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Au Pays des Amandes

Une histoire de famille

Sur le Plateau de Valensole

Publié le : samedi 6 août 2011, par Patrick ROUDEIX, Webmestre du site


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Bien avant les années 1900, notre famille cultivait déjà des amandiers sur le Plateau de Valensole.

Marthe Jaubert née Angelvin, notre mère et grand-mère raconte que c’est en venant récolter les amandes dans l’exploitation de la famille Jaubert qu’elle rencontra son futur époux, Pierre-Jean Jaubert. C’était en 1948.
A cette époque, chaque famille avait entre 1000 et 1500 amandiers. Certains étaient plantés en ligne, de façon régulière, et d’autres étaient éparpillés dans le champ.
Le plateau de Valensole était entièrement planté en amandiers.

Jean Angelvin, un cousin de la famille âgé de 84 ans, nous explique qu’à l’époque chaque exploitant avait des amandiers et du blé. Cependant, le revenu principal provenait de la vente des amandes. Le blé n’était pratiquement pas vendu, il était le plus souvent donné aux animaux.
Les amandiers ne produisaient pas toutes les années et durant cette période la vie était plus dure. Les agriculteurs profitaient des années où la récolte d’amandes était bonne pour acheter ce dont ils avaient besoin.

Plusieurs variétés d’amandiers étaient plantées dans un même champ. Certains à coques dures, d’autres à coques tendres. Les paysans appelaient ces variétés, la Fourcouronne, la « Pointue », la « Dure » ou la « Gros-cul ».
en 1955, le ramassage se faisait à la main. Après cette date d’autres moyens de ramassage firent leur apparition. Ils furent présentés le 24 septembre 1955, lors de la Journée Nationale de l’Amande.
L’effectif du personnel de ramassage variait en fonction de la quantité d’amandes. La cueillette s’étalait de début septembre à la sainte Catherine (25 novembre).
Pour la récolte, il y avait un ou deux hommes selon le nombre d’arbres. Marthe nous indique que sur l’exploitation familiale qui comptait 1000 arbres environ, il y avait deux hommes. Sur l’exploitation de Jean Angelvin, il était seul. Le travail des hommes était de gauler les arbres.

Les femmes étaient environ quatre. Elles ramassaient les amandes tombées au sol et les mettaient dans des gros sacs en jute.
Les gaules étaient fabriquées à partir de bois long trouvé dans les iscles (Nom régional désignant un banc de sable dans une rivière), ou à partir de sorbier qu’ils coupaient au printemps pour s’en servir à la récolte. Les gaules fabriquées en sorbier étaient les plus résistante mais c’était aussi les plus rares.

Marthe Jaubert et Jean Angelvin qui avaient respectivement 14 ans et 16 ans quand ils ont commencé à ramasser les amandes, nous décrivent une journée type de cueillette dans les années 1940.

Les amandes ainsi récoltées étaient étalées dans la fauchière (Nom provençal donné à la pièce où les amandes étaient étalées pour sécher.) sur une épaisseur de 20 à 30 cm. Cette pièce faisait environ 40 mètres carrés.
Les amandes étaient retournées une ou deux fois puis quand elles étaient sèchent, ils faisaient deux ou trois tas dans un coin de la pièce puis ils attendaient la vente.

Les "goves", quand à elles, étaient mises à sécher pour être données aux brebis pendant l’hiver.
Malgré la dureté du travail l’ambiance était festive. Les travailleurs chantaient, riaient. D’ailleurs Marthe et Jean aiment se replonger dans leurs souvenirs et s’accordent à dire que « c’était la bonne époque ».
Un arbre pouvait produire entre 1 et 2 kilos et d’autres pouvaient produire entre 30 et 35 kilos. 
Les arbres n’étaient jamais traités. Parfois, mais cela était rare, il y avait un peu des chenilles sur les feuilles.
Certaines amandes étaient noires, on les appelait les « chiches ».
La taille des arbres se faisait tous les trois ans au moment de la cueillette des amandes. Les jeunes pousses qui se trouvaient à l’intérieur de l’arbre était coupées, puis données aux chèvres et aux lapins.
En moyenne, toutes les fermes récoltaient au minimum 5 ou 6 000 kilos d’amandes.
La famille Jaubert récoltait entre 9 et 10 tonnes, comme la famille Angelvin. Certains récoltaient 15 à 20 tonnes.
A la sainte Catherine, soit le 25 novembre, le prix des amandes étaient établi. La vente se faisait soit juste après cette date, soit plus tard, au cas où le prix augmentait.
En général, la vente s’effectuait au mois de mars. Sur la seule commune de Valensole, il y avait 4 négociants.

Pour la petite anecdote :
 C’est à l’âge de 14 ans que Marthe rencontra Pierre-Jean, alors âgé de 19 ans, en venant récolter les amandes, pour lui. Ils se marièrent 4 ans plus tard.
Jean rencontra également sa femme Paulette grâce aux amandiers.
Ils étaient âgés respectivement de 23 et 16 ans. Ils se marièrent trois ans plus tard.
Jean nous raconte que dans chaque champ il y avait des amandiers amers. Il gardait toujours quelques unes de ces amandes dans sa poche. Quand Paulette lui demandait de lui casser une amande, Jean prenait discrètement une amande amère de sa poche et la lui donner. Évidemment, le goût amer la dégoutait. Depuis, elle s’amuse à dire qu’il ne l’a pas pris par la douceur !