophe écologique qui s’annonce. Et pour cela, il faut s’unifier. »

JPT

* Le livre de Guy Gilbert « Vie de combat, vie d’amour » vient de paraître aux éditions Philippe Rey. Prix : 20€.


À CŒUR OUVERT AVEC...PASCAL PRIVET

- Cinéaste, globe-trotter, génial créateur des Rencontres cinéma de Manosque en 1987, au cours d’une mémorable assemblée régionale réunissant les adeptes des chasses traditionnelles (ci-contre) en passe d’être interdites par la Cour européenne de Justice de la Haye, Pascal Privet a su cultiver, et développer dans le mystère des salles obscures, tout ce que le cinéma peut nous apporter de grand au plus profond de nous-mêmes. A l’image d’une fenêtre ouverte sur le monde à la façon d’une auberge espagnole, très tard le soir dans les locaux de la MJC de Manosque, où l’on pouvait croiser autour de plats délicieux aux parfums de la savane, les anciens Rouch, Arlaud et Lamotte, mais aussi Robert Kramer, Pennebaker, Rithy Panh, Dominique Cabrera, Claire Simon, Claire Denis… ces cinéastes différents qui caméra au poing, nous on fait découvrir le monde - et la vie - avec toute leur âme et une sensibilité à fleur de peau. Non sans parler de football avec tous les cinéastes africains présents lors des premières éditions, car les Rencontres tombaient chaque fois – à l’époque – en pleine Coupe d’Afrique des nations. Un moment où tous – et toutes – redevenaient des enfants courant après un ballon...

* Pour blues-et-polar.com, Pascal Privet, mon vieux complice culturel dont le festival m’a aidé à grandir, se livre à cœur ouvert.

Jean-Pierre Tissier

Le cinéma, pour toi, c’est éduquer, informer, divertir ou tout autre chose encore ?

PASCAL PRIVET : "C’est surtout voir le monde autrement avec d’autres yeux que les miens, pour pouvoir le partager. Car regarder le monde en prenant conscience, c’est entrer dans la réflexion et l’échange. Et c’est à partir de ces questions qu’on peut engager des expériences cinématographiques. Il m’est arrivé de regarder des films divertissants quand j’étais jeune, notamment des films d’horreur ou de science-fiction. Mais j’ai toujours été attiré par la découverte du monde et fasciné par les explorateurs. Le cinéma justement, me l’a permis, avec la littérature associée. En revanche, je n’ai jamais été attiré par les documentaires touristiques et folkloriques ; même ceux qui proposaient un débat après. Pour moi, le cinéma doit provoquer des émotions, et ce qui m’intéresse ce sont les cinéastes qui vont à la rencontre du monde.

Tu te souviens de ton premier film vu dans une salle de cinéma ?
PASCAL PRIVET : " Oui ! C’était à Dijon dans un cinéma de gare , qui à l’époque fonctionnait en continu. Mes parents devaient m’emmener voir « La Belle au bois dormant », mais on s’est trompés de salle. On



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