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Confrérie Saint-Antoine Le Landeron

Saint Antoine, Père du désert

Patron des trufficulteurs

Publié le : dimanche 7 août 2011, par Patrick ROUDEIX, Webmestre du site


1=Provence Magazine=D

"St Antoine, après s’’être dépouillé de son héritage, se retire dans la solitude du désert de la Thébaïde. Il vit en reclus, connu uniquement de celui qui vient régulièrement lui porter du pain. Toujours en butte aux tentations du diable, la légende voudrait qu’’il succomba régulièrement à la tentation de manger des Terfez, truffes blanches se développant en abondance, au printemps, après la pluie. Après prières et pénitences " il vainc ses tentations, et devient le saint Patron de ceux qui sont tentés "

Le terfez poussant à fleur de terre, nul besoin de cochon. Au demeurant, rappelons que le cochon était considéré comme impur au Moyen Orient, et représentait le diable en Occident ! Dans l’’art moyenâgeux, les peintres Tintoret, Véronèse le représentaient comme un animal aux pouvoirs démoniaques, l’’incarnation de la cupidité. Alors que dans la mythologie celte, le cochon était magique, paré de nombreux pouvoirs. D’’ailleurs le cochon se promenait toujours, non loin des druides, près des chênes, arbres sacrés pour les Celtes. L’’un des surnoms du Dieu Mercure, dans la mythologie gauloise, était Moccus, signifiant porc en langue celtique !

Les Saintes écritures, par contre, rapportent qu’’Antoine fût guidé dans le désert, pour retrouver St Paul, par un loup, puis par un faune aux pieds fourchus et queue en tire- bouchon. La rencontre du faune et d’’Antoine a fait l’’objet d’’une sculpture sur le tympan d’’une porte de l’’église de st Paul de Varax dans l’’Ain. L’’église date du XII Siècle Le cochon ou sanglier n’’apparaît pas encore comme le compagnon de route de saint Antoine

Durant le Moyen Age ( 475-1453), nous pouvons constater que la truffe est méprisée, ayant " une âme aussi noire que l’’âme d’’un damné. De plus, à cette époque, ce qui venait du sol, venait du diable. Les brûlés, feux de Satan, apparaissant autour des arbres, appelés aussi " ronds de sorcières ", étaient des cercles mystérieux, inexplicables et donc maléfiques. Le porc ou le cochon, considéré comme impur par l’’église de Rome, est un animal luxuriant capable de ne nourrir de n’’importe quoi. Il peut déterrer la truffe, elle est donc un aliment pour les cochons. Elle est donc impure et méprisée. Selon saint Clément, le cochon et donc la truffe " sont réservés à ceux qui vivent sensuellement " c’’est à dire comme des animaux.
Bonnes pour le bas- peuble paysan " ignorant, grossier, loin de Dieu, rejetés comme des " vilains " les paysans ne devaient donc pas se priver de manger clandestinement ces truffes, si faciles à trouver.

Le faune n’’ayant rien de sympathique a pu être transformé en sanglier pour ne pas effrayer la population en majorité agricole. Ce n’’est que vers le XV Siècle, que le cochon apparaît dans l’’iconographie chrétienne de saint Antoine.

Ce cochon fût associé plus tard à certains privilèges des Frères Hospitaliers de St Antoine, fondé au XVII Siècle. Cet Ordre venant en remplacement de l’’Ordre de St Antoine né en 1095, et déclinant à tel point qu’’il fût dissout dans l’’Ordre de Malte au XVIII Siècle. .

Les Antonins ( dont le Tau était un emblème) avaient, entre autres nombreux privilèges, l’’autorisation de laisser leurs cochons se nourrir des détritus et de se promener en toute liberté dans les cités. ( Les éboueurs de l’’époque !) Ces cochons étaient marqués de ce Tau et avaient une clochette à l’’oreille. Rappelons aussi que les Commanderies de St Antoine s’’éparpillaient dans les campagnes. De préférence, dans des lieux bien choisis et toujours proches de forêts de chênes dans le Dauphiné, le Périgord, le Sud-ouest et en Provence. Les cochons pouvant se nourrir aisément de glands et certainement de truffes.

Par contre, il semblerait que fin du XV Siècle et début du XVI, pour mieux identifier les Saints et les intégrer dans la vie quotidienne, l’’église leur a donné " le costume " de ceux qui les honoraient.

Saint Antoine décharné par le jeûne et tanné par le soleil devint un Chanoine Antonin à la barbe opulente, au manteau de bure brune marqué du Tau couleur bleu. Saint Hubert avec son cerf, saint Gilles et sa biche etc..)

Et comme il était de bon ton que les corporations se mettent sous la protection de l’’Eglise et de ses Saints, les charcutiers trouvèrent naturel de prendre saint Antoine et son cochon comme saint Patron. Ils créèrent en 1475 la Confrérie des Chevaliers de saint Antoine, disparu puis remise à l’’honneur en 1966. Les couleurs du médaillon sont bleu et doré, bleu pour la couleur du fond de l’’écusson donné par Louis XII aux charcutiers lors de la déclaration de leurs patentes.

Les papetiers des Vosges le prirent aussi pour Patron parce que l’’outil qui sert à sortir le papier des cuves est en forme du T de Tau.

Les Vanniers parce que les Antonins tressaient des corbeilles pour occuper leur solitude et aider les pauvres.

Et naturellement, St Antoine est devenu patron des trufficulteurs quand la truffe ne fût plus considérée comme manifestation du malin, mais comme " met de choix " tant sur les tables royales que papales. Le cochon permettait non seulement de bien se nourrir, d’’avoir des réserves pour l’’hiver. Il fut réhabilité, de plus son odorat puissant permettait le cavage des truffes.

Remarquons que dans le Vaucluse, de nombreuses communes ont pour saint Patron, saint Antoine, Richerenches, La Roques sur Pernes. Saint Antoine " près de L’’Isle sur Sorgue, Valréas avec la Foire de saint Antoine. Certainement des lieux ou vécurent non loin des Frères Hospitaliers. …

Les rabassiers sont toujours sous la protection de ce saint, la tradition perdure encore de nos jours et aux faits authentiques de la vie de st Antoine, la légende populaire a joint ses interprétations poétiques et fabuleuses.

Nos lointains descendants verront peut être le cochon de saint Antoine se transformer en chien truffier et un esprit malin verra dans le T du Tau, la lettre magique du T de Terfez de Tuber ou de Truffes. A moins que la truffe ne disparaisse de nos terres…..

D.Payen-Bernard"